‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 7 sur 73 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Note. Les rechutes de variole se manifestent entre 20 et 26 ans.

Ils furent tous vaccinés dans un âge tendre, excepté 1 qui eut la variole deux mois après la vaccine.

Note. De 3 varioles atteints de nouveau de variole, 2 avaient 32 ans, 1 en avait 42. ,

Ce tableau démontre que la variole frappe rarement les vaccinés avant la dixième année à dater de la vaccination, et que la seule épidémie qui fait exception est celle de Marseille, où Ton voit 14 morts au-

dessous de 5 ans. C'est une chose exceptionnelle , puisque généralement en France, comme ailleurs, ce n'est qu'après 10 ou 12 ans que les individus vaccinés peuvent prendre la petite vérole. L'âge le plus critique est de 15 à 30 ans, tant sous le rapport du nombre des cas que l'intensité de la contagion.

Les autres contrées de l'Europe nous présentent les mêmes résultats sur les rechutes de variole comparativement avec la même infection reproduite après une vaccination régulière. Cependant les varioleux se trouvent largement compensés non seulement en ce que les tableaux statistiques qui les concernent nous présentent des rechutes moins fréquentes; mais encore parce que la variole les frappe à une plus grande distance de la première invasion.

La petite vérole continua ça et là presque constamment avec plus ou moins de gravité selon le développement et la propagation des vaccinations. Le doct. Verger cite une épidémie qui éclata au petit- Auverné et au grand-Auvemé en marchant du nord au sud et qui s'étendit en 1847 à tout le sud de l'arrondissement. Les communes oh la vaccination avait été largement pratiquée, furent seules exemptes de variole; tandis que les autres en furent furieusement attaquées, Louisfert entr'autres oh sur 700 habitants 250 contractèrent la maladie. Cependant il ne mourut que 6 personnes dont 3 adultes et 3 enfants à la mamelle. La vaccination en masse arrêta l'épidémie (1),

(1) Go*, méd., Paris 1849.

Dans l'hiver de 1847 à 1848 l'épidémie régna à Lyon. Le doct. Mouche t y assista 177 malades du 15 décembre 1847 au 15 avril 1848. La plupart des cas se manifestèrent au mois de janvier. Mouchet les répartit en 4 classes, comme suit:

Varioles confluentes 48

Hémorragiques 4

Discrètes 25

Varioloïdes 62

Varicelles 23

Dix-huit n'avaient pas été vaccinés, 4 l'avaient été sans succès, et 3 étaient varioles. L'âge des infectés fut entre 17 et 32 ans. Dix-huit.succombèrent. Le doct. Lombard signala dans le département de rAriôge une épidémie qui durait depuis plusieurs années et qu'il fit cesser moyennant une vaccination générale. Il constata les mêmes résultats par rapport à l'âge des vaccinés- varioleux. Les enfants furent réfractaires à l'influence épidémique et les adolescents eurent moins de boutons de variole modifiée que les adultes.

La même circonstance fut remarquée par les docleurs Robiquet et Léonard Lafit dans les épidémies qui dominèrent en 1849 à Givort et dans quelques cantons des Basses-Pyrénées et des Landes. Des vaccinations nombreuses domptèrent la maladie.

La mesure adoptée en France de réserver la direction des vaccinations à une autorité purement scientifique, fut, comme nous Ta vous déjà remarqué, la cause de plusieurs épidémies.

En effet M. Gautier de Glaubry dans son rapport sur les épidémies qui régnèrent en 1852 parle entr'autres de celle qui éclata à Mende dans la Lozère.

< Sur 315 malades, dit-il, il y a eu 89 morts, soit

< plus du quart des sujets attaqués. Partout la né-

< gligence dans la pratique de l'inoculation avait

< multiplié le nombre des individus aptes à con-

< tracter la variole. Il a suffi qu'un varioleux arrivât

< dans une localité pour que bientôt la variole se

< répandît parmi les habitants. Partout aussi les vac-

< cinés ont été épargnés, ou n'ont eu en général

< qu'une varioloïde sans gravité. Quelques-uns ont * éprouvé une rechute de variole, et plusieurs y ont

< succombé. Il a suffi de pratiquer d'office de nom-

< breuses vaccinations pour arrêter la marche de c la variole et mettre fin à ses ravages (1) >.

