‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 38 sur 73 · VACCINÉS · texte numérisé non relu

VACCINÉS

REVACCINÉS

Les membres de la commission purent se convaincre que, de même que pour les animaux, il fallait laisser de côté -la méthode des piqûres et recourir à celle des incisions dans les vaccinations pratiquées sur l'homme avec la lymphe des bêtes bovines. Ils observèrent enfin que les pustules vaccinales qui résultaient de la première inoculation du vaccin animal sur les enfants, étaient peu développées et souvent précoces; mais qu'à la suite des passages successifs du même dans d'autres enfants, elles devenaient plus régulières et plus belles.

MM. les doct. Martorelli et Carenzi et les vice-conservateurs de Bergame, d'Asti, d'Alexandrie, de Pérouse etc. avaient déjà eu les mêmes résultats dans les expériences comparatives qu'ils avaient faites sur des enfants tant avec le vaccin animal qu'avec le vaccin humanisé, et constaté que tandis que le dernier déployait sur un bras son efficacité ordinaire, le vaccin animal conservé ne produisait sur l'autre bras que très-peu de pustules chétives entourées d'une aréole peu étendue. M. Martorelli et les doct. Peola d'Alexandrie ne purent en obtenir de plus belles qu'à la troisième reproduction dans l'homme du virus du pus animal.

La commission releva une notable différence entre les résultats de la Vénerie et ceux de l'école vétérinaire, et attribua avec raison le plus de succès obtenus dans cette dernière à ce que les animaux toujours renfermés dans les étables se trouvaient dans un milieu tempéré et constant, tandis qu'à la ménagerie royale les bêtes bovines restaient dans la prairie toute la journée.

Le prof. Bassi fit des observations microscopiques sur les matières vaccinales dont nous venons de parler; mais de l'examen des dessins qui les représentent il ne ressort aucune différence morphologique essentielle entre elles.

Finalement la commission voulut essayer de transmettre la syphilis aux bovines, et de la reproduire ensuite sur l'homme. À cet effet elle inocula le virus

syphilitique à trois bêtes. Quatorze jours après on vit apparaître sur une d'elles, précisément là où avaient été pratiquées les incisions, deux papules bien relevées, dores, d'une teinte cuivrée, avec induration du parenchimede la glande mammaire, lesquelles 7 jours après étaient disparues. On ne put rien constater sur la seconde bête, qui fut retirée après deux ou trois jours par son propriétaire. La troisième était une génisse de 4 mois sur laquelle le prof. Bassi pratiqua (le 2 décembre 1871 à l'école vétérinaire) cinq incisions avec des détritus syphilitiques à la région inguino-crurale, à savoir trois à gauche et deux à droite. Ces détritus provenaient d'un jeune homme robuste âgé de 26 ans, qui ayant contracté la syphilis peu de jours auparavant avait été recouvré le 1er décembre à l'hôpital des syphilitiques de Turin. Quarante-huit jours se passèrent sans aucune manifestation ; mais le 19 janvier la commission reconnut qu'il y avait un commencement de travail local, et le 2 mars (90 jours après l'inoculation) elle constata sur la face interne des cuisses tant d'un- côté que de l'autre une papule relevée, molle, du diamètre environ d'un centime, et d'une teinte cuivrée avec induration de la glande mammaire sur quelques points. Cent trente-huit jours après les incisions les papules étaient mieux développées et plus larges: une avait le diamètre d'une pièce d'un franc, l'autre d'une monnaie de 20 centimes. L'induration de la glande était plus prononcée; mais l'état de nutrition générale était excellent.

Le doct. Giacomini inocula le 20 avril les détritus de la papule du côté droit à une jeune femme de 24 ans bien constituée et recouvrée à l'hôpital des syphilitiques pour des excroissances vulvo-périnéales. Le 28 avril il fit avec les autres membres de la commission une nouvelle visite à cette femme, et constata qu'elle avait à l'endroit des incisions deux petites papules bien distinctes, à bords relevés et d' une teinte cuivrée. On ne put continuer les observations sur la même, parce que le 30 avril elle voulut sortir à tout prix de l'hôpital.

Le veau femelle qui fournit ces détritus présentait 178 jours après l'inoculation beaucoup d'autres petites papules d' une couleur cuivrée, et une année s'était écoulée qu'il avait encore à l'endroit de l'inoculation deux petites papules de la largeur d'un centime ; mais l'état de nutrition de l'animal était florissant. Le prof. Bassi enleva en partie ces papules, et les ayant examinées avec le microscope, il put s'assurer de leur nature spécifique.

