‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 8 sur 73 · AVEC SIGNE DOUTEUX · texte numérisé non relu

AVEC SIGNE DOUTEUX

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Si on considère les décès, comme le tableau ne dit rien du nombre des vaccinés, il est possible qu'on n'en ait constaté aucun cas chez eux. Ce qu'on remarque de positif c'est le petit nombre des morts dans les cas de varioloïde. Elle attaqua de préférence les vaccinés mais les varioles eux-mêmes n'en furent indemnes. M. Heim en cite 18. La variole au contraire en frappa un plus grand nombre, et Heim constata 39 rechutes. Nous avons vu que ce phénomène justifie les observations de Bousquet relativement aux épidémies qui dominèrent en France de 1816 à 1842. Le doct. Heim fit une autre observation remarquable, et c'est que la variole est beaucoup plus commune dans

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l'enfance, tandis que la varioloïde attaque de préférence Padolescence et la jeunesse.

Il trouva que sur 634 varioles, 208 n'avaient pas encore 10 ans, tandis que sur 1043 varioloïdes un seul dixième des attaqués (101) se trouvait au-dessous de cet âge. Les autres 162 avaient de 10 à 30 ans. Les observations qu'il fit dans plusieurs épidémies le portèrent aux conclusions suivantes :

1° La variole et la varioloïde sont dues au même viras. 2° La varioloïde n'est qu'une forme moins complète et prend des aspects très-variés. 3° Elle est due à une réceptivité incomplète de la variole. 4° La réceptivité même, détruite complètement par le vaccin, peut revivre après 5 ou 6 ans. Néanmoins les varioloïdes ne s'observent que très-rarement avant l'âge de 12 ans, et les cas en sont légers; mais ils deviennent toujours plus intenses et fréquents de 12 à 25 ans. Cette proportion est presque toujours constante jusqu'à la trentième année, et diminue ensuite graduellement. 5° Les résultats des re vaccinations correspondent partout à la fréquence proportionnelle de la varioloïde et à sa variété croissante. 6° La lymphe des revaccinés a la même efficacité que celle des enfants. 7° On ne peut pas inférer de l'aspect des cicatrices le plus ou le moins de probabilité de préservation. 8° Heim n'a pas vu un seul cas de varioloïde chez les revaccinés avec succès complet ou modifié. Il opine que les revaccinations générales sont plus efficaces que l'isolement ou la sépara-

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tion des infectés, et qu'elles servent à arrêter infailliblement les progrès de l'épidémie. Par conséquent il est d'avis qu'elles doivent être prescrites par la loi.

Nous pourrions, en suivant M. Steinbrenner, citer d'autres épidémies qui dominèrent en Prusse et dans plusieurs autres provinces de l'Allemagne, mais il nous suffit de dire qu'elles confirment toutes les observations et les conclusions de M. Heim.

L' Allemagne fut encore désolée par la variole dans des temps plus récents. De 1852 à 1853 elle fit de grands progrès en Bohème dans le cercle Giejo. Au mois de juin 2084 individus contractèrent cette maladie dans 43 communes; 1500 guérirent, et 84, presque tous en bas âge, durent succomber (1).

La variole qui avait commencé à régner épidémiquement en Prusse en 1857 prit en 1858 des proportions extraordinaires tant sous le rapport du nombre des localités envahies que de celui des sujets attaqués. En 1857 on compta dans toute l'étendue du royaume 8,922 cas, et en 1858, 30,843 cas observés dans 2,668 localités. Sur ce nombre 2,789 succombèrent, ce qui donne une mortalité de 9 p. 0(0 ; en 1857 elle avait été de 10 p. 0[0. Des 30,843 malades 25,985 avaient été vaccinés, et 4,856 ne l'avaient pas été. Il y avait donc 15 sujets non vaccinés sur 100. La proportion était de 10 pour 100 chez les adultes au-dessus de 15 ans, (2,431 sur 22,209 cas) et de 28 p. 0]0 chez les sujets en-

(1) Facin, 1. &

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dessous de 15 ans (2,427 sur 8,634 cas). Sur 6,177 enfants vaccinés 503 (8 p. Or)) moururent; sur les 19,808 adultes vaccinés 1,227 succombèrent (6 p. 100). La mortalité chez les non vaccinés différa aussi d'une manière très-notable : sur 2,427 enfants il y eut 782 décès (32 p. OiO), et 273 morts (12 p. Oio) sur 2,431 adultes. En rapprochant les chiffres, nous trouvons que chez les enfants vaccinés la proportion des morts fat de 8 p. OiO, chez les non vaccinés de 32 p. Or) (quatre fois autant); et que chez les adultes vaccinés elle fut de 6 p. 0[0, et du 12 p. 0[q chez les autres (deux fois autant) (1).