Le doct. Lalagade observa en 1857 une épidémie à Alby. Depuis 1859 la présence de cette peste a été constatée annuellement dans un certain nombre de départements. Nous en trouvons la preuve dans les Mémoires de V Académie de médecine de Paris, tom. 25, 27, 28. < Selon le rapport de M. Jolly la variole envahit en 1859 16 départements et plus de 165 comk munes; en 1860 20 départements et plus de 155 com-

munes; en 1861 15 départements et Nergarode, et en 1862 27 départements : les varioleux furent en tout 3737 dont 2,583 adultes, et on eut 271 décès. D'après

(1) Gaz. mid. Paris, 1854, pag. 86.

le rapport de M. Bergeron, les communes infectées en 1863 furent au nombre de 228 ; mais le rapporteur note le manque de documents pour environ la moitié des communes, et que d'après les informations qu'il recueillit dans ses voyages on peut porter au double le nombre susdit. En 1864, l'épidémie envahit 41 départements et 75 arrondissements, en 1865, 42 départements et 83 arrondissements.

M. Bergeron dit encore que dans bien des départements la population n'était guère empressée de soumettre les enfants à la vaccination et moins encore à la reva^cination. Il ajoute que les épidémies rurales ont presque toujours leur origine dans un fait d'importation. Au Morbihan l'épidémie régna de 1863 à 1866. Dans l'arrondissement de Lorient la mortalité s'éleva au chiffre remarquable de 20 0[0. M. Briquet rapporte qu'en 1866 sur une population de 400,000 habitants il y en eut-de 25 à 26,000 malades et de 3,707 à 4,000 qui succombèrent. Cette épidémie ne fut annoncée par aucune constitution particulière. Elle domina surtout dans les localités oii la pauvreté, la malpropreté et l'ignorance se trouvaient réunies. Ceux qui avaient été varioles ou vaccinés il n'y avait pas 10 ans en furent indemnes.

Un autre rapport présenté à l'Académie de médecine de Paris établit que la variole sévit depuis le 12 novembre 1867 jusqu'au mois de mai 1868, et que le nombre des femmes atteintes fut supérieur à celui des mâles ainsi que l'ont remarqué plusieurs auteurs. 4 — Parola, vol. H, De la vaccination.

M. Briquet admet que certaines conditions atmosphériques peuvent en favorisant la volatilisation des miasmes contribuer à la propagation et au développement d'une épidémie; mais il croit avec raison qu'elles ne suffisent pas pour produire à elles seules un cas spontané de cette maladie.

Le doct. Besnier dans sa relation des épidémies de Paris (janvier et février 1868) déplore le manque d'hôpitaux réservés aux varioleux. Il veut qu'on construise des pavillons isolés pour les maladies contagieuses. En effet le rassemblement des maladies communes avec les contagieuses favorise la propagation de ces dernières; à l'hôpital de Lourcine, par exemple, 17 varioloïdes se manifestèrent en dix-sept jours après l'admission d'une femme atteinte de variole grave. De même dans l'un des services de l'hôpital St. Antoine on observa en janvier 17 cas de variole, presque tous contractés dans les salles. M. Ranse partage l'avis du doct. Besnier et attribue à une difficulté d'exécution si Ton n'a pas mis en pratique les mesures proposées depuis longtemps. « C'est, ajoute-t-ii?

< une des plus importantes questions d'hygiène noso- « comiale, une véritable question d'humanité; et sans

< vouloir mettre en doute la sollicitude que l'admise nistration paraît y apporter, on ne peut se défendre « du désir de voir ces bonnes dispositions se mani-

< fester d'une manière plus efficace (1).

(1) Gai. MU. Paris, 1868, pag. 177.

En 1868 Tépidémie régna sur plusieurs points de la France et sourtout dans les hôpitaux militaires. La garnison de Lyon eut de 300 à 350 malades, celle de Grenoble ne fut pas moins rudement éprouvée. En 1869 la variole domina encore en France. Visitant le 14 février 1870 avec M. le doct. Roux de Brignoles l'hôpital de la Conception de Marseille, nous apprîmes que la variole s'y propagea au mois d'août et septembre 1869, et qu'elle se développa ensuite jusqu'à présenter le 14 février susdit 40 admissions dans l'hôpital. Lyon, Bordeaux, l'Ariége et la Haute-Garonne furent visités par l' épidémie qui, à Paris, d'après le doct. Besnier, attaqua même les vaccinés (1). À ce propos il fait remarquer le nombre toujours croissant des varioleux dans les hôpitaux: 953 en 1867, 1952 en 1868, et 2079 en 1869.

