‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 11 sur 73 · ÉPIDÉMIES EH RUSSIE · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIES EH RUSSIE

non vaccinés étaient déjà adultes et ne voulaient plus s'assujettira une opération qui s'effectue ordinairement dans l'enfance ; ou bien ils étaient de ceux qui dans toutes choses savent se soustraire en quelque sorte aux dispositions de la loi. Gela posé, les considérations comparatives qu'on pourrait faire n'auraient aucune valeur. On peut dire seulement que la vaccine ne saurait être également, sous tous les climats et dans tous les temps, un remède infaillible contre la variole.

En Russie la fréquence des rechutes fut telle qu'on MSSIE n'aurait peut-être plus eu de foi dans l'efficacité de la vaccine, si l'on n'avait vu que dans d'autres régions la vaccine était constamment salutaire. Nous devons taire à l' égard de la Russie des considérations d'un ordre tout à fait spécial, réclamées par les conditions de ce pays. Sans doute nous y voyons aussi une influence atmosphérique favorable au développement de la variole épidémique. Mais il y a dans cette contrée Que grande superstition qui repousse les remèdes suggérés par l'art, et que difficilement peut vaincre l'empire de la loi. C'est à cette dernière cause surtout que nous croyons pouvoir attribuer les ravages que la variole fait en Russie depuis quelques années.

On sait que le gouvernement russe a fait de grands efforts pour contraindre les sujets à recourir à la vaccination. Mais la faute est dans le degré de civilisation des habitants de ce pays pour lesquels résister à cet ordre c'est comme seconder une aversion crue

avec les aimées contre un tel remède. À quoi servent donc les lois sévères que le pouvoir absolu sait dicter? Malgré les graves amendes et l'emprisonnement qui menacent ceux qui ne font pas vacciner leurs enfants avant qu'ils aient accompli la troisième année et les adultes qui ne se présentant pas à la vaccination ne fournissent pas la preuve d'avoir été inoculés précédemment, le gouvernement se trouve encore dans l'impuissance d'arriver au but qu'il s'est proposé dans l'intérêt des populations.

Venons à la plus terrible épidémie de St-Pétersbourg, qui éclata en 1838. La variole et la varioloïde se répandirent alors alternativement dans presque toutes les classes de la société. Les vaccinés mêmes en furent atteints, et c'est probablement la cause qui induisit le bas peuple à ne plus accepter le bénéfice de Jenner.

Mais les personnes éclairées qui recoururent aussitôt à la revaccination, évitèrent ainsi les graves conséquences de la maladie. Il y eut donc un bon résultat à côté d'un grand nombre de cas bien douloureux. Voyant d'un côté le succès des re vaccinations malgré l'influence d'un climat propre à favoriser la rechute chez les vaccinés, et de l'autre la violence de la contagion dans ceux qui ne l'étaient pas, le gouvernement prescrivit l'obligation de la revaccination, comme il l'avait déjà fait pour la première inoculation On constata, après quelques années, le grand e de cette loi. Il résulte des données slatisti-

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L'Italie a été moins éprouvée que les régions septentrionales. Les épidémies varioleuses n'y furent pas si fréquentes et si terribles. Cependant Sarcone nous raconte que la variole se fit gravement sentir à Ancône en 1551 où elle se manifesta chez les nouveau nés et les adultes sans épargner ceux qui l'avaient déjà soufferte. En 1567 Mantoue et ses environs furent envahis par la variole. Mercuriale parle d'une cruelle épidémie de variole qui dévasta en 1583 une grande partie de l'Italie en portant avec elle toute l'horreur d'une peste. Sarcone fut en 1753 spectateur à Naples d'une épidémie furieuse de petite vérole qui répandit la dé- . solation dans cette ville et dans plusieurs provinces j de ce royaume. En 1757 et 1758 la ville de Naples i fut de nouveau affligée par deux terribles contagions. Sarcone même eut alors à déplorer la perte de deux enfants et ne put sauver qu'avec peine le troisième. Mais ces ravages ne suffirent pas, et cette ville dut souffrir de nouveau, de 1760 à 1768, six désastreuses épidémies qui portèrent le deuil et la consternation dans un très-grand nombre de familles.

Dans l'espace de trois mois de l'an 1792 la ville de Rome perdit plus de 6,000 personnes, et en 1793 2,600.

Ramazzini rapporte à pag. 53 et 54 de son Histoire des constitutions êpidémiques, que la variole régna en 1791 à Modène chez les fiévreux, les femmes enceintes et surtout chez les enfants. Les cas ne furent

EPIDEMIES EN ITALIE Si

guères nombreux durant l'été, mais l'épidémie reprit toute sa vigueur aussitôt que la chaleur diminua.

Longoni nous décrit la variole qui domina à Ferrara en 1716 et en 1717 et moissonna bien des enfants et des adultes.

Le docteur Ricka dit dans son ouvrage Gonstitutio epidemica Taurinensis 1720, que l'épidémie de rougeole qui avait précédemment infesté tout le Piémont donna lieu la même année aux varioles qui continuèrent à dominer au commencement de l'été et pendant tout l'automne en causant une grande mortalité chez les enfants. Ces varioles se propagèrent d'un quartier à l'autre dans le même ordre qu'on avait observé pour l'affection morbilleuse de la ville de Turin, et envahirent le Piémont, la Ligurie, Modène, Rome et le reste de l'Italie. Le même auteur ajoute qu'en 1722 la petite vérole fit une nouvelle apparition en même temps que la rougeole et d'autres fièvres de mauvaise nature. L'épidémie qui reparut à Turin en 1796 et en .1797 fut encore très-remarquable par sa gravité, car elle emporta presque la totalité des naissances d'un an.

Sarcone nous rapporte que Florence souffrit en 1756 une grave épidémie de variole.

Mais après l'introduction de la vaccination l'Italie fut pendant quelques années protégée contre les épidémies de variole. Le professeur Montesanto de Padoue fut un des premiers à parler (1816) de certains cas de varicelle et de varioloïde qui s'étaient manifestés chez

les vaccinés (1). Deux années après, en 1818, le docteur Ghirlanda parla de l'épidémie de Trévise où 200 vaccinés contractèrent la variole bénigne. C'était heurter contre Y opinion de Sacco qui avait soutenu l'efficacité absolue et durable de la vaccine. Ne pouvant nier l'évidence des faits qui se vérifièrent sous ses yeux durant l'épidémie de Milan (1825), Sacco recourut à de nouvelles hypothèses pour expliquer une telle contradiction. Il dit qu'il était mal de confondre avec la variole arabe l'exanthème qui domina dans le Milanais et qui durait encore au moment où il écrivait. Il posa en principe que la varioloïde ou telle autre maladie qui se cachait sous les apparences de la même, n'avait aucun rapport direct avec la variole, ni avec la vaccine ; que c'était une maladie spéciale, bien distincte et d'un caractère tout à fait différent. Il n'est pas besoin que nous nous arrêtions à réfuter l'opinion de ce célèbre médecin : les faits en ont suffisamment démontré l'erreur.

