CHAPITRE Xn
Nous avons déjà plusieurs fois effleuré les rapports qui passent entre la variole humaine et celle des animaux, rapports qui, d'après quelques auteurs, établiraient ridentité, et selon d'autres, l'analogie des deux maladies. Nous croyons nécessaire maintenant de traiter un peu au long cette intéressante question. Car si Ton parvenait à jeter de la lumière sur ces deux théories, il en naîtrait un moyen précieux de pénétrer dans le mystère phénoménal de la maladie de l'homme et de celle de la vache, et d'expliquer les liens et les gradations simultanées de la puissance relative et transmissive des mêmes. Recourons dans ce but aux premières observations et aux premières expérience;?.
M. Gérard dit dans une lettre qu'il adressa de Charlestown en 1802 à la Bibliothèque italienne, ou a défaut de vaccin on avait fait traire une vache par un varioleux, et que l'éruption qui en dériva avait été apte aux inoculations des enfants de cette contréi\ On lit dans les Épliémérides physico-médicales de Milan (année 1804) relativement aux observations do Viboru^
r.AHAGTKRRS SIMULTANÉS DR LA VAr/CINK» ETC. ^«M
qu'on avait pu inoculer la variole aux singes^ aux chiens, aux cochons, aux chèvres. Ce professeur ajoute même d'après les expériences de Técole royale vétérinaire de Berlin, que la vache peut être inoculée par la matière varioleuse de V homme. Quel est le savant qui ne connaît pas les moyens adoptés par le doct. Sunderland de Bremen pour obtenir en 1839 un effet productif d'inoculation sur la vache, en lui appliquant sur le corps des couvertures de laine qui avaient été sur le lit d'un varioleux ? D'autres expérimentateurs n'ayant pas vu se reproduire promptement le même résultat, doutèrent un instant des succès attestés par le doct. Sunderland. Mais dans la suite le doct. Numan d'Utrecht qui avait été un des premiers incrédules, dut admettre, que les couvertures imprégnées d'une certaine quantité de pourriture varioleuse, suffisent à transmettre, à défaut d'une légitime variole-vaccine, des pustules sur les tetins des vaches avec une altération et un ressentiment fiévreux dans leur orga- } nisme. Une semblable expérience se trouve enregistrée dans les Annales de m^éiiecine de Stockolm.
Gassner de Phail atteste (1) qu'il a inoculé des vaches avec la variole de l'homme et d'en avoir obtenu un pus vaccinal qu'il inséra immédiatement et avec succès dans quatre enfants. Mac-Phail fit également une double tentative sur des vaches et des enfants qui souffrirent les conséquences réelles de l'inocu-
.1! it«. unit, de méd., tom. XCIV, pag. 69S.
332 DE LA VACCINATION — CHAPlTRIi: Xll
lation. Grégory nous cite le vol 1®% pag. 673 de la Gazette médicale de Londres où sont rapportées les expériences de quelques médecins égyptiens, desquelles il résulte qu'ils durent se convaincre que Ton peut inoculer la vache avec du virus varioleux, et avoir par ce moyen de la bonne matière vaccinale. Le doct* Thièle de Kasan qui, après avoir fait plusieurs expériences infructeuses avait refusé d'admettre l'inoculation du pus humain dans l'animal, devint ensuite un grand partisan de cette doctrine, après ayoir vu au printemps de 1836 le doct. Fornin inoculer heureusement une vache avec le pus humain. La matière qui en dériva fut employée successivement par lui-même pour l'inoculation de plus de 3000 personnes. Il put se convaincre que rinfructuosité.des premiers essais devait être attribuée à la saison hivernale où la force d'intensité et de transmission de la maladie se montre moins aptive. Le même doct Thièle ayant répété avec succès cette expérience en 1838 , conclut que pour réussir il faut user de très-diligentes et minutieuses précautions, une seule négligence bien que légère pouvant faire échouer l'expérience.
Il donne à cet égard les prescriptions et les renseignements suivants :
1® La vache ne doit pas avoir plus de quatre arts: elle doit avoir mis bas depuis peii et avoir possiblement les tetins blancs.
2^ H n'est pas bien d'aller la paître pendant les phases de Vifioculation; on doit la renfermer au con-
CARACTÈRES SIMULTANÉS DE LA TAGCtirBy ETC. 338
traire dans une étàble qui conserve constamment la tefnpérature de 15 degrés Réaumttr; la nourriture peut être la mém£ qu^ auparavant et on peut conti-^ inier à la traire.
3^ n est bon de raser la partie oie l'on veut faire f inoculation (on ne pourrait trouver une localité plus convenable que les tetins)^ et d'y pratiquer de profondes incisions en les recouvrant ensuite ^un linge.
4^ Il convient de se servir du virus extrait immédiatement des pustules varioleuses transparentes qui renferment une lymphe encore limpide, et à défaut choisir la lymphe mx)ins récente qui a été conservée dans un verre au mx>ins dix ou douze jours.
