‹ De la vaccination;Chapitre 1 sur 48 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Je publie cet ouvrage pour accomplir le désir que t Auteur chéri de ines jours m'a manifesté avant d'achever sa carrière mortelle. Je satisfais en même temps un besoin de mon cœur.

Mon père m'avait associé à ses travaux (1 ) dans t espérance de voir nn jour le nom obscur de son fils à côté du sien^ déjà illustre dans la science. La mort fa ravi avant que V Académie Impériale de SL-Pétersbourg eût délibéré sur le mérite des ouvrages présentés au concours.

Je ne doute pas que nous aurions été plus heureux^ si la grave maladie dont mon père était affecté dans

(1) J'ai Gomoieiicé à collaborer avec mon père en 1861 et je Tai remplacé en 1871 eo qaalité de Vice-Conservateur da vaccin. Cette branche de la médecine est ainsi depuis plus de 15 ans l'objet principal de mes études.

les dernières années de sa vie, ne l'avait obligé à laisser presque de côté les occupations intellectuelles.

Laissé en quelque sorte à mes forces^ je n'ai pu être à la hauteur de la tâche.

Mais si nom n'avons pu remporter le prix que nous ambitionnion;s^ notre travail a néanmoins obtenu les suffrages de l'illustre Corps savant de StrPétersbourg. Cest pourquoi je n'ai pas hésité, même sous ce rapport^ à le mettre au jour.

Je l'aurais fait plutôt si je n'avais cru convenable de soumettre le manuscrit à un nouvel eooamm tant

pour la forme^ que pour y faire des additions indis-

pensables.

Je donne au public ce livre en langue française^ tel qu'il a été présenté à F Académie Impériale Russe.

Le bctewa-w^pardonmeraù les citations des auteurs français ne sont pas toujours à la lettre. Bien souvent je nai pas eu les textes sous les yeux^ et foi dû traduire de r Italien: Mais sir expression littérale manque, k sens./ espère, n'est jamais altéré.

Malgré ma bonne colonté^et le soin partkuUer que foi mis dans la rédaction de ce traité, on pourra certainement y trouver à redire quant au style et à la langue. Mais la pensée conçue en italien,napu ne pas revêtir souvent la forme italienne.

On lira dans ce livre tout ce que mon père a écrit en 1833 dans son traité de la vaccine qui a été honoré de Fapprobation unanime des savants. Sous avons donné plus de développement à t histoire de la variole H de la vaccine^ et ajouté le chapitre sur les

règlements vacciniqties. Les questions relatives à la variole des brebis, au cow-pox, à Vhorse-pox sont traitées avec plus d'étendue, et nous avons tâché de présenter avec de nouvelles considérations celles qui ont trait à la syphilis vaccinale, à la vaccination animale, aux phénomènes et à la morphologie de la vaccine.

Coni, décembre 1 876.

Joseph Parola.

Institution d*un prix de 3,000 rubles pour le meilleur ouvrage sur la vaccination

Cet oavrage doit indiquer :

« Les meilleurs moyens de prévenir le retour des épidémies de petite vérole et de la mortalité qui en résulte^ et donner en même temps un aperçu des différentes méthodes d* inoculation préventive avec un examen critiqua de leur efficacité » .

À cet effet le Conseil de médecine propose le programme suiyant:

i* Exposer Thisloire des principales épidémies de la variole, ainsi que celle de la vaccination, en indiquant les mesures sanitaires les plus importantes à prendre dans les dillèrentes institutions relatives à cette question.

Dans cet exposé l'auteur doit faire preuve d'une critique raisonnée, expérimentale, indépendante, et ne pas se contenter de la compilation des données consignées dans les traités spéciaux sur la petite vérole.

3* Est-il démontré que la vaccination présente un moyen préventif certain contre la contagion variolique? Faut-il prendre en considération l'opinion émise par quelques médecins que Tintrodaction de la vaccine peut propager d'autres maladies épidémiques ?