On constata à Venise de 1818 à 1819 des cas de variole chez les vaccinés. Franceschini put s'assurer que des enfants de 3 à 4 ans et des adultes de 20 à 24, tous vaccinés, avaient de nouveau contracté la variole bénigne. Sur un seul la maladie se développa avec gravité. Le doct. Terzaghi observa à Abbiatesprasso en 1818 et 1826 que la petite vérole n'épargnait pas les vaccinés, mais qu' elle les attaquait avec moins

(1) Considérations médico-pratiques sur la variole illégitime..». Padoae.

de violence. Fantonetti décrivit l'épidémie du territoire d'Ossola (1824-1826) et parla de 500 varioleux dont 20 seulement avaient des indices évidents d'avoir été vaccinés.

Le docteur Etienne Moro écrivit sur l'épidémie qui domina à Milan depuis le 13 avril 1825 jusqu'au 7 janvier 1826. On recouvra à l'hôpital civil de Milan 137 varioleux dont 65 non vaccinés eurent 16 décès. Les vaccinés qui conservaient des cicatrices sur les bras étaient au nombre de 68 et résistèrent tous à la contagion. Finalement 4 souffraient la variole pour la deuxième fois et un seul fut emporté par la maladie. Le docteur Moro ne dit rien de l'âge des vaecinés; mais il nous laissa des données importantes sur le temps écoulé depuis la première vaccination.

En voici le tableau :

lepu

is 1 an

5 ans

il >

12 ou 18 ans

Le docteur Moro observa finalement que la variole n'avait plus pénétré en Lombardie depuis près de 20 ans, et qu'elle y fut portée en 1825 par un soldat lombard qui était revenu dans ses foyers.

Nous avons du docteur Grabner Maraschini des détails sur une autre épidémie qui éclata sur le ter-

ritoire de Vicence en 1825. Il en résulte: 1° que la variole prit chez les vaccinés la forme et les caractères de la varioloïde qui était d'autant plus bénigne que l'époque de la vaccination était moins éloignée; 29 que sur ceux qui avaient déjà souffert la variole, la maladie se reproduisit avec toute sa plénitude; 9° que la revaccination pratiquée après 10 ans à dater de la vaccination eut un bon résultat pour 21 sur 30. La même contagion éclata aussi à Padoue en 1825 en attaquant tant les vaccinés que les autres. Parlons maintenant de l'épidémie qui affligea Turin et son territoire en 1829. C'est au docteur Griva (1) que nous sommes redevables d' excellents détails sur la diffusion, la qualité et l'intensité de la contagion. Il commence son mémoire par un résumé de la précédente épidémie de 1823 qui emporta 162 sur 2£80 infectés, soit 1 sur 14. Il n'y comprend pas les vaccinés, probablement parce que peu en furent atteints et sans gravité. Le docteur Griva observe que la première personne atteinte en 1829, avait déjà souffert la variole en 1811 âgée alors de 21 ans. La maladie paraissait provenir de Marseille, d'où elle gagna Nice, Fossano, Albe et finalement Turin. Le tableau suivant démontre l'échelle ascendante et descendante de cette épidémie.

Mars 1829 2 morts

Avril 8 »

(1) Épidémie varioleuso de 1829 à Turin,

EPIDEMIES EN ITALIf

Mai 17 morts

Juin 53

Juillet 163

Août 209

Septembre 156

Octobre 68

Novembre 50

Décembre 26

Janvier 1830 15

Février 5

Mars 4

Les varioleux furent au nombre de 4235 dont 785 succombèrent. On prit note dans cette contagion des vaccinés et de ceux qui souffraient la seconde fois la variole, comme suit :

57 vaccinés 5 morts

156 atteints de 2e variole 9 »

Le nombre élevé de ces derniers en proportion avec le total fit douter quelques-uns et particulièrement Bousquet de la précision des données statistiques. Il pensa qu' on avait peut-être pris la petite vérole volante ou une autre légère maladie de la peau pour la vraie variole. Mais nous devons observer que le docteur Griva n'aurait rien dit à ce sujet, s'il n' avait pu constater en grande partie les cas qu'il a classifiés. U est ensuite probable d'après les informations que nous avons prises, que beaucoup de vaccinés aient eu une variole bénigne qu'on n'a pas cru devoir

notifier à l' autorité compétente. On expliquerait ainsi la différence notable entre le nombre des vaccinés et les cas de seconde variole.

Au reste le doute de Bousquet n'a pas lieu de nous surprendre. D'autres médecins distingués, Grégory entr' autres, sont même plus sceptiques, et rien ne pourrait les induire à admettre la réalité des rechutes de variole. Grégory atteste qu'on reçut dans l'hôpital qu'il dirigeait des personnes présentées comme varioleuses, et qui n'étaient affectées que de lichen, d'orticaire ou d autre maladie semblable. C'est pourquoi il affirme que bien souvent dans les cas de rechute on confond la variole avec d'autres affections d'un caractère plus léger. Admettant même des cas douteux il est certain; selon lui, que le retour de la variole est un des phénomènes les plus rares.

Nous pensons aussi qu'une telle rechute est trèsrare spécialement dans les pays méridionaux et d'un climat tempéré , nous fondant en cela sur l' autorité de Sydenham, Boerhave, Wanswieten, Mead, Haller, Tissot et Chirac qui ne purent jamais observer un seul cas de vraie rechute. Mais d'autres médecins également renommés, tels que Fracastoro, Diemerbroeck, De Haen, Borsieri, Sarcone et Thompson, pensèrent autrement. Ceux qui n'admettaient pas les secondes varioles, attribuèrent à la varicelle le premier ou le second accès, cherchant ainsi à se tirer d'embarras. On sait qu'en 1728 Louis XV, âgé alors de 18 ans, contracta la petite vérole (trois médecins distingues

de ce temps-là en ont fait foi) ; et qu'il mourut 46 ans

plus tard de la même maladie. Malgré ce, certains auteurs ont affirmé qu'on s'y méprit et que la première fois il ne s'agissait que de varicelle.

Avant l'inoculation du vaccin les médecins n'avaient aucun intérêt à examiner ce fait, et n'en faisaient pas grand cas» Cependant des observateurs impartiaux avaient annoncé que la variole avait attaqué jusqu'à trois fois le même sujet. Wanswieten en enregistra quelques exemples dans ses commentaires. On lit au chapitre de variolis de Borsieri : certissimis ex factis, ofoservationibusque medicorum probatae fidei et sum~ mae auctoritaiis cognitum est, non paucos qui jam spontaneas et naturelles aut insitas, artificialesque et quidem veras et légitimas pertulissent, secundo et tertio in easdem incidisse.