5o Au troisièm£ jour il sort sous la peau un bouton qui au sixièm£est semblable à la pustule; entre le septième et le neuvième il présente une lymphe claire et une cavité centrale; du neuvième au onzième il commence à se dessécher et form£ une croûte qui laisse en tombant une petite surface lisse; cinq ou six j)oints d'inoculation produisent ordinairement une ou deux pustules. Du quatrième au sixième jour le pouls de la vache est plus fréquent^ la chaleur plus fiévreuse surtout à la base des cornes; mais on ne découvre aur cun dérangement dans ses fonctions.
G^ Ces pustules inoculées sur les bras des enfants produisent le même effet que les pustules vaccinales; seulement elles causent dans le corps humxiin un fort ressentiment. La fièvre qui accompagne en général V inoculation ordinaire^ se manifeste atc moins deux
334 DE LA VACCINATION — CUAPUUb XU
fois entre le troisième et le quatrième jour ; elle devient plus intense du onzième au quatorzième^ et ressemble à la fièvre suppuratice de la variole naturelle. Il faut ajouter à ces prescriptions que lorsque Thièle reprenait à la vache le virus varioleu^j il avait soin de le inêler avec du lait chaud dans la crainte que la trop grande puissance de cette substance ne causât la véritable variole.
La science est redevable au docteur Geely de découvertes bien plus importantes et qui ont jeté une grande lumière sur cette question. Il fit ses expériences en présence de cinq médecins et d'un vétérinaire. Elles ne réussirent pas toutes; car, çialgré son habileté, la lymphe introduite dans les mamelles montra souvent un caractère inerte. Mais il atteignit ônfin au but qu'il s'était proposé, et obtint en inoculant des juments et de petits taureaux un excellent cow-pox et conséquemment une parfaite lymphe vaccinale. Le but de M. le docteur Geely n'était pas seulement de s'assurer d'un tait qui était selon lui dans la nature même, et était attesté par des hommes distingués ; il voulait encore tixer les conditions nécessaires pour arriver à un résultat certain. Il observa qu'il est utile de pratiquer un bon nombre de piqûres, que l'abondance de la lymphe est indispensable, qu'il faut le concours d'une remarquable prédisposition, et que l'on doit mettre en pratique les moyens que l'art fournit pour cette sorte d'expériences. Il conclut que, manquant une de (îcs conditions, on n'obtiendra point l'eftet désiré.
CARACTÈBCS SIMULTANÉS DE LA VACQNE, ETC. 335
Il est à regretter que le docteur Ceely en publiant ses expériences illustrées d'un dessin analogue, n'ait raconté exactement que les dernières périodes de Taffection et fait peu de cas de la marche des premières. Voici en résumé ses essais.
Première expérience. Jument à peau mince et d'un caratîtère doux. Sept incisions au côté gauche de la vulve avec des aiguilles chargées d'un virus varioleux absolu. Un peu plus au-dessous deux sétons. Le cinquième jour les piqûres commencent à se gonfler, au sixième elle sont parvenues à leur plein développement, au septième Tenflure diminue, au huitième les sétons et les blessures se dessèchent. Rien d'apparent et d'externe.
Nouvelle inoculation de substance vaccinale à la partie droite de la vulve. Dix jours après l'inoculation varioleuse, et deux après celle du vaccin, il sort des pustules d'une véritable variole, dures et proéminentes; une seule présente la forme et l'aspect d'une pustule vaccinale ; elle est presque ronde, relevée à Pentour, déprimée au centre et recouverte d'une croûte légère. En même temps les incisions de la vaccine deviennent rougeâtres et saillantes. Au douzième jour de la variole, quatrième du vaccin, les bords des pustules se soulèvent et rougissent, la croûte est plus noire, les piqûres s'enflent et s'enflamment de plus en plus. Au quatorzième jour de la variole, sixième du vaccin, il apparaît sur les bords de la vulve des pustules varioleuseç moins dures et plus petites; les
336 DE LA VACCINATION — CHAPITRE Ul
croûtes se détachent lentement des pustules primitives ; les unes disparaissent, les autres perdent d'intensité. Au seizième jour de la variole, huitième du vaccin, les pustules varioleuses s'affaissent, et les vao cinales subissent le même changement Cet état continue les jours suivants. Au vingt-cinquième jour de la variole, dix-septième de la vaccine, les croûtes tombent. Les cicatrices varioleuses laissent une trace profonde, ridée et d'un rouge pâle. Les croûtes vaccinales, sauf une plus grande dureté dans la peau, produisent des conséquences égales. Cette jument, nouvellement inoculée après une certain laps de temps, n'eut à éprouver qu'un principe d'enflure sur deux incisions qui se cicatrisèrent bientôt et disparurent.
Le docteur Ceely fit une deuxième expérience avec le même résultat.
Il réussit donc deux fois à communiquer à la vache la variole^ de l'homme. Il n'est pas nécessaire que nous nous arrêtions sur la deuxième expérience, mais nous devons appeler l'attention du lecteur sur le fait suivant. M. Taylor, assistant du doct. Geely, s*étant blessé une main avec la lancette qui avait servi à ouvrir les pustules de la vache, il sortit à l'endroit de la blessure une pustule accompagnée de fièvre et d'une éruption générale qu'il appela rougeole. Indépendamment de ce cas spécifique, Geely inocula cinq enfants avec le pus de son assistant. L'inflammation Ait prompte et forte, mais l'éruption lente à se développer. Sur vingt incisions il n'y eut que six petits boutons qui soulevèrent à peine la peau.
