‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 40 sur 73 · BES NULS | 80 E · texte numérisé non relu

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Il ressort de l'ensemble des observations précédentes que le vaccin animal est non seulement inférieur à la lymphe humaine sous le rapport de l'efficacité et de la virulence, mais encore qu'il est sujet à uhe grande variabilité et irrégularité. On doit par conséquent en laisser de côté l'application dans les vaccinations générales. Quelques-uns ont dit que la différence dans

les succès doit être attribuée à l'imperfection de la méthode. Mais les précautions requises pour que l'humeur dense de l'animal puisse pénétrer dans l'organisme et y produire son effet, sont précisément une preuve de la difficulté de la réussite. Les résultats des expériences de la commission belge et de MM. Martorelli et Scarenzio confirment notre opinion. Aucun n'a constaté de bons effets de la lymphe animale, que lorsqu'elle avait passé plusieurs fois par l'organisme humain.

Nous admettons, dit le doct. Orsi, que la lymphe humaine réussit mieux , qu'elle est plus homogène par ses qualités physiques et qu'elle se conserve plus facilement dans des tubes 7 mais voudrait-on dire par cela qu'elle est douée de plus d'efficacité, et qu'il faut en conséquence bannir la vaccination animale? Nous sommes heureux d'avoir avec nous dans cette question le savant champion de la méthode napolitaine ; et prémettant que nous sommes bien loin de vouloir la condamner à l'ostracisme, nous ftrisons nos réserves sur la distinction qu'il voudrait établir entre la germination du virus et son efficacité préservative. Cette distinction est, à notre avis , plus subtile que juste; car si la lymphe a assez de force pour ne laisser insensibles à son action que ceux qui ne sont pas doués de réceptivité ou qui n'en ont pas au moment de l'inoculation, de même que pour produire assez fréquemment une seconde éruption sur ceux qui sont vaccinés depuis quelques années ou qui ont souffert la petite vérole, comment pourrait-on dire

que cette lymphe n'est pas également préservatrice i Les granulations microscopiques dans lesquelles réside l'activité de la lymphe, seraient-elles de deux espèces, les unes contenant la propriété de germer et les autres celle de préserver ? Mais si jusqu'ici la science tient pour certain que dans les virus en général un seul est le principe sut generis doué de la faculté de pénétrer dans l'organisme et d'y exercer son influence, on peut en argumenter par analogie que le vaccin suit la même loi, et que s'il conserve une de ces deux propriétés, il conserve pareillement l'autre. L'histoire des épidémies confirme cette assertion.

Mais le vaccin animal contiendra-t-il plus d'efficacité préservative? Ici est le nœud de la question. Il est hors de doute que si on pouvait la résoudre en sa faveur, il acquerrait plus de droits à la confiance générale. Mais jusqu'à présent il n'a pas été démontré que son efficacité soit supérieure. En effet les carae- . tères locaux plus marqués que l'on voudrait attribuer à la pustule d'origine animale, et les phénomènes de réaction générale plus manifestes de la même, n'autorisent point à présumer qu'elle est douée de la faculté de préserver pour plus de temps. Nous avons déjà vu ailleurs qu'il en est bien autrement, et que l'efficacité préservative du vaccin est en raison inverse de l'intensité des phénomènes locaux et de la réaction générale. Nous verrons plus loin qu'il n'est aullement vrai que les pustules que le vaccin humain produit aujourd'hui, ne présentent plus les caractères