Nous ne répéterons pas ici les cas bien connus des épidémies de Marseille et de la Suède ; car il est aujourd'hui bien certain qu'il y a des rechutes de variole. Mais nous n'admettons pas la proportion établie par quelques-uns dans le but évident de propager la vaccination, c'est-à-dire que la variole attaque également et avec la même violence les vaccinés et les varioles. Mais si la seconde variole est très-rare, elle est souvent bien plus grave, et cela par l' influence que les dispositions particulières des individus exercent sur le développement de la maladie.

Mais revenons à l'épidémie de Turin. Il appert des documents officiels que la contagion se manifesta au

printemps d'une manière bénigne, qu'elle arriva à son apogée en juillet et août et commença à décroître au commencement de l'automne pour cesser enfin dans l'hiver successif. Cette épidémie suivit donc la loi commune à toutes les pestes.

Une autre observation intéressante c'est qu'à Gênes où la maladie se développa contemporainement, les décès furent dans la proportion du cinquième sur les naissances de l'année, et à Marseille dans le rapport de °i<> sur °io, c'est-à-dire qu' ils égalèrent les naissances. À Turin au contraire on n'eut que les 2il0.

On eut en résumé dans l'épidémie de Turin, tenu compte des naissances de l'année et du nombre des individus ni vaccinés ni varioles exposés à l'influence contagieuse, le nombre de 21,588 personnes. Mais en réalité les infectés de la susdite catégorie ne furent que 4,235 dont 768 morts.

L'épidémie éclata dans les provinces vénitiennes en 1830 et 1,241 personnes la contractèrent. La statistique d'alors ne fait aucune distinction entre les vaccinés et les varioles. En 1832 et 1833 la contagion fut bien plus violente; elle atteignit 5,706 individus y compris les cas de variole et de varioloïde. Sur ce nombre 3,981 étaient vaccinés. Dans la Val tel li ne il y eut aussi une épidémie de variole en 1831-32. Deux cent cinq en furent frappés, dont la moitié déjà vaccinés. Quatorze succombèrent; mais aucun d'eux n'avait été soumis à l'inoculation jennérienne.

Milan et Mantoue furent pareillement infectés. De

nombreux individus eurent la variole à Milan, sans compter les hospioes et lès asiles. L'hôpital seul de Simonetta accueillit 768 varioleux. Grancini observe qu'il est arrivé dans cette ville le contraire des autres, cà.d.que les vaccinés ont donné en proportion le plus grand nombre de varioles et de décès. Nous n'avons pas cependant les données des autres hôpitaux et des cas isolés pour pouvoir porter un jugement fondé sur la proportion des vaccinés et des non vaccinés, et spécialement sur la mortalité çelative. Le doc* teor Tinelli décrivit la marche de la variole épidémique de Mantoue. On recouvra à l'hôpital civil 75 varioleux, dont 50 vaccinés : en tout 3 décès.

En résumé la variole fut dans ce temps-là et pour on certain nombre d'années presque en permanence dans la Vénétie et surtout en Lombardie. Il résulte du rapport du doct. Lossetti qu'on recouvra en 1837-38 dans les salles des varioleux de Milan 1,411 malades, dont nous croyons utile de reproduire le tableau comparatif par ordre d'âge :

En-dessous de 5 ans 130

De 5 à 10

De 10 à 15

De 15 à 20

De 25 à 30

De 30 à 35

De 35 à 40 et au-dessus 68

Une particularité que le lecteur aura déjà remarquée dans T épidémie lombarde de 1818-19, c'est le nombre remarquable des vaccinés qui ont contracté la variole, nombre qui est ailé en croissant et qui a dépassé celui des non vaccinés. Ce fait a étonné le docteur Bousquet qui a recouru au prétexte ordinaire de l'inexactitude des chiffres. Mais il a probablement oublié que dans le Wurtemberg il y eut de 1831 à 1836 plus de 1055 vaccinés sur 1677 varioleux. Selon nous, Tunique raison de la prépondérance des vaccinés est que dans la Lombardie on a rigoureusement pratiqué la vaccination sur une large échelle, et par conséquent les non vaccinés ne constituent qu'une très-petite fraction des habitants. C'est pourquoi l'épidémie doit nécessairement frapper ceux qui sont déjà inoculés.

Cela posé, les données statistiques de M. Lossetti nous démontrent qu'on ne doit pas trop insister sur la prétendue dégénérescence du vaccin. Car, si présentement on trouve dans le nombre des varioleux des sujets vaccinés depuis peu de temps, ce fait se vérifiait aussi dans un temps plus éloigné. Nous trou* vons en effet qu'au nombre des 1411 malades rapportés par M. Lossetti, et qu'on doit classifier en grande partie comme vaccinés, il y en avait 130 endessous de 5 ans et 101 de 5 à 10 ans. Ces chiffres sont bien significatifs.

Avant de terminer notre revue des épidémies de la Lombardie, nous croyons convenable de résumer un précieux mémoire du doct. Ferrario sur la statistique

officielle et côtnplexive des varioleux vaccinés ou non avec la mortalité respective de 1830 à 1851. Nous y trouvons un nouveau témoignage en faveur de là vaccination et de la revaccination. Les varioleux non vaccinés notifiés dans cet intervalle de temps au bureau sanitaire de Milan donnèrent un minimum de mortalité relative de 7,40 pour 100, un maximum de 80 pour 100, en moyenne 35,64 pour 100. Les femmes non vaccinées varioleuses présentèrent un minimum de mortalité de 9,67 pour 100, un maximum de 77,77 pour 100, en moyenne 41,63 p. 100. La mortalité relative sur 100 mâles vaccinés varioleux donna un minimum de 1,59 p. 100, un maximum de 21,04 p. 100, et en moyenne 7,66 p. 100; chez les femmes vaccinées varioleuses on eut une mortalité minime de 1,98 pour 100, un maximum de 26,48 p. 100, en moyenne 7,71 p. 100. En résumé le doct. Ferrario a constaté de 1830 à 1651 que 100 varioleux donnèrent à Milan une mortalité de 38,31 pour les non vaccinés et de 7,66 pour les vaccinés. Relativement à l'âge il a noté que le plus grand nombre des varioleux vaccinés avaient de 10 à 30 ans.

Bologne souffrit en 1843 et en 1848 deux graves épidémies. La seconde qui fut plus violente attaqua plus de 3000 personnes, dont Un tiers étaient vaccinées.

Le chev. De Renzi a parlé des épidémies de variole dans l'ex-royaume de Naples. Malgré la régularité des vaccinations, il y eut là bien des cas de variole presque toujours modifiée.

7 — Parola, vol. II, De la vaccination.

Il résulte des calculs du doct. Riccardi de Fasano qu'en temps d'épidémie 300 au moins sur 484 vaccinés furent indemnes de la contagion, et que des 184 qui la contractèrent i30 n'eurent qu'une simple petite vérole volante, 40 la varioloïde, 10 la variole grave et 4 la variole très-grave; qu'enfin le nombre des attaqués ne donna qu'un décès.