L'expérience dans les vaches ayant été faite par une double insertion, celle du pus vaccinique et celle lu pus varioleux, et les enfants ayant été inoculés avec ces deux sortes de pustules, Ton doit remarquer que les boutons qui en sortirent furent d'une ressemblance telle, qu'on ne put les distinguer les uns des autres, ni reconnaître extérieurement si le mal n'avait qu'une ongiue ou s'il en avait deux. La véritable différence se manifesta dans les symptômes généraux. Ceux qui précédèrent l'éruption varioleuse, quoique sans gravité dans le fond, annonçaient pourtant plus d'intensité dans la maladie. On observa dans les enfants l'insomnie, l'inquiétude, le manque d'appétit, et chez quelques-uns des vomissements et la diarrhée. Vers le neuvième et le dixième jour la fièvre cessa pour donner lieu à la diarrhée, aux vomissements, et à un fréquent délire. Les adultes plus souffreteux I^ nature furent sujets à la céphalalgie, à l'anorexie, à la soif) à des frissons, et à des douleurs sous les ais- ^Ues; il étaient agités, tristes et en proie à une. faiblesse extrême. Néanmoins aucun indice d'éruption générale ressemblant à la variole ou à la varioloïde, ne se manifesta ni chez les enfants ni chez les adultes. Les effets extérieurs furent la rougeur morbide sur la peau et une éruption de boutons, semblables à ceux de la varicelle. En conclusion la maladie uniquement locale ne produisit que de petites vessies autour des pustules que le doct. Geely nomma pustules surnuméraires (sur numerary). Il y en eut cepen-
ii — Parola, vol. I, De la vaccination.
dant une sur le cou- et deux autres sur le ventre à Tapparition de la rougeur. S*appuyant sur ces faits le doct. Ceely et Thièle soutinrent l'identité des deux substances en vertu précisément de T identité des deux éruptions et des symptômes généraux concomitants.
Le doct. Bousquet est toutefois d'un avis contraire. Il ne croit pas au principe d'une identité absolue ; il admet que la variole est dans l'espèce humaine ce que le cow-pox est dans les bœufs, pourvu que le pus de l'une et de l'autre ne se confondeut pas dans leur puissance et leurs attributs. Il observe :
lo Que, bien que 1' on admette la ressemblance des deux éruptions, il n' en résulte cependant pas l'identité de leur nature ;
29 Qu' on ne peut rien affirmer de certain sur les principes généraux; que l'on constate au contraire des différences remarquables entre un cas et l'autre. € Avouons, dit-il, que les symptômes généraux de la € variole n' ont pas toujours la même intensité, qu'ils € sont ordinairement très-légers, et môme qu'ils man- € quent assez souvent; mais nos concessions n'iront pas
< jusqu'à les retrancher de la description de la variole € inoculée dont ils sont une partie essentiel le. Dans les € expériences de Thièle la fièvre se montrait deux fois:
< du deuxième au troisième jour, et du onzième au
< quatorzième. Elle se manifestait dans la variole ino-
< culée au moment de l'éruption secondaire, sauf € qu'elle était plus tardive. Lorsqu'on négligeait de
< tempérer la force du virus par Tàddition de quelques
< gouttes de lait, il survenait une variole véritable,
< une variole complète , avec la fièvre et les deux
< éruptions. Rappelez-vous les expériences de M.
< Ceely. Le virus varioleux produisait en revenant de € la vache sur l'homme les mêmes symptômes à deux
< jours différents, ce qui les a fait distinguer en pric mitifs et secondaires: insomnie, agitation, quelque-
< fois vomissement et diarrhée ; puis, du neuvième au i dixième jour, retour des mêmes symptômes, mais
< plus constants et plus intenses* Ainsi, du côté des i symptômes généraux, la variole qui revient de la
< vache se distingue de la vaccine par des caractères
< si tranchés que tout rapprochement est impossible >. Si nous en venons à Tassertion que Teffet de la variole communiquée par la vache à l'homme n' est que local, Bousquet dit que s' il y a du wai dans cette proposition, elle est toutefois trop générale. < Ces
< vésicules surnuméraires, dit-il, qui venaient autour
< des piqûres, et quelque fois au cou, sur les épaules,
< sur le ventre , qu' était-elle si non des pustules
< générales? >. Il admet que l'inoculation du virus varioleux provenant de la vache a pu engendrer des éruptions locales, et il rappoi!^te que les inoculateurs ont constaté que lorsque la fièvre secondaire ne se manifestait pas (cas assez connu), la petite vérole se limitait aux seuls boutons à l'endroit des incisions.
Il rappelle d'un autre côté sur les attestations de Verheyen que les vétérinaires de Berlin ayant inoculé
la variole à une vache, obtinrent un succès tel qu'ils comptèrent tant de boutons que de piqûres, et que la matière quMls contenaient se conserva d'une façon si parfaite que, semée dans le corps humain, elle donna lieu à une variole légitime.
