DU SYSTÈME ÉTRANGE DE H. YERDÉ-DELISLE
Non, Messieurs, non, il n'est pas vrai que les doctrines fallacieuse* doivent nécessairement pëitr par la force des choses et sans aucun effort de la raison:. il est au contraire démontré par de cruelles expériences que Terreur non combattue s'accroît Incessamment, qu'elle finit par pervertir l'intelligence humaine et par faire tomber lea familles et les nations dans la dégradation et la barbarie.
Dans son ouvrage sur la dégénération de l'espèce humaine par le vaccin M. Verdé cherche de nouveaux arguments contre l'insertion jennérienne. < C'est >, dit-il, < une invention imprudente qui déjà depuis trois
< générations pèse de la façon la plus cruelle sur « toute l'espèce humaine. Le vaccin a entravé les
< fonctions de l'organisme ; il a supprimé la force et
< la santé ; il a multiplié à l'infini les maladies les plus
< terribles, la phthisie pulmonaire, les scrophules, les « cancers, les maladies mentales, le rachitisme, les
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< paralysies, et enfin il a donné naissance au croup,
< aux angines couenneuses et gangreneuses, et en
< particulier à la variole interne, dite fièvre typhoïde,
< qu' il a multipliée à ce point que cette maladie est
< devenue aujourd'hui presque aussi commune que la
< petite vérole externe. Aussi d'une nature puissante
< et vivace il a fait cette triste race que vous voyez >. f Tel est le tableau des suites terribles du vaccin.
Sans se préoccuper de la recherche des causes nombreuses qui peuvent influer sur les conditions physiques et morales du genre humain, il entre tout d'un coup dans l'argument, et, comme s'il connaissait la source unique et exclusive de cette prétendue dégénérescence, il s'écrie: < L'espèce humaine dégénère; aux
< puissantes races des siècles passés a succédé une
< génération petite, maigre, chétive, chauve, myope,
< dont le caractère est triste, Y imagination sèche, « l'esprit pauvre >.
La génération actuelle vit en butte à de nouvelles maladies, et un grand nombre des anciennes sont devenues beaucoup plus fréquentes, plus graves et plus meurtrières. Les facultés intellectuelles ont subi les effets de cette sorte de désorganisation. Il y a un mal radical qu'aucun ne sait voir. Mais remontons à la source, à l'occasion unique de ce mal multiple : c'est le vaccin.
M. Verdé admet bien que cette doctrine est extravagante, hypothétique, gratuite et difficile à accepter ; mais la faute qu'il ne confesse pas, ce sont ses traits
malins à l'adresse des plus beaux génies , et la façon avec laquelle il dénature sous des formes diverses leurs idées et leur opinions. Ce manque de respect suffirait, à notre avis, pour mettre en garde les amis de la science médicale; mais comme certaines personnes pourraient s'y laisser prendre, et qu'il y a encore une grande partie de la population qui se soumet de bon gré à la vaccination, moins par convinction que sur l'autorité d'autrui, nous ne pouvons passer outre sans examiner ce qu'il y a de plus essentiel dans les théories de M. Verdé.
