CHAPITRE XXIH
On appelle vaccination l'opération au moyen de laquelle on transporte sur l'homme le cow-pox pris sur la vache ; et encore Y opération par laquelle on transmet la même humeur conservée dans l'homme de bras à bras. On nomme vaccine l'éruption qui en dérive, conservant ainsi la dénomination d'où elle prend son origine. La vaccine a de coutume un cours assez constant pour que l'on puisse en donner une exacte description. Pour procéder avec ordre nous diviserons le cours de la vaccine en trois périodes : l'incubation, V éruption, le dessèchement.
La première période comprend les trois premiers jours. Certains vaccinateurs ont dit qu'il se manifeste dès le premier jour sur les piqûres un point d'une teinte rosée, qui disparaît aussitôt. Mais généralement on n'observe rien, et s'il se manifeste quelque
signe, exclusivement produit par l'irritation locale, il est si léger qu'il passe sans qu'on l'observe.
Le virus inoculé prépare en silence l'éruption vaccinale. Conformément à ce qui a lieu dans les autres fièvres éruptives et les maladies contagieuses, le virus a besoin d'un certain temps pour produire les changements organiques nécessaires. Au 3™* ou au 4me jour, selon la saison et les conditions atmosphériques, commence la période d'éruption. Ce sont d'abord de petites taches rosées, à peine perceptibles et qui ressemblent à la piqûre d'un insecte importun. Ces points sont sensibles au tact ; car l'on sent sous les doigts un petit corps semblable à un grain de millet. Tel est le premier élément de la future pustule du véritable vaccin. L'éruption toujours circonscrite à l'endroit des piqûres se développe peu à peu. Au cinquième jour !es taches sont devenues de véritables pustules relevées aux bords, d'une forme régulière et ronde, d'un ronge pâle luisant et accompagnées d'une démangeaison insupportable. Au sixième jour les caractères en sont plus prononcés, et l'on a la vraie pustule ; le bouton s'élargit, s'aplatit, se déprime un peu au centre, prend une teinte d'un blanc nacré et laisse entrevoir au centre une lymphe cristalline. La pustule commence à être entourée d' un petit cercle rouge delà largeur d'une demi-ligne, qui s'étend chaque jour. Au huitième la pustule est arrivée à son apogée, et se présente avec tous ses caractères distinctifs. Elle est de forme circulaire, régulière, aplatie, de la lar-
geur de deux lignes environ, d'un blanc azuré semblable au blanc de l'ongle lorsqu'on le comprime sous le bout charnu du doigt, soit d'un jaune léger. Les bords en sont gonflés, durs, luisants et circulaires, et plus relevés que le reste de la superficie. La cavité du milieu est plus sensible, et elle est recouverte d'une eschare à forme d'ombilic ; ce qui a fait donner à la pustule vaccinale la dénomination d'ombiliquée. Dans cet état elle contient une matière limpide, cristalline et tant soit peu glutineuse.
L'aréole qui l'entoure s'est étendue; elle a pris une teinte rougeâtre. Au 9me et au ÎO™ jour il y a encore augmentation dans les phénomènes de l'inflammation locale. L'aréole surtout devient plus vive, plus rouge et disparait plus difficilement sous la pression du doigt. Elle arrive même au diamètre de 9 ou 10 lignes environ. Souvent on observe aussi une notable tumeur, un endurcissement du tissu cellulaire sous-cutané autour de la pustule vaccinale, qui est alors plus, large et plus dure au toucher. Mais la pustule n'offre plus à l'œil exercé cet aspect vivace qu'on ne saurait exprimer par des paroles ; la lymphe qu'elle renferme est moins transparente et plus subtile, et elle a perdu la propriété visqueuse qu'elle avait d'abord. À cette époque et parfois même un jour ou deux plutôt, commencent les phénomènes du ressentiment général, c'est-à-dire le bâillement, l'inquiétude, les alternatives de rougeur et de pâleur au visage, la réaction fébrile plus ou
moins prononcée selon les individus, mais sans aucune gravité. Alors commence un intolérable picotement aux pustules vaccinales, et les glandes des aisselles s'engorgent légèrement An ilme jour la chose change d'aspect, La vésicule s'ouvre, la lymphe qui en sort devient opaque et perd sa couleur argentée; l'aréole se restreint et perd aussi sa vive couleur en laissant deux ou trois cercles concentriques d' une teinte azurée. Alors commence la période de dessèchement La matière recueillie dans la pustule se condense peu à peu; elle commence à brunir au centre et à s'endurcir en s' étendant insensiblement vers la périphérie. Elle se transforme vers le 141Btejour en une croûte dure, d'un rouge sombre luisant. Cette croûte conserve la forme primitive de la pustule; mais elle se restreint les jours suivants. Elle se dessèche et prend une teinte noirâtre. D'abord bien adhérente à la peau, elle s'en détache enfin au 20me ou au 24m« jour, en laissant une cicatrice indélébile et caractéristique qui est en général d'une forme circulaire ou oval$, souvent un peu gauflfrée, traversée de rayons et parsemée d'une foule de très-petites cicatrices correspondantes au nombre des petites cellules dont était constituée la vésicule. Ces caractères sont d'autant pins évidents que la cicatrice est plus récente ; car avec le temps elle se confond avec les téguments; mais jamais au point qu'on ne puisse plus la reconnaître.