C'est en 1870 que l'épidémie se propagea avec plus de gravité; mais il ne faut pas oublier que depuis plusieurs années elle existait à l'état latent. Nous trouvons dans un rapport de M. Tardieu qu'en 1865 on comptait déjà 740 décès; en 1866, 615; en 1867, 301; en 1868, 655, et en 1869, 723. En décembre 1869 on avait déjà 119 décès; ils augmentèrent encore en janvier et février, malgré un froid très-vif qui donnait une mortalité d'environ 70 par semaine. À l'approche du printemps la variole se répandit avec plus de violence, si bien que dans la semaine du 27 février au 3

;l) Bapport do docteur Besnier sur les maladies dominantes au mois de novembre et décembre.

mars les décès étaient déjà au nombre de 97; et s'élevèrent dans la semaine du 12 au 18 juin au chiffre de 238, non compris ceux des hôpitaux. Dans la suite il y eut quelque diminution; mais dans la semaine du 28 août au 3 septembre on comptait encore 148 décès de petite vérole. À la suite de l'agglomération des gardes mobiles dans Paris et des nombreuses circonstances qui, durant le siège, favorisaient le développement de la variole, la mortalité y prit des proportions désastreuses. Le nombre des varioleux qui succombèrent s'éleva brusquement au mois d'octobre de 600 à 1500. Durant les quatre mois de l'investissement on compta 6,405 décès de petite vérole. L'armistice seul en ouvrant les portes de Paris mit fin à cette épidémie qui en quinze mois avait moissonné 13,095 personnes.

Les enfants y furent particulièrement frappés, malgré l'opinion de ceux qui les croyant presque exempts de cette maladie, soutiennent que la vaccination est inopportune dans le premier âge; Il en périt plus de 1,153 âgés de moins d'une année; 213 dans le premier mois de leur existence; 151 de un à deux mois; 107 de deux à trois mois; 290 de trois à six mois; 397 de six à douze mois (1).

La petite vérole s'était manifestée avec une fureur insolite au point de causer dans les hôpitaux Cochin et des enfants malades la mortalité de 66 OjO chez les non vaccinés et de 12 0[0 chez les vaccinés. Le

(1) Vieil». L'épidémie de variole eu 1870-71. Gaz. Méd. Paris, 1875, N. 38.

doct. Briquet, note pareillement que sur 504 soldats varioleux, âgés en moyenne de 24 ans, les neuf dixièmes avaient été vaccinés et un sixième seulement revaccinés. Sur 413 qui présentaient des traces parfaites de vaccine, 252 n'eurent qu'une varicelle légère, 109 la varioloïde, 20 la variole discrète, 34 la variole confluente. .Des 66 sujets qui ne présentaient pas de cicatrices, 14 eurent la varicelle, 7 la varioloïde, 13 la variole discrète, 32 la confluente. Il en résulta que chez les sujets bien vaccinés, les cinq huitièmes n'eurent qu'une maladie légère; deux huitièmes une maladie un peu plus sérieuse et un huitième seulement la véritable variole; tandis qu'au contraire chez les sujets non vaccinés on eut un tiers de cas graves ; qu'enfin chez les sujets vaccinés la mortalité fut d'environ un dixième, au lieu que chez les non vaccinés elle atteignit les deux tiers (1).

La forme hémorragique surtout était mortelle. La contagion, comme d'habitude, sévissait de préférence dans la classe pauvre, sans épargner pourtant les classes aisées de la société.

M. Brochin dit à propos de l'influence du vaccin que les vaccinations se faisaient en général un peu trop négligemment depuis quelques années. Bouchardat dit aussi qu'une des causes de la gravité exceptionnelle de cette épidémie est due à ce que de tout côté il arrivait à Paris des ouvriers qui n'avaient pas été

a. G«*. Mid. Paris, 1871, N. 43.

vaccinés. Le fait est que les vaccinations et les revaccinations pratiquées sur une plus vaste échelle depuis le commencement de l'année (1870) ne semblaient pouvoir mettre une barrière à cette épidémie. On ouvrit en février à toute la population les vaccinations animales, qui d'abord étaient réservées à ceux qui étaient recouvrés dans les hôpitaux ; mais il faut observer que souvent on déplora le manque de vaccin, et que souvent aussi les succès furent nuls, parce qu'on s'était servi de pustules fausses ou épuisées. De plus la source du vaccin fut supprimée le 10 mars par une circulaire de M. Husson, directeur des hôpitaux. Le préfet organisa le 2 mars un service de vaccination animale en faisant conduire une génisse de mairie en mairie à jours et heures fixes. Mais beau-

coup de plaintes s'élevèrent contre ce service d'inoculation. Au milieu de la terrible épidémie qui désolait Paris, le vaccin humanisé manquait et le vaccin animal ne répondait guère à l'attente du public. Ce dernier service n'était pas bien réglé, et on se servait de pustules déjà épuisées dans les vaccinations particulières. Ajoutons à cela la nonchalance antérieure des habitants et surtout des classes infimes, et nous comprendrons que cette épidémie dut être bien obstinée et meurtrière.