La plus violente épidémie éclata à Naples au mois de mars 1835 et dura jusqu'au mois d'octobre. On n'y avait pas vu depuis 30 ans de contagion pareille. On compta 7000 infectés dont 1450 succombèrent. Dans bien des quartiers de la ville on eut jusqu'à uu décès sur trois malades. Mais les vaccinés furent presque tous épargnés, tant est grande l'influence de In douceur du climat- Il faut considérer que dans ce temps-là tout au plus la moitié des habitants avaient été vaccinés. L'infection n'était pas trop bénigne : elle avait souvent le caractère confluent compliqué de fièvre typhoïde. Les enfants en bas âge payèrent le plus lourd tribut au fléau.

Les doct. Calosi et Turchetti ont remarqué en Toscane que si la vaccination n'a pas été un préservatif radical contre la variole, ceux qui en ont été attaqués n'ont jamais souffert autre chose qu'une petite varioloïde. On doit surtout attribuer ce fait au climat privilégié de la Toscane. Ce n'est pas, avous-hous dit, vaccinés fussent à couvert de la variole ; ils î contraire en général les premiers à en être à Fucecchio, dans le Valdarno et le Valdi-

nievole. Le doct. Malmelli a écrit que les premiers qui contractèrent la varioloïde et la variole furent précisément les enfants vaccinés deux ans auparavant, soit en 1829 au début de la contagion. Il en fut de même de ceux qui furent inoculés durant les trois années de l'épidémie. Nous avons de quoi nous consoler dans le calcul du doct. Galosi sur la Toscane. Sur 38,137 sujets vaccinés de 1805 à 1841, 912 ne contractèrent que la varioloïde, 20 la variole, et 10 seuls succombèrent.

Pour compléter l'histoire des contagions varioleuses eu Italie nous devons encore parler des épidémies plus récentes dont furent frappés particulièrement le Piémont et la Lombardie. Le che v. Martorelli, conservateur général du vaccin, nous donne d'importants renseignements sur elles dans ses rapports annuels.

Lors de la descente des armées françaises dans la haute Italie en 1859, la variole qui s'était manifestée dans l'hôpital français de Gênes, gagna bientôt toute la ville. Deux mille personnes en furent infectées, et 339 moururent. L'épidémie s'étendit à d'autres pays du littoral maritime; mais elle y fut moins grave, si l'on en excepte la commune de Sassello où moururent 33 individus sur 60 varioleux, et celle de Pigna (arrondissement de San-Remo) où les vaccinés ne furent pas épargnés, et où sur 37 cas dfr variole 6 furent suivis de mort. La province de Goni souffrit aussi de cette contagion dont les germes y furent importés par les milices qui revenaient de la

Lombardie. La variole attaqua 180 soldats et en moissonna 17. Puis la maladie se répandit dans la ville et dans 12 communes environnantes: 366 individus en furent atteints, et 54 succombèrent.

Le nombre total des varioleux s'éleva en 1859 à 4397, et malheureusement celui des décès à 758. La mortalité moyenne a donc été dans la proportion de 17,23 p. 0|0, chiffre relativement assez grave et qui ferait supposer que l'épidémie ait eu un caractère plus intense, si l'on ne tenait compte de beaucoup de cas de variole légère souvent inobservés. Il résulte des rapports des divers commissaires vaccinateurs que l'épidémie a été favorisée dans les arrondissements de Gènes, Coni, Savone et Pallanza par le mouvement extraordinaire des troupes. C'est pourquoi on ne pourrait assez louer la décision prise alors par le ministère de faire revacciner tous les soldats. Cette mesure pratiquée depuis lors chaque année enleva a la variole ce moyen de diffusion.

Le mauvais germe qui s'était répandu dans la région subalpine, fut la cause d' une nouvelle infection en 1860. Les provinces de Gènes, Turin, Milan et Port-Maurice en furent surtout frappées, et un peu moins celles de Novare , Pavie et de Coni. Le nombre total des cas fat de 4689 varioles, 848 varioloïdes, 239 varicelles : en tout 768 décès, soit en mnyeane 15 p. 0|0.

In général les varioles confluenies et la plu- ', des eas mortels furent en raison directe de la

ipiDÉMIES Etf ItALtE 101

négligence des vaccinations. Il est utile de remarquer relativement à l'âge des varioleux que dans la Lombardie où la vaocination était bien pratiquée, l'enfance ne fut presque pas frappée et les adolescents fort peu. Chez eux la mortalité se limita dans plusieurs localités à 2 3(4 et à 3 et 1(2 p. 0[0. Au contraire dans l'arrondissement de Turin où la vaccination n' était pas encore assez répandue, l'enfance fut frappée de préférence. Il résulte des tableaux nécroscopiques du doct. Torchio que sur 124 varioleux morts dans la ville et aux environs, 58 n'avaient pas encore passé le premier lustre.

Il faut remarquer que dans plusieurs communes le développement de cette affection sur un ou deux individus déterminèrent en peu de temps une diffusion générale. C'est ce qui a fait sentir la nécessité d'une Ici prescrivant de déclarer aux autorités compétentes les premiers cas d'une maladie contagieuse, afin qu'on puisse en arrêter promptement le cours.

L'encouragement général donné aux vaccinations en 1860 fit que la variole se manifesta moins fréquemment en 1861. Les décès qui s'étaient élevés en

1860 au nombre de 868, ne furent que 475 en 1861. On ne peut dire que la constitution atmosphérique de

1861 se soit montrée moins favorable à la variole; car là oh la vaccination avait été retardée dans les années précédentes et oii l'on ne s'était pas hâté d'arrêter la contagion dès son apparition, elle fut bien plus grave et terrible. Il en fut ainsi dans quelques communes

de la Valtelline et de la vallée d'Aoste où l'agglomération des habitants dans des habitations étroites et basses favorisait le développement de la variole qui avait éclaté en hiver. À Longade, province de Sondrio, sur une population de 880 habitants, la variole en frappa en deux mois 08 dont 10 périrent. 11 en arriva de même dans les mandements de Chatillon, de Verres et de Donnaz dans lesquels 295 atteints de variole donnèrent 39 décès. Mais, ici encore l'efficacité antivarioleuse du vaccin se montra incontestablement. À Longade, par exemple, la contagion cessa bientôt merci aux vaccinations et aux re vaccinations pratiquées promptemeut. Le même fait se vérifia aussi dans l'arrondissement d'Aoste où furent préservées les communes qui avaient régulièrement pratiqué la vaccination dans les années précédentes.

La petite vérole domina en 1861 dans la province d' Ancône, et surtout dans la ville et ses faubourgs. D'après la relation du doct. Canuti, les cas de variole s'élevèrent à 3593 dont 1839 non vaccinés donnèrent 98 décès. On n'enregistra qu' un seul décès chez les vaccinés , pour lesquels la maladie fut en général douce et bénigne avec les caractères de la varioloïde et de la varicelle.