3<* La vaccination exclut-elle pour toujours ou pour un temps plus ou moins long la disposition à la contagion variolique T Quelles sont les causes de la diflérence du degré d'immunité contre cette maladie?

lu

Analyse critique de la statistique de la mortalité des vaccinés.

à^ Description du cours normal et des phénomènes locaux de la vaccination ainsi que de ses anomalies.

Preuves expérimentales de la force préventive de rinfection de l'organisme par le vaccin. Morphologie du vaccin et autres investigations sur son principe contagieux.

5* Peut-on introduire avec la vaccination des germes de maladies dans l'organisme, et nommément lesquels?

6* Aperçu critique de toutes les méthodes d'inoculation préventive avant et après Jenner, et jusqu'à nos jours, sans excepter l'inoculation de la lymphe du cheval et de la brebis? U serait à désirer que les conclusions fussent fondées sur les expériences de l'auteur.

7* Quels sont les meilleurs moyens de recueillir et de conserver la lymphe préventive avec un exposé des circonstances qui favorisent son inaltérabilité et conservent son efficacité? Quels sont les moyens les plus sûrs pour la faire parvenir intacte à de grandes distances? Procédés techniques; hygiène de h vaccination.

8* Quelles sont les mesures les plus appropriées pour propager et généraliser la vaccination?

9* Quelles sont les preuves de l'utilité de la vaccination et de la revaccination obligatoires?

10« Fondation d'établissements de vaccination pour procurer une bonne lymphe et propager la vaccination.

Supplément. — Il est «à désirer que ï auteur indique le moyen de perfectionner et de généraliser en Russie la vaccination d'après l'état actuel de cette importante question sanitaire et en harmonie avec les réformes introduites dans l'empire.

La gloire de riiomme qui écrit est de préparer des matériaux utiles à rhomme qui gouverne.

Thomas.

Omnla, qu» a nobis geruntur,

non ad nostram utiUtatem,8ed

ad pairiœ salutem conferre de-

bemus.

CiciEO^ Vot.

Lorsque les gouvernements ont été d*accord, beaucoup de maladies intenses, comme la lèpre et rélépbanthiasis, ont été bannies de la terre. Veuille le Ciel qu'il en arrive de même pour la variole, qui prive les parents de l'espoir le plus doux

. et la patrie de ta ni de soutiens I Homélie féeitée par VÉviqvê de GoldikU et tradviU d Milan,

Lies trois épigraphes renferment toute Timportance de la question que Tillustre Corps savant a chosie comme sujet du concours.

Au temps actuel qui représente une nouvelle ère de progrès dans les arts et les sciences, et qui a vu naître et se développer une tendance vers tout ce qui a pour but le bien de l'humanité, il n'y a pas à s'étonner si ropinion publique a acquis une prodigieuse influence.

Se dépouillant peu à peu des préjugés, écartant tout ce qui est trop mystérieux, Topinion publique ne cesse

12 DE tA VACCINATION

(le réclamer le droit de pouvoir apprécier les relations que les doctrioes utiles ont avec les iotérêts sociaux. Chaque science, suivant la maxime d'un grand philo* sophe, aboutit à sa propre synthèse ; mais la société en possède une autre qui les embrasse ci les résume toutes, et dans laquelle il est écrit en caractères ineffaçables: Bien public.

Or si d'un côté on ne saurait assez â:dmirer le philantropique programme de la Société impériale de St.-Pétersbourg, d'autre p^rt on ne doit pas passer sous silence les devoirs des hommes qui se sont dédiés à la médecine. La gloire de Vhomme qui écrit est celle de préparer des matériaux utiles à l'homme qui gouverne.

Le docleur Puccinotti a dit: <( Jamais la médecine ne s'élève si haut que lorsqu'elle s'efforce de prévenir ou d'arrêter des maladies qui se répandent parmi le peuple». Par conséquent il n'y a pour le médecin aucune gloire plus grande que celle qui lui est réservée, s'il réussit à arracher à la nature le secret de les vaincre ou d'en arrêter les progrès et la marche.