primitifs. Nous n'insisterons donc pas sur ce point. Ces phénomènes plus évidents ne seraient-ils pas plutôt l'effet d'un principe irritant contenu dans le vaccin animal ? Ne devrait-on pas les attribuer aux incisions, qui mieux qu'une simple piqûre peuvent irriter le tissu cutané? Mais on n'a qu'à consulter les rapports de MM. Orsi et Grancini et les tableaux ajoutés à la relation du doct. Belluzzi, pour voir que la supériorité qu'on voudrait attribuer au développement des pustules animales est bien loin d'être aussi fréquente qu'on le prétend. On y lira au contraire que souvent elles sont plus petites, comme l'a vérifié M. Balestreri à Gênes et comme nous l'avons constaté nous-mêmes en assistant à des expériences de vaccination animale i Milan, à Venise et à Gênes. M. Depaul même avoue qu'il n'a reconnu aucune différence d'éruption dans *s expériences comparatives sur le deux virus, mais que le vaccin humain a fourni plus de pustules que l'antre. Il explique ce fait en disant que dans l'économie animale les deux virus se neutralisent réciproquement, ce qui fait qu'il n'y a pas à s'étonner s'ils présentent une éruption identique. Mais il y a contre cette hypothèse le fait que nous avons aussi constaté plusieurs fois, à savoir que lorsque Steinbrenner , Bousquet et d'autres ont inoculé comparativement le véritable cow-pox et le vaccin humanisé, ils ont reconnu une différence des phénomènes entre V un et l'autre. Il y a aussi l'opinion de vaccinateurs distin* gués, entr' autres de Steinbrenner qui. a beaucoup

étudié cette question. Sur les enfants inoculés conteniporainement ayec les deux virus, l'éruption de chaque bras n' est absolument, dit-il, que le produit du virus inoculé par les piqûres sur lesquelles l'éruption se développe et l'un des virus n'influe aucunement sur l'éruption produite par l'autre.

Il y a une autre présomption contraire à la lymphe animale dans le grand nombre d'incisions qu'on a coutume de pratiquer sur l'animal (le comité milanais en fait de 50 à 200 selon le besoin) ; d'où il dérive que les pustules doivent être chétives. Ajoutons que l'animal ne ressent que peu ou point de réaction générale. Mais laissons de côté les suppositions et venons aux faits observés dans les dernières épidémies.

M. Grancini cite à propos de l'épidémie de Milan de 1871-72 71 individus, dont 10 vaccinés et 61 revaccinés avec la lymphe humaine, qui contractèrent la variole. Un des vaccinés et cinq des revaccinés succombèrent, soit le 8, 4 pour 100. Puis il présente une autre série de 43 individus inoculés dans leur enfance avec le vaccin humain et revaccinés plus tard avec la lymphe animale, qui n'eurent que deux morts ; en moyenne le 4, 6 p. 100. Il en déduit que la lymphe animale est douée d'une plus grande puissance de préservation. .M. Orsi dit qu'il n'a observé que de rares cas de varioloïde chez ceux qu'il avait vaccinés à Àncône. M. Margotta assure que sur 1961 inoculés qui eurent la variole, 135 seulement appartenaient à la catégorie de ta vaccination animale.

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Il note encore qu'environ le tiers de la population avait été inoculé avec la méthode napolitaine. M. Scaramelia à son tour rapporte le passage suivant extrait te Y Archive de médecine et de chirurgie de Rome. < Nous pouvons assurer sur des informations authentiques que nous ont données quelques-uns de nos collègues, qu'on a vu tant à Naples qu'à Paris des yaccinés de fraîche date avec la lymphe animale contracter la variole, dont le cours en a été bien grave ». Ii dit encore que le doct. Bolla, médecin capitaine au 4me régiment d'infanterie, a observé un cas de variole confluente sur un soldat vacciné peu de mois avant avec la lymphe animale, et qui mourut le ii10* jour. Un autre médecin militaire, M. Radaelli, cite deux autres cas semblables. Dans la section des soldats varioleux à Rome on a eu dans la dernière épidémie un seul cas de variole parmi des milliers de revaccinés avec la lymphe humaine ; tandis qu'on en a constaté deux dans le petit nombre des revaccinés avec le pus animal. M. Radaelli n'entend pas porter aux dernières extrémités les conséquences de ce petit nombre de faits, mais seulement observer que l'efficacité préservative du vaccin jennérien n'est certainement pas inférieure à celle du vaccin animal (1).

