‹ De la vaccination;Chapitre 2 sur 48 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Avant d'entrer en matière, nous ne croyons pas inutile de parler de V origine de la petite vérole, ainsi nommée du mot latin varusj tacheté. Gomme les autres maladies contagieuses, elle se perd dans la nuit des temps.

Néanmoins^ si nous allons à la source de ces maladies, nous voyons que leurs phases obscures se trouvent dans rhistoire des peuples orientaux.

De la même manière que les savants ne se laisseraient pas aller si facilement à croire naturelle et spontanée l'origine de la peste, du choléra-morbus, de la scarlatine, par la raison que Ton ne peut presque jamais découvrir la route par laquelle ces maladies ont fait leur première apparition dans une localité ou dans une famille, nous croyons que Ton peut en dire du même à Tégard de la petite vérole.

Le docteur Valli qui a séjourné longtemps en Orient, a dit en parlant de la peste bubonique qu'il n^est guère possible de remonter aux principes dCune maladie contagietcse et d'en sonder la véritable origine.

% — PAROLAy De la vaccinationy vol. I.

18 DE LA VACCINATION — CHAPITIIE l

Ou elle est née avec le monde, ou elle est la conséquence de quelque exhalaison qui s* est élevée du globe^ et qui d'une manière particulière a infesté qtielqu^ espèce d'animaux. Les maladies une fois introduites par ce moyen, peuvent se perpétuer^et^ d^une région à Vautre, s'étendre par contagion à tout l'univers. La maxime de l' illustre Frank n'est pas moins célèbre: Les germes des maladies contagieuses ont une source non moins certahie et distincte que celle des animaux et des plantes. Quoique cette importante question regarde une grande partie de la pathologie animale et ne soit pas absolument posée par le programme, elle a pourtant trait non seulement à la petite vérole, mais encore à la spontanéité ou non du vaccin. C'est pourquoi nous répétons avec Herchel que les spéculations du philosophe étant toutes fondées sur la nature réelle, ont toutes nécessairement une application pratiqua; ainsi une addition quelconque à nos connaissances de la nature se fera tôt ou tard

sentir dans quelque application pratique Les

seuls faits qui peuvent devenir utiles comme fondements de nos recherches, sont ceux qui arrivent uniformément et invariablement dans les mêrrues circonstances. Nous croyons donc ajouter au mérite de cet ouvrage, en donnant à notre sujet tout le développement voulu par la science.

Plusieurs prétendent quant à l'origine de la petite vérole qu'il n'y a pas de documents plus anciens et plus authentiques que ceux des médecins Arabes

Âvicenne et Rhasis, qui la font remonter au VI siècle de notre ère, c. à. d. à Tan 572. Mais d'autres écrivains qui ont parcouru les Indes et la Chine, font remonter à des temps bien plus reculés la petite vérole et l'inoculation de la même. En effet le Journal des savants (1719-1725) et VHistoire de la médecine du prof. Puecinotti citent le code Indien Sus^rutas agur-védaSj où il est dit à l'égard des maladies des enfants : JSstu et febri affectœ macuUe et pustulœ fiavidœ in membris et ore intus dignoscendœ sunt: hœ variolœ sunt. Les relations du Père Parranin et les discussions qu'il eut avec Fontenelle et Mairan confirment cette vérité.

Il semble que la petite vérole ait régné en Chine à l'état épidémique plus de 1000 ans avant notre ère. M. Bousquet est du même avis dans son nouveau traité de la vaccine. Elle a paru, dit-il, pour la première fois en Chine sous la dynastie de Tcheoco^ U22 ans avant /. C. Dans un temps très-rapproché de nous, en 1767, elle moissonna en quelques mois près de 100,000 enfants dans la seule ville de Pékin. Si l'on doit se rapporter à ce qu'ont écrit les pères missionnaires Gibot et Dentrecolles (1), les médecins Chinois ont fait une étude particulière de la petite vérole et en ont décrit les effets, les crises, le cours et les remèdes propres à en arrêter les progrès. Le Père Cibot cite un traité analytique publié par les membres du

^1) Jf/Motret Mf tkistoin, les tùieneet, les arls, les mœurs el les usages dis Ckimis.

collège impérial de médecine à Pékin, qui résume tout ce qui avait été observé jusqu' alors en Chine. Il remarque que l'on y distinguait 42espèces de petite vérole qu'on nommait en général tai-tonjC. à.d. venin du sein maternel (1).