De toutes ces expériences la commission turinaise conclut: 1° que le vaccin humanisé réussit mieux et se conserve plus facilement : 2° qu'on doit, encore préférer l'inoculation de bras à bras, et que si on voulait y substituer la vaccination animale, non seulement on ferait une chose inutile, mais ce changement serait le point de départ du déclin de l'art vaccinique.

Ces conclusions furent combattues à outrance par les partisans de la vaccination animale, qui oppo-

sèrent leurs propres expériences à celles de la commission susdite. Jusqu'à ce point ils étaient dans leur droit; mais quelques-uns allèrent même jusqu'à dire que la passion avait aveuglé M. Martorelli et ses collègues. Nous nous bornons à- déplorer tant de passion, car la commission turinaise dont nous avons l'honneur de connaître personnellement les principaux membres, n'a pas besoin que nous la défendions contre les insinuations malveillantes de ses adversaires, persuadés que nous sommes que ces personnages respectables ont rapporté consciencieusement ce qu'ils avaient observé.

À notre avis, si les expériences de Turin et de la Vénerie ne suffisent pas pour diminuer la véritable valeur de celles qui ont été faites à Milan, à Ancône etc., elles servent pourtant à démontrer que la méthode de la vaccination animale ne réussit pas toujours. Nous en avons une nouvelle preuve dans le rapport que MM. les doct Scarenzio et Obicini présentèrent au mois de juin 1859 à la direction de l'hôpital de Pavie, et dans lequel ils disent qu'après avoir expérimenté les pustaies de Milan, le pus recueilli sur l'animal même, les tubes de lymphe animale et le pus humanisé, ils durent conclure que « l'inoculation animale dans l'homme est possible et sans inconvénients, mais qu'elle est bien loin de donner les résultats immédiats qu'on obtient ordinairement par le pus vaccinal déjà passé dans l'homme, chez lequel un effet né*

19 — Parola, vol. II, De la vaccination.

gatif équivaut à la non prédisposition à contracter dans cette circonstance la variole >.

Relativement au cas de transmission syphilitique dans le veau et successivement dans 1' homme, les partisans de la vaccination animale opposèrent l'autorité respectable du prof. Gambérini à celle des membres de la commission turinaise et des docteurs Gallia et Giacomini. Après un examen comparatif des phénomènes des formes vénériennes et syphilitiques M. Gambérini opina que ni la nature syphilitique de l'ulcère du soldat, ni la transmission de la syphilis dans la génisse ne lui paraissaient guères démontrées , et qu'on devait plutôt admettre i° la nature vénérienne locale non infectante de l'ulcère ; 2° un simple symptôme d'irritation dans la génisse.

Nous remarquerons en peu de mots que les observations de M. Gambérini paraissent se rapporter à l'expérience du virus syphilitique du soldat inoculé à la génisse, sur laquelle les pustules étaient déjà disparues au 21 me jour, et non à la troisième expérience bien plus concluante; car ici le virus ne provenait pas de l'ulcère induré du soldat, mais de l'ulcère primitif d'un jeune homme recouvré à l'hôpital, et la génisse qui en avait été inoculée conservait encore après une année des traces de la maladie soufferte. Nous ne croyons pas qu' une simple irritation locale puisse durer si longtemps.

Les expériences faites en Angleterre avec la nouvelle méthode ne furent pas plus heureuses. Le doc-

leur Bono en a parlé comme suit dans son rapport au conseil communal de Milan (1).

< Le doct. Edouard Seaton, médecin inspecteur du conseil sanitaire privé de Londres, après avoir examiné le système de vaccination animale, tel qu'on le pratique aujourd'hui, et avoir considéré les localités où il est préféré au vaccin humanisé, a publié récemment sur cette question un rapport remarquable et détaillé, dont il résulte à évidence que les inconvénients qui découlent de ce système sont de telle nature, qu'il faudrait nécessairement le proscrire comme une des principales causes qui permettent à la variole de se répandre parmi les populations.

< Un des premiers inconvénients que M. Seaton reconnaît à la vaccination animale consiste dans le grand nombre des résultats négatifs. Il a constaté bien souvent que les opérateurs les plus habiles, les plus attentifs, les plus zélés se sont trouvés dans l'impossibilité d'obtenir de successives transmissions de génisse à génisse sans rencontrer d'interruptions fréquentes et imprévues.