Avouons-le, il ne faut s'étonner si le doct. Verdé. doué d'une finesse exquise et de si séduisantes manières d'exposition, a pu induire en erreur certaines personnes. Après avoir regretté les hommes et les choses d'autrefois, et avoir dit que nous n'avons hérité des robustes générations passées qu'une petite taille, une faible constitution, une volonté énervée et un esprit mesquin, il ne sait pas trouver de meilleure raison pour en jeter la faute sur le vaccin, que dans la comparaison de la taille des soldats du premier empire avec celle des soldats du temps présent. Nous pourrions démontrer, s'il en était besoin, que ce fait doit être attribué à d'autres causes, telles que les longues guerres de la révolution, les habitudes raodifiées, la majeure impulsion donnée à l'éducation intellectuelle sans tenir compte des forces physiques. Mais, pour plaider la cause du vaccin, il suffit d'examiner le tableau, présenté par M. Verdé, des cas
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d'exemption du service militaire pour défaut de taille oa à cause d'infirmités. On y voit que, dans ces exemptions, il y a une augmentation et une diminution inconstante, et non une augmentation progressive, telle qu'elle devrait être, si la cause en était le vaccin; car la vaccination s'étant propagée chaque année de plus en plus, son influence malfaisante aurait dû pareillement augmenter. N'en déplaise à M. Verdé; les effets sont toujours proportionnés aux causes. Gela prémis, nous prions le lecteur de vouloir bien jeter un coup d'oeil sur une partie seulement de ce tableau, que voici :
Lnnée
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RÉF0RMÉ8
Pour ce qui regarde le défaut d'énergie et rénervation générale des esprits, nous opposons à M. Verdé la guerre d'Orient et celles d'Italie et d'Allemagne. Mais notre collègue ne se contente pas d'attribuer au vaccin la dégénérescence physique de notre espèce: il lui impute aussi la dégradation morale et intellectuelle et l'affaiblissement des sciences, des lettres et 'les arts. 4 Depuis le vaccin, dit-il, plus d'hommes de
< génie, plus d'inventions, plus de découvertes. Toute
< production littéraire de l'ère vaccinique n'est que
< présomption et impuissance. Plus de grands musi-
< ciens ! Ils ont cédé la place à des arrangeurs. En
< peinture même décadence, le métier a usurpé la do
< maine de l'art ». Ne dirait-on pas que cet homme vit encore dans les siècles ténébreux du moyen-âge, ou qu'il vient vers nous de déserts inconnus et de terres inhospitalières? Mais voici qu'il nous présente tout prêt un remède efficace dans l'action purificatrice de la variole sur le cerveau. < On ne peut s'empêcher d'admettre, dit-il, que le cerveau ne soit, au moins pour le principe immatériel de l'intelligence, un instrument indispensable; il faut bien reconnaître que le degré de perfection, de développement ou de santé de cet instrument unique, règle jusqu'à un certain point la puissance et la portée de l'acte intellectuel Cette épuration du cerveau et de tous les organes par l'éruption variolique est indispensable et salutaire ».
Voici les motifs sur lesquels M. Verdé se fonde. Il nous enseigne que l'humeur varioleuse est tantôt un germe inné, tantôt une sécrétion ou une crise analogue à l'angine gangreneuse et au croup, tantôt une contagion ou une affection susceptible de contagion, ou enfin une substance identique au cancer et aux tubercules. Si cette humeur variolique se trouve malheureusement retenue par le vaccin dans Y économie, elle en imbibe même le cerveau, le comprime, en condense
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la substance ou ramollit et la rend atrophiée au point
de causer la manie, l'idiotisme, le. suicide et la folie même. < On comprendra, dit-il, que l'engorgement de la
< matière variolique dans la pulpe cérébrale dé^ermi-
< nera, si elle ne peut être éliminée par la petite vérole,
< soit un ramollissement, soit un épaississement, soit
< une atrophie du cerveau >. Bien entendu que le vaccin est la cause unique de tout cela. « Voyez, après la
< fièvre typhoïde, cet anéantissement des facultés intel-
< lectuelles, cette suppression de la mémoire, cette
< espèce d'hébétement qui commence dans la première
< période de la maladie, et qui se prolonge quelquefois « pendant une année ; pouvez-vous lui donner une « autre cause que l'épanchement de matière vario-
< lique qui, n'étant pas éliminée, exerce sur le cerveau « la plus désastreuse compression? »
Mais, dira-t-on, ce ne sont que des paroles, ou plutôt des propositions erronées et absurdes : où en sont les preuves? Les voici: < Cette épuration du cerveau et de tous îes organes par l'éruption variolique est, dit M. Verdé, indispensable et salutaire à ce point que dans les temps antérieurs à la vaccine un fait curieux a été relevé (nous croyons par lui seul), à savoir que les individus chez lesquels la variole produite dans de bonnes conditions avait rejeté d'une manière bien énergique les principes qu' elle avait mission d'emporter, et avait en quelque façon bien épuré tout V organisme, ces individus avaient généralement, soit sous le rapport de la force physique, soit dans l'ordre moral 32 — Pàrolà, vol. 11/ De la vaccination.