En 1862 Gênes fut de nouveau visitée par la vappa seulement les individus non-vacie centaine succombèrent. La province et les arrondissements de Lodi et de aussi envahis par ce fléau. Dans l'ar-

rondissementde Milan les affections varioleuses furent au nombre de 843 et les décès 103. Bien des vaccinés furent atteints de la maladie. Mais ceux qui n'avaient pas dépassé la onzième année n'eurent que des varicelles bénignes et des varioloïdes, excepté un seul cas de variole confluente et mortelle qui se développa chez un enfant sur lequel les pustules vaccinales étaient déjà en cours. Mais depuis l'âge de 11 ans jusqu'à 30 les varioloïdes et même les véritables varioles se manifestèrent plus fréquemment et avec des suites funestes. D'où dérive la nécessité de la re vaccination. Sommant en un seul chiffre toutes ces affections varioleuses du Piémont et de la Lombàrdie, nous avons 3899 varioleux et 469 morts. D'après le rapport du doct. Robolotti sur les affections varioleuses de 186061-62 dans la province de Crémone, les infectés furent au nombre de 3946, dont 138 moururent, à raison de 3,49 p. OiO. Les femmes furent relativement aux hommes dans la proportion de 4 à 5. Nous avons les données suivantes sur l'âge de 1071 varioleux.

De 1 à 10 ans N. 132

De 10 à 20 > >

De20 à 30 > >

De 30 à 40 > >

De 40 à 50 > >

au-delà de 60 ans

lQ4 DE LA VACCINATION — CHAPITRE tlX

Comme on le voit, la moitié environ des cas (528) a été fournie par les sujets âgés de 10 à 30 ans. Cette épidémie fut importée dans la province de Crémone au mois d'octobre 1859 par les militaires qui revenaient de la guerre contre l'Autriche. En général ceux qui avaient été parfaitement vaccinés et qui en conservaient des traces évidentes, résistèrent à la maladie, encore qu'ils se trouvassent en contact et assistassent continuellement les varioleux. Ceux qui n'avaient que des traces imparfaites, souffrirent la varicelle ou une varioloïde légère. Mais ceux qui, n'avaient pas été vao cinés ou qui l'avaient été sans succès, fureQt frappés par la variole ri a ligne, et beaucoup en moururent. Il nous reste à dire que dans cette épidémie la vaccination démontra plus de puissance que la variole naturelle.

En 1867 la province de Novare eut 382 cas de variole et 158 cas de varioloïde,, eu tout 540. dont 37 de non vaccinés, et 503 d'autres; il en mourut 9 des

premiers, et seulement 4 des vaccinés.

La variole qui, bien que bénigne et limitée, avait continuellement manifesté sa présence eu Piémont et en Lombardie, donna encore en 1868 les chiffres suivants: chez les sujets non vaccinés, cas de variole 516, de varicelle 182, décès 118; chez les vaccinés, cas de variole 2764, de varioloïde 1345, décès 167. Total de la mortalité 285.

Le chev. Martorelli fait remarquer au sujet du nom* bre des vaccinés atteints de variole, que, tandis que dans certaines localités il y eut parmi eux des cas

fréquents de. variole grave et mortelle dans d'antres au contraire oes cas ne furent observés que rarement et presque exceptionnellement; et qu'il faut, par conséquent, attribuer ce résultat différent à bien de la négligence dans la pratique des vaccinations, Le zélateur observa avec plaisir que les nombreuses et fréquentes vaccinations pratiquées dans la ville de Turin, ont servi à ea éloigner fort heureusement la variole. La lymphe dont on se sert habituellement à Turin est la lymphe hofiftinale qui n'a presque jamais fait défaut et nous en avons une preuve en ce que Ton a eu m 1866 que 15 décès de varioleux, 16 «» 1867, 1, seul en 1868. Il faut eneora noter que ces varioieux n'étaient pas tous de Turin ou des environs.

La variole domina dans la province de Pérouse en 186849. En 1868 elfe envahit 36 communes, 21 en 1869t On compta la première année 1301 oas de variole dont 157 décès, kes vaccinés y fareat pour 93 <**de variole avec 9 décès et 482! cas de varioloïde ou <te wieeUe. En 1360 on eut 958 cas de variole et 137 décès; la part des vaccinés fut de 44 variole* avec % décès, et de 163» cas de varioloïde ou varicelle*!^ repart de la mortalité totale des individus attaqués fut P°*» Fan 1868 de 11,5 p. (HO, et pour 1869 de 13,8 P* % Maie M, le dock Merrani fait remarquer que les cùîffnes <Je j86& ne sont guère exacta Enfin il observe ^Ptosjeurs communes qui avaient démontré de Temff^ment pour les vaccinations, furent exemptes de

Les provinces napolitaines continuèrent , comme par le passé, à être plus heureuses. M. Minervini, conservateur général du vaccin, écrivit en 1865 que, grâce au zèle démontré par les vaccinateurs, la petite vérole s' y manifestait rarement et que lorsque elle y apparaissait sous forme épidémique, elle était très-douce en général, ce qui démontre que les vaccinations enlèvent à la contagion varioleuse la puissance de se développer meurtrièrement.

Parvenus à ce point, nous devons dire que l'Italie ne fut pas exempte depuis de graves épidémies ds variole. Ce fléau peut encore aujourd'hui sévir d'une façon terrible, surtout s'il est favorisé par certains principes cosmo-telluriques qu'on n'a pas encore su bien déterminer, par les grands mouvements des troupes, l'agglomération des habitants, et enfin par la négligence des mesures hygiéniques. Ceux qui n'avaient pas été vaccinés, ou qui ne l'avaient été qu'imparfaitement, n'en firent que trop la douloureuse expérience. Ici, comme ailleurs, la proportion de la mortalité est représentée par des chiffres très-élevés.

Gênes ne tarda pas à cause de son commerce étendu à être envahie par la variole qui infestait alors la France. C'était au mois de mai 1870. La contagion se développa d'abord dans certains quartiers, puis elle s'étendit à toute la ville. M. Martorelli (1) note que

que sur lu vaccination! «I la (piiémiet dt ■71 dam la anciennes prtnineet ie ttmftrmt

KPIDÉMinS EN ITALIE 10?

du 5 mai au 31 juillet on signala 448 cas de variole, dont 156 mortels. L'épidémie atteignit le comble au mois d'août et de septembre* où le nombre des varioleux fut de 1526, dont 507 succombèrent. Elle commença ensuite à décroître lentement et s'éteignit au mois de mars de l'année suivante. En total l'épidémie donna 4435 cas de variole et 1255 décès. Ce fut après la contagion de 1829 où le nombre des victimes égala presque la moitié des naissances, l'épidémie qui désola le plus la ville de Gênes. Des causes locales d'insalubrité, telle que l'agglomération d'un grand nombre d'habitants dans les maisons élevées de certains quartiers, séparés par des ruelles très-étroites, ont certainement contribué à alimenter la variole; mais la cause principale n'est, selon nous, que dans l' indifférence pour la vaccination. Le doct. Balestreri (1) conteste que le vaccin fut détérioré, et fait dépendre la gravité de cette épidémie de l'incurie des vaccinations, et plus spécialement de celle des vérifications. En effet, en 1871, sur 1034 vaccinés, 418 ne se présentèrent pas à la vérification. Mais ce n'est pas tout. Chez les Génois la vaccination est fort négligée et différée dans la première enfance. Sans parler des années pré* cédentes où le nombre des inoculations fut de beaucoup inférieur aux naissances, nous dirons seulement qu'en 1870, malgré la fureur de l'épidémie, on ne nota sur les registres des naissances de cette année que

I) La variole et la constitution médicale de Gènes en 1869 et 1870.