< M. Seaton a encore constaté que la greffe de l'infection vaccinale à la génisse et de celle-ci à l'homme (faite par exemple avec toutes les précautions et dans les plus favorables circonstances par un opérateur expérimenté qui se servant de la lancette transporte directement et immédiatement la lymphe de l'animal

(I) Jm. Univ. de mé<L Milan, février 1872.

sur le bras de l' homme) donnait lieu à de fréquents et complets insuccès. M. Seaton a vu à Rotterdam que la proportion des résultats négatifs était plus élevée que celle que Ton observait dans la vaccination de bras à bras. Il reconnut pareillement que le vaccin animal artificiel comparé à la lymphe humanisée s'altérait si facilement, et que celui qui était conservé dans les tubes réussissait si peu que dans rétablissement de Rotterdam on ne se sert aujourd'hui pour les expéditions que du vaccin humanisé.

« Il est donc évident, conclut le doct. Seaton, qu'à l'état actuel de nos connaissances à cet égard, le système de vaccination animale est si incertain dans la pratique, qu'on doit le prohiber dans les vaccinations publiques >.

Parlons maintenant de nos expériences particulières. Ayant reçu au commencement de mai 1866 quelques tubes de lymphe animale fraîchement recueillie et d'une origine non douteuse, nous Finoculâmesà 24 enfants par 4 piqûres au bras droit; et nous pratiquâmes en même temps 4 piqûres au bras gauche avec du vaccin humanisé. Ces enfants étaient âgés de 9 mois à 4 ans. Les inoculations avec le vaccin de l'homme réussirent en grande partie et eurent une issue régulière et complète, tandis que la lymphe animale fit défaut dans la moitié des expériences , et ne présenta que des boutons lents à naître, plus petits dans leur développement et entourés d'un disque plus pâle.

Nous savons encore qu'un de nos collègues n'eut en 1868 aucun résultat des tubes de lymphe animale, et qu'il en fut de même d'une pustule toute fraîche qu'il avait reçue d'un établissement très-réputé de vaccination animale.

Après avoir rapporté avec la plus scrupuleuse exactitude et pour autant qu'il est à notre connaissance, les résultats obtenus dans divers pays par la vaccination animale, nous devrions voir maintenant les principales preuves pour et contre la même. Mais la nature de notre travail ne nous permet ni d'entamer une discussion à ce sujet ni de faire une analyse détaillée de ces arguments. Nous nous contenterons donc d' esquisser les points les plus importants de cette question tout en tâchant de ne pas descendre des régions sereines de la science. Que si nons ne nous laisserons pas conduire à favoriser la méthode napolitaine, nous désirons néanmoins dans la mesure de nos forces d'aller à la recherche du vrai et d'être utiles à l'humanité autant que qui que ce soit.

Une des principales objections spulevées contre la vaccination humanisée, consiste dans la possibilité de transmettre la syphilis. Nous nous on sommes déjà occupés dans un chapitre spécial en la réduisant à sa véritable valeur, et nous n'avons pas besoin d'y retourner en ce moment. Il paraît du reste que l'idée de cette transmission n'épouvante pas tant qu'on voudrait le faire croire, puisque MM. les docteurs Orsi et

Bono, par exemple, recommandent précisément d'employer comme vaccinifères des enfants vaccinés avec de la lymphe de récente origine animale. En effet dans la province même d'Ancône où le doct. Orsi a fait les plus grands efforts pour faire adopter dans toutes les communes la vaccination animale, on trouve que les inoculations avec la lymphe humanisée se pratiquent sur une très -vaste échelle. MM. Orsi et Bono insistent naturellement sur le choix des vaccinifères; mais c'est là une précaution que chaque consciencieux vaccinateur se fait scrupule d'avoir. Il s'agit au contraire de rechercher si la méthode napolitaine présente de ce côté-là une absolue immunité, ce que plusieurs n'ont pas hésité à mettre en doute.

On a dit que la syphilis peut être communiquée à l'homme par les bêtes bovines ; mais nous avons déjà mentionné les expériences négatives de Depaul. Nous ajouterons maintenant que £uillerier lut en 1845 à l'académie de Paris un mémoire où il rapporte que sur 25 inoculations de syphilis répétées sur 5 espèces d'animaux il ne constata jamais la pustule caractéristique. Il refit plus tard les mêmes expériences de concert avec le doct. Auzias-Turenne, mais les résultats furent toujours négatifs.