Le 2 juin 1870 Chevaudier rapporta au Corps législatif que les vaccinations n'étaient pas assez fréquentes, attendu que jusqu'à ce jour on n'en avait fait que 35,763, nombre non proportionné à la popu-

lation. La variole d'aujourd'hui, bien que d'une gravité exceptionnelle, ne peut être comparée aux épidémies des temps passés dans lesquelles il y avait presque autant de morts que d'attaqués. Rappelons surtout celle de 1723 qui causa dans Paris seul 20,000 décès. Dans ce temps-là la population de la capitale était bien inférieure à la population actuelle. Ce n'est pas seulement Paris qui fut éprouvé par la petite vérole, beaucoup d'autres localités le furent aussi quoique moins gravement, comme Lyon, Clermont- Ferrant, Marseille, tout le littoral de la Méditerranée, Toulouse, la Haute Garonne, Alger et la Gironde. Mais il importe de remarquer, dit le doc t. Vacher, que la variole ne fut meurtrière que là où les populations étaient peu vaccinées. À Alby, dit le docteur Lalagade, sur une population de 25,059 habitants, nous n'avons eu que 114 décès, grâce au zèle des médecins de cette ville qui avaient vacciné et revacciné la plus grande partie des habitants en 1869 et 1870. À Mouterat, commune de 2,384 habitants, où la vaccination était peu en honneur et la revaccination inconnue, on compta 580 varioleux, 50 infirmes ou défigurés et 180 •lécès. Le Tarn était sous le rapport de la vaccination iin des départements les plus arriérés de la France. Il perdit dans l'épidémie varioleuse de 1871 2,165 personnes.

Dans la Côte-d'Or, département très-éprouvé à cause des passages continuels des troupes françaises ou allemandes, on compta à Dijon 371 personnes atteintes

50 de la vaccination — chapitre xix

de la variole, dont 266 vaccinées et 105 non vaccinées. Les 266 vaccinées donnèrent 12 décès, soit 4 et demi pour 100 ; les 105 individus non vaccinés fournirent 49 décès soit 48 pour 100 , dix fois autant que les premiers.

En dépouillant les rapports de la commission de vaccine et les relations sur les épidémies de 1870-71 de MM. Chauffard et Vernois, on arrive pour la France à un total bien authentique de 89,954 décès occasionnés par Tépidémie 1870-71, chiffre qui ne représente qu'une partie de la réalité, vu qu'il y a un certain nombre de départements infectés sur lesquels on manque de renseignements (1).

L'épidémie gagna bientôt la Belgique. L'état civil de Bruxelles qui portait on juillet 1870 0 décès de variole, deux au mois d'août et deux en septembre, en enregistra 22 le mois suivant, 69 en novembre et 101 en décembre. Mais après le désastre de Sedan, des milliers de soldats français étant entrés en Belgique, la variole gagna tout le royaume, et emporta 21,315 personnes, nonobstant la vaccination animale qui y était largement pratiquée depuis plusieurs années.

SUISSE Hildano observa en 1626 à Berne une constitution varioleuse meurtrière. Souvent elle tuait instantanément; peu d'individus échappaient à la fureur de la contagion. Ceux qui ne mouraient pas restaient

(1) Gaz. mid.f Paris, 1875, N. 38.

mutiles ou privés de la vue (i). Tissot nous raconte qu'une variole épidémique porta en 1686 la désolation à Genève. Sarcone décrit l'horrible épidémie de 1697 à Saint-Gall. Celle de Bâle en 1699 fut terrible pour les enfants. Une autre sévit à Berne en 1735.

Le doct. Dufresne visita dans le courant de 1822 301 varioleux, dont 106 avaient été vaccinés de sa main, 34 de 1 à 5 ans au paravant; 35 de 5 à 10, et 3 il n'y avait que peu de mois. Dans tous ces cas la douceur avec laquelle la maladie se manifestait, son cours rapide (9 ou 10 jours après l'éruption) et les traces insignifiantes qu' elles laissait font croire que c' était plutôt la varicelle que la petite vérole; d'autant plus que la fièvre secondaire et le procédé naturel de la suppuration manquaient presque toujours. Mais la facilité qu'avait cette maladie de se communiquer d'Un individu à l'autre, et de reproduire dans les non vaccinés la vraie petite vérole avec tous ses symptômes et ses conséquences , dut convaincre les médecins qu'on ne pouvait ne pas la reconnaître comme vario- Jeuse, d'après le diagnostic le plus exact et plus diligent Le doct. Flttgel de Berne cité par Steinbrenner, parle d'une épidémie de petite vérole qui s'était étendue sur presque tout le territoire de la Suisse Je 1825 à 1829.