Les Indiens de leur côté avaient depuis les temps les plus reculés une divinité spéciale pour la petite vérole. Ils la nommaient Mariatale^ PetragoHj Gutij Kajakariani. Non seulement il résulte que leur pays a été horriblement ravagé par cette maladie , mais encore que la vaccination était déjà connue de temps immémorial chez les Indiens et les Perses. Un savant a trouvé dans un vieux livre en langue sanscrite Sanctega Gràntham une description exacte de l'inoculation. En voici le texte: Recueillez sur la pointe d'une lancette l'humeur du bouton de la* mamelle de la v€U)he et piqtcez le bras entre V épaule et le coude jttS" qu'àcegi^il en sorte du sang. L'humeur se mêlant au sang produira la fièvre de la variole. L'éruption causée par cette humeur sera plus bénigne que la muladie naturelle. Elle ne réclamera pas de cure interne. Le malade se tiendra à une diète convenable, et pourra être inoculé une ou plusieurs fois. Le bouton pour être parfait devra être de bonne couleur^ rempli d'une humeur claire et entouré d^une aréole (cercle) rouge. Cette opération faite, il n'y a plus à craindre la variole

il) ik la Chine per fo^M Gaosifk, (orne VI, liv. 18» § 1 — LeUra d$ DiNTfticoLLis, l«r mai 17S6, tome XX.

APERQU HISTOEUQUR DE LA PETITE VÉROLE 21

naturelle pour tout le reste de la vie {i). Le docteur Tholozan proave que la médecine était cultivée dans rinde^dès la plus haute antiquité et qu'il existait chez les différents peuples de cette contrée des ouvrages de médecine, appelés Vagdum (2). Les principaux traités traduits par le docteur Wise (3) nous font connaître que des maladies contagieuses ép idémiques ravageaient rOrient depuis plusieurs siècles, et que c'est de Hnde et de TÉgypte que sont venues en Europe plusieurs maladies pestilentielles, telles que la peste bubonique, le choléra-morbus et la petite vérole. On trouve dans le commentaire de M. Wise que le mot Murry ou Mourry^ probablement mort^ dérivé des dialects primitifs, s*appliquait à toutes les maladies contagieuses. M. Gaskouin note qu'au printemps de 1503 Tannée du Èamorin ne perdit pas moins de 20 mille hommes , surtout de petite vérole ; ce qui indique que cette maladie décimait probablement l^s Indous depuis longtemps.

Selon Grunner, Reikius et Sprenger il serait presque certain que les Arabes ont eu connaissance de la petite vérole vers l'an 572 de notre ère. Ahron, médecin à Alexandrie, en fit une description au commencement du VII siècle, et le doct. Mead nous dit qu'elle fut observée la première fois en 570 ou 572

(1) Dîct Scttneff IfMtc, tom. LIV, pag.392^iiiii. Univ. Mid., TolXXll,

(2) Gûz. Mid., Paris, 1858.

(3) Cammentartf of tke Bindee System of médecine, Calcutta, 1815.

contemporainement à la naissance de Mahomet. Procope(l) qui suivit l'armée de Bélisaire nous trace bien distinctement les caractères de la petite vérole.

Uobscurité de son originey dit-il, la difficulté du traitement^ l'universalité de ses dévastationSy ^ surtout ^immunité complète d'une seconde rechute notes fournissent des signes caractéristiques propres à faire croire que cette épidémie a été la petite vérole.

Selon lui, elle aurait commencé à Peluse en 564, et de là elle aurait envahi Gonstantinople. Il cite plusieurs ouvrages qui en prouvent l'existence et les ravages dès l'an 569, et desquels il résulte qu'en cette même année une armée d'Abyssiniens, commandée par le vice-roi Abrahah, s'étant présentée devant la Mecque, fut tout-à-coup obligée à en lever le siège. Bien des circonstances concourent, d'après Bruce, à Taire croire que cette inattendue retraite a été causée par l'irruption et le^ravages de la petite vérole. Bruce trouva dans ses voyages aux sources du Nil un manuscrit attestant que la petite vérole existait en Egypte et en Arabie dès la moitié du VI siècle.

On lit dans les chroniques de Marins, évêque d'Avranche: Hoc anno (570) morbus validus cum profluvio ventris et variola Italiam Galliamque valide afflixit.

Grégoire de Tours nous décrit la petite vérole qui éclata en 562 : C'était^ dit-il, un mélange de plusieurs

(I) D9bMo GothieoJïhAl.

maladies malignes se succédant les unes aux autres^ et accompagnées de pustules et de vésicules à la peau. Pierre Frank considère la petite vérole comme antérieure à Tinvasion en Europe des Sarrasins. Son fils Joseph met des doutes sur la foi des écrivains qui fixent Tirruption de cette maladie en France après Tan 570. Ce qui est certain, c'est qu'après Tinvasion des Sarrasins, la petite vérole se développa en Espagne et en Sicile, que de là elle se propagea dans plusieurs contrées de l'Europe, et passa en Angleterre au X siècle. Il y avait en ce temp*-là un exorcisme contre les terreurs inspirées par la petite vérole, et c'était à S.* Nicastre qu'on recourait ordinairement dans ces circonstances.

Au XI siècle, Constantin, surnommé l'Africain, après avoir voyagé en Arabie, se retira à Saleme et y donna nne traduction latine de quelques auteurs Arabes. Il appela cette maladie variola^ et mx)rhillus la rougeole, qu'on avait jusqu'alors confondue avec la variole. Au XII siècle Sinesio nous laissa sur le même sujet quelques écrits en langue grecque.

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