408 DE LA VACCINATION -7- WUPIME XlK

674 nouveaux-nés sur 3081 vaccinés; 1069 avaient de 1 à 5 ans, et 1338 dépassaient cet âge. Il ne faut donc pas s'étonner si la variole» trouva à Gênes un terrain si propice k son développement, et si elle y emporta 1255 infectés, dont les trois quarts, soit 938, n'avaient pas été vaccinés,

De Gènes, la variole gagna presque toutes les communes de la province et s'étendit même à celle de Port- Maurice, En total la Ugurie eut dans cette épidémie 6694 varioleux qui donnèrent 2074 décès. Les non vaccinés y furent pour 3153 cas, et les vaccinés pour 3541. Cette petite différence suffit à démontrer que la vaccination est fort négligée dans la Ligurie. Les non vaccinés donnèrent 1518 décès, et les vaccinés 554. Mais cette mortalité relative n'est pas basée sur des chiffres exacts, car bien des cas de varioloïde et de petite vérole bénigne ne furent certainement pas déclarés.

Le Piémont dut bientôt subir l'influence varioleuse qui dominait dans la Ligurie et en France. Les arrondisaements de Suse et d'Ivrée furent des premiers attaqués, puis celui de Turin et surtout celui de Pignerol. La province de Coni n'en fut pas exempte; mais la contagion y sévit en moindres proportions, si bien que l'on n'eut dans les deux années en question, que 1886 cas de variole dont 184 décès, tandis que la province d'Alexandrie eut 2392 cas de variole avec 266 décès, et celle de Novare 2250 cas de variole avec 294 décès. La ville de Coni où nous résidons et qui a

environ 23,000 habitants, eut en 1871 88 cas de variole ou de varioloïde avec 31 décès. Il y eut certainement un plus grand nombre de cas, mais ils passèrent sous silence soit qu'on n'ait pas appelé un médecin, ou que les officiers sanitaires ne les aient pas consignés. Le montant seul des décès est exact* En tout cas la contagion ne fut pas si étendue qu'en 1841, où nous eûmes avec moins de population 600 cas et 73 décès. Ce n'est pas que la variole ait été en 1871 d'une nature plus bénigne; car tant à Ooni que dans d'autres localités voisines, à Dronéro par exemple où nous dûmes nous rendre en notre qualité* elle attaqua avec bien de la virulence (étant môme compliquée de typhus et d'hémorrhagie) spécialement les non vaccinés* La cause de la différence entre les deux épidémies consiste, à notre avis, dans ce que la vaccination était fort peu pratiquée en 1841, et qu' en 1871, outre qu'elle était en grand honneur* les revao* cinations étaient déjà bien propagées*

Nous pûmes constater de visu dans cette dernière épidémie que le vaccin humain conserva constamment son efficacité protectrice; c'est pourquoi nous ne pouvons pas si facilement prêter foi à ceux qui veulent le considérer comme dégénéré ou tout au moins comme demi-impuissant.

Arrêtons-nous un moment à la dernière épidémie qui régna à Turin. M. Martorelli observe qu'elle a été précédée par une autre très-intense de morbillus. Cette circonstance notée anciennement par Sydenham, De

ilO DE LA VACCINATION — CHAPITRE XIX

Haen et Rosen, démontre que les affections zymotiques succèdent facilement les unes aux autres ou régnent contemporainement, et se développent, abstraction faite de la contagion, sous l'influence de causes communes cosmo-telluriques , qui , comme nous l'avons dit, ne sont pas encore bien constatées. En 1868 et 1869 la variole n'était encore que bien rare à Turin. Trois décès seuls furent constatés dans ces deux années. Mais un individu provenant d'une autre province et qui avait contracté la petite vérole cohérente, fut recouvré dans un hôpital et malheureusement dans le compartiment des autres malades dont quelques-uns gagnèrent l'infection. On prit alors les mesures voulues. Jusqu'en octobre le nombre des cas de variole fut peu notable ; mais il commença à augmenter, en novembre. Le mois de janvier donna 262 infectés dont 57 succombèrent. La maladie décrut ensuite lentement et s'éteignit vers la fin de 1872.

Le contingent des varioleux fourni en 1870-71-72 par la ville et le territoire de Turin a été officiellement constaté au nombre de 2805 dont 1913 de variole, 735 de varioloïde et 157 de varicelle. Total des décès 550.

Ces chiffres cependant sont de beaucoup inférieurs à ceux de l'épidémie de 1829. Les décès s'élevèrent alors au nombre de 785, bien que la population qui était en 1872 de plus de 210,000 habitans, n'en eût en 1829 que 120,000.

Cette différence en faveur de la dernière épidémie

EPIDEMIES EN ITALIE 111

résulte uniquement, comme l'observe M. Martorelli, de ce que la vaccination est maintenant plus propagée et mieux dirigée et contrôlée. De plus la vaccination qui se fait à domicile dans les quartiers les plus peuplés, et la revaccination qui, grâce à l'initiative du chev. Carenzi, se pratique depuis plusieurs années, ont certainement protégé dans la dernière invasion du fléau des centaines de familles et la plus grande partie des établissements d'instruction et de bienfaisance.

Le doc t. Rizzetti, directeur du bureau d'hygiène, a donné le nombre des vaccinés et des non vaccinés qui gagnèrent l'infection. Les premiers furent 2013 avec 202 décès; les autres 617 avec 277 morts.

Les autres arrondissements de la province de Turin souffrirent aussi de l'épidémie, en particulier celui de Pignerol. Le nombre total des varioleux fut dans la province en 1870-71 de 4530 dont 766 succombèrent. Les cas de variole en Piémont dans ces deux années sont en total 10,558 dont 1510 décès. 4531 non vaccinés eurent 1176 morts, en moyenne 25,97 p. 100. Six mille vaccinés ne donnèrent que 320 décès, en moyenne 5^3 p. 100. Oti trouverait-on une meilleure preuve en faveur de la vaccination? En 1829, lorsque la pratique de Jenner n'était guère en honneur, on eut en Piémont 14,428 cas avec 2191 décès.