et intellectuel une supériorité incontestable ; tandis que d'autres chez qui la nature, quoique libre encore des entraves de Fart, ne pouvait, par l'influence de causes étrangères, suivre son cours, étaient exposés, quoique dans des conditions moins graves, à tous les accidents que nous- signalons comme conséquence du vaccin. >
De préjugé en préjugé le doct. Verdé descend dans ses suppositions jusqu'à assimiler un certificat de vaccin à une marque infâme, à une privative d'incapacité, de folie et à je ne sais quoi. Et pourtant nous vivons en plein XIX siècle ; nous sommes témoins des efforts gigantesques et du perfectionnement de l'humanité; nous avons admiré les expositions universelles de Londres, de New-Jork, de Paris et de Philadelphie qui ont démontré que l'intelligence de l'homme ne s'est jamais manifestée dans aucun siècle avec tant de puissance, et qu'on n'a jamais fait tant de progrès dans chaque branche de la science. Nous sommes heureux de partager l'avis du prof. Mancini qui a soutenu que l'époque oh nous vivons est plus que tout autre merveilleuse tant par la grandeur des idées et des découvertes que par la succession rapide des événements et par l'audace des désirs etc. (1). Nous faisons aussi écho à la Presse du 21 décembre 1855 qui a reconnu que < notre époque se distingue entre toutes par < une succession de découvertes admirables qui surit) Introduction à T étude du droit publie maritime, 1853.
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< gissent de tous les coins de l'Europe, plus empressée,
< plus ardente que jamais à scruter les causes et les.
< ressorts cachés des phénomènes naturels dont nous c sommes les témoins etc. > Si donc nous n' avons pas aujourd'hui un Raphaël, un Dante, un Napoléon I, un Shakespeare, un Milton, un Byron, un Alexandre, un Mozart etc., c'est parce que la marche du progrès n'est pas toujours constante, et qu'elle subit de temps en temps des oscillations, des intermittences plus ou moins longues, de sorte que nous pouvons dire avec le prof. Anglada de Montpellier qu'une sorte d'incubation prépare dans un siècle les grands hommes et les grandes choses qui en illustreront un autre, et que l'on soulèverait un problème bien difficile si l'on voulait rechercher la clef de ce mystère.
Mais ces aveugles antivaccinateurs ne se contentent pas de nier le puissant génie de tant d'auteurs de productions originales, uniquement parce qu'ils n'ont pas le visage picoté de petite vérole. Ils cherchent encore, nouveaux prophètes, à jeter l'épouvante dans les familles par leurs tristes prédictions, faisant voir de la sorte qu'ils ignorent les progrès hygiéniques et T expérience de près d'un siècle. Dans moins de treize ans, disént-ils, les naissances diminueront et les décès augmenteront Toute la puissance humaine ne vaudra pas à modifier cet éternel décret, et ce pour avoir voulu soulager nos misères avec la vaccine. Méconnaissant le libre arbitre de l'être raisonnable, ils disent que la créature peut dégrader et même
avilir les œuvres du créateur, mais jamais les perfectionner!! (1)
Voici maintenant notre adversaire aux prises avec toutes les académies, spécialement avec celle de Paris, parce qu'elles ont favorisé avec une légèreté impardonable l'établissement funeste de la vaccine sans de préalables expériences comparatives, et parce qu'elles n'ont pas attendu la décision définitive du temps qui aurait évidemment justifié la graduelle dégénérescence de l'espèce humaine à la suite de la compression artificielle de la variole, et aurait pu suivre pas à pas l'action funeste du vaccin sur l'organisme et voir graduellement se développer toutes les conséquences pathologiques, tous les fléaux issus plus ou moins directement, mais régulièrement, de cette triste expérience.
Mais quel pathétique dans la description des premiers effets de la vaccine ! Pour ne pas être taxés d'exagération laissons déclamer M. Verdé lui-même.
« Elle (l'académie de Paris) aurait vu, dès le second « ou le troisième jour de l'inoculation du virus vaccin,
< s'opérer sous une légère influence fébrile un chan-
< gement très-notable dans la faciès de l'enfant ; elle
< aurait vu s'effacer cette teinte vermeille donnée par
< la nature, puis se produire et persister assez long-
< temps un teint mat, jaune, plombé ; elle aurait vu « s'effacer légèrement la tension des joues, et les yeux
(1) Journal du co*nais$a*ee$ vUdicaia, N. 30 et 32, 1855.