DO SYSTÈME ÉTRANGE DE M. VRRDE-DELISLE
< se cerner. Elle aurait déjà pu, à ces premiers signes,
< reconnaître une action immédiate du vaccin sur la
< peau et sur la partie superficielle de la circulation « capillaire. Elle aurait vu enfin chez ces enfants la
< perte de la gaieté, et une espèce d'anéantissement >. Mais ce n'est pas tout. D'après Verdé, le vacciné se
trouve condamné irrévocablement à un grand nombre d'autres malheurs. Nous ne saurions mieux plaindre les victimes de la funeste inoculation qu'en enregistrant mot à mot ces malheurs irrémédiables. Il déclare d'abord que ce ne sont pas des choseslmaginées, et vous jure qu'elles sont le résultat de 30 ans d'observations et de recherches. « À quoi bon l'air? dit-il.
< Les pores de la peau sont oblitérés, les poumons « sont tubercolisés. À quoi bon la nourriture saine? À
< quoi bon préserver l'économie des miasmes pestilentiels? La corruption est à l'intérieur, c'est là
< qu'est le siège du mal. À quoi bon les agents ex-
< ternes, puisque le vaccin a fermé tout accès ? À quoi « bon l'hygiène, puisque le vaccin est entre elle et « l'organisme? En face de ce tableau qui semble triste,
< qu'on ne nous accuse pas de paradoxe ; nous n'avons
< rien imaginé, nous avons seulement observé et dé-
< duit les conséquences de trente années d'observa-
< tions et de recherches >.
De pareilles exagérations n'ont pas besoin d'être réfutées ; il suffit de les énoncer. Gomme la vaccine appartient aux affections éruptives, il est naturel qu'elle est souvent accompagnée dans son cours de
légers symptômes de ressentiment général (parfois à peine perceptibles, car la vaccine est entre les plus bénignes éruptions) ; mais nous sommes bien loin de considérer ce fait comme un triste augure de graves malheurs. M. Verdé, au contraire, jetant toute Y horreur sur l'inoculation du vaccin se complaît dans la peste arabique, et la considère avec délice, non comme une maladie, mais comme une crise heureuse, et dit que l'épouvante qu'elle cause aux mères est exagérée et qu'elle a été trop longtemps exploitée par les vaccinateurs. « Ce que vous avez considéré, dit-il « ensuite, comme une maladie affreuse qu'il fallait « à tout prix éviter ; cette crise, dont les symptômes
< sont effrayants et les accidents parfois graves ; ce c mal dont vous avez follement rêvé l'extinction ; ce
< mal est tout simplement un admirable travail de la « nature, une crise sublime. Je viens dire : Il ne faut « pas se préserver de la petite vérole ; bien plus, quand
< elle est venue, loin de la chasser, loin de la combat-
< tre, loin de faire avorter ce prétendu mal, il faut
< l'aider de toutes manières, favoriser, faciliter son « entier développement ; cela semble un paradoxe
< cruel, cela est simplement vrai, il faut subir la petite
< vérole, prévenir les accidents, au moins les neutra- « User, les supprimer, si l'on veut, par l'inoculation,
< mais subir l'épreuve ».
Gomme M. Verdé cherche à nous laisser ignorer ces crises sublimes qui avant le vaccin faisaient tant de ravages dans les populations, nous en parlerons
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nous-mêmè plus loin. Suivons-le, en attendant, dans
son fort qui est l'argumentation par similitude.
5 Gomme Ton ne doit pas empêcher la menstrua-
| < tion aux jeunes filles, ni la dentition aux enfants
« par la raison qu'il en survient quelquefois des con-
< vulsions, ainsi Ton ne doit pas arrêter le cours de la € variole, parce que ce sont autant de crises natu- € relies. Il est de toute évidence, dit-il, que la petite
< vérole n'est pas un accident ; on en a fait un mal « effrayant, parce qu'on en ignorait le but. Or tout
< dans la nature a une raison d'être; la question est
< là ; et cette raison d'être une fois admise, il n'est
< plus permis de voir dans le développement de la
< variole une maladie, mais un grand travail presque
< physiologique >.