Tels sont les phénomènes ordinaires d'une bonne
vaccine. Si nous les comparons avec ceux qui nous ont été décrits par les premiers vaccinateurs, Sacco, Buniva, Husson, etc., nous n'y voyons aucune différence notable, sr ce n'est que l'éruption se manifeste maintenant un jour plus tôt. Quant à la majeure intensité d'inflammation locale et de réaction générale notée par Jenner, nous la constatons encore aujourd'hui lorsque nous prenons le pus à sa source naturelle. Pour confirmer notre assertion , nous allons rapporter la description des phénomènes de la vaccine faite en 1800 par M. De-Carro, et de laquelle il résulte qu'ils ne diffèrent en rien de ceux d'aujourd'hui.
Du é™6 au 5me jour — Rougeur des piqûres.
Du 5™ au 6me jour — Vésicule plate, d'un blanc de perle ; creux au centre correspondant à la piqûre.
Du 9me au 10raejour — Aréole très-large, fièvre, dans quelques cas, à peine perceptible, se manifestant par un peu de chaleur aux joues et aux mains. Abattement, gonflement des glandes axillaires, et un peu d'accélération du pouls. En général cette indisposition est très-légère.
Du i2m* au i3me jour — La croûte noire se forme ; elle est complète le 14me jour.
Du 20me au 25™ jour -7 La croûte tombe en laissant une fossette plus ou moins grande (1).
Nous n'avons pas fait mention de la fièvre qui sur-
(1) V. Lombakd, Lettres sur la vaccine. Genève, 1839.
vient, au dire de quelques-uns, au commencement de l'éruption; car la plupart des vaccina teurs ne l'ont pas notée ou Font contestée, et notre expérience nous la fait considérer comme d'une rareté extrême ; de sorte que l'on doit plutôt l'attribuer à l'effet mécanique de l'éruption simultanée de plusieurs pustules sur des individus d'une sensibilité exquise, qu'à un véritable ressentiment général.
Nous avons parlé jusqu'ici de la vaccine, telle qu'on l'observe chez les enfants. Mais nous devons noter qu'elle se manifeste avec quelque différence chez les adultes. Rarement chez eux les pustules ont cette plénitude et cet éclat que l'on observe dans les premiers ; elles sont généralement plus petites, avec des bords moins relevés et avec une aréole moins étendue et moins développée. On doit attribuer cette différence à la majeure résistance de la peau des adultes qui est plus dure et plus compacte, tandis que la peau des enfants qui est tendre et riche en tissu cellulaire favorise le développement des pustules. Par contre il y a chez les adultes plus de douleur et de gonflement aux glandes des aisselles, et la fièvre est plus prononcée et plus commune, de sorte que l'effet préservatif n'y perd rien.
Nous ne reviendrons pas sur les caractères anatoraiques de la pustule vaccinale dont nous avons déjà parlé au chapitre des caractères simultanés du vaccin et de la variole. Venant aux anomalies de la vaccine, nous voyons que la nature semble vouloir se
montrer rebelle aux lois que l'homme lui voudrait imposer; ici encore ses secrets sont impénétrables. La première et la plus remarquable des anomalies consiste en ce qu'une fausse éruption succède parfois à l'inoculation d'un bon vaccin. Ce fait, constaté par Jenner, Sacco et Husson, a été attribué à différentes causes, telles que la disposition de l'individu, l'irritation des pustules vaccinales au commencement de l'éruption , la pratique de l'inoculation avec des fils et des vésicatoires ; mais ces causes sont bien douteuses. Husson dit qu'il en est deux principales et dont l'action paraît démontrée: 1° l'inoculation faite sur des sujets déjà varioles; 2° le virus vaccin extrait après la période de maturité.