Goiûrae on le voit, les allégations précédentes se contredisent réciproquement. Nous n'avons pas jusqu'à présent pour une exacte comparaison les détails voulus

(1) V. ScHAMELLà, I. C.

sur Tâge de ceux qui contractèrent la variole après la première vaccination. Nous admettons avec M. Margotta qu'un tiers de la province de Naples est maintenant vacciné avec la lymphe animale; mais nous ne savons pas si en 1871-72 la proportion était la même; puisqu'en 1867, année oh l'on adopta la nouvelle méthode pour les inoculations municipales, elle n'y était encore guère en usage. « Le temps , dit le doct. Bono, et de nouvelles observations feront connaître si le préservatif jennérien s'est affaibli: peu de cas ne suffisent point pour des conclusions positives » . Nous pouvons opposer aux séries de M. Grancini une autre statistique également authentique, qui fut présentée en 1873 au comité milanais de l'association médicale par M. le doct. Trezzi en sa qualité de vice-conservateur du vaccin, et de laquelle il résulte qu'en 1872 6,907 prémunis moyennant le vaccin humain donnèrent 907 décès, à raison de 9,44 p. 100; et que 15 qui avaient reçu l'inoculation animale eurent deux décès, soit en moyenne 13,33 p. 100. Il est donc incontestable que la lymphe jennérienne est supérieure à la lymphe animale. Dans un autre tableau de l'épidémie de 1871-72 le doct. Trezzi inscrit 56 infectés vaccinés avec la lymphe animale, sans donner aucune indication sur les décès. De pliis dans la statistique des varioleux de la province de Milan dressée pour l'an 1874 par M. le doct. Bifli, on a 196 inoculés avec la lymphe humaine, qui contractèrent Ja variole et dont 36 succombèrent (18 p. 100), et G

autres vaccinés avec la lymphe animale dont 1 succomba, 16,6 pour 100. Mais outre qu'il est évident, sur la considération que le nombre des décès est bien supérieur à la moyenne ordinaire, qu'on n'a consigné que les cas les plus graves, la vaccination animale n'a pas lieu de se vanter, si Ton fait attention à la grande différence du nombre des infectés des deux séries. II convient aussi dé remarquer que, tandis qu'on a constaté à Milan un seul individu vacciné avec la lymphe animale qui contracta la variole, à Lodi sur 7 varioleux 5 qui avaient été vaccinés avec la même lymphe eurent un décès.

Pour démontrer que le vaccin jennérien a perdu aujourd'hui de son efficacité, on n'a cessé de répéter qu'en 1818 à Edimbourg un seul succomba sur 484 varioleux vaccinés. Mais on pourrait rétorquer l'arfument contre la nouvelle méthode et dire que son efficacité doit être bien faible, si l'on considère que trois ou quatre années seulement après son introduction on vit ça et là des cas de varioloïde et de variole confluente chez ceux qui avaient reçu la vaccination animale. En 1872 15 varioleux de la province de Milan qui l'avaient reçue eurent deux décès, et en 1874 6 en eurent un. Il est donc évident que la vaccination animale n'a pas offert jusqu'ici la preuve d'être douée d'une majeure efficacité préservative. Une observation diligente pourra avec le temps établir quelque chose de positif à cet égard.

Mais, supposant môme que les effets de la vaccina-

tion animale soient égaux à ceux de l'inoculation jennérienne, il est évident que la pratique nouvelle se démodtre bien inférieure dans l'application. Gomme nous avons déjà signalé les inconvénients qu'elle présente, nous ne ferons que les résumer ici. D'abord il n'est pas facile de trouver toujours et partout les bêtes convenables; quelquefois l'expérience fait défaut et le développement des pustules n'est pas toujours régulier. Voilà déjà des causes qui nous obligent à suspendre le cours des opérations vaccinales, comme l'ont remarqué M. Orsi à Ancône, et le doct. Dell'Acqua •à Milan (1).

Puis, outre que tous ne peuvent avoir les connaissances nécessaires sur l'inoculation des animaux, sur le choix des pustules et sur la manière de les appliquer à l'homme, la méthode des petites incisions est certainement plus douleureuse et d'une pratique plus difficile que celle des simples piqûres, surtout à l'époque des vaccinations générales où les mères entourent en foule l'opérateur et le privent de la liberté des mouvements. Évidemment les insuccès doivent être alors bien nombreux, malgré la recommandation faite aux vaccinateurs d'être calmes et de procéder avec ordre. Parfois même il est arrivé à Milan que la lymphe était épuisée avant la fin de la séance au grand mécontentement de ceux qui devaient s'en retourner sans avoir obtenu leur but On a aussi constaté dans

(1) Le doct. Dell'Ar^na est membre du comité de vaccination animale de Milan.

cette ville que l'opération même cause de l'appréhension à celui qui doit la subir et à ceux qui y assistent ; et M. Bono nous rapporte que souvent des individus grêles et indisposés tombèrent en syncope pour ce motif. Ce sont là, si l'on veut, de petits inconvénients. Mais on ne pourra en nier l'importance, si l'on réfléchit que le vulgaire ignorant et revêche aux mesures hygiéniques néglige facilement son bien être matériel pour quelques insuccès ou défauts qui se manifestent dans la chose.

