‹ De la tyrannieChapitre 53 sur 79 · XXXVII · texte numérisé non relu

XXXVII

Des crimes commencés, des complices et de l'impunité.

Quoique les lois ne punissent point l'intention, il n'en est pas moins vrai qu'un délit commencé par quelque action qui prouve la volonté de le commettre mérite une punition, mais moins grave que celle qui serait décernée s'il avait été commis. L'importance dont il est de prévenir un attentat autorise cette punition ; maïs, comme il peuty ;; avoir im intervalle entre le projet et l'exécution , la crainte d'un châtiment plus rigoureux peut aussi produire le repentir; elle peut arrêter le scélérat prêt à se rendre coupable; la même gradation dans les peines doit être suivie, mais pour une raison différente, à l'égard des complices d'un crime dont tous n'ont point été les exécuteurs immédiats. Lorsque plusieurs hommes s'unissent pour affronter un péril commun, plus ce péril sera grand, plus ils chercheront à le rendre égal pour tous; plus il leur deviendra donc difficile de trouver un d'entre eux qui veuille armer son "bras pour consommer le crime, quand celui-là se trouvera courir un danger plus imminent et plus terrible ; cette règle ne souffrirait d'ex-

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ception que dans le cas où quelque récompense proposée à l'exécuteur du crime aurait balancé la différence du crime auquel il s'exposait, et alors la peine devrait être, égale. Si ces réflexions paraissent trop métaphysiques, c'est qu'on ne sentira point assez combien il est important que les lois ne laissent aux complices d'une mauvaise action que le moins possible de moyens pour s'accorder entre eux.

Quelques tribunaux offrent l'impunité à celui qui, s'étant rendu coupable d'un grand crime, découvre ses campagnons. Cet expédient a ses inconvénients et ses avantages. D'un côté, la nation autorise la trahison, sorte de perfidie dont les scélérats mêmes ont horreur entre eux; elle introduit les crimes lâches, bien plus funestes pour elle que les crimes courageux, parce que le courage est peu commun et qu'il n'attend qu'une force bienfaisante pour concourir par elle au bien public, tandis que la lâcheté, si ordinaire aux hommes, est ime contagion qui se répand sans cesse et infecte toutes les âmes; enfin elle fait voir l'incertitude de ses tribunaux et la faiblesse de ses lois, réduites à implorer le secours de ceux mêmes qui les ont violées. De l'autre, elle prévient les forfaits, elle rassure le peuple, toujours effrayé quand il voit des crimes connus et les coupables ignoréa, Elle apprend aux citoyens que celui qui eu*

eint les lois, c'est-à-dire les conventions iibliques ne sera pas plus fidèle aux con- 3ntions particulières. Il me semble qu'une 1 générale pour promettre l'impunité à tout )mplice qui découvre un crime serait préfé- Lble à une distinction spéciale dans un cas irticulier. Une telle loi préviendrait l'union 3S méchants par la crainte réciproque qu'elle ispirerait à chacun d'eux de s'exposer seul 1 danger, et les tribunaux ne verraient plus îs scélérats audacieux puiser leur hardiesse ms l'espérance fondée qu'il est des cas où m peut avoir besoin d'eux; à cette loi il udrait au moins ajouter que l'impunité em- )rterait avec elle le bannissement du délaur... Mais non; c'est en vain que je m'efforce étouffer mes remords; les lois, monument Lcré de la confiance publique, base respee- ,ble de la morale humaine, ne sont point ites pour autoriser la fausseté, pour légitier la trahison. Eh ! quel exemple serait-ce )ur une nation, si la loi, devenue elle-même .fidèle, s'appuyait sur de vaines subtilités )ur manquer à sa promesse , si le malheulux qu'elle a séduit allait recevoir dans les ipplices la récompense ae l'avoir écoutée ! 3 ne sont cependant pas rares, ces monsueux exemples, qui font regarder si souvent s États comme des machines compliquées, )nt le plus adroit et le plus puissant gouverne son gré les ressorts, et voilà ce qui semble

i62 TRAITÉ DES DÉLITS ET DES PEINES

justifier rinsensibilité de ces hommes inac» cessibles à tout ce qui fait les délices des âmes tendres et sensibles ; tels que le musicien dont les doigts habiles tirent tour à tour de l'instrument qu'il possède des sons terribles ou touchants, ils excitent à leur gré les sentiments les plus tendres et les agitations les plus violentes; leur esprit, toujours froid, fait servir à leurs fins les passions qu'il remue et dont il dispose, et leur cœur, jamais ému, ne craint point de ressentir ces mouvements, qu'ils ne connaissent que pour en profiter.

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