‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 3 sur 73 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

Personnes non protégées

Personnes vaccinées sans cicatrices

Personnes vaccinées avec cicatrices

Personnes déclarant avoir en la variole antérieurement

Total des varioleux . .

Personnes n'ayant pas la variole

Mortalité totale

Réceptions totales ....

Proportion do la mortalité p. 100

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Les Iles Ioniennes qui étaient alors sous la protection des Anglais ne tardèrent pas à éprouver les suites du manque d'une loi sur la vaccination. Une grave épidémie varioleuse y sévit en 1852, et une prompte vaccination et re vaccination ne put en arrêter

le développement, à cause de la répugnance de la population à se soumettre à la pratique de Jenner. La vaccination obligatoire y fut introduite en 1853 et ne tarda pas à produire des effets salutaires.

Revenant â Londres, il résulte d'une statistique de Marson que sur 5000 décès causés par la petite vérole dans les hôpitaux des varioleux de cette ville depuis 1836 jusqu'en 1855, la proportion des individus non vaccinés fut de 35 p. 100, tandis que pour les vaccinés elle ne fut que de sept à un p. 100, selon le nombre des cicatrices. Chez les varioleux la proportion fut de 19 Ojo, soit le double des vaccinés. On explique ainsi cette différence : les personnes qui ont déjà eu la petite vérole sont moins sujettes à la contracter que les vaccinés, et pour qu'elles en soient nouvellement atteintes il faut qu'elles soient douées d'une plus grande réceptivité, et ainsi les rechutes sont pour eux presque toujours graves.

Le dock- Lettsom calcula qu'au siècle dernier sur un million d'hommes la variole en emportait chaque année en Angleterre trois mille tandis que dans la période décennale (1851-60) la moyenne annuelle des décès fut réduite à 221, soit à 4 sur un million. La. différence, comme on voit, est énorme, et suffit à prouver l'influence salutaire du vaccin. Les lois nouvelles appliquées sur une plus vaste échelle, donnent en Angleterre les meilleurs résultats. Un journal (1) nous assure qu'on a annuellement 34,000 sauvés*

PI Tlu Briiiih médical journal, juin 1870, pag. 583.

Grâce à ces lois la petite vérole a disparu pour six ans environ de l'Angleterre et pour trois de l'Ecosse. On peut dire qu'en Irlande cette terrible maladie est éteinte, attendu qu'on n'eut à y déplorer que trois décès dans toute une année. Ici donc le triomphe de la vaccine se montre dans toute sa splendeur, et nous fournit la preuve" la plus évidente que le vaccin humanisé, le seul employé par les Anglais, possède encore toute sa puissance. Son efficacité n'a fait défaut en 1870-71 oh la vérole importée de la France se répandit chez eux. Selon les calculs de M. Vacher, cette épidémie fit en Ecosse 4803 victimes, tandis que les décès constatés dans la Belgique s'élevèrent à 21,000, à 60,000 en Prusse et à 90,000 en France. À Londres les décès furent au nombre de 5,103.

FRANCE La France ne fut pas moins éprouvée par la petite vérole. Cette contagion, au dire des évêques Marius et Grégoire, y apparut au sixième siècle. Ils citent les épidémies de 570 et 582. Mais nous rapportant à des autorités plus récentes et authentiques, nous trouvons qu'une terrible épidémie de variole éclata à Paris en 1568. Voici a description qu'en fit le célèbre Paré : « On peut, dit-il, assurer véritablement que les prin- « cipes d'oti dérivent les effets de cette peste sont « armés d'une force incroyablement maligne, pesti-

< lentielle et contagieuse. Ce poison non content de « déchirer les parties charneuses s'empare des sub-

< stances osseuses, les corromp et les ronge de la

«même manière que la peste vénérienne. J'ai été «souvent spectateur de ces ravages non seulement

< dans le long cours de ma pratique, mais spéciale-

< ment dans Tannée 1568. Je vis en outre beaucoup

< de malheureux qui restèrent aveugles , sourds , et

< pi eurent à souffrir un grave outrage aux organes

< de l'odorat (1).

En 1577 Baillou observa en France une terrible épidémie de variole. Il écrivit à ce sujet « que de mé-

< moire d'homme on ne se souvenait pas d'avoir vu se « produire par cette contagion un ravage égal. Ceux * qui en étaient atteints mouraient presque tous sans « pouvoir rien espérer du secours de l'art salutaire >.

Baillou vit encore la désolante contagion de 1586 (2). La Motte fut spectateur au dix-septième siècle, d'une épidémie de variole qui ravagea la France dans le rçeur d'un rigoureux hiver. Wan Swieten parle aussi de cette épidémie dans ses Commentaires. Celle qui ré^na à Paris en 1693 et 1694 ne fut pas moins fatale.

La variole se manifesta bien plus terrible au dixhuitième siècle. Helvétius vit en France en 1719 une épidémie de variole si mortelle qu'on ne put sauver un Seul malade (3). La Condamine nous décrit la peste de 1723 qui désola l'Europe, l'Amérique et une partie de l'Asie. Le prof. Buniva nous assure qu'en cette même année près de 20,000 habitants moururent

[\\ Saiconb, I. c, pag. 428.

(i) 1d., 1. c, pag. 429.

3) Ij>., ]. c, pag. 435.

i 32 DE LA VACCINATION — CHAPITRE XIX

de variole à Paris (1). M. Tissot observa en 1744 une constitution de variole bien funeste, et en 1759, une épidémie si grave à Louisbourg, que sur 95 malades 83 succombèrent.

On compta dans une période de 30 ans plus de 700,000 personnes emportées par la variole. L'enfance et la plus florissante jeunesse en étaient surtout in* fectées. Ceux qui survivaient conservaient les traces fatales de l'infection sur le visage, le cou et les bras. Qui perdait un œil, qui restait avec les lèvres ou les oreilles rasées, d'autres enfin étaient déformés de différentes manières. Entre les auteurs qui ont parlé de ces furieuses épidémies nous citerons Paulet qui a soutenu la nécessité de l'isolement des infectés et de l'établissement des cordons sanitaires.

Nous croyons utile de reproduire ici le tableau de l'épidémie qui sévit en France l'an 10 et 1 1 de la République.

Progrès de l'épidémie établis par la comparaison de la mortalité causée par la petite vérole avec la mortalité causée par d'autres maladies pendant les mois de thermidor, fructidor, an 10, vendémiaire, brumaire, an 11.

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