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(1) Buniva, DUemrt kittoriqiH.
On n'a pas eu en France jusqu'à 1812 un cas bien prouvé de petite vérole chez les vaccinés. Serait-ce un privilège du climat? Y aurait-il une différence de constitution et de réceptivité individuelle? Doit-on peut-être attribuer ce fait à une meilleure méthode dans l'application du vaccin? En 1803, sans parler réellement de cas pratiques, on avait seulement fait mention au Comité central de Paris de l'opinion de quelques médecins sur l'incomplète préservation du Taccin. Mais la France était alors trop occupée de ses intérêts militaires et politiques, pour pouvoir également se livrer aux spéculations de la science. D'un autre côté , le parti qui contestait avec tant d'acharnement la palme au vaccin, avait intérêt à faire tout le possible pour en exagérer les défauts. On ne fit donc pas trop attention aux craintes répandues jusqu'à cette époque. Les années suivantes (nous noterons particulièrement 1812-1815-1817 et 1819) après de nouvelles et sûres informations sur les épidémies qui avaient sévi ça et là à différentes époques le comité déclara que la vaccination ne s'était pas montrée absolument capable de préserver tous les individus du terrible fléau, et qu'elle ne les sauvait que des conséquences mortelles du même. On donna alors à la petite vérole généralement très-douce chez les individus déjà vaccinés, les noms de variolette, vérolette, on petite vérole volante.
Deux épidémies dont le souvenir dura plus longtemps, furent celle de Montpellier en 1816, et celle de
3 — Parola, vol. II, De la vaccination*
Paris en 1825, Dans cette dernière il n'est que trop vrai que la vaccine se démontra insuffisante sur un nombre considérable de malades. À l'hôpital de la Piété, sur 584 individus atteints de cette maladie, 52 eurent la variole modifiée, 47 la simple varicelle, et deux une rechute de petite vérole ; en tout cent et un malades sous forme douce, dont 66 avaient déjà été vaccinés. De ces derniers aucun ne succomba, tandis que les autres 34, nonobstant la maladie moins aiguë, moururent dans la proportion de 1 sur 5. Ce fait était assez éloquent. À YHôteJrDien l'épidémie fut fatale au quart des malades. Le rapport général de la susdite épidémie de Paris nous dit que 2115 personnes succombèrent. Sur ce nombre 22 moururent de seconde petite vérole, et un seul de variole survenue après la vaccination. Il convient cependant de remarquer que l'épidémie de 1825 à Paris n' assuqaa point le caractère de gravité qu'on avait remarqué, ailleurs. Cette influence moins maligne fut la cause principale du peu de foi que les médecins français prêtèrent à ce que disaient les médecins étrangers des effets funestes de la petite vérole. On doit encore attribuer à la même cause la constante aversion qui s'était manifestée en France, à répéter l'inoculation considérée comme inutile et même nuisible.
Mais venons à l'épidémie de variole qui désola Marseille en 1828. La contagion eut une telle intensité
qu'elle attaqua même les septuagénaires. Jamais, dit le doct. Bousquet, le vaccin n'avait été mis à plus dure
épreuve. Car, si nous élevons la population de cette année-là à 40,000 habitants en-dessous de 30 ans, (la variole n'attaque, sauf de rares exceptions, que des individus au-dessous de cet âgfe) et si nous supposons que 4000 individus non vaccinés et deux mille vaccinés furent atteints de cette maladie, il en résulte que les premiers eurent une perte de 1000 individus, et les autres de 20 seulement. L'épreuve consistait en ce que les sujets vaccinés étaient exposés en proportion énorme (30,000) à contracter la variole ; ou du moins dans une mesure égale à celle des non-vaccinés. Mais le triomphe de la vaccine fut complet; car tandis que les individus non vaccinés succombaient à la petite vérole à raison de 1 sur 4, pour les vaccinés les décès n'allèrent pas au-delà de 1 sur 300. Cette différence n'admet plus la possibilité d'une comparaison. Tel fut le calcul approuvé par la société médicale de Marseille. Vraiment l'autorité locale dans *es rapports fit monter à 45 le chiffre des vaccinés victimes de la petite vérole. Mais ce chiffre, fut-il exact, n'invaliderait point les conclusions que ce fait peut autoriser. Il indiquerait seulement que les décès au lieu d'être 1 sur 300, seraient dans le rapport de 1 sur 140. Le succès n'en est pas moins remarquable. En faisant un résumé des progrès de cette épidémie, nous trojivons que le premier cas se vérifia sur un ouvrier reçu à l'Hôtel-Dieu vers la fin de 1827. De là la maladie se propagea de proche en proche, et atteignit son plus haut degré en juin et juillet Les
vieux quartiers habités par des pauvres donnèrent le plus grand nombre de décès. La variole était souvent accompagnée de la fièvre pétéchiale, et dans ce cas était presque toujours mortelle.