En Italie, MM. Ricordi et Dell'Acqua, syphilographes réputés, firent 21 expériences, mais toutes négatives, sur des agneaux, des chevaux, des lapins et des chats.

Par contre on a le fait positif et détaillé de la com-

mission turinaise, et qui s'il n'en prouve pas la facilité, laisse au moins soupçonner que la transmission syphilitique peut avoir lieu.

Mais tout en admettant le peu de probabilité que la syphilis puisse se communiquer de la sorte à l'homme, il y a beaucoup d'autres infirmités propres aux animaux qui peuvent passer dans l'homme, comme les tubercules, la morve aiguë ou chronique, le charbon, la pustule maligne, le typhus, l'aphthe, etc. etc. Les tubercules, par exemple, sont une maladie fréquente parmi les bovines, même chez les jeunes de l'espèce, tel que nous l'attestent MM. Gerlach, directeur de l'école vétérinaire de Berlin, Van-Hersten, Perroncito et d'autres; ils sont au contraire une affection très-rare et en quelque sorte exceptionnelle chez les enfants, au dire de MM. Pasca vaine, Virchow et Niemerper. Il est juste de dire que M. Willemin ne réussit à inoculer les tubercules grisâtres qu'aux lapins, qui paraissent y avoir une disposition particulière, et que MM. Vergaet Biffi eurent le même succès dans leur premières expériences. M. Grancini objecte qu'il y a bien de la différence entre les conditions de la vaccination et celles d'une inoculation forcée, et qu'on ne trouve dans la lymphe vaccinale ni tubercules ni détritus de cavernes pulmonaires qui aient servi aux inoculations. Il se base d' autre part sur les inoculations négatives faites à d'autres animaux, et en déduit que la transmission de la phthisie des bovines dans l'homme est un fait exceptionnel, d'autant plus qu'à Milan on ne

emploie que des bêtes adultes chez lesquelles une semblable maladie pourrait difficilement passer inobservée. M. Gualdi répond que M. Ghauveau transmit à Lyon les tubercules d'un animal à un autre au moyen des injections vasculaires et des ingesta digestifs. Il note sagement que la diathèse tuberculeuse est un procédé morbide qui souille toute l'économie et peut se développer dans plusieurs parties du corps, si une affection locale ou la phlogose y ramène les produits de l'affection générale; et que la phlogose produite par le vaccin pourrait occasionner un tel développement en cas de préexistence de la diathèse. Il y a d'après lui dans le travail pathologique de la pustule vaccinale le produit spécial qui ne contient que du vaccin, et les tubercules pourraient bien se cacher dans le milieu où vit ce produit. Nous ajouterons que MM. Verga et Biffi firent de nouvelles expériences en 1874 et qu'ils réussirent à communiquer au cheval les tubercules gris humains au moyen de l'injection dans les veines, tandis qu'ils ne purent les transmettre aux vaches ni aux brebis par l'inoculation sous-cutanée. Ils constatèrent encore que les tubercules de phthisie des bêtes bovines eurent dans les lapins un développement plus intense que les tubercules de l'homme. À l'état actuel de la science nous ne croyons pas que la question de la transmission des tubercules par F inoculation soit bien résolue ; mais, même dans l'hypothèse de cette transmission, il est indubitable qu'elle s'effectuerait bien plus faci-

lement avec la vaccination animale, surtout si on employait des bêtes trop jeunes, comme cela se pratique dans plusieurs localités.

Mais si les expériences de Villemin n'ont pas prouvé ce qu'il voulait démontrer, elles nous ont cependant appris qu'il n'est pas indifférent d'introduire sous la peau d' un être vivant une substance étrangère , fût-elle par sa nature dépourvue de tout principe contagieux. Bousquet et Guérin ont soutenu qu'il est possible de transmettre par la vaccination animale les maladies constitutionnelles dont l'animal est infecté. Un vétérinaire distingué, M. Colin, a partagé la même opinion. M. Bosnière a rapporté aux conférences médicales tenues à Paris en 1870, que sur un nombre de vaccinations qu'il n'a pu déterminer, il personnes ont présenté les affections suivantes: 0 angines phlegmoneuses, 5 anthrax, 5 abcès de la parotide, 2 orchites suppurées, 3 adénites, 2 furoncles au bras ou sur l'épaule (1).