Maintenant, nous vous le demandons, comment répondre à de semblables argumentations, si ce n'est en lui observant que dans ce cas lé choléra-morbus, une fièvre pernicieuse et la mort même, ayant chacune leur raison d'être, nous devrions nous garder de les prévenir et de retarder l' heure de cette dernière. Il faudrait donc condamner à l'ostracisme la médecine, dont le but impie est de trouver un remède à ces ' fléaux. Mais comment, après avoir assuré avec tant de certitude que la variole est une crise sublime, indispensable, salutaire et nécessaire oontre les ma- * ladies qui menacent le genre humain , et que l'on ne doit voir aucune infirmité dans son développement, mais plutôt un travail bienfaisant semi-physiologique,
comment, disons nous, ose-t-il après cela proposer (Tien diminuer et modifier sans pitié l'admirable puissance par l'inoculation? N'y a-t-il pas là une véritable contradiction?
Quoique ce système n'atteigne pas, d'après sa confession, le but de la nature, il prévoit qu'il rendra néanmoins des services inestimables, parce que de temps immémorial l' inoculation fut introduite chez les Chinois, les Indiens, les Arabes et les Nègres de la Nubie. Mais M. Verdé qui vante cet antidote adopté par plusieurs peuples anciens et modernes, antidote artificiel et moins efficace que le naturel, à savoir la variole, se garde bien de nous dire que malgré l'inoculation, la variole faisait parmi ces peuples de si grands ravages, que les Chinois et les Japonais ne considéraient pour leurs enfants que ceux qui avaient déjà supéré cette maladie fatale.
Nous avons déjà fait connaître dans le cours de cet ouvrage les graves inconvénients de l'inoculation de la variole, si graves que, partout où l'on a adopté cette méthode, la variole n'a pas cessé d'y régner, et que plusieurs gouvernements ont été contraints de la défendre sous des peines sévères. Malgré ce, notre adversaire persiste à en louer les avantages, et soutient que cette pratique est un véritable antidote artificiel contre l'autre antidote naturel et nécessaire qui est la variole. Puis il ajoute: < Si elle ne produit
< pas tout l'effet salutaire, si elle n'a pas l'action bien-
< faisante de la petite vérole naturelle, elle en sup*
DU SYSTEMS ÉTRANGE DE M. VERDÉ-DEMSUE 505
«prime sûrement tous les accidents et jusqu'aux
< moindres dangers ; gardons nous surtout du préser- | < vatif mille fois plus dangereux que le prétendu mal
< dont il préserve >.
Mais pour mieux cacher ces sophismes et leur
donner l'apparence de la vérité et de l'expérience, et encore pour ne pas qu'on puisse lui reprocher d'avoir formulé une théorie contestable comme toutes les théories, Verdé se fonde sur deux cas de tubercules dont la guérison est douteuse, ou, pour nous servir de ses paroles, de détuberculisation par l'action dissolvante de la variole.
Le cas le plus remarquable de cette détuberculisation par la variole, il l'a noté sur son propre fils. Il narre qu'il fut atteint, à la suite de la répercussion de la rougeole, d'une grave phlogose pulmonaire avec tubercules (maladie ainsi diagnostiquée par le prof. Chomel), et d'une lente fièvre de consomption avec d'autres graves symptômes. M. Verdé inocula alors la variole à son fils qui fut par ce moyen complètement guéri en 12 jours, après de cruelles péripéties. Ce qui signifie que la détuberculisation a été parfaite, car cet individu qui avait été dans son enfance lymphatique et malatif se releva tout à coup de cette crise avec un tempérament vigoureux et sanguin.
L'autre cas regarde un de ses condisciples, Adolphe
G Cet individu vacciné, d'un aspect étique dès son
enfance, et comme tel expédié à 20 ans, étant d'un caractère vif et résolu, en prit aussitôt son parti et se
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mit à faire une vie déréglée et à se laisser aller à toutes sortes d'excès. Il arriva, contre l'attente générale, que toutes ces débauches, bien loin d'exercer une action destructive sur les poumons, avaient déjà fait, au contraire, sortir l'économie de sa torpeur et activé la circulation, lorsque, au milieu de cette réaction bienfaisante , il fut atteint de la variole. Cet exanthème, ordinairement nuisible, fut bénin en lui, et, ce qui est plus important, il soulagea les fonctions respiratoires. Adolphe G s' adonna alors à la vie
champêtre et à la chasse. Il n' en devint que plus fort et vigoureux et guérit complètement.