Mais le plus grave défaut de la lymphe animale consiste en ce qu'elle se conserve difficilement. Les petits tubes, les pustules, les plumes, les détritus ne réassissent qu'à la condition de les employer aussitôt. Les divers moyens que l'on a imaginés pour conserver cette lymphe et la transmettre à de grandes distances, sont une preuve évidente de la difficulté qu'on rencontre à cet égard. C'est un grave inconvénient qui ne permet pas qu'on puisse s'opposer à temps à l'épidémie varioleuse surtout dans les. localités éloignées des centres. Et puis, pourra-t-on dans ces circonstances avoir assez de pustules et de détritus? Pour y obvier le doct. Nolli propose d'employer des pustules desséchées qui conservent longtemps leur propriété contagieuse, et même pour plusieurs mois. Mais, avant de les employer il faut pour les amollir les laisser 18 heures environ dans l' eau distillée. Le chev. Margotta recourut avec succès à un autre moyen qui consiste à faire dessécher le pus vaccinal des veaux

21 — Parola, vol. II, De la vaccination.

et à le réduire ensuite en poussière très-fine que Ton porte sur les incisions faites avec la lancette. « Cette méthode, dit-il, permet de recueillir, de conserver pour longtemps et de transmettre à de grandes distances et en telle quantité que l'on voudra, le vaccin animal. On évite ainsi la putréfaction, et si Ton tue Tanimal pour l'observer intérieurement avant de faire usage de ses pustules, on évitera pareillement toute transmission morbide. Les petites communes pourront sans trop de dépense se procurer pour leurs vaccinations une certaine quantité de cette poussière». Nous serions heureux si les moyens proposés par MM. Margotta et Nolli pouvaient réussir, mais nous doutons fort que cela arrive, attendu que le cow-pox même, la clavelée et le vaccin humain desséchés ont fait défaut à la plupart des expérimentateurs.

Il y a un autre obstacle bien grave dans les fortes dépenses qu'il faut faire pour acheter et nourrir les animaux comme pour salarier F opérateur. Si cette considération est d'une certaine valeur, même pour les grands centres, oh la nouvelle méthode peut trouver un appui auprès des particuliers et des riches municipalités, qu'en sera-t-il pour des communes moins florissantes? Et pourtant il faudrait y tenir un certain nombre de génisses pour les vaccinations qui durent plusieurs semaines et des mois entiers. Enfin cette difficulté est bien plus sérieuse pour les communes les plus pauvres, où il faudrait néanmoins transporter les animaux accompagnés de quelque bon vaccina teur.

Comment feront ces communes pour couvrir de si grandes dépenses? L'état et les provinces y suppléeront-ils? Les partisans de la vaccination animale répondent à ces objections qu'on ne doit pas regarder de si près aux dépenses en fait d'hygiène, et que le bien être de l'humanité doit être la suprême loi. Gela doit être vrai en théorie, mais l'expérience prouve le contraire; car l'état et les provinces dépensent le moins qu'ils peuvent même en fait d'hygiène. Si les avantages de la nouvelle méthode étaient réels, si les accusations qu'on a lancées contre le vaccin jennérien étaient fondées ,• nous ne nous opposerions certainement pas à l'adoption de la première ; nous serions au contraire les premiers à solliciter l'état et les municipalités à penser moins aux dépenses qu'à l'avantage commun. Mais lorsque nous avons deux systèmes, dont les avantages se balancent, et dont l'un d'une exécution plus facile exige peu de dépenses, et l'autre requiert de grands sacrifices d'argent et présente trop de difficultés pour pouvoir être généralement adopté, nous n'hésitons pas dans notre choix , et nous adoptons le premier. Chaque fois qu'il s'agit d'introduire des mesures générales, il faut avant tout chercher les moyens d'en rendre la pratique facile à tout le monde; car autrement on s'expose à les voir bientôt décriées et abandonnées.