D'abord très-douce elle se propagea peu à peu et acquit une intensité maligne et mortelle. Dans la se-

1) Suçon*, I. c, pag. 429.

conde invasion de la maladie, les cas d'infection turent fréquents chez les individus déjà vaccinés. Le canton de Vaud donna 4974 cas, chiffre élevé qui, b\en que réparti entre 232 communes, laissa une profonde impression dans tout le canton. Il faut noter que les infectés non vaccinés ne furent que 1100 environ. Mais des vaccinés il ne mourut que 94 individus sur 4000, tandis que des autres il en mourut 356 sur 1000, soit plus du tiers. Le canton de Berne fut un de ceux qui souffrirent le moins. Il y eut en tout 116 cas de variole dont 14 chez des vaccinés. La société médicale du canton confirma ces résultats dans un remarquable rapport, et en tira un valide argument en faveur de la vaccination.

Il y avait 4 ans que l'épidémie sévissait sur le territoire de la confédération, lorsqu'elle éclata en 1829 dans le canton de Schaffouse, où l'on mit pêle-mêle les vaccinés et les non-vaccinés, et oîi l'on remarqua des cas de variole accompagnée des pétéchies chez des individus régulièrement inoculés.

À Zurich, l'assemblée des médecins traita dans ses séances, et particulièrement dans la 51 m*, des qualités de la varioloïde que quelques-uns croyaient être une maladie presque distincte de la variole, qu'on pouvait contracter malgré le préservatif de la vaccination. Mais une telle idée fut combattue. Il ne fut pas difficile de présenter des milliers de cas de varioloïde qui donnèrent naissance à la variole à mesure qup se répandait l'épidémie.

Trois ans après, en 1832, le canton de Genève fut aussi visite par l'épidémie. Les docteurs Lombard et Herpin donnent à ce propos les chiffres suivants : non yaccinés 233, morts 49; vaccinés 231, morts 0 ; variole secondaire 4, morts 0. On n'a presque aucun renseignement sur F âge des malades. Le docteur Lombard observe seulement que sur 4 vaccinés qui eurent la varioloïde, et qui étaient soignés par le docteur Ponsard, un était au-dessous sur 10 ans. On en compta enoutreôde 10à20ans; 10de20 à 30 ans, et 8 de 30 à 40.

Les dock Panchaud et Poumier et le conseil sanitaire de Zurich nous ont laissé d'importants détails sur la varioloïde des vaccinés. Presque tous les cas en furent très-légers et rarement mortels. En résumé on constata alors ce que nous savons de l' épidémie de Genève, que la mortalité des vaccinés fut minime en comparaison de celle des non-vaccinés.

L'épidémie de Lugan commença en novembre 1855 et dura jusqu'à tout avril 1856. Vingt-six personnes succombèrent sur 400 infectés. La puissance du vaccin se manifesta alors. « Sur un millier de sujets que «j'ai vaccinés dans cette épidémie, aucun, nous

< dit le docteur Lurati, ne contracta la petite vérole.

< Dans les familles où se manifestait un cas de petite « vérole, la re vaccination immédiate de tous les au-

< très individus a toujours servi à en arrêter la pro-

< pagation ultérieure. Les familles qui ont suivi les « conseils que je leur donne depuis plusieurs années

€ de faire vacciner leurs enfants dans le premier âge, « de les faire revacciner avant l'adolescence, et de les € prémunir une dernière fois lorsque la première inocu- « lation a perdu de son efficacité, en ont toujours été « préservées. Je pense que si tout le monde suivait € cette méthode, la petite vérole n'affligerait plus si « souvent les belles contrées de l'Europe civilisée, et < qu'elle rentrerait dans les déserts de l'Arabie > (1). Marc d'Ëspine décrivit une épidémie qui éclata au mois de mars 1858 dans le Canton de Genève. On y observa la fréquence de la forme hémorragique, qui produisit 23 °\o de décès chez les non vaccinés, et 6 °[<> chez les vaccinés. L'âge plus particulièrement frappé de ces derniers fut de 20 à 30 ans (2).