Voyageant en 1870 en Allemagne nous apprîmes que la variole dominait dans plusieurs endroits de cette contrée. À Stuttgard surtout elle était grave et mortelle. Les atteints furent au nombre de 1200 et la mortalité chez les non vaccinés de 50 p. OjO. Les vaccinés n'eurent que la varioloïde et les revaccinés la même maladie mais plus douce et sans fièvre. Le 2 octobre les malades étaient encore au nombre de 8, dont une femme vaccinée avec la varioloïde et une antre revaccinée avec éruption limitée au visage.

La Prusse, après qu'on y eut conduit les prisonniers français, ne put ne pas être envahie par la variole, surtout à cause qu' on n'avait pas eu soin de séparer les sains des malades. Dès le mois de janvier 1871 par suite de la mesure qu'on avait prise d'éparpiller

'}) MomiLS, Butoir* de la vaccination, Paris, 1874.

sur toute l'étendue de la Prusse les détachements des prisonniers français, la petite vérole sévissait dans toutes les provinces du royaume. Les relevés du doct. Guttstadt portent à 59,838 le nombre des décès de 1871. À Berlin, l'épidémie emporta 5,084 personnes. Comme à Paris, la première enfance paya le plus lourd tribut au fléau. M. Guttstadt compta 1,322 décès chez les enfants âgés de moins d'un an. Il évalua à 270,0001e nombre des habitants de Berlin qui avaient été revaccinés. Cette catégorie de la population eut 1,036 malades et seulement 162 décès. Un fait consolant résulte des épidémies de 1858-70-71; et c'est que l'efficacité préventive et l'influence protectrice de la vaccine ne firent jamais défaut. Il en fut de même dans la Bavière (1870-71) ou sur 30,742 varioles constatés comme tels, 29,429, soit 95,7 p. 0[0, étaient vaccinés, et seulement 1313, soit 4,3 p. OjO non vaccinés. La variole emporta 3,984 vaccinés, 13,8 p. 100; et 790 non vaccinés, soit 60,1 p. 100. Sur le chiffre total des malades, 776 revaccinés soit le 2,8 p. OjO donnèrent 64 morts, 8, 2 p. OjO.

SBEM Retzius nous raconte (1) que de 1796 à 1799 21,087 personnes moururent en Suède de petite vérole. Cette mortalité effrayante augmenta encore au commencement du siècle présent, en sorte que dans les deux premières années le royaume perdit 18,089 habi-

(1) De la vaccine en Suède.

tants. La vaccine y ayant été introduite, les deux années suivantes (1804 et 1805) présentèrent une différence considérable dans la mortalité annuelle. Dans le courant du ÎS1116 siècle 6057 personnes environ succombaient annuellement à cette maladie ; ce nombre se réduisait désormais à 1350,- tandis que pendant les 50 années dernièrement écoulées le 15 p. 0$ des enfants furent emportés par la petite vérole dans les 12 premiers mois de leur vie, et que sur 11 décès un était arrivé à la suite de la variole. Les circonstances changèrent au point que sur 44 enfants nés dans le courant d* une année, 1 seul succomba à la variole et que sur 40 décès un seul pouvait être attribué à la même maladie. Mais malgré toute l'ardeur qu'on mit à répandre la vaccination, la variole continua à se montrer ça et là dans le royaume sous forme sporadique, portée d' une localité à l'autre par des mendiants et des bohémiens.

Ce fut en 1813, selon Retzius, que la petite vérole commença à attaquer des milliers d'individus, jeunes et vieux, vaccinés et non vaccinés. Alors les populations refusèrent en masse de faire inoculer les enfants. Le gouvernement, en présence de cette méfiance publique, prescrivit par une loi l'obligation de la vaccination générale des enfants en-dessous de 4 ans. Cette mesure fut providentielle. Dans les épidémies de 1824-25-26-27 sur environ 85,000 personnes infectées (presque toutes vaccinées) la mortalité fut à peine dans k proportion de 1 sur 100, tandis que dans les épidé-