Voici, en attendant, les caractères du faux vaccin, caractères qu'il est bon de connaître, si l'on ne veut pas le confondre avec le véritable. La pustule du faux vaccin se manifeste quelquefois peu d'heures après l'inoculation, mais ordinairement 24 heures après, avec des phénomènes sensibles d'inflammation locale et une petite vessie précoce. La période d'éruption est accompagnée de symptômes de fièvre qui augmentent selon les différentes phases.
La fausse pustule est de forme irrégulière et pointue; elle grossit rapidement, en deux jours, et fofme une espèce de petite vessie avec une petite croûte à la pointe; elle crève à la moindre compression, et a une teinte blanchâtre qui indique la putréfaction de l'humeur qu'elle contient. Son cours est parfois si
rapide que Ton dirait qu'elle ne fait que paraître et disparaître. Le faux vaccin d'une nature bénigne passe rapidement au dessèchement, celui d'un caractère malin s'exulcère toujours. Une rougeur irrégulière s étend autour de la petite plaie, qui croît et diminue avec irrégularité selon le degré d'irritation de la pustule et la qualité de l'humeur qu'elle contient.
La fausse pustule conservé toujours la forme conique. Un de ses caractères distinctifs est de n'avoir qu'une seule cavité. On dirait que c'est le travail du seul épiderme. Lorsqu'on la pique, elle n'offre aucune résistance ; l'humeur trouble et laiteuse en sort tout d'un coup ; la membrane de la pustule se flétrit, et la pustule elle-même disparaît en laissant une croûte mince et inégale, d'un rouge jaunâtre et sans forme particulière. Les symptômes généraux qui accompagnent le faux vaccin sont irréguliers, souvent intenses, et paraissent être le résultat de l'irritation locale; les phases en sont anormales et indistinctes; l'aspect des pustules est tantôt rouge et tantôt jaunâtre, mais il n'a jamais l'aspect brillant et la teinte argentée du vrai vaccin. Il ne laisse ordinairement* qu'une légère cicatrice, à moins que le malade ne pouvant résister à la démangeaison ne la déchire réitérées fois. En un mot, forme conique et globulaire, apparition précoce, irrégularité toujours évidente dans les phases, rapidité des symptômes, cavité unicellulaire, aspect terne ou jaune, tels sont les caractères distinctifs qui feront distinguer le faux vaccin du
22 — • Parola, vol. 11, De la vaccination.
véritable. Mais ces caractères ne sont pas toujours si prononcés et si évidents qu'on ne puisse quelquefois les confondre. Il est nécessaire d'observer attentivement toutes les phases de la pustule. Nous avons observé au commencement de notre carrière un fait qui nous a démontré la possibilité d'être induits en erreur, en même temps que la manière de ne plus nous y méprendre à l'avenir.
La nature du faux vaccin est essentiellement différente de celle du vaccin légitime, et ne parait être qu' une affection purement locale sans aucune influence sur l'organisme en général. Son siège à l'épiderme et non au corium lieu de prédilection de la véritable vaccine, sa structure unicellulaire, la qualité purulente de l'humeur, la fièvre qui se manifeste en rapport avec l'inflammation locale, l'aréole qui ne ressemble en rien à la véritable aréole vaccinale, nous prouvent évidemment que le faux vaccin et le véritable ne sont pas deux éruptions identiques, de même que les effets en sont différents.
Cependant le faux vaccin peut être produit par le véritable ; il peut c'est-à-dire se développer chez des individus dûment vaccinés, mais qui avaient déjà souffert la variole ou avaient déjà été vaccinés. Il paraît donc qu'il n'est qu'un indice du manque de réceptivité dans l'individu sur lequel il se développe , ou d' une réceptivité minime qui n' est plus apte à développer un véritable vaccin. 11 peut aussi prendre, mais plus rarement, sur des individus ni varioles
ni vaccinés ; mais pour en expliquer la présence, il faut alors recourir à une disposition particulière à résister au vaccin. On peut aussi en trouver la cause dans un vaccin trop avancé et dont les qualités distinctives sont altérées. Il ne pourrait donc plus exciter localement qu'une réaction faible et superficielle. Dans ce cas il n'est doué d'aucune faculté préservatrice. Nous ne nous arrêterons pas sur d'autres causes, telles que l'emploi d'instruments émoussés, sales ou oxydés, etc. Il faudrait qu'elles fussent capables d altérer le vaccin, ce que l'expérience n'a pas démontré; de même qu'elle n'a pas démontré que l'irritation mécanique portée sur la pustule dans sa phase de développement puisse produire le faux vaccin. Nous mentionnerons plutôt que plusieurs médecins prétendent que le faux vaccin peut être le produit d'un faux cow-pox qui parfois se développe épidémiquement sur les vaches.