La variole éclata en Lombardie en 1870. Milan surtout dut subir les suites funestes de la durée et de l'intensité du fléau. On ne s'y rappelait pas d'avoir souffert une épidémie aussi terrible depuis l'introduction

Ht DE LA VACCINATION — GH APURE XIX

dé l'incision jennêfienne. Là variole commença mus forme sporadiquè au commencement de l*année, et alla en croissant jusqu'à l'avivée de l'automne, où elle manifestait déj* un caractère grave et épidéœique. Elle déclina un peu dans le premier trimestre de Tannée suivante, reprit une nouvelle force au mois de mai et arriva à ton plus haut degré d'intensité au mois de septembre et d'oôtobre 1871. Diminuant ensuite avec lenteur, la contagion cessa au commencement du second semestre de 1872.

Le dôct. Breganzâ, médecin à l'hôpital des variôleux, a noté relativement à l'influence de l'atmosphère qu'à l'exception de certaines intermissions ou répits* toutes les saisons favorisèrent également le développement de l'épidémie, un hiver fort rigide comme un printemps très-variable, un été caniculaire comrte un automne inconstant.

Le rapport du bureau médical dit que les cas de variole dénoncés à Milan dans les deux années et demie que dura la contagion s'élevèrent à 6245, et les décès à 1127. Deux cent quarante-trois non vaccinés eurent 122 morts; 5827 vaccinés en eurent 076; 71 revaccinés avec du virus humanisé en eurent 6 ; 43 revaccinés avec du virus animal en eurent 3. Sur 47 vaccinés qui souffrirent nouvellement la variole, 13 moururent Enfin 14 oas de rechute de variole donnèrent 7 décès.

La variole hémorrhagique fut ordinairement mortelle; 127 succombèrent sur 138 qui en furent atteints. Sur 1872 varioleux soignés à domicile 365 suocom-

EPIDEMIES EN ITALIE 113

bèrent à la contagion, soit 21 p. 100. Les autres 4513 furent traités dans les hôpitaux et donnèrent 762 décès, 16,09 p. 100. Cette différence assez remarquable entre* les uns et les autres démontre Futilité d'établissements réservés aux varioleux. L'administration communale de Milan, reconnaissant que le grand hôpital de la Rotonda était insuffisant, fit préparer provisoirement un autre local où furent recouvrés 529 varioleux.

Les hôpitaux où Ton agglomère souvent plusieurs centaines de varioleux, ne sont pas sans danger. Ils forment comme des foyers intenses qui rayonnent tout au tour et envahissent les localités de proche en proche. Ce fait déjà reconnu à Paris et à Bordeaux, a été confirmé à Milan par le bureau médical de la municipalité, sur l'observation que la variole fut presque en permanence et conséquemment bien plus fréquente dans les maisons contiguës aux hôpitaux de la Rotonda et S*-Marie de Loreto. Faisons donc des vœux pour que, à l'occasion d'une épidémie, on suive l'avis des médecins milanais. Les hôpitaux seront d'autant plus utiles qu'ils seront plus nombreux et situés à une certaine distance des habitations.

Aucune des provinces de la Lombardie ne fut exempte de la contagion varioleuse. Elle sévit surtout dans eelles de Milan, de Bergame et de Pavie, et avec plus de violence en 1871 que l'année précédente.

On eut en résumé pour toute la Lombardie 26,021 cas dont 23,565 de variole, 2385 de varioloïde et 171

8 — Parola, vol. II, De la vaccination.

114 Dr LA VAGCINATIOS — CHAPITRE XIX

de varicelle. Le total des décès fut de 3850 dont 404 parmi 1378 non vaccinés , en moyenne 29,31 p. 100. Des 24,643 vaccinés 3446 succombèrent» en moyenne 13,57 p. 100. Mais si d'un côté le très-petit nombre des non vaccinés atteints de la variole, est une preuve évidente du zèle des vaccina teurs et de l'empressement des parents à faire inoculer leurs enfants; le nombre- élevé des vaccinés qui ne purent supérer la maladie fait d'autre part justement douter que la pratique de la vaccination laisse quelque chose à désirer, surtout relativement aux vérifications. Pour avoir un service vaccinique complet il conviendrait, comme nous l'avons dit, instituer des juntes particulières chargées d'en contrôler sérieusement toutes les opérations.

Les maladies épidémiques obéissent à une loi fatale. Elles tendent à répandre leur triste influence, comme si la constitution qui leur est favorable dominait partout Ainsi la variole envahit encore d'autres pays de l'Italie. Le doct Orsi (1) dit qu'elle fut importée à Ancône par des détachements de conscrits au commencement de février 1871. Elle s'étendit ensuite dans la province en établissant ses principaux centres dans les communes revéches à la vaccination et à la revaccination. On nomme surtout Montesicuro, Falconara et Gorinaldo. La ville d*Ancone* grâce aux mesures d'isolement qu'on sut y prendre à temps et à la vacci-

nation et reyaccination animale et humanisée pratiquée de famille en famille, n'eut que 93 individus atteints d'affection varioleuse, 40 dans la ville et 53 dans le territoire environnant. Les cas de véritable variole furent 79, et 14 de varioloïde. Toute la province donna (1871-72) 2548 cas de variole et 861 de varioloïde. Les décès furent en tout 269. Du mois de novembre 1872 à la fin de 1873 on déclara encore 757 cas. Total 4166 cas et 356 décès, soit 1631 vaccinés infectés de variole avec 96 décès, en moyenne 6 p. 100; 943 non vaccinés avec 213 décès, à raison de 22,59 pour 100; 550 cas de vaccination douteuse dont 47 décès ; 668 affectés de varioloïde ; 35 non vaccinés qui eurent la varicelle ; enfin 339 qui eurent la varioloïde après une vaccination douteuse.

Dans la province de Naples les varioleux furent 3309, dont i348 non vaccinés et 1961 vaccinés. Les premiers eurent 580 morts, 43,10 p. 100; et les dei> niera 253, c'est-à-dire 12,90 p. 100.

Nous avons sur l'épidémie de Rome de 1871-1873 une excellente monographie du professeur David Toscani (i). Comme une nouvelle preuve que les pays méridionaux sont bien moins sujets à cette sorte de peste, nous devons dire avec M. Toscani que six lustres s'étaient écoulés sans qu'une grave épidémie eût envahi cette ville. Les quatre premiers décès causés par la variole eurent lieu en décembre 1870 à l'hôpital

(1) L'épidémie de variole à Rome en 1871-73 et les vaccinations pu- Wfset Ami la même ville, Rome, 1874,

du St-Esprit. Le bureau municipal de santé établi depuis peu de jours à Rome s en préoccupa. Bien que la maladie existât, d'après les informations de M. Toscani, depuis le mois de mai 1870, on fait courir l'épidémie du commencement de janvier 1871 jusqu'à tout juin 1873. On déclara durant ce temps 3149 cas de variole avec 1219 décès, repartis de la manière suivante: 1871, atteints 909, morts 412; 1872, atteints 2096, morts 759; i<* semestre de 1873, atteints 144, morts 48.