M. Verdé assure en outre que lorsqu'il contracta luimême la variole en 1828, il avait un corps grêle et souffrait depuis son enfance d'une oppression à la poitrine, que le doct. Double avait attribué à Y existence probable de tubercules ; mais qu'il en guérit entièrement après l'éruption, et que sa santé en devint plus forte et plus vigoureuse. Mais l'autorité du doct. Double peutelle changer un soupçon ou même une probabilité en certitude? Sans indices stéthoscopiques précis, sans aucune donnée fournie par l'auscultation, se fondant seulement sur de simples soupçons souvent démentis par la nécroscopie, comment a-t-il pu trouver une base à sa théorie si contraire à l'expérience et au bon sens commun ? Il en est de même des deux autres cas qui ne peuvent soutenir l'épreuve d'une sévère analyse. Adolphe G.... vrai poitrinaire, affecté d'une lente maladie catarrhale qui commençait à aller mieux à
DD 8Y8TBME ETRANGE DE M. VERDÉDELISLE 50?
la suite de débauches, est entièrement guéri par la chasse, par d'autres exercices fatigants, par le séjour de la campagne, et après avoir contracté la variole. Admettons, si Ton veut, contre toute probabilité que cet individu était tuberculeux ; mais vouloir attribuer à cet exanthème la guérison de la maladie , sans avoir aucun égard à la grande influence que peut exercer sur l'économie la vie active et champêtre, c'est forcer violemment le bon sens et appliquer exclusivement et sans raison à une seule des deux contingences admises le paralogisme connu : post hoc, ergo propter hoc.
Réduisons maintenant en termes précis l'autre cas, celui du fils du doct. Verdé atteint à la suite de la rougeole d'une phlogose pulmonaire des plus graves dont il fut délivré aussitôt après avoir contracté la variole. Disons d'abord qu' il est ici question d'une maladie, jugée tuberculeuse, dans un individu non encore inoculé et vierge de ce vaccin que M. Verdé considère comme la cause unique de toutes les phthisies présentes et futures. Mais laissant de côté ces considérations, quelle valeur pouvons-nous accorder à un cas si étrange et si contraire à l'observation ordinaire? En premier lieu est-il conforme aux lois pathologiques qu'une phlogose pulmonaire dans un individu, d'abord sain, mais dont l'enfance n'avait été que maladive et lymphatique, occasionne en peu de jours, ou mieux subitement, une phthisie pulmonaire, et que oette phthisie, bien que les tubercules
fussent déjà arrivés à un certain degré de développement et de dégénérescence (i), se trouve dès le 9e0* jour dans un état d'amélioration tel que les poumons semblent dégagés; qu'elle soit presque éteinte au 12me jour, les bruits de mauvaise nature ayant cessé de se faire entendre dans la poitrine , et que le malade soit enfin au 20me jour en rapide convalescence et en parfaite détuberculisation? Qui le croirait? Selon M. Verdé ce fait constitue ni plus ni moins qu'une preuve mathématique de la vérité de sa théorie et en atteste rigoureusement le principe.
En vérité, on ne peut à ces sons de trompette que répéter l'histoire de Molière (Le médecin malgré lui), relative à un enfant qui s'étant rompu bras et jambes en tombant d'un clocher, fut tout à coup sur pied en vertu d'un certain onguent, et courut jouer à la fossette. Et pourtant c'est à l'appui de ces faits isolés et partiels, et avec sa façon étrange de considérer les pustules varioleuses comme composées d'une substance tuberculeuse, qu'il est arrivé à faire croire que le pus cancéreux possède les mêmes qualités chimiques que la matière varioleuse et tuberculeuse. Avec des idées si étranges il n'hésite pas à déclarer
(1) M. Verdé se vantant d'abord de n'avoir pas laissé vacciner ses enfants, continue comme suit: « Dix ans plus tard je recueillais déjà un premier fruit de celte sage précaution. Mon fils aîné, à la suite de la disparition subite d'une rougeole, fut atteint d'une inflammation pulmonaire des plus graves. M. Cbomel constata dans le poumon droit la présence de tubercules dont quelques-uns étaient même arrivés à un certain degré de développement et de dégénérescence.