M. Guérin a noté que dans la vaccination animale Térysipèle est plus fréquente, et que le phlegmon est d'une nature si grave qu'il requiert l'assistance d'un médecin.

Pour confirmer ce que nous venons de dire nous raconterons le fait suivant arrivé à la Spezia. Les inscrits de la levée de mer de 1861 avaient été soumis à la revaccination avec la lymphe de génisse.

lj Gêuue des hôpitaux, 1870, N. 675.

Quelques jours après de gros phlegmons se développèrent sur les deux bras de 17 revaccinés, qui durent pour ce motif être recouvrés à l'hôpital de Portovenere. Chez un de ces marins le phlegmon dégénéra en gangrène à laquelle ce malheureux succomba en proie aux phénomènes de la pyhoémie (1). Gualdi dit qu'il a vu un enfant vacciné avec de la lymphe animale présenter sur deux pustules un eschare gangreneux très-étendu avec engorgement notable aux ganglions sympatiques du cou. Cet enfant fut en grand danger de perdre la vie. M. Mascarella rapporte deux cas analogues. Il s'agit d'abord d'un enfant qui dut succomber à une pustule maligne; puis d'un jeune homme de treize ans qui souffrit à la suite de l'inoculation animale de très-fortes douleurs sur tout le bras avec rougeur presque érysipélateuse et fièvre très-violente. M. Luce parle d'une femme de 52 ans et d'un homme de 68 ans qui moururent à Boston à la suite de l'inoculation du cow-pox. Il s'était manifesté dans ces deux cas de graves phénomènes de gangrène locale suivie d' infection purulente (2).

Le prof. Pelizzari dit que, quelque prompte que soit l'expédition de la pustule, elle présente vite un principe de putréfaction, et alors il arrive qu'on inocule . en même temps que le virus des principes putrides qui peuvent susciter un procédé d'infection purulente.

(1) MiACiiELLA, De la vaccination. Annales universelles de médiane, Milan, mai 1876.

(2) Gazette clinique de Turin, N. 28, 1872.

Il cite un individu qui ayant été inoculé avec une de ces pustules, eut un phlegmon et des phénomènes d'in- . fection générale si graves qu'ils faisaient craindre une issue fatale. Nous ne sommes pas rassurés par Y observation du cloct. Grancini, à savoir que si la pustule de l'animal est employée dans le terme de 72 heures, et si l'opérateur sait s'en servir avec les précautions voulues, le mal que 1* on craint ne peut aucunement arriver; puisque la chaleur de la saison ou quelque inadvertence dans l' expédition peuvent fort bien favoriser la putréfaction, et il est toujours à craindre que le vaccinateur ne fasse pas l'usage désirable de la pustule ou par distraction ou par ignorance.

Nous ne voulons pas attribuer trop d'importance aux cas que nous venons de citer ; mais il nous font sans doute soupçonner, eu égard encore au peu de temps qu'on pratique la nouvelle méthode, qu'on peut en môme temps que le pus animal communiquer à l'homme des principes morbides et surtout des principes purulents qui en infecteraient gravement toute l'économie.

Ranse fait justement observer à ce sujet que « la vache est aussi sujette à des maladies qui, comme le cow-pox, sont transmissibles à l'homme. On connait-on bien toutes ces maladies ? Les érysypèles, les phlegmons consécutifs à la vaccination animale doivent préoccuper le praticien autant que les accidents syphilitiques ou pseudo-syphilitiques, observés à la suite de ia vaccination humaine (1) ».

(1) Gazette médicale de Paris , 1868, N. 537.

On dit que le typhus et le charbon, par exemple, sont des maladies aiguës d'un diagnostic plus facile, et qu'il n'est pas possible qu'elles passent sans être observées. Mais, s'il est difficile de se tromper sur ces maladies quand elles sont en activité, elles pourraient se transmettre, de même que la syphilis, dans leur période d'incubation.