Mais, comme pour vaincre et arrêter la marche des maladies il est essentiel d'avoir le concours vigoureux de la loi et de l'autorité, on peut en déduire comme maxime sociale que la meilleure preuve de la sagesse d'un gouvernement et de la civilisation d' une nation , est la sauv^arde de la santé publique et l'accroissement du bien-être des populations. Qu'elle est donc honorable

Tambition de concourir, ohacan dans la mesure de ses forces, au plus grand perfectionnement possible de Thumaoité I

La découverte du vaccin, ce grand triomphe de la médecine hygiénique qui signala à la fin du siècle dernier presque une nouvelle ère sociale el inaugura le siècle présent sous les plus favorables auspices de conservation, est désormais devenue le patrimoine des nations les plus civilisées ; et les préjugés dont la vaccination était entourée chez les peuples les plus arriérés ont été si bien vaincus que>{néme l'empereur de Chine a fait vacciner ses propres enfants.

L'humanité avait été travaillée par la peste asiatique qui s' était étendue dans presque toutes les contrées; mais elle a retrouvé dans l'application vaccinique une oasis de sûreté contre ce terrible fléau et un moyen presque certain de préservation et de santé.

La petite vérole frappait un grand nombre de nou rissons; mais bien souvent elle n'épargnait ni les enfants, ni les adultes, ni même les vieillards. Dans les grandes crises aucune condition d'âge n'était entièrement à l'abri des coups de l'épidémie.

Les statistiques antérieures à la vaccination en sont on témoignage terrible. Dans les lieux où la vaccination fat restreinte ou mal pratiquée, si la maladie faisait tant de victimes, comme on n'en trouve que trop d'exemples, les statistiques postérieures nous prouvent la généralité

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progrès réels el aatbentiqaes de la vaccine, et celui de la séparer, autant que les lumières actuelles le permettent^ des préjugés qui s*appuient sur la crédulité et rignorance, ou sur des théories qui n'ont pas été précédées d*un eiamen sage et bien médité. Dans ces questions, si d'un côté nous avons rapporté les faits les plus authentiques appuyés sur un raisonnement froid et sévère, d*autre part nous avons pris pour guide un grand artiste et philosophe du quinzièpie siècle Leonardo da Vinci qui a émis le principe de philosophie inductive, qu'en traitant un sujet particulier quelconque, il faudrait avant tout faire quelques expériences, et par ce moyen chercher de découvrir les principes généraux. C'est cette méthode que nous devons suivre dans l'investigation des phénomènes ; car l'expérience est la véritable interprète de la nature.

Notre jugement peut cependant parfois être erroné, parce que nous attendons des résultats que l'expérience refuse de nous donner. Nous devons la consulter et varier les circonstances, jusqu'à ce que nous en ayons déduit les règles générales, qu'on ne peut obtenir que d'elle seule.

Voilà l'idée, l'origine et le but de notre travail. Les lecteurs jugeront si nous avons réussi dans celte grave lâche.

Ce n'est pas un vain désir de renommée qui nous a fait écrire cet ouvrage, mais plutôt l'amour sacré de l'huma-

nité et de la science ; nous avons cherché par de longues veilles à payer le plus consciencieusement passible notre tribut au bien public.

D'ailleurs si cet ouvrage n'aurait porté d'autre fruit que celui de suggérer une pensée semblable à d'autres plus instruits que nous, et d'ouvrir ainsi une noble lutte, nous ne serions que trop récompensés de nos fatigues.

C'est pourquoi nous repétons avec Morton : QtLod aurtem ad me attinet, prœclarum hoc opus amus sum lentare^ quoque magis expertes artis nostrœ heroas ad perficiendum hoc opm exemple meo stimularem.

Puissent au moins nos efforts obtenir les précieux suffrages de l'illustre Corps savant auquel nous soumettons notre travail, et puisse son approbation confirmer en son honneur cette célèbre sentence de Bacon : a Doctrinarum progressio haud parum in prudenti regimitie et institutione Academiarum singularum consisttt. »

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