La contagion se développa à Marseille dans un temps oîi la vaccination n'y était guère en honneur. La moitié à peine des habitants avaient été régulièrement vaccinés. M. Sue dit qu'on ne vit jamais, comme alors, la petite vérole prendre tant de formes
' si différentes et si compliquées. On eut la variole bénigne, la variole confluente, le cours anormal, les pétéchies, la varioloïde, les varicelles et des éruptions
x irrégulières. M. Favart fit à la société médicale de Marseille un rapport dans lequel il fait monter à 5000 le nombre des malades non vaccinés et à 2000 le nombre des vaccinés. Sur ces 7000 on eut 1024 morts dont 1000 non vaccinés, 20 vaccinés et 4 qui avaient déjà eu la variole, soit un mort sur quatre malades de la première catégorie, un sur cent de la deuxième, et un sur cinq dans la classe des individus déjà varioles. M. Favart remarque que, généralement, la maladie parut attaquer de préférence les individus audessous de 30 ans. 11 fait encore un autre calcul digne de considération. Évaluant la population de Marseille d'alors au-dessous de 30 ans à 40,000 habitants, dont 20,000 vaccinés, 2000 varioleux, et 8000 non vaccinés, ce ne serait en conséquence que la quinzième partie des vaccinés qui aurait été frappée, la centième des varioleux, et la moitié précise des individus non
EPIDEMIES EN FRANCE 37
vaccinés et non varioles. Mais quoi qu' on veuille établir avec des chiffres plus ou moins exacts, il faut mettre l'épidémie qui sévit à Marseille en 1827 dans le nombre de celles qui ont* fait le plus de ravage après l'introduction de la vaccination. Nous ne pensons pas cependant que l'intensité seule de la contagion ait pu décimer la population de la première ville maritime de la France. Le développement et la violence de la variole dépendirent de certaines causes locales que l'hygiène moderne cherche à combattre. Ge furent la malpropreté des habitants, le défaut de ventilation, la chaleur d'un été ardent, l'humidité de certains quartiers. La variole et ,1a varioloïde eurent le même cours, et se modifièrent réciproquement. 11 arriva qu'un enfant eut la varioloïde pour avoir été en communication avec son frère infecté de variole. Un autre enfant porta dans sa famille les germes de la petite vérole la plus funeste encore qu'il n'eût lui-même qu'une infection légère de varioloïde. On voulut Faire une expérience spéciale à ce sujet. On prit du pus à un varioleux dont la maladie présentait des caractères graves, et on le sema dans deux petits enfants non varioles ni vaccinés. Les boutons qui en sortirent eurent jusqu'au 5me jour toute l'apparence des pustules vaccinales au point qu'un médecin s y méprit. Après sept jours la fièvre se manifesta chez les deux inoculés avec des symptômes qui annonçaient une éruption générale, et les malades eurent la vraie petite vérole. On fit une seconde série
d'expériences. La lymphe varioleuse des deux enfants inoculés reproduisit 1' éruption générale. Les effets furent presque identiques tant chez les vaccinés que dans les autres. On ne doit excepter que ceux qui avaient été vaccinés depuis moins d'une année, et qui, malgré la profondeur et le nombre des piqûres, n'eurent tous qu'une très-légère varioloïde.
Toutefois l'épidémie de Marseille, précédée et suivie par d'autres dans plusieurs villes de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Espagne faisait craindre que la vertu primitive de la vaccine ne fût suspendue, et tenait les esprits dans une grande indécision. Il en dérivait un mal certain. C'était le moindre intérêt des autorités et des populations de répandre l'usage de l'inoculation dans les familles ; et ainsi le danger bien loin d'être prévenu , devenait plus menaçant. C'était un mauvais remède que de ne point prendre pour l'avenir des dispositions que l'expérience avait démontrées propres à rendre moins intense le développement de la maladie.