Presque tous les vaccinateurs les plus estimés reconnaissent unanimement que le faux vaccin ne peut produire le véritable. Nous nous rangeons aussi à cet avis, car la pustule ne peut donner ce qu'elle n'a pas, et une humeur ne peut reproduire qu'une maladie analogue à celle dont elle est elle-même le produit.
Notre longue pratique nous a fait reconnaître comme vrai ce que l'expérience de la plupart des vaccinateurs avait déjà constaté. C'est pourquoi nous ne pouvons être de l'opinion de M. Bousquet qui, tout en
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soutenant que là fausse vaccine est une vaccine dégénérée qu'il attribue à une disposition naturelle, à la variole déjà'soufferte, à la vaccination ou à un vaccin recueilli après la période de maturité, assure en même temps que le faux vaccin peut produire le véritable, ce qu'il a pu constater lui-même plusieurs fois.
Mais les cas, auxquels fait allusion M. Bousquet, étaient peut-être cette variété de vaccin décrite par Sacco sous le nom de petite vaccine ou vaccinette, et qui se manifeste ordinairement chez les individus qui ont déjà eu la variole ou le vaccin. On donne aujourd'hui à cette variété le nom de vaccin modifié, qu'on peut considérer comme un quid médium entre le véritable et le faux vaccin. Son origine probable est dans la réceptivité individuelle incomplète, qui n'est pas assez puissante pour développer un véritable vaccin, mais qui a assez de force pour manifester sa présence en développant une vaccine bénigne, presque toujours locale. Ce vaccin a avec le véritable vaccin le même rapport qui existe entre la variole et la varioloïde. De même que celle-ci est capable de produire la vraie variole, le vaccin modifié (la vaccinette) peut fournir un véritable vaccin capable de produire des effets préservatifs. Le doct. Sacco s'en est assuré par des expériences ad hoc (i).
Le vaccin modifié se manifeste ordinairement au
(1) V. Sacco. Traité de la vaccination, pag. 47.
second jour par une petite pustule qui, à la bien considérer, a l'apparence d'un bon vaccin. Son cours s' accomplit ordinairement en 7, 8 ou 9 jours, et n'est jamais accompagné de violents symptômes généraux ; ce qui tourmente le plus c'est une démangeaison excessive. Au quatrième ou au cinquième jour de l'inoculation les pustules sont déjà entourées d'une aréole très-irrégulière; elles crèvent ensuite et se dessèchent bien vite en formant une croûte mince. Cette éruption peut aussi se manifester sur des individus faibles et cachectiques qui ont la peau flasque. Chez eux les vésicules sont plus petites ; elles crèvent vite et arrivent rapidement à la période de dessèchement. Le vaccin modifié a pu servir pour de bonnes inoculations; ce qui prouve que le vaccin ne change pas de nature selon les individus auxquels on le greffe et que, quel que soit le mode de son développement, il conserve toujours ses propriétés. Il est cependant convenable de ne pas se servir de la lymphe recueillie dans ces circonstances ; car si elle est efficace sur des individus qui y sont heureusement disposés, elle n'exerce pas sur les autres une action suffisante, ou elle reste sans effet.
Si l'on observe rarement le développement précoce de la pustule, on a un peu plus souvent du retard dans l'éruption. Indépendamment de la saison qui , comme nous l'avons vu, peut causer une légère différence et faire surgir la pustule un peu plus tôt en été et un peu plus tard en hiver, il y a de nombreux cas dans lesquels
là période d'incubation continue au septième, au huitième, au dixième, au vingtième et jusqu'au trentième jour. On en trouve un certain nombre dans le rapport de M. Husson (1803), et MM. Sacco et Bousquet en mentionnent à leur tour. On peut dire que ce phénomène se présente presque chaque jour. Mais il faut noter que lorsque la pustule est sortie, elle se développe régulièrement, et parcourt ses phases comme si elle était sortie dans son époque normale. Quelquefois aussi toutes les piqûres restent inertes pendant plusieurs jours, et il parait qu'il ne se fait dans elle aucun travail. Alors un^ seconde vaccination pratiquée sur le même endroit, les fait bientôt germer en même temps que les secondes, ou bien ces dernières restent sans effet. Les annales de la médecine sont remplies de faits semblables. Nous avons vu qu'un vacciné qui ne donnait au huitième jour aucun signe de réussite de l'inoculation, soumis à de nouvelles piqûres, présentait 8 jours après les pustules de la première et de la seconde lymphe, sans que l'économie parût en souffrir davantage.