S'il y a aujourd'hui des gouvernements, des provinces et des municipalités, disposés à porter dans leur budget des sommes en faveur de la vaccination

animale, ne refuseront-ils pas leur concours lorqu'ils verront que les effets ne correspondent pas à leur attente? Qu'arrivera-t-il alors? La vaccine humaine tant calomniée et méprisée pourra-t-elle inspirer nouvellement la confiance nécessaire? La conséquence en sera que la variole sévira de nouveau, et fera payer bien cher le premier enthousiasme pour la vaccination animale. Ce danger a sérieusement préoccupé Bousquet. Ce savant qui a consacré toute son intelligence et sa vie au triomphe du vaccin, termine ainsi un de ses éloquents discours: < La vaccine animale n'est pas née viable ; elle le serait par nature, qu'elle ne le serait pas dans l'usage et dans l'application. Dans mon opinion ce n'est donc pas tant au triomphe de la vaccine animale que vous travaillez, mais plutôt à la ruine de toute vaccine >.

Mais déjà s'est éteint l'enthousiasme que le nouveau système avait soulevé en France, enthousiasme facilement expliquable, parce qu'elle était en proie à une épidémie cruelle. Le vaccin animal ayant en quelque sorte manqué, on rechercha de nouveau le pus humain, qui épuisé à son tour laissa l'épidémie régner en souveraine et étendre ses ravages. M. Paul Constantin dut recourir à la Belgique pour avoir du vaccin animal. Voilà un premier fruit de la nouvelle méthode ; voilà ce que nous chercherons à éviter de toutes nos forces.

La nouvelle méthode n'a pas satisfait l'opinion publique en Normandie et en Bretagne. Le docteur

Chevalier et les vaccinateurs d'Évreux, de Toulouse et de Bordeaux durent nouvellement recouvrir au vaccin jennérien.

Noos devons signaler les délibérations de deux sociétés savantes qui ont expérimenté les deux méthodes. Le 1 i mars 1870 la société médicale des hôpitaux adopta la proposition suivante: < La société des médecins des hôpitaux de Paris prie son représentant près le conseil de surveillance de l'assistance publique de s'intéresser auprès de l'administration, pour qu'elle mette du vaccin jennérien, c'est-à-dire du cow-pox primitif spontané transmis de bras à bras, à la disposition des médecins des hôpitaux qui désirent en faire usage ».

Cette délibération a été rédigée par le doct Husson lui-même, directeur en chef des hôpitaux de Paris, qui y avait fait introduire la vaccination animale, et qui de chaud partisan qu'il en était d'abord, finit par correspondre aux désirs de ses subalternes.

La déclaration des médecins de charité du 7m* arrondissement de Paris est encore plus explicite. < Les soussignés, médecins du bureau de bienfaisance du 7me arrondissement, après avoir suivi et comparé les résultats du vaccin de génisse dans le service vaccinique établi à la mairie de cet arrondissement, émettent l'avis qu'ils sont très-insuffisants même chez les nouveaux-nés, et qu'il faut par conséquent renoncer à cette méthode. Ils demandent qu'on mette à leur disposition du vaccin jennérien à la condition que

le vaccinifère soit préalablement examiné par l'un d'eux > (i).

Il est vrai que la nouvelle méthode avait été mal appliquée, en voulant inoculer trop d'individus avec peu de lymphe (Depaul en accusa Lanoix au sein de l'académie); mais ce sont précisément des inconvénients que nous craignons fort de voir reparaître à l'avenir.

Les plus ardents promoteurs de la nouvelle méthode ont entrevu le danger qui pouvait dériver du dénigrement excessif du vaccin jennérien. M. Margotta a dit que la méthode napolitaine n'est pas applicable partout à cause des dépenses qu'elle exige, et parce que l'on ne peut pas toujours trouver les personnes capables de la pratiquer. Le prof. Palasciano écrivit au doct. Sapigni, lors de l'établissement de la vaccination animale à Sinigaglia: « Les archives applaudissent aux efforts de M. Sapigni et lui conseillent de ne rien négliger » (2).