On dit que le vétérinaire visite les animaux avant de les soumettre à l'inoculation. Nous ne doutons pas que les hommes distingués qui président à la vaccination animale ne mettent toute leur attention dans le choix des animaux. Mais aurait-on partout ce soin et ce scrupule, si l'on venait à généraliser la méthode napolitaine ? Si quelques-uns ont eu peu de diligence dans le choix des enfants vaccinifères, n'en sera-t-il pas de même du choix des vaccinifères animaux dont les maladies sont encore généralement ignorées i

A-t-on jamais vu que Jenner, Sacco, Heim, Bousquet, Depaul même aient transmis la ' syphilis ou d' autres maladies par la vaccination humaine? Les partisans mêmes de la vaccination animale n'osent plus en soutenir l'absolue immunité, et M. Grancini dans son rapport de 1873 admet la possibilité de cette transmission, bien qu'il la considère comme très^-diAicile, en avouent que la vaccination animale a présenté à Milan quelques cas, très-rares en vérité, d'érysipèle et de phlegmon.

Ajoutons que, si jamais l'occasion de cette possible transmission se présentait, la méthode nouvelle en

rendrait bien plus facile Peffectuation. Car il ne s'agit pas seulement de prendre l'humeur limpide et pure de la pustule vaccinale, mais il faut par la nature même de la pustule animale recourir à des moyens qui facilitent en même temps l'écoulement du sang. Ici, on racle la surface de la pustule pour en recueillir les détritus. Qui ne voit que ce système d'inoculation présente ainsi plus de probabilité de transmission morbide ?

Mais il est temps que nous nous occupions de la dégénérescence du vaccin animal. Pour ce qui regarde la lymphe humanisée, nous renvoyons le lecteur aux nombreuses observations que nous avons déjà faites, nous contentant d' ajouter ici un fait très-éloquent contre les assertions des partisans de la vaccination animale. À Vol piano (province de Turin) le chevalier Merlini employa toujours et exclusivement jusqu'en 1868 la lymphe que le doct. Buniva son maître avait reçue des mains mêmes de Jenner, et qui reproduite sur les enfants sains et robustes du Ganavais, donna constamment les résultats les plus complets et les plus satisfaisants. M. Bertetti, successeur de M. Merlini, put constater dans l'épidémie de 1871 l'efficacité et la puissance de préservation de cette lymphe ( 1 ). Mais le vaccin animal qu'on inocule de vache à vache pourra-t-il avoir une si longue série de succès, sans jamais être renouvelé avec le cow-pox spontané !

(1) Indépendant de Turin, N. 17, 1871

Si la vaccine animale n'était que le résultat du passage du cow-pox naturel d'un animal à l'autre, elle en conserverait en grande partie les caractères; mais c'est précisément le contraire qui a lieu. Il suffit de rappeler que dans le cow-pox spontané, outre que la période d'incubation est plus longue, l'éruption se fait plus lentement, de sorte que c'est au 9me ou au 10me jour seulement que les pustules parviennent à l'apogée de leur dé veloppement en conservant plusieurs jours leur virulence. Dans la vaccine animale, au contraire, la pustule apparait du second au troisième jour, selon que nous l'attestent MM. Depaul, Grancini et Orsi, et elle parcourt rapidement ses phases, étant rare qu'elle fournisse encore après le 7me jour une lymphe claire et efficace, et étant très-fugace le moment de sa virulence. Le tableau dressé par le doct. Orsi en est une preuve. Dans le cow-pox spontané les phénomènes locaux sont bien plus marqués et inséparables de la réaction générale qui manque complètement dans le cow-pox que nous appelons artificiel. On a dans la vaccination animale le même fait que nous avons observé dans l'inoculation de la variole, et on a noté la même différence entre la variole naturelle et la variole inoculée, tenu compte de la différence qui passe entre la virulence spéciale de la variole humaine et la virulence plus bénigne de la vaccine; car autre chose est la disposition naturelle à contracter une maladie, et autre l'inoculation forcée de la même. Mais on doit noter de plus quant au vaccin animal la cir-

constance importante que le cow-pox spontané ne se manifeste ordinairement que chez les vaches laitières et conséquemment dans des conditions tout à fait spéciales. Il est donc permis de douter que les animaux, tels qu'on les emploie dans les comités, ne fournissent pas à Tégal de l'homme un terrain adapté à la germination d'un bon virus vaccinal, et que Y humeur de la vaccine animale n'est plus le cow-pox naturel reproduit, mais plutôt un résultat artificiel qui ne peut produire les mêmes effets,