MM. Husson et Mallet rapportent un cas bien plus singulier. Il s'agit d'une seconde vaccination pratiquée 17 jours après la première, et dans laquelle les premières piqûres germèrent en même temps que les secondes.
M. Bousquet en rapporte un autre du doct. Sulpicy, médecin à Choisy-Le-Roi, qui vaccina par trois piqûres à chaque bras un enfant de 9 mois. Vingt jours
s'étant écoulés sans la moindre apparence d'éruption, il répéta la vaccination, et 8 jours après il y avait 9 boutons bien distincts, dont le tiers appartenait évidemment à la première vaccination.
On trouve sur certains individus des boutons à divers degrés de développement; il y en a parfois de ceux qui sont déjà arrivés à leur apogée quand d'autres ne commencent qu'à paraître. Il est même de certaines vaccines qui, arrivées à leur terme, renaissent pour ainsi dire, et parcourent une deuxième fois les premières phases. Il y en a d'autres qui prolongent tellement leur cours que les pustules n'arrivent à leur période de maturité qu'au quinzième jour; et d'autres qui ne se dessèchent parfaitement qu'au trentième. Nous nous contentons de citer les faits sans nous laisser aller à des explications plus ou moins hypothétiques, qui ne conduiraient à aucun résultat certain.
On note aussi des irrégularités dans l'extension de l'aréole. Tantôt elle n'existe point, tantôt elle est d'une forme irrégulière ; ici elle entoure entièrement la pustule; là elle s'étend plus d'un côté que de l'autre. Parfois elle se confond avec celle des pustules voisines; et parfois elle s'étend sur une grande partie du bras et jusque sur la poitrine. Il faut observer que le frottement et l'irritation locale peuvent produire ce phénomène, qui est en général plutôt régulier et peut être placé entre les symptômes les plus caractéristiques de la vaccine, comme le prouvent d'ailleurs l' ap-
parition, le développement et la disparition à jours fixes de Y aréole.
La croûte vaccinale qui se forme lorsque la pustule s'ouvre et suppure, a besoin, d'après Sacco, du concours de l'air. Pour s'en assurer, il couvrit avec des verres de montre partie des pustules de deux enfants et laissa les autres exposées à l'air. La lymphe des pustules couvertes fut en grande partie absorbée par le corps. Il vit qu' elles se gerçaient et que la peau tombait -à petits morceaux sans laisser de croûte ni de cicatrice sensible. Mais les pustules découvertes firent leur cours ordinaire, et tombèrent en laissant les cicatrices communes. Le doct. Gendrin assure pareillement avoir empêché la formation de la croûte en couvrant les bras de cataplasmes ou de fomentations émollientes du neuvième au dixième jour de l'éruption.
Les pustules tendent quelquefois à s'exulcérer dans leur période de dessèchement. Il est des cas oU elle passe rapidement ; il en est d' autres où 1' on voit les croûtes tomber, puis se reproduire, etc.
Un autre phénomène plus important, bien que rare, consiste dans l'apparition sur les bras ou sur d'autres parties du corps d' un petit nombre de pustules surnuméraires dans la période de dessèchement. Ce fait nous démontre qu'il y a de l'analogie entre le vaccin et la variole, que la nature ne procède pas par sauts et qu' elle laisse entrevoir dans ses manifestations l'enchaînement des êtres et des maladies.
phÉnomènfs de la vaccination 345
La députation jennérienne de Turin cite un fait remarquable. Le doct. Golongi ayant vacciné une petite fille par 5 piqûres, il vit naître plus de 60 postules, partie sur les épaules et partie sur les bras, avec leurs caractères spécifiques. Ces pustules apparurent, comme de coutume, plus tard que les autres, c'est-à-dire vers la période de dessèchement des pustules normales. Husson, Sacco, Bousquet, Steinbrenner citent des cas semblables. Nous reproduirons en entier celui de Bousquet qui est plus étonnant. « Un médecin du Bas-Rhin, le doct. Richard, dit qu'un enfant s' étant avisé de sucer ses propres boutons vit apparaître dispersés sur la surface du corps 53 boutons de vaccine. À la vue de cette éruption, la famille cria à la variole; mais M. Richard s'assura par r inoculation qu' elle était bien de nature vaccinale >.