M. Bousquet cite en outre un rapport de M. Gautier de Claubry où il est dit qu'un des enfants soumis à 4'expérience dont nous parlons mourut de variole confluente. Il rapporte enfin l'exemple de TAngleterre où la variole inoculée avec succès à une vache fut aussi employée avec succès comme vaccin sur deux enfants. Mais les expériences se multiplièrent; il y eut plusieurs cas de variole complète , et V autorité fit défense expresse d'employer ce virus en menaçant les contrevenants d'une amende de 300 fr. M. Bousquet conclut en disant que si les faits d'éruption locale prouvent que l'inoculation'était précieuse alors que le vaccin n'était pas encore découvert, les faits d'éruption générale établissent suffisamment que la yariole qui revient de la vache ne présente pas de plus grands avantages que celle qui sort directement du corps de l'homme. Bousquet expérimenta aussi l'inoculation de la variole et de la vaccine dans la vache. Il réussit parfaitement dans le second cas, le premier ayant presque échoué malgré les plus diligentes précautions dans le choix du virus et dans le mode d'inoculation. 11 nous dit textuellement à ce propos : < Le 21 juil- € let 1841 je me procurai une vache de choix, et < pour mieux apprécier le résultat de mon opéra-
CAHACTÉRES SiMUtTANRS DR LA VAGCtNR, RTO.. 341
i tion j' inoculai tout ensemble le virus varioleux et
< le virus vaccin, Tun aux trayons postérieurs, Tautre i aux trayons du devant. Qu'arriva-t-il de cette double
< inoculation? Le virus vaccinait naître d'assez belles
< pustules dont je pris le virus et le transportai avec
< succès sur plusieurs enfants ; le virus varioleux
< s'éteignit dans les plaies sans exciter presque au- ,
< cune inflammation >. Il refit la même expérience le 17 mai 1857 sur deux génisses, et il obtint le même résultat.
Cinq ans plus tard, M. Gautier participa à l'Académie de médicine de Paris (séance du 12 janvier 1840) que le doct. Helm ayant inoculé la variole humaine à quelques vaches avait obtenu des boutons de véritable vaccine . Bousquet dit alors : il est vrai que Prepong en Angleterre a inoculé le même virus avec succès à des vaches > .
De notre côté nous avons fait souvent de semblables expériences. Nous avons semé au mois d'avril 18^ l'humeur varioleuse dans les mamelles, la vulve, les oreilles et le scrotum des vaches, des génisses et de petits taureaux; et nous avons répété (octobre 1841) ia même épreuve dans les mêmes espèces d'animaux. Quelques-unes de ces bêtes donnèrent vers le sixième jour des signes de souffrance. Les vaches surtout avaient les mamelles enflammées ainsi que les oreilles et la partie de la vulve o'îi les piqûres de l'inoculation avaient été plus vives. Nous avons vu sortir ensuite ♦les mômes membranes dos papulos en forme de petits
342 DK LA VACCINATION — CHAPITRR XII
nœuds durs, profonds, de la grosseur d'un pois qui disparurent au bout de six jours. Nous avons pu constater dans ces expériences successives et dont les résultats furent à peu près égaux :
lo Que six des bétes inoculées ressentirent plus ou moins la force de la contagion.
2«> Que la lymphe vaccinale qui leur fut inoculée, n'eut plus aucun effet.
D'autres cas que nous citerons bientôt ont confirmé nos expériences sur un plus vaste champ. M. Depaul partisan de l'identité de la variole et du vaccin, et qui nia même l'existence du virus vaccin, rapporta à l'Académie de médecine de Paris (séance du 27 février 1866) les expériences à lui communiquées par M. Alfred Vy (d'Elbeuf) qui fit pendant quinze ans l'essai de l'inoculation du vaccin dans les animaux et tenta même de leur inoculer la variole. < Dans une € première expérience, dit Depaul, il a inoculé du pus € varioleux à une génisse, et a obtenu des pustules € semblables à celles qui résultent de T inoculation € du vaccin. Il n'a pas eu en ce moment d'enfant au- « quel il pût inoculer la matière de ces deux pusr
< tules. Dans une seconde expérience il a inoculé la
< variole à l'oreille d'un agneau; il a obtenu ainsi
< de magnifiques pustules. Au septième jour de Tino-
< culation, il a pris sur ces pustules du virus qu'il a € inoculé aux deux bras d'un enfant, et cette inocu-
< lation a produit des pustules en tout semblables à
< celles de la vaccine. M. Vy a repris du liquide sur
CARACTÈRES ^IMDLTANÉS DE LA VACCINE, KTC. 343
€ ces pustules, et l'a inoculé par douze piqûres à un
< second enfant. Il a obtenu douze pustules analogues
< aux pustules vaccinales. Toutes ces inoculations
< ont été suivies d'éruptions locales, sans accidents « généraux > (1). Gianelli soutient que la variole humaine naturelle, la varioloïde, la varicelle, la clavelée, la vaccine et le javart des chevaux ( gréase constitutionnel de Loy) ne sont que des formes d'une maladie identique qui dans l'origine a pu être la variole humaine. Il se fonde: 1^ sur l'histoire de la variole humaine et des affections analogues constatées dans les animaux à la suite des expériences de Jenner, Gareno, De Carro, Sacco, Moreschi, Buniva ; 2^ sur l'influence de la variété de la peau dans les formes de la variole chez les Éthiopiens et les Américains.