MM. Bousquet et Guérin en France, Martorelli et Gualdi en Italie doutèrent que le vaccin animal se détériore par ses successives transmissions. Le prof. Gailard dans la leçon de clinique médicale professée par lui à l'hôpital de la Pitié le 15 mars 1870, après avoir donné une idée des expériences négatives du doct. James en 1846, et avoir combattu la transmission successive du cow-pox dans déjeunes animaux, ajoute ce qui suit: « Vous comprenez à merveille, n'est-il pas vrai, messieurs? que ce liquide ne doit pas avoir les mêmes propriétés que le cow-pox recueilli sur le pis d'une vache laitière, et, sans vous rendre compte de ce en quoi consistera la différence, vous sentez d'avance, vous prévoyez cette différence. L'expérience est venue confirmer ces prévisions théoriques et nous montrer que ce vaccin de veau, loin d'avoir reconquis l'activité, l'énergie plus grande du cow-pox primitif, est devenu inférieur à celui qui depuis Jenner a été transmis par des inoculations successives sur des

individus de Y espèce humaine, et que nous appelons vaccin humain ou jennérien ».

Du reste si nous en exceptons M- Warlomont, le doct. Depaul lui-même et MM. Grancini, Belluzzi et Orsi admettent qu'une certaine dégénérescence du vaccin animal peut avoir lieu après de nombreux passages ; seulement il sont d'avis que cette dégénérescence se fait plus lentement que dans l'homme, vu que les transmissions ont lieu dans des animaux de la même espèce. Mais cette opinion n'est guère admissible. Les partisans de la méthode napolitaine vont continuellement à la recherche du cow-pox pour y retremper leur vaccin. Nous louons en cela leur zèle, mais n'est-ce-pas là une preuve que leur confiance dans le vaccin animal n'est pas illimitée? Il serait mieux sans doute de suivre, tel que l'ont fait jusqu'ici les plus consciencieux vaccinateurs , le conseil de Jenner, c. à d. de transporter dans l'homme après un premier passage ce cow-pox et de l'y conserver ensuite.

Mais voyons si l'expérience fournit des preuves à l'appui de notre thèse. Nous avons noté en parlant des essais de M. Depaul que l'éruption de la première vache inoculée à Orléans s'était faite bien plus lentement que chez les autres. Cette intensité de symptômes dans les premières transmissions de cow-pox a été constatée à Milan par le doct. Nolli. « Après avoir, dit-il dans son rapport sur le cow-pox découvert en 1871 , retrempé de la sorte le vaccin

dans sa source primitive, le comité put en constater la nouvelle efficacité par les pustules vigoureuses et typiques des passages successifs ». Il dit plus loin que le même comité peut s'estimer heureux d'avoir pu en 1871 redonner une nouvelle force à la matière vaccinale. Le doct. Séverini rapporte qu'à Bologne, à la suite de la découverte du cow-pox faite en 1871, le vaccin animal qui en dériva manifesta plus d'énergie et de force tant dans les symptômes généraux que dans les locaux, et que les registres des revaccinations pratiquées avec le même contenaient moins d'insuccès.

Ces paroles n'ont pas besoin de commentaire, et démontrent évidemment que le vaccin animal dont on avait fait usage jusqu'alors était déjà dégénéré. Mais nous avons une nouvelle preuve du peu de virulence du vaccin animal dans le grand nombre des résultats négatifs des transmissions mêmes d'animal à animal, observés dans plusieurs localités et par les comités de Bologne, de Milan et d'Ancône: d'autant plus que tant à Milan en 1871 qu'à Ancône en 1872 on eut moins d'insuccès dans les vaccinations, après qu'on y eut employé le cow-pox primitif qu'on venait de découvrir.

Ces doutes ne sont pas imaginaires et nous en avons une preuve dans les nombreuses précautions dont on use pour pouvoir obtenir un virus animal d'une certaine efficacité, de même que dans la facilité avec laquelle il se détériore. Enfin, les expé-

20 — Pahola, vol. II, De la vaccination.

riences de la commission turinaise ont leur poids, quoi qu'on en dise, et si elles ne suffisent pas à démontrer d'une manière absolue la dégénérescence, elles nous en attestent cependant la possibilité. Laissons donc que de nouvelles expériences résolvent finalement cette question, et voyons comment le vaccin animal prend sur l'homme.