Il nous reste encore à observer que les cicatrices qui succèdent à la chute des croûtes, ne se présentent pas toujours avec les caractères que nous avons décrits. Les cicatrices dépendent de la pustule et de la croûte, et il est évident que leur diamètre doit correspondre à celui de la pustule et de la croûte. On en trouve fréquemment de petites. La cavité des cicatrices est en rapport avec l'action que la pustule a exercée sur le tissu cutané. C'est pourquoi il y en a de plus ou moins profondes, selon que cette action a été plus ou moins puissante et que le tissu cutané a été plus ou moins attaqué. La couleur, la nature du tissu cutané
et le développement de la pustule exercent à leur tour une certaine influence. En outre si l'on aura déchiré ou irrité la pustule dans son cours ; si l'on se sera opposé à son évolution régulière, il en résultera une cicatrice irrégulière. On voit donc que l'idée qu'on se forme, sur la seule inspection des* cicatrices, de la bonté ou non de la vaccination, ne peut avoir aucune certitude. Nous devons cependant ajouter qu'un œil exercé peut se former un certain critérium, s'il fait attention à la forme gaufrée des cicatrices et aux petits points noirs qu'elles contiennent, et qui sont l'effet de leur structure cellulaire.
L'effet préservatif de la bonne vaccine n'est nullement diminué par les irrégularités qu'elle présente dans son cours. Le plus ou le moins de développement de la pustule, son apparition plus ou moins tardive, etc. dépendent ainsi que nous l'avons déjà observé, moins de la nature du vaccin que des conditions particulières de l'individu. Qui plus est, l'apparition de la pustule n' est pas de rigueur. Il y a eu des individus qui, n'ayant donné que des indices de ressentiment général sans présenter de pustules, furent prémunis contre un second vaccin et même contre l'inoculation de la variole. Mais nous réservant de revenir sur ce point, nous observerons en attendant qu' il y a des cas où la fièvre même qui se manifeste ordinairement au 8me, au 9me ou au 10me jour manque complètement, ou est si faible qu'elle passe sans qu'on la ressente. On ne peut pas dire dans ce cas que l'individu
ne soit pas également préservé. C'est ce que les premiers vaccinateurs ont observé, et ce que Y expérience de chaque jour confirme. Sacco inocula en vain la variole à des individus déjà inoculés, et dont le physique n'avait été nullement altéré par la vaccination précédente.
Nous remontons souvent dans cette question aux premiers vaccinateurs.il nous semble que les faits n'ont jamais tant d'authenticité, que lorsqu'ils ont été observés longtemps avant nous ; et nous recourons d'autant plus volontiers à l'autorité de ces hommes éminents, qu'ils ont eu un vaste champ d'expérience devant eux et qu'ils nous racontent les choses qu'ils ont vues dans leur simple vérité et sans aucun déguisement. Mais c'est encore sous un autre point de vue que leur témoignage est bien précieux. Si les irrégularités, que nous avons mentionnées, ont été constatées par eux, on ne doit plus les attribuer à l' affaiblissement du vaccin. Le doute qu'on manifesterait encore à ce sujet, serait presque de la mauvaise foi. Ces irrégularités ont leur origine dans d'autres causes accidentelles. Quant à la fièvre, essentielle ou non pour produire l'effet préservatif, il n'est prouvé qu' une seule chose, et c'est qu' elle a un certain rapport avec l'infection générale, qui opère dans l'organisme la modification spéciale d'où nait l'effet préservatif. Mais nous ignorons de quelle manière se fait cette modification, et si la fièvre est la vraie mesure de l'infection générale. Concluons donc avec les
paroles de Grégory : « Les lois qui règlent V in- « fluence du vaccin sont, dit-il, fort compliquées et
< intéressantes. Si d'un côté on a toujours beaucoup
< fait pour les expliquer, il en reste encore assez
< pour exciter et récompenser les fatigues de la pos- « térité>.