Il cite d'abord la coïncidence déjà remarquée par De Castro, de la variole dans l'homme, le mouton et ' le cheval; puis les cas multipliés de maladies exanthématiques communes aux hommes et aux animaux, telles que les pestes bovines décrites par Fracastoro, Ramazzini et Paulet et considérées comme varioles parDepuy et d'autres, et enfin les fréquentes épizooties observées dans les dix dernières années du XVII siècle en coïncidence avec la constitution varioleuse dominante. Baron fut aussi porté à assigner un caractère analogue aux epizooties bovines observées dans le royaume uni en 1745, 1770 et 1780. Henninger
(1) iiiïz. Méi. Paris, 1866, pag. 155.
constate l'existence séculaire de la variole chez les hommes et les animaux dans l'Inde et dans la Perse ;
il parle des faits plus récents de Chartres, Alfort etc., des cas fréquents de cow-pox et de clavelëe qui se manifestent ça et là, et il incline presque à affirmer avec Henninger < que la variole n'est originaire dans
< aucun animal, mais qu' elle leur a été communi-
< quée par l'homme >.
Il fait remarquer que les pustules ont dans leur cours, leur durée et leur réussite des variétés communes, mais non constantes dans toutes les affections varioleuses, et que dans les animaux l'épaisseur de la peau et des tissus dont elle est composée, la chaleur et les poils dont ils abondent plus ou moins, sont des cir* constances d'une grande influence pour déterminer la fonne des pustules. II rappelle les expériences de Pisani et de Libbold qui ont pu avec des inoculations successives de clavelée obtenir dans les brebis une variole simplement locale dont on tira un pus semblable dans les effets à la vaccine et qui servit à inoculer avec succès en Russie cent mille brebis. Il cite les expériences de Thièle et de Ceely-, et dit que puisque l'on connaît que la maladie survenue une fois par l'introduction naturelle ou artificielle d'un germe contagieux provenant de plusieurs formes morbides, sert à diminuer et à faire cesser la disposition à contracter la variole, il est naturel d'en déduire que ces formes morbides sont d'une nature identique, c'està-dire varîoleusos.
CARACTÈRES SIMULTANES DR LA VACCINE, RTC. «Uf)
D'aiitres expériences qui paraissent même plus authentiques, prouveraient au contraire que la variole cultivée dans l'espèce bovine et dans le cheval ne se rapproche pas des éruptions vaccinales, qu* elle reste ce qn' elle est ou s'éteint entièrement.
Faisons maintenant un résumé du rapport de la commission de la société médicale de Lyon sur l'identité de la vaccine et de la variole, présenté par Chauveau à l'académie de médecine de Paris le 30 mai 1865.
Avant tout la commission crut convenable de considérer la vaccine en elle-même afin d'en déduire des règles pour mieux apprécier les recherches sur la variole. Puis, connaissant la classe des animaux vaccinifères ou réputéà tels, elle chercha quel est l'effet de l'inoculation du virus et quelle influence il exerce sur l'organisme de l'espèce vaccinée. La commission voulut d'abord s'assurer que les animaux sujets aux expériences n'avaient jamais été atteints de cau>pox ou d'autres éruptions analogues. Gela étant attesté par des personnes dignes de foi, la commission passa à l'inoculation avec le procédé ordinaire; les mâles furent opérés sous le scrotum ou à la région përinéale, les femelles sur la partie externe des lèvres de la vulve, région choisie à dessin par la commission, parce que la peau y étant plus mince se prête mieux à Tinoculation du virus et à l'observation des phénô* mènes. L'éruption se fit régulièrement, et on constata les mêmes effets et sur les animaux à peau blanche et sur ceux à peau noire, mais non la même
346 DK LA VACaNATION — CHAPITRE XII
régularité et constance dans l'intensité des caractères de la malailie. On voit dans les figures qui se trouvent dans l'atlas uni à la relation que les pustules de cow^ox peuvent être plus ou moins larges et prononcées, et leur circonférenée plus ou moins grande. Ces différences trouveraient leur raison dans les conditions diverses dans lesquelles les animaux peuvent se trouver soit quant à leur constitution ou leur tempérament, soit quant à leur état de ^nté. On observa que le virus vaccinal perd de son activité à mesure qu'il s'éloigne du jour de l'inoculation, et que le temps plus propre pour l' extraire est entre le troisième et le septième jour. On remarqua aussi que l'inoculation n'avait produit aucune altération pathologique dans l'organisme de ces animaux. Dans aucun des trente vaccinés par la commission on ne remarqua l'éruption générale de la vaccine, tandis qu'on put constater trois fois une éruption locale de sept ou de huit pustules là où Ton avait cru d'avoir fait seulement cinq ou six piqûres; ce qui était dû peut-être à des inoculations accidentelles pratiquées involontairement durant l'opération. Un fait exceptionnel méritant une mention spéciale fut observé sur un jeune taureau breton, sur le scrotum duquel on avait fait trois insertions. Les trois pustules se développèrent bientôt; mais au sixième jour, derrière une de celles<^i il en apparut une autre qui se transforma rapidement en une pustule ombiliquée ressemblant aux vaccinales. On ne put décider si elle constituait une éruption
secondaire ou si elle était l'effet d'une auto-inoculation. On remarqua que la vaccine ne se communiqua pas par contagion des animaux vaccinés aux nonvaccinés qui se trouvaient en grand nombre dans la même étable.