L'épidémie qui s'était maintenue dans des proportions très-limitées jusqu'à la fin août 1871 , présenta une augmentation sensible au commencement du mois de septembre. Parvenue à son apogée en janvier 1872, où l'on eut 526 varioleux, elle décrut ensuite par degrés. De même qu'à Turin le morbillus se manifesta en coïncidence avec la variole. L'épidémie frappa surtout les classes pauvres; des seize rioni celui qu'on nomme Borgo fournit le plus grand nombre de cas. Le rapporteur en attribua la cause à ce que dans ce rione se trouve l'hôpital du St-Esprit où étaient recouvrés les varioleux civils et militaires. Les vaccinés infectés furent au nombre de 521, dont 72 succombèrent, 13,81 p. 100; tandis que 2289 non vaccinés donnèrent 1065 décès, soit 46 p. 100, et 339 de vaccination douteuse en eurent 82, c. à d. 34,30 p. 100.

Il est vrai de dire que les vaccinations publiques étaient plutôt négligées à Rome, puisque de 1848 à 1870 elles ne furent, d'après le tableau du doct. Toscani,

que 13,163; et que sur 1746 enfants qui contractèrent la variole, 136 seulement avaient été .vaccinés. Il résulte encore que sur 521 vaccinés varioleux, 104 avaient été vaccinés à Rome, 8 dans les bureaux de la municipalité et 96 dans les maisons particulières. C'est pourquoi M. Toscani note justement que sur 20,137 vaccinés avec succès entre 1848 et 1872 huit seulement furent atteints de la petite vérole et deux seuls en moururent.

Nous devons encore observer que dans cette dernière épidémie le vieux vaccin humanisé (nous le disons vieux, puisqu'il n'avait pas été renouvelé depuis tant d'années) conserva toujours si inaltérablement sa première vigueur, qu'on ne douta pas de le mesurer à tout autre vaccin sous le rapport de l'efficacité préservative.

Les cas de rechute de variole s'élevèrent à 23 avec 4 décès. De toutes les formes que prit la contagion la plus mortelle fut l'hémorrhagique; 57 qui en furent atteints eurent 50 morts. Comme à Milan la mortalité fut en moindre proportion chez ceux qui furent traités dans les hôpitaux.

Le tableau suivant nous présente les principales épidémies qui éclatèrent en Italie entre 1870 et 1873.

DE LA VÀCCWATION — CHAPfTM XIX

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Il est bien certain qu'on ne comprend pas dans ce tableau tous les cas survenus en Italie. La variole s'est plus ou moins manifestée partout. Il ne s'agit ici que des plus graves épidémies, et il en résulte que cette peste n'a pas été si étendue et si mortelle en Italie qu'en France, en Belgique et en Prusse. Chez nous le total des décès n'arrive pas à 10,000, et si même on voulait le porter à 15,000, nous serions encore bien éloignés des 90,000 de la France, des 60,000 de la Prusse, et des 21,000 de la Belgique. Accordons, si l'on veut, que la circonstance d'une guerre désastreuse a pu favoriser la contagion ; mais il n'en est pas moins vrai que les conditions du climat et la bonne direction du service vaccinique (meilleure sans contredit chez nous qu'en France et en Belgique) ont rendu l'épidémie plus bénigne en Italie. Une preuve relative au climat, nous la trouvons encore en ce que la variole fut plus répandue dans l'Italie septentrionale que dans les provinces du midi.

11 résulte encore du tableau précédent que là où, comme à Gênes et à Rome, la" maladie a été plus violente chez les non vaccinés, elle a également été nuisible aux vaccinés; tandis qu'à Ancône et dans le Piémont on a des moyennes minimes pour la mortalité des uns et des autres. Gela prouverait, à notre avis, que la variole pour être supérieure à la modification salutaire de la vaccine doit se développer avec une certaine intensité et être accompagnée de certaines formes qui en augmentent la gravité.

Nous dirons en outre que les moyennes de la mortalité des vaccinés ne sont pas trop exactes ; puisque, comme ailleurs, bien des cas de variole bénigne et de varioloïde n'ont pas été notifiés aux bureaux sanitaires. Le petit nombre des décès arrivés en Piémont et à Ancône fait foi de l'incontestable efficacité du vaccin ; et si, comme en Lombardie et à Gênes, il y a eu un grand nombre de vaccinés infectés et de décès, on doit attribuer ce fait surtout au manque de vérification des inoculations. Il est certainement permis de douter que plusieurs qui figurent comme Taccinés ne l'aient pas été avec succès.

Une grande preuve de la singulière intensité de la maladie, nous la désumons de ce que là où l'on a tenu compte des rechutes la maladie a été bien plus funeste chez les nouvellement varioleux que chez les vaccinés. Il faut aussi observer que quelques-uns avaient été non senlement varioles mais vaccinés; d'où il résulte qu'il y a des organismes doués d'une réceptivité particulière à laquelle ne peuvent s'opposer ni la variole ni le vaccin.

Nous avons déjà vu qu'à Paris et à Berlin un grand nombre d' enfants ont succombé à la petite vérole. Ce fait s'est reproduit chez nous. À Gênes, sur 1255 décès les enfants non vaccinés au-dessous de cinq ans y sont pour 804. À Turin la mort de plus du tiers des varioleux, soit de 183 enfants, doit être encore attribuée à la négligence des vaccinations. On a eu à Milan 97 victimes, tous enfants qui ne dépas-

saient pas la deuxième année , et que les ' parents n'avaient pas fait vacciner. On a de même à Ancône 81 décès d'enfants de 1 à 5 ans non Vaccinés. À Rome finalement sur 409 enfants qui se trouvèrent dans la même condition et dans la première année de leur vie, 229 ne purent survivre à l'assaut de la maladie. D'où il faut nous convaincre que la variole n'épargne pas plus aujourd'hui qu'autrefois les enfants d'un âge tendre, et que par conséquent les parents doivent les soumettre en temps opportun à T insertion jennérienne, et, en cas de contagion, dès les premiers jours de leur vie. Il se présente néanmoins des cas singuliers, où des enfants vaccinés depuis peu de jours contractent la variole. Le doct. Tosèlli a constaté à Centallo (Goni) qu'un enfant de 2 ans, vacciné avec succès 26 jours auparavant, contracta la petite vérole confluente dont il guérit. Le doct. Martorelli rapporte que l'éruption varioleuse se développa aussitôt après l'éruption vaccinale sur deux enfants de la province de Brescia. Mais de tels cas sont bien rares et exceptionnels.

Nous croyons maintenant utile de reproduire deux tableaux. Le premier est du doct. Orsi, et comprend les villes de Gênes, Turin, et Milan et les provinces d'Àncône et de Naples. Le doct. Toscani a dressé le second qui concerne la ville de Rome. N

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