Le conservateur général du vaccin à Naples, M. Minervini, porte un jugement fondé sur le rapport du doct. Belluzzi de Bologne. En même temps qu'il le loue pour l'impulsion qu'il a donnée à la vaccination animale, il ajoute ce qui suit: < Nous manifestons seulement notre déplaisir que M. Belluzzi, tout en considérant comme fondées des opinions dont il est encore permis de douter, décrie la vaccination humaine plus

(1) V. Gaz. Mid. de Paris 1870, pag. 192.

(2) Archives de chirurgie pratique.

quelle ne le mérite. Il autorise ainsi les esprits vulgaires à l'éviter comme une chose inutile ; et, cette idée prenant racine, il arrive que dans de nombreuses localités oîi Ton ne peut la remplacer par la vaccination animale, un grand nombre d'individus demeurent exposés aux ravages de la variole > (1). Que les conseils de ces notabilités de la vaccination animale suppléent à nos paroles, et fassent revenir de leur zèle excessif les partisans trop ardents de la même.

Nos préoccupations ne sont nullement exagérées, vu que dans plusieurs villes d'Italie on dut suspendre la vaccination animale à la suite des résultats peu satisfaisants de la même. Le conseil sanitaire de la province de Rome délibéra, et le ministère approuva qu'on pratiquât de nouveau l'inoculation de bras à bras. Nous terminons cette revue en rapportant le vote des congrès de Lyon (1872), de Vienne (1873), et de Bologne (1874). Le congrès de Lyon émit Ta vis que le vaccin perpétué sur des génisses par inoculation est impraticable, et que le cow-pox spontané est le vaccin idéal, mais d'une rareté trop grande. Le meilleur vaccin, pratiquement, c'est le vaccin humain; mais à la condition d'en surveiller la culture (2). Le congrès international de Vienne délibéra : 1° qu'on doit recommander pour les vaccinations publiques la lymphe humaine qui prend plus sûrement et dont les effets locaux sont plus doux ; 2° que la

(.1) Bulletin des Sciences Mcd. Bologne, 1869, pag. 160. À Gaz. Méd. Paris, 1872, pag. 473.

lymphe originaire de la vache éloigne toute crainte de mélange de matières provenant du sang des individus choisis pour ri n serti on fondamentale, et qu'ainsi on peut en faire usage ; 3° que la même est nécessaire pour régénérer de temps en temps la lymphe humaine, et que, dans ce but, on doit avoir soin d'en obtenir une quantité proportionnée au besoin. Finalement le congrès de Bologne, entendu les faits contradictoires cités dans la discussion, déclara que les études faites jusqu'ici sur cette matière ne permettent pas encore de se prononcer définitivement, étant conséquemment libres les parents de choisir entre le vaccin animal et le vaccin humain.

En résumé nous croyons que les gouvernements doivent continuer à considérer comme suffisante la vaccination de bras à bras, et se borner à encourager les expériences de la vaccination animale, en prescrivant toutefois les précautions nécessaires.

Nous ne contestons pas que la vaccination animale, pratiquée avec les règles voulues, ne puisse devenir un puissant remède prophylactique contre la variole. Nous en avons une preuve dans les dernières épidémies de Milan, d'Ancône et de Naples. En de telles circonstances la multiplicité des remèdes est à désirer.

La vaccination animale peut être d' une grande utilité dans la recherche des cas spontanés de cow-pox et de horse-poœ, en les inoculant aussitôt à quelque génisse, et préférablement à des vaches laitières. Nous croyons avec M. Gallardet Monteils

qu'on obtiendra avec plus de probabilité une lymphe active et efficace , si P on choisira des animaux , qui se trouvent dans les conditions qui donnent naissance au cow-pox. Ainsi, au moyen de P inoculation animale, aucune source vaccinale ne sera perdue , et P on pourra obtenir assez de matière pour répandre les bienfaits de la nouvelle méthode en y faisant participer la vaccination de bras à bras, au grand avantage de la science et de Phumanité.

Concluons. La vaccinatiog animale est une précieuse conquête, si elle ne sort pas de ses limites ; mais si elle veut les dépasser, et s'établir sur les ruines de la vaccine humaine, elle devient un grave danger pour la vaccination en général.

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