C'est pour quelques-uns un sujet de peu d'importance. Pour eux le plus ou le moins de réussite ne dépend pas de la qualité du vaccin, mais plutôt de l'attention de l'opérateur. Mais pour d'autres qui considèrent la nature.de la lymphe vaccinale, la chose est bien plus importante. Le doct. Bono écrit que la question du plus ou du moins de réussite du pus animal agite avec raison les partisans des deux méthodes. Car, outre le mérite de l'opération, il faut ajouter à la question de la germination du vaccin une chose essentielle, à savoir si l'organisme humain est convenable au vaccin animal, ce que certains vaccinateurs ont mis en doute, précisément à cause de la manière avec laquelle cette humeur s'est développée dans les premiers essais pratiqués sur l'homme.

Pour nous, nous sommes d'avis avec plusieurs autres qu'il faut préférer le virus qui, sans requérir tant de précautions, prend plus facilement et avec plus de constance sur l'homme, et se démontre en même temps doué de plus d'activité et d'homogénéité. Sous ce rapport la statistique nous présente la vaccination de bras à bras comme supérieure aux autres méthodes.

En France M, Depaul n'obtint dans les vaccinations animales que 88,63 succès sur 100 vaccinations; le doct. Empis le 60 p. 100; Husson le 62 p. 100 sur 4163 inoculations; on eut enfin le 77,11 dans les expériences rapportées aux conférences médicales. Quant aux revacci nations , le même Depaul n'eut que le 16 p. 100; Empis le 40 p. 100 sur 4590 nouvelles inoculations; M. Husson le 24,57 et finalement divers médecins le 36,68 p. 100 sur 2428 revaccinations.

Mais si nous en venons au vaccin humain, nous savons que M. Depaul obtint dans les vaccinations 94,34 succès sur 100; que le doct. Gauchet constata à Paris 999 résultats positifs et un seul négatif sur 1105 vaccinations dont 105 ne purent être vérifiées, soit le 99,99 p. 100 ; que le doct. Douville en eut 95 et M. Hérard % p. 100; et que plusieurs autres opérateurs constatèrent sur 4831 insertions 4591 succès, soit le 95 p. 100. Le résultat des revacci nations présenté aux conférences de Paris est de 6528 résultats positifs sur 15,302 opérations, c. à d. du 42,66 p. 100.

Nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil sur le tableau dressé par le doct. Orsi pour nous convaincre de l'énorme différence des résultats obtenus dans plusieurs localités en Italie. On a en effet le 68,3 p. 100 à Pérouse et le 100 p. 100 à Modène avec la moyenne complexive de 90 p. 100 sur 87,595 inoculations de vaccin animal, dont 82,868 vérifiées. Pour les re vaccinations, les chiffres varient du 15, 20, 24 au 60 pour 100 avec la moyenne notable du 45 pour 100

sur 73,893 revaccinés dont 53,51 1 furent présentés à la vérification. À Milan le triennium 1873-74-75 donne pour les vaccinations le 98,54 de résultats positifs sur 100, et pour les revaccinations le 35,68. À Ancône finalement on eut en 1873 le 89,89 pour les premières et le 45 pour les autres, et à Gênes le 92 p. 100 dans les vaccinations. Résumant tous ces chiffres nous avons relativement à l'inoculation animale en Italie 97,929 vaccinations dont 90,460 vérifiées; et 87,500 revaccinations dont 65,887 pareillement vérifiées; résultat: 81,781 résultats positifs pour les premières, à raison de 90,29 pour 100, et 29,008 pour les autres, soit le 44,02 p. 100. Relativement aux vaccinations avec la lymphe humaine nous prenons, comme suit, les résultats obtenus complexivement dans le Piémont, la Lombardie et la Ligurie (1).

ANNÉES

NoMBIB TOTAL

DBS VACCINATIONS

Vaccinations vérifiées

Succès

MOTBNNB :

1876-71 1 (dans la seule ville de Turin)

(1) V. les rapports du Doct. Martorelli.

Le doct Toscani dit que de 1848 à 1872 on pratiqua dans la ville de Rome 22,701 vaccinations publiques dont 20,213 présentées à la vérification donnèrent 30,137 résultats réguliers, c'est-à-dire 99,62 p. 100. Il remarque qu'il faut comprendre dans ce dernier nombre 158 sujets sur lesquels on dut pratiquer deux fois l'inoculation, et 7 autres qui la reçurent trois fois. Mais tenu compte de cette observation on a encore la moyenne de 98,85 p. 100 pour les premières inoculations.

Nous avons du doct Martorelli les données suivantes sur les revaccinations pratiquées dans le Piémont, la Lombardie et la Ligurîe.

ANNÉES

NOMBIB TOTAL !

Page 1