La commission étendit ses recherches aux bêtes bovines atteintes quelques semaines auparavant d'une fièvre aphteuse. Un taureau breton très-beau fut choisi par la commission pour ses étudep; il avait supérë depuis quinze jours la fièvre aphteuse et était parfaitement guéri. Elle lui inocula le cow-pox par sept piqûres pratiquées sur la partie postérieure du scrotum, et bientôt apparurent sept magnifiques pustules avec lesquelles on vaccina plusieurs enfants. Ce fait démontra éloquemment que le covypoœ n'est pas la fièvre aphteuse, puisque si ces deux affections étaient identiques, le cow-poœ aurait été repoussé ou n'aurait eu aucun effet Non contente de ce fait isolé la commission voulut s' assurer par de nouvelles inoculations sur d'autres bêtes bovines qui depuis peu de temps avaient eu la même maladie. >
Après ces expériences elle voulut observer les effets de la vaccine dans l'homme. Elle sema dans ce but le virus dans plusieurs enfants; mais aucun ne présenta une généralisation de la vaccine, bien que quelquesuns offrissent autour des pustules une espèce de strophnlus volaticus.
Les plus diligentes recherches de la commission eurent pour objet la comparaison de la vaccine hu-
3i8 DK LA VACCINATION — OHAPITRR XII
mai ne avec celle de la vache. Elle put se convaincpe après des expériences variées et répétées qu'il ne passe aucune différence entre le coto^ox et la vaccine humaine. Ce fait fut démontré non seulement par rinoculation du c(yu>pox 3ur le bras de Thomme et par la ressemblance de caractère que présentait la nouvelle vaccine, mais encore par Tinsertion de la vaccine humaine dans les bêtes bovines. La commission fit entre autres expériences huit inoculations à chaque côté de la vulve d'une vache, introduisant à droite de la vaccine humaine extraite antérieurement d'une génisse, et à gauche de la vaccine animale. Les pustules se développèrent en même temps, avec les mêmes phases et les mêmes caractères, sauf que les pustules produites par la vaccine humaine étaient plus petites. Cette différence disparut entièrement dans les inoculations postérieures de la même vaccine. Les mêmes phénomènes s'étant donc constamment répétés, la commission conclut que la propriété qu*a la vaccine de se communiquer aux animaux de l'espèce bovine n'est pas du tout modifiée par le passage de ce virus à travers l'organisme humain ; et qu'il n'existe aucune différence essentielle entre les phénomènes du cow-pox et ceux de la vaccine jennérienne.
La commission satisfaite de ces résultats, porta alors ses observations sur l'inoculation de la vaccine aux animaux solipèdes. La fréquence à Lyon de la maladie vaocinogène dans les chevaux lui suggéra
CAHACTÈUËS SIMULTANÉS DE LA VAGCLHE, ETC. 349
ridée de leur inoculer la vaccine. Des expériences répétées du bœuf au cheval et du cheval au bœuf, de rhomme au cheval et viceversa, donnèrent les résultats suivants. Le cheval vacciné avec le couy^ox a une éruption plus lente que celle du bœuf; les pustules du cheval ont la forme d'un cône, à la sommité duquel on aperçoit la piqûre de l'inoculation. La différence caractéristique de Vhorse-pox et du catjo^pox se rapporte à la manière avec laqui^Ue se fait la sécrétion dans la pustule arrivée à sa maturité, ainsi qu'à l'abondance et à l'activité de cette sécrétion. Tandis que dans les pustules de l'homme et du bœuf la sécrétion de la matière virulente n'a lieu que dans les points du centre et en petite quantité, dans les pustules des chevaux au contraire la sécrétion du virus se fait plus abondamment sur toute leur surface, et les croûtes qui se forment couvrent toute la pustule et sont bien plus épaisses et transparentes. La commission inocula ensuite à des bétes bovines Vhorsepox produit avec le cow-pox, et remarqua qu'une telle inoculation donnait origine à des pustules moins gros* ses, mais non moins efficaces. Une observation intéressante eût été celle de l'inoculation de Vhorse-pox dans l'espèce humaine; mais la commission n'y consacra que deux seules expériences. Vhorse-pox d'origine bovine inoculé sur les bras de deux enfants sept ou huit jours après la vaccination, donna lieu à de très-belles pustules pleines de pus, et rendit inefficace l'inoculation de la vaccine ordinaire pratiquée trois
jours après Tinoculation de la lymphe du cheval sur les bras d'un des mêmes enfants. .
