‹ De la tyrannieChapitre 30 sur 79 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

quillement les arbitres de la vie et de la fortune des humains , eux qui ne devraient exercer qu*en tremblant l'autorité qui leur est confiée.

Ce sont ces lois^ restes des siècles les plus barbares, que j'examine dans cet ouvrage, eu égard à la jurispruden.ce criminelle : c'est aux arbitres de la félicité publique que j'ose exposer les désordres dont elles sont la source ; le vulgaire, peu éclairé et impatient, ne sera point séduit par le style dont je les décris. Si je me suis livré à la recherche ingénue de la vérité, si je n'ai pas craint de m 'élever au-dessus des opinions reçues, je dois cette heureuse hardiesse au gouvernement doux et éclairé sous lequel je vis. La vérité plaît aux grands monarques, aux bienfaiteurs de l'humanité qu'ils gouvernent; ils l'aiment, surtout quand elle est mise dans tout son jour par un philosophe obscur, quand elle se peint, non sous les traits du fanatisme, mais avec les couleurs de l'amour du bien, de ce zèle pur qui ne s'élève que contre la force tyrannique ou l'intrigue insidieuse, et que la raison fait toujours contenir.

Pour qui les examinera dans tous leurs développements, ks désordres qu'entraînent nos

t)E L^ADTEUR Xl

lois sont la satire et sont l'ouvrage des siècles passés, plutôt que du nôtre ou de ses législateurs. Si quelqu'un veut donc m'honorer de sa critique, qu'il commence par bien saisir l'objet de cet ou\Tage, qui, loin d'avoir pour but de diminuer l'autorité légitime, ne servira qu'à l'augmenter encore, si l'opinion est plus puis» santé sur les hommes que la force, si la douceiu* et l'humanité sont faites pour consacrer les droits et Texercice du pouvoir. Mais, comme les critiques malentendues qu'on a publiées contre moi sont fondées sur des notions confuses, elles me forcent d'interrompre un moment les réflexions que j'offrais aux lecteurs éclairés, pour fermer enfin à jamais la bouche au zèle timide qui s'égare, et à la méchanceté envieuse qui distille les poisons de la calomnie sur quiconque aime la vérité, et cherche à la montrer aux hommes.

La révélation, la loi naturelle, les contraventions factices de la société : telles sont les trois sources d'où dérivent tous les principes moraux et politiques qui gouvernent les humains. On ne saurait, sans doute, comparer la révélation avec la loi naturelle, ou les institutions sociales.

Page 1