WIUGK D' après le prof. Vogel (3) l'Allemagne est dans le nombre des premières nations qui ont été dévastées par la peste de l'Arabie: « A saeculo nono, dit-il, in Germania se extulit, atque inde ab hoc tempore post aliquot annorum xntervaUa epidemice grassari ubtque consuevit >. Au 17me siècle la variole y fut trèsrépandue. Sennerte observa en 1629 dans le Wurtemberg une terrible maladie de variole qui emporta presque tous les infectés.

Diemerbroeck parle d'une épidémie remarquable qui domina en 1640, et* ce qui est bien singulier, avec

(1) fe*. Méd. bmkmrie, 1856. n. 31

(2) fo*. Jftt, Paris, 185$, pag. 341.

(3) Acêdmitme Fndenùms ttc^ Lausanne, 1788» ton. I, pag. 81.

un caractère repullulant. « Nous en avons vu beau-

< coup dans cette constitution, qui après avoir souf-

< fert une variole très-copieuse, en furent de nouveau

< atteints à peine furent-ils libres de la première atta-v «que. Il était douloureux de voir que souvent la con-

< tluence était f)lus intense dans la seconde invasion

< que dans la première. Ce qui surprendra davantage,

< c'est que dans l'espace de 6 mois je vis la variole se

< manifester chez quelques-uns pour la 3™ fois et toujours copieusement. Mais cette circonstance était

< rare ; surtout si Ton pense que ces assauts se suc-

< cédaient dans un bref intervalle de temps (1) ». Leipzic fut envahie par la variole en 1626, et Bruns-

viken 1689. Cette dernière épidémie fit de grands ravages dans toute la population. Gustave Gahrliep cite la variole qui régna à Berlin en 1695, 1696 et 1699(2). Lucques Shrockh parle de la variole qui éclata en 1696 à Auguste, d'abord parmi les enfants, puis parmi les adultes avec un caractère plus malin. « Va-

< riolae puerili saltem aetati infestae primo mitissimae

< comparuerunt. Postea tamen vere et* alto quosdam

< vefiementius, et non sine malignitatis nota affligere « coeperunt, quin et trucidarunt etc. > (3). Hardéri cite une constitution varioleuse qui se répandit à Basilée la même année surtout parmi les enfants, et en 1698 parmi les adultes. Stegmann dit que Tépi-

(l) V. Sarcone, 1. c, pag. 386.

(2)ST»BfBAM, Opéra omnia, Venetiis, pag. 61.

(7; Id., 1. c, pag. 63.

demie attaqua à Mausfeld en 1698 non seulement les enfants, les adultes et les vieillards, mais même les animaux: « Hisce mensibus variolae suis maculis €primae, mediae, et vltimae aetatis hommes signa- € runt. Sic et bruta a variolis non immunia fuere, ex t quibus pennata, utpote anseres et gallinae tum do- € mesticae, tum indicae, hisce infecta perierunt ferme < omnia. Oves etporci vero evaserunt superstites > (i). Le môme auteur atteste que la variole domina en 1699 à Uratislavia, et s'y répandit davantage en 1700. Sarcone dit qu* elle fut trètfrgrave à Stutgard et à Mansfeld, en 1698. La variole décrite par Hofman éclata en 1698 à Hala Magdebourg avec tant de véhémence chez les enfants et les adultes des deux sexes que le nombre des varioleux s'éleva à 2000 (2).

L'épidémie qui sévit en 1699 dans la Hongrie fut, au dire de Sempronius, bien meurtrière (3). Ce fléau envahit au 18me siècle presque toute l'Allemagne. Il régna dans l'hiver de 1700 à Tubinga. Tiegman remarqua dans la même année la fièvre épidémique petéchiale de Uratislavia. La variole se manifesta dans la Hongrie en 1700, 1703 et 1708 (4). En 171 i et 1713 elle désola particulièrement la basse Hongrie (5). Après quelques années de trêve cette région en fut de

(l) Pag. 69.

(2) Fftfomci HorMANi, Medicina Rationalis, tom. IV, pag. 99.

(3) Saecokb, 1. c, pag. 43S.

(t) Stdknham, 1. c, pag. 68 et 401.