On peut avec raison déduire de ce fait que Vhorsepox né du couypox se transmet tant à l'espèce humaine qu'au bœuf et produit une véritable vaccine. Mais cette même vaccine nouvellement communiquée au cheval produirait-elle une matière virulente et efficace pour des générations successives, ainsi qu'on Ta remarqué de la vaccine humaine sortie de celle du bœuf? Et cette même vaceine ne se transmettrait-elle pas, non seulement au cheval, sa patrie immédiate, mais encore au bœuf, sa première patrie ? Retournerait-elle ensuite dans l'espèce humaine avec la même efficacité que la vaccine ordinaire? Une série d'expériences et d'observations diligentes conduisirent la commission lyonnaise aux résultats suivants. La vaccine humaine dérivant de celle du cheval se développe dans l'espèce bovine aussi bien que le cou>pox, tandis que la même vaccine inoculée à un cheval ne produit que des effets incomplets. Toutes les inoculations ne réussissent pas et les pustules ne contiennent qu'une petite quantité de matière virulente. Si la vaccine a passé par l'organisme d'un solipède, elle perd de son énergie; mais il en est autrement de celle qui a passé par l'organisme du bœuf, et qui conserve toute sa vigueur. En conclusion l'organisme du cheval est moins propre que celui du bœuf à la culture du vaccin.
Pour compléter ses études la commission fit les
mêmes expériences sur d'autres animaux domestiques reconnus comme vaccinifères. Avec du cow-pox produit par Tinoculation de la vaccine jennérienne dans une génisse, on vaccina une chèvre, un chien, un cochon et un mouton. Les effets furent à peu près égaux dans le chien, le cochon et le mouton, c'est-àdire légers dans tous les trois ; sauf que dans le cochon les papules étaient un peu plus grosses. 11 n'y eut donc pas une véritale éruption vaccinale; car ayant transporté sur une vache la matière séreuse sécrétée par une papule du mouton, elle ne produisit aucun efiet, tandis que la même vache vaccinée ensuite avec du véritable pus, présenta une éruption vaccinale magnifique. Les succès de la vaccination dans la chèvre furent au contraire plus heureux ; on I eut des pustules un peu plus petites, mais nettement ombiliquées et parfaitement semblables aux pustules de la vaccine ordinaire.
De la mauvaise réussite de l'inoculation du mouton il y aurait à déduire que la clavelée ne peut pas s'assimiler au cow-pox; mais la commission ne voulut pas se prononcer définitivement et attendit d'autres expériences.
La commission chercha ensuite à établir par une série d'expériences l'identité de la variole et de la vaccine, et la production de cette dernière moyennant l'inoculation de la première dans les animaux. Elle observa d'abord les effets locaux et généraux de l'inoculation de la variole humaine sur le bœuf. Douze
' 352 DE LA VACaNATlON — GUAPITHE XII
bêtes bovines qui n'avaient jamais eu le cow-pox furent inoculées avec du pus pris à quatre jeunes val'ioleux non encore vacîcinés. L'inoculalion fut pratii£uée sur les lèvres de la vulve des femelles et sur le scrotum des mâles; mais elle ne produisit sur eux ni éruption générale ou partielle, ni fièvre, ni manque d'appétit, ni diminution de lait dans les vaches. On remarqua de petites papules rouges, légèrement coniques, peu saillantes, au centre desquelles^ on distin- <^uait la piqûre. Elles s'agrandirent c-onsidérablement au deuxième et au cinquième jour; mais au douzième I tout avait disparu, et il ne restait à l'endroit de la pi-
({ùre qu'une croûte noirâtre très-petite. Ces faits qui par eux-mêmes n'ont que peu d'imporJtADce, en acquièrent une très-grande par ce qui suit. L'éruption papuleuse observée sur les animaux auxquels #a inocula la variole,* constituerait-elle quelque chose de spécifique, ou bien ne serait-elle pas plutôt le résultat du travail inflammatoire qui a nécessairement lieu au point inoculé? D'ultérieures expériences dissipèrent toute incertitude à cet égard. On fit des incisions de cow-pox sur la vulve d'une génisse à laquelle on avait auparavant inoculé la variole; mais ce fut sans effet. La commission surprise en répéta l'essai plusieurs fois, mais toujours infructueusement. Il résulta donc clairement de ces faits que l'inoculation de la variole neutralise parfaitement celle du cow-powy de * même que ce dernier inoculé à l'homme le préserve de la petite vérole. La commission étudia ensuite les
GARACTERKS SIMULTANÉS DE LA VACaNE, ETC. 353
effets de la transmission du bœuf au bœuf de Téruption provenant de lïnoculation de la variole, et après plusieurs expériences elle dut se persuader que Téruption bovine produite par Tinoculation de la variole n'est pas la variole, que ses caractères rapprochent beaucoup plus du cot^-pço? eu égard spécialement à la localité, et que la culture du virus varioleux dans les bêtes bovines, bien loin de rendre plus apparents les caractères de l'éruption, diminue au contraire l'activité de ce virus avec une telle rapidité qu'à la seconde génération il ne produit plus d'effets appréciables. Mais si l'inoculation varioleuse obtient peu d' effet en la transportant d' un bœuf à l' autre , il arrive le contraire en la faisant passer du bœuf à Iliomme. La commission susdite ayant inoculé un enfant avec le virus varioleux provenant d'un bœuf, il en dériva une magnifique éruption de papules, puis des pustules larges, blanches, ombiliquées, avec une couronne rougeâtre tout autour. L'on remarqua après quelques jours sur le visage et sur le tronc de l'enfant de petites efflorescences. Il fut sujet durant Téruption à la fièvre et aux vomissements. On sema le virus des pustules de cet enfant dans une petite fille de deux ans et demi non encore vaccinée. Les effets locaux furent dans elle bien plus forts, et les effets généraux plus faibles.