À l'histoire des épidémies en France dans la troisième période décennale de ce siècle, nous ajouterons quelques renseignements sur celles de 1839 et 1840 décrites par Steinbrenner. L'épidémie de 1839 commença au mois de novembre à Wasselonne. La première victime fut une femme de 36 ans qui avait contracté l'infection en soignant dans un village voisin sa sœur malade. Cette femme communiqua bientôt le mal à un de ses fils et à une autre personne de la
maison. Tous les deux ayant été vaccinés n'eurent que la varioloïde. La contagion se propagea de cette maison à tous les quartiers de la ville, et ne cessa qu'au mois de juin de l'année suivante. Sur une population de 6000 habitants il y eut 130 ou 140 infectés, les uns de petite vérole, les autres de varioloïde. Sleinbrenner soigna 86 malades. Seize sur dix-neuf qui eurent la vraie variole, n'avaient jamais été vaccinés ni souffert la petite vérole; des trois autres un avait quelques signes de variole; un autre disait qu'il avait été vacciné, mais il n'en portait aucune marque ; le troisième, âgé d'environ 13 ans, avait été vacciné dans sa quatrième année ; mais, de même que le précédent, il ne restait aucune trace visible de cette opération sur son corps. Les soixante dix-sept qui eurent la varioloïde, avaient tous été vaccinés ou souffert la petite vérole. Les malades déjà vaccinés n' avaient pas moins de 7 ans ; la moyenne était de 13 à 27 ans; et ce fut particulièrement chez les jeunes gens entre 16 et 24 ans que l'épidémie fit le plus de victimes.
Voici le tableau des observations faites par Steinbrenner :
Nombre des atteints tant varioles que vaccinés.
Vaccinés Varioles De nriole De varioloïde Morts Observés par Fauteur 66 4 3 67 »
9 par d'autres 42 j 2 à 3 39 1
Total 108 4 6 106 1
jfge, u-dessons De 12 à De 20 i Ài-dessMS de 12 us 20 us 30 us de 30 us
Observés par l'auteur 1 32 34 3
» par d'autres 1 17 21 3
Total 2 49 55 6
Les épidémies de petite vérole dont nous allons présenter le tableau, furent si nombreuses en France depuis 1816, que si Ton voulait tenir compte de toutes les localités on pourrait, dans certaines années, les compter par centaines. Elles suivirent généralement dans leur marche la route que s'est frayée une autre contagion dans ces derniers temps. Paris surtout fut le centre de cette maladie comme de tant d'autres de nature contagieuse; et de Paris l'influence pernicieuse se propagea dans les autres provinces de la France, d'abord au nord puis au midi.
Ce tableau (V. pag. 42-43) n'est pas parfaitement exact. Dans quelques localités on ne trouve pas à côté de la note des varioleux celle des non vaccinés et réciproquement. Mais, malgré cette imperfection, il présente de précieux éléments pour résoudre la grave question de la vertu absolue ou temporaire du vaccin. Il résuite des rapports présentés à l'Académie de Paris (1) sur les épidémies de 1838 et 1839 que les vaccinés sont sujets à contracter la variole ou la varioloïde dans la proportion de 1 sur 27 1[2. Mais Piorry
(1) fiouiQUBr, page 296.
et Cross ne disent que 1 sur 20. En Lomb&rdie où la vaccination est généralement pratiquée, cette proportion ne doit être que de la moitié environ.
Le tableau qui suit offre à notre grande satisfaction dans la colonne des décès une fort sensible différence entre les vaccinés et les autres. Ceux-ci donnèrent 1692 décès, soit environ le sixième ; ceux-là ne perdirent que 63 malades, soit 1 sur 96. Mais dans la colonne des rechutes tandis que d'une côté on en voit le petit nombre, de l'autre on doit reconnaître qu'elles sont plus dangereuses, puisque sur les 34 qui contractèrent de nouveau la maladie, il y eut 5 victimes, soit environ la 7** partie. La statistique bornée au calcul proportionnel du nombre des vaccinés sujets à la variole ou à la varioloïde, ne serait guère parfaite sans la connaissance de l'âge des malades. C'est pour remplir cette lacune que Bousquet dressa un autre tableau que nous faisons suivre à celui dont nous venons de parler.
Tableau général des épidémies de vario
De 1836 à 1841
Montpellier
Milhau
La Martinique
Paris (hôpital de la Pièlè) .
Privas
Beaocaire
Strasbourg
Saumur (Ecole de cavalerie)
Marseille
Digne
Riez . . . •
Ille
Même département . . .
Ille
Id
Beaugency
Strasbourg
Ille
Bolbec
Cette
Dijon
Clermont
Montauban
Id
Id
Nantes
Institution des sourds-muets Clialais
Wasselonne
Castellane
Paris (Hôtel-Dieu) . . . Lons-le-Saunier . . . .
Quimperlè
Total . .
^dominèrent en France de 1816 i 1842.
wrs i
VACCINES