mies non prévenues par la vaccination les victimes se comptèrent jusque dans la proportion épouvantable de 71 p. OiO. Sur 85 mille infectés en 1824, 1825, 1826, 1827, la contagion en moissonna la première année à raison de 0,73 p. 0(0; la seconde de 1,34 p. OjO, la troisième de 6,735; et la quatrième de 0,7 p. OjO; tandis que dans le cours des siècles précédents, 42 sur 1000 habitants du royaume mouraient annuellement de variole (1). Plus tard la vaccination devint plus propulaire et quelques années se passèrent sans que la variole apparût, tant le remède avait été puissant. Retzius ajoute que la petite vérole fut bénigne jusqu'en 1838; mais que de 1838 à 1840 inclusivement, elle attaqua 54,870 personnes donc 4,389 perdirent la vie^oit environ 7,91 p. OjO. Il observa autant de varioloïdes que de véritables varioles chez les vaccinés et les varioles. Dans la garnison de Stockholm 645 individus tous vaccinés furent frappés les uns par la varioloïde, les autres par la variole. Le vaccin ayant été renouvelé en 1838, dans tout le royaume, les ravages de la variole cessèrent bientôt et depuis lors on ne compta que 250 cas de variole par an (2).

Nous avons un mémoire précieux du docteur Eckstrem de Stockholm sur les épidémies varioleuses de la Suède. D'après lui la fréquence de la petite vérole dans cette contrée malgré le grand empressement des habitants à se faire vacciner doit être attri-

(1) Gaz. M4a\> Paris, 1843, pag. 685 et suiv.

(2) L c^ pag. 686.

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boéeà l'infection permanente de la Russie et au contact lies deux nations. Eckstrem parle aussi de l'épidémie de 1823 qui dura deux ans. Il ne donne pas le nombre désinfectés. Dans la première année les victimes furent 1200, dans la seconde 560 dont trente-quatre personnes vaccinées avec succès et 69 qui ne conservaient aucun signe parfait de vaccination. La proportion des victimes chez les varioleux tant vaccinés que non vaccinés fut, ce qui n'arrive pas ordinairement, défavorable aux premiers. Mais Von dem Busch assura sardes documents authentiques qu'en général les vaccinés frappés par l'épidémie eurent une petite vérole i»en douce et légère, qui ne laissa après elle aucune funeste conséquence. Le docteur Eckstrem, après avoir établi le nombre de ceux qui succombèrent à la petite vérole dans la proportion de 1 à 17 chez les vaccinés et non vaccinés, dit que si l'on y ajoute les ^ autres individus morts avec des cicatrices vacciniques imparfaites, la proportion n'est plus que de ' sur 5[2. Ce rapport est plus défavorable que celui le l'hôpital des varioleux de Londres ou la proportion n'est que de i sur 9. Eckstrem pense avec d'autres aubm nue cela devait dépendre de l'influence spéciale du climat qui a pu contrarier l'effet ordinaire et bienfaisant de la vaccination et en diminuer l'efficacité. Sx» en avons une preuve dans les régions septentrionales où la petite vérole s'est presque toujours manifestée avec plus d'intensité que dans les méridionales. Eckstrem se demande si par une loi égale il

ne peut se faire qu'elle ait aussi la force de diminuer la vertu vaccinale d'un côté, et donner d'autre part à la petite vérole plus de puissance et de force. Cette demande est d'autant plus raisonnable que la variole n'épargna ni les vaccinés ni les sujets déjà varioles avec des conséquences également graves tant pour les uns que pour les autres. Ce fait fut aussi attesté par Von dem Busch dans le journal de Hufeland (nov. 1828) et dans les rapports annuels de la société des médecins suédois. On lit dans ces derniers < que les cas de petite vérole après une vaccine légitime et valide ne furent pas plus fréquents que ceux de seconde variole >. Gela prouverait déjà l'existence d'une cause interne de cette contagion propre spécialement à la Suède et aux climats septentrionaux, si d'autres preuves plus convaincantes ne nous étaient données par les documents officiels du docteur Von dem Busch, documents qui sont l'histoire comparative des effets des épidémies varioleuses de la Suède pendant le cours d'un demi-siècle.

Le tableau des décès de 50 années dont 25 avant et 25 après l'introduction de la vaccine nous démontre qu'en Suède pendant la première période la moyenne de la mortalité annuelle causée par la variole était de 4270 individus et dans la seconde de 601 seulement. Ce dernier nombre du reste ne s'était conservé, selon lui, qu'à cause de la lenteur avec laquelle la vaccination s'était introduite dans ce pays, et parce que la variole avait encore dominé épidémiquement

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