(5) Simone, p. 434.

aooreau afiigée en I74CI 41 et 4i « Les petites vê- € reles. iît Fischer à profits 3e cette dernière inva- « son. avaient an caractère de malizniie extraordi- « Mire, et même -tes aer-iients pestleiiîieis tels qae « •>* éruptions pe;*?!ûâZe8 et -tes ï*usîales charbon-

<ne«ss»til-

La variole fut encore é j: iem: que et meurtrière à Mulhouse dans le oeur ie l'hiver de 17«». H en fut de n^aie à Bnmswich. Gahrlîep qae nous avons déjà c.té. dit (pag. 1*>7j que la petite vër*>ie rêgna de nouveau â Beran en 170!. 1703 et 1704. E^e éclata encore à Auguste en 1701. e: arec pins de Eialîgnite ?a 1702 (2>. Schoroeekh remarqua qu'elle fat moins meurtrière, mais fort répandue en 17-fc. 1710, 1712. 1713. 1715 et 1716 i3j. Elle èî de grands ravages en 1717. Scbelhamer îî: qu'elle infesta l'Alsace et Ham- Uwrg en 170S. en causant la mort à plusieurs unifier» de personnes: Tito aute.-n foie anno 1706 . ttrit-iL rxvriolae con'wntes saerissiMae svnt pms-

*uurtW. tum jwcem* n et ai\'ï:?ru.ru rapuere per Halsatiam et Hamburg \*nu

La petite vérole docûua en 17«"© dans la Carriole. et surtout à Laybac on elle moissonna bien -des personnes. Gerberio nous atteste qn elle fut aussi meortrière en 1714. Selon Genseîius elle fut conduenie en

Autriche en 1713. Hofman observa une terrible contagion en 1718- Van-Swieten nous raconte dans ses Commentaires que vers la fin de 1733 apparurent à Vienne quelques cas rie variole discrète qui augmentèrent en janvier et mars 1734 et surtout en juillet et août L'épidémie prit un caractère plus grave en septembre, mense septembri pejus confluebant et longe erant periculosiores. Elle continua en 1735, apparut de nouveau en 1739 et dura plus de deux ans (1). Buniva. rapporte que 1077 varioleux succombèrent à Berlin en 1766. D'après Girtanner plus de 42,000 personnes moururent en Allemagne de petite vérole en 1798 (2).

Après l'introduction de la vaccination, les premiers cas de variole chez les vaccinés furent observés à Vienne dans l'épidémie de 1818. Goëlis, De-Carro, Frank et Elsacesser en constatèrent quelques-uns.

Le docteur Stelzig décrivit l'épidémie qui régna à Prague en 1820 et 1821. Elle fut de nature si maligne que le rapport des morts aux malades était de 1 à 3 ; plusieurs vaccinés eurent une variole modifiée. Il en fut de même dans les contagions de 1822 et 1823 à Marienwerder et dans le Duché de Lauenbourg. Du mois de juin 1823 au mois de juillet 1824 le docteur Cohen d'Eylau observa l'épidémie qui avait envahi son arrondissement médical (36 milles carrés d'étendue). Le nombre des cas fut de 357. Des

(1) Gbkakdi di Van-Swieten, Commentant tom. Vil, pag. 4.

(2) Boum, Discourt historique.

m ALLauon 65

; remiers 157 dont il nous a laissé quelques détails, 65 eurent la vraie variole, 53 une variole modifiée et 29 !es varicelles- Parmi les 65 varioleux, il remarqua 4l vaccinés, dont 7 moururent, et 13 seulement qui avaient de bonnes cicatrices vaccinales. Des 53 qui rirent la variole modifiée, 5 n'avaient pas été vaccinés, 36 avaient de belles cicatrices et 12 en manquaient absolument.

En février 1823 une violente épidémie de variole éclata à Hambourg et continua ses ravages jusqu'au mois de juin 1825. Il résulte du rapport du docteur Schleider que le nombre total des malades fut de 1684, rt de 273 celui des morts ; 1 189 eurent la variole normale, et 495 la variole modifiée. Le nombre des vaccinés atteints n'ayant pas été indiqué, il est impossible <en tirer aucune conséquence sur l'influence du vaccin. Le prof. Plaff remarqua en 1824 que « dans les

< États du nord et dans ceux de F Allemagne ou la vac-

< due est légalement obligatoire, et ou la loi prescrit

< les quarantaines et les séquestrations lorsque la va- • riole vient à éclater, ces sortes d'épidémies cessent « en peu de temps moyennant de? vaccinations gé-

< rurales et d'autres mesures cœrcitives réclamées

< par la santé publique >.

De Hambourg la variole envahit toute l'Allemagne ^ptentrionale, la Prusse, la Saxe, la Poméranie. le Hanovre et les États de l'ouest. Mais la contagion oe tarda pas à être domptée. Hufeland fait justement 'ïxerver que 30 ans auparavant r épidémie aurait

— PA&OLA, fOi. Il, De JC r«C£'*&J:*«.

