‹ De la tyrannieChapitre 31 sur 79 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

dans le but sublime qu'elle se propose principalement; mais on la voit concourir avec elles pour assurer le bonheur des mortels dans cette vie passagère. Étudier les divers rapports des institutions sociales, ce n'est pas exclure ceux de la révélation et de la loi naturelle. Au contraire, ces préceptes immuables, ces décrets émanés de la Divinité même, des hommes coupables les ont tellement corrompus, des religions fausses les ont altérés en tant de manières, des notions arbitraires de vices et de vertus les ont si souvent remplacés dans le cœur pervers des humains, qu'il est devenu nécessaire d'examiner, séparément de toute autre considération, ce qui naît purement des conventions humaines, soit que ces conventions soient exprimées par des lois déjà faites, soit que la nécessité et l'utilité commune en supposent l'établissement. C'est dans ce point que toutes les sectes, tous les systèmes de morale doivent se réunir, et l'on ne saurait s'empêcher de louer une entreprise dont l'objet est de forcer l'opi-^ niâtre et l'incrédule à se conformer aux princî-j pes qui déterminent les hommes à vivre en so-^ ciété.

DE L AUTEUR ÏIH

On peut donc distinguer trois classes de vices et de vertus.

L'une appartient à la religion, l'autre à la loi naturelle, la troisième à la politique .

Ces trois classes ne doivent jamais se trouver en contradiction. Mais il n'en est pas de même des conséquences et des devoirs qui résultent de chacune d'elles. La révélation impose plus d'obligations que la loi naturelle ; celle-ci exige des choses que les pures institutions sociales ne commandent pas. Mais il est très-iraportant de bien distinguer ce qui découle de ces institutions, c'est-à-dire du pacte exprès ou ta:cite que les hommes ont fait entre eux, parce que telles sont les limites de cette sorte de pouvoir, qu'il peut s'exercer légitimement d'homme à homme, sans une mission spéciale de l'Être suprême. L'idée de la vertu politique peut donc, sans l'obscurcir, être considérée comme variable ; celle de la vertu naturelle serait toujours claire et sans tache, si les ténèbres de la faiblesse ou les nuages des passions humaines ne lui dérobaient quelquefois son évidence ; celle de la vertu religieuse est à jamais une, à jamais constante, parce qu'elle émane

XIY PRÉFACE

immédiatement de la divinité qui Ta révélée et qui la conserve dans tout son jour.

Ce serait donc une erreur que d'attribuer des principes contraires à la religion naturelle ou révélée à l'auteur qui n'a traité que des conventions sociales et de leurs conséquences. Pouvait-il attaquer ce dont il ne parlait pas? Ce serait encore une erreur que de prendre dans le sens de Hobbes, ce qui est dit de l'état de guerre antérieur à celui de société. Ce philosophe le considère comme un état qui ne suppose aucun devoir, aucune obligation antérieure, et je l'examine comme la suite de la corruption de notre /lature, et du défaut de lois expresses. Ce serait enfin une erreur que de reprocher à celui qui recherche les résultats du contrat social, de ne point admettre ces résultats avant le contrat même.

L'essence de la justice divine et de la justice naturelle est d'être immuable et constante, parce que les rapports entre deux objets qui ne varient point sont toujours les mêmes. Mais la justice humaine ou politique n'étant qu'une relation entre l'action et l'état de la société, elle peut varier à mesure que l'action devient utile

DE l'auteur 17

OU nécessaire à la société ; on ne peut en connaître les lois que par l'analyse exacte des rapports compliqués et variables qui résultent des combinaisons civiles. Lorsque ces principes, essentiellement distingués, ■siennent à être confondus, il n'est plus possible de raisonner avec précision sur les matières publiques. C'est au théologien à fixer les limites du juste et de l'injuste, eu égard au for intérieur, et quant à la méchanceté ou à la bonté de l'acte en soi ; mais c'est au publicisto à établir les rapports du juste et de l'injuste politique, c'est-à-dire du dommage ou du bien fait à la société, et l'un de ces objets ne saurait jamais préjudicier à l'autre, tant la vertu purement politique doit céder à l'immuable vertu, émanation sacrée de la Divinité !

Je le répète donc, si quelqu'un veut m'honorer de sa critique, qu'il ne commence pas par me supposer des principes destructifs de la vertu ou de la religion, tandis que j'ai démontré combien je suis éloigné d'avoir de tels sentiments; qu'au lieu de me peindre incrédule ou séditieux, il cherche à me trouver mauvais logicien ou politique imjprudent; qu'il ne tremble

Xn PRÉFACE DE L*ADTEUE

pas chaque fois qu'il me voit soutenir les inté- 1 rets de rhumanité; qu'il me convainque de l'inutilité ou du danger politique de mes principes ; qu'il me montre enfin l'avantage qui résulte des pratiques reçues.

J'ai donné un témoignage public de ma religion et de ma soumission à mon souverain, dans ma réponse aux notes et observations ; il serait superflu de réfuter par la suite de semblables écrits : mais, si l'on m'attaque avec cette décence que la seule honnêteté commande, et avec les lumières suffisantes pour ne pas m'obliger à prouver les premiers principes, quels qu'ils soient, on trouvera plutôt en moi un amateur paisible de la vérité, qu'un auteur qui cherche à «e défendre.

Page 1