66 DE LA V ACC1NATI0N — CHAPITRK XIX

fait des milliers de victimes, vu que de 1823 à 1824 il ne manquait aucune des circonstances atmosphériques qui engendrent les grandes épidémies. Les vaccinés n'eurent en général que de légères varioloïdes. La variole eut en 18^5 un grand développement en Europe, mais moins d'intensité. Hufeland qui l'observa, en conclut que si la vertu préservatrice de la vaccination n'est pas infaillible, elle est du moins assez puissante pour arrêter la contagion. La variole attaque rarement les sujets bien vaccinés et qu'en tout cas elle se développe chez eux d'une manière très-bénigne. Hufeland constata aussi que la vaccine a une efficacité temporaire, attendu que la variole sévit dans un établissement d'éducation de jeunes gens de 15 à 18 ans. Il ne rencontra dans cette circonstance aucune relation constante entre la nature et le nombre des cicatrices, et le degré de la maladie. De 1824 à 1827 on observa encore beaucoup d'autres épidémies partielles dans diverses localités de la Prusse, mais toutes sans gravité.

D'autres épidémies éclatèrent à cette époque, dans l'Allemagne centrale, dans la Hesse Électorale, à Francfort, dans le duché de Brunswick, la Saxe, la Bavière, le grand-duché de Bade etc. Les vaccinés en furent aussi atteints plus ou moins gravement. On peut se faire une idée de ce qui arriva ailleurs en Allemagne en lisant la description que le doc t. Heim nous a laissée des épidémies du Wurtemberg. Les renseignements qu'il nous donne, sont d'un grand

prix. Au Wurtemberg la variole semblait presque indigène, ou du moins, comme dans le Danemark et la Suède, les rechutes y étaient très-fréquentes et la nature de la maladie très-intense. Le gouvernement s'empressa de propager la re vaccination, qu'il rendit ensuite obligatoire par un décret de 1829 pour tous les individus qui ne présentaient pas des traces évidentes d'avoir été efficacement vaccinés* Cette mesuré fut avantageuse, mais comme elle était partielle, elle ne donna que de bons effets partiels et laissa exposés au danger beaucoup d'individus sur lesquels on ne pratiqua pas la seconde inoculation. Lorsqu'on vit que les revaccinés étaient généralement indemnes de la contagion, et que les vaccinés une seule fois et depuis longtemps, la contractaient avec facilité, le gouvernement décréta qu'on procéderait à une seconde inoculation quel que fût le signe extérieur de la première vaccination. On verra le succès de cette mesure dans le tableau ci-dessus de 1677 éruptions varioleuses depuis juillet 1831 jusqu'en juin 1836, soit 1043 varioloïdes et 634 cas de véritable petite vérole.

Ce tableau dressé par le doct. Heim sur des docu- ' ments officiels et authentiques et sous la surveillance du gouvernement nous fait connaître que tant parmi les varioleux , que parmi les atteints de varioloïde , il y avait des vaccinés et des varioles, soit 147 vaccinés et 39 varioles pour la 2e fois chez les premiers, et 667 vaccinés et 18 varioles chez les infectés de

varioloïde. Le même tableau présente en outre l'état

des signes ou des cicatrices vaccinales et le nombre des décès dans la proportion de 170 sur 634 varioleux, et de 28 seulement sur les 1043 cas de varioloïde. On doit seulement regretter que Heim, au lieu de mieux distinguer les vaccinés, ait classifié parmi les non vaccinés tous ceux qui n' avaient pas deô cicatrices. Il est prouvé que les signes que la vaccine laisse d'ordinaire après elle, ne sont pas toujours bien caractérisés dans certains individus, et qu'on ne peut en tirer rigoureusement la conséquence que ceux qui conservent seulement des traces équivoques, aient été nécessairement mal vaccinés. Il résulte ensuite de ce tableau que la variole eut des conséquences très-rarement mortelles chez les vaccinés. On sait que la population du Wurtemberg était d'environ 1,500,000 habitants. Or, sur ce nombre nous trouvons les chiffres suivants:

Variole —Atteints 634

» Avec de bons signes . . 147

» Signes douteux ... 39

» Signes nuls 354

» Varioles 39

Âge — Au-dessous de 10 ans . 208

» De 10 à 20 ans. ... 133

» De 21 à 30 ans. ... 101

> Au-dessus de 30 ans . . 64

> Morts 170

Varioloïde -- Atteints 1043

» Avec des signes*évidents

de vaccine .... 767

» Avec des signes douteux 102

> » nuls 37

» Varioles 18

Age > >

Au-dessous de 10 ans Entre 10 et 20 ans .

De 21 à 30 ans . .

Au-dessus de 30 ans .

Morts

Tableau du temps écoulé entre la vaccination et l'invasion de la variole on de la varioloïde.

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