Pour connaître si on avait inoculé à ces deux enfants la variole ou bien une vaccine généralisée, et pour mieux distinguer la variole de la vaccine (elles
Î3 — Parola, vol. I, De la vaccination.
se confondent facilement à cause de la ressemblance de leurs caractères dans l'espèce humaine), la commission inséra la matière séreuse sécrétée par les pustules primitives de cette petite fille dans deux animaux de Tespèce bovine ; mais l'opération ne donna que des effets très-restreints. De toutes ces expériences pratiquées sur les bêtes bovines et sur l'espèce humaine, la commission en déduit les caractères suivants. Le virus vaccino-varioleux transporté dans l'homme agit absolument comme le virus varioleux ordinaire. L'éruption des enfants inoculés avec le virus vaccino-varioleux n'est donc autre chose que la variole. Donc, l'organisme de l'espèce bovine ne peut pas transformer en vaccin le ^virus varioleux. Donc la variole n'est pas le vaccin. Voilà au point de vue scientifique pur la conclusion finale de cette étude.
Ces résultats furent confirmées par de nouvelles expériences que la commission jugea à propos de faire relativement à l'inoculation de la variole sur les animaux solipèdes. Elle ne remarqua aucun efiet général produit par cette inoculation; les effets locaux furent des papules coniques, rougeâtres, causant au toucher des douleurs et ayant à leur centre une petite croûte correspondant à la piqûre de Tinoculation; il n'y eut enfin qu'une faible sécrétion de matière séreuse. Elle inocula avec du cow-pox une génisse qui éprouvait encore les effets de l'inoculation varioleuse et en obtint une éruption incomplète, due pro-
bablement à l'action de là première inoculation. Elle remarqua que si Tanimal qui a eu Vhorse-pox n'est pas absolument à l'abri de la variole, il perd pourtant une grande partie de la réceptivité de cette contagion. La commission fit aussi des expériences de transmission de la variole d'un cheval à l'autre et reconnut que la transmission a lieu, mais que l'activité du virus va en diminuant de la première transmission à la deuxième et ainsi de suite.
Le rapporteur dit que la commission fit plusieurs expériences sur le retour dans l'homme du virus va-
rioleux du cheval. Trois enfants furent inoculés avec
ce virus, dont un sans effet. Le deuxième subit une éruption générale de variole, et eut de nombreuses et grosses pustules coniques sur le visage et le dos, entre les cuisses et au scrotum. La maladie fut accompagnéé de vomissements et de fièvre. Il n'y eut que trois ou quatre pustules ombiliquées sur les cuisses. Sur le troisième enfant une seule pustule sortit d'un point dMnoculation, entourée d'un nombre considérable de clous qui avaient en outre envahi tout le corps. La fièvre et les vomissements furent légers et Téruption disparut après quinze jours environ. Mais sept ou huit jours après il se fit une nouvelle éruption vésiculeuse, qui disparut bientôt sans laisser de traces apparentes. Il n'y a pas de doute que \ Téruption de ce troisième enfant était aussi la petite f vérole. Il convient de remarquer que dans la salle où I se trouvaient les trois enfants, il y avait entr'autres
un jeune garçon non vacciné, et qui eut à souffrir une variole légère présentant tous les caractères du deuxième enfant La mère qui nourrissait le troisième tomba malade de fièvre suivie d'une éruption de clous vésiculeux. Cette femme déjà vaccinée dans sa jeunesse eut donc une véritable varioloïde. Ces deux faits ne pourraient-ils pas avoir été produits par la contagion varioleuse ?
Tout concourt donc à démontrer que le cheval rend, comme il Ta reçue, la variole à Thomme. Tel est ravis de la commission, bien que les derniers cas que nous allons faire connaître puissent suggérer une autre conclusion.
Ayant extrait le virus de la pustule du troisième des enfants susdits, la commission le sema dans le bras du premier sur lequel Tinoculation de la variole du cheval n'avait produit aucun effet. Cette insertion fut bientôt suivie de papules rougeâtres^ puis de pustules dont six correspondaient aux piqûres de l'inoculation, et deux étaient très-adhérentes au ventre et bien développées. L'enfant souffrit un peu de fièvre et d'agitation. Avec le virus qu'il fournit on inocula deux autres enfants dont un avait déjà été vacciné. L'opération ne produisit aucun effet sur ce dernier, mais elle réussit parfaitement sur l'autre. À côte de> pustules de l'inoculation on en remarqua d'autres supplémentaires bien prononcées.
Après tous ces faits la commission fut portée à admettre que même en ne tenant pas compte des pustules
CAnACTÈRRS SIMrLTANES DR LA VACCINE, ETC. 357
supplémentaires du dernier enfant, ni de la légère éruption vésiculaire du premier, la généralisation reste également prouyée par les pustules véritables qne tous les deux eurent sur le tronc et sur les membres. Si donc cette généralisation est la marque caractéristique de la variole, il n'y a pas de doute que les deux enfants ont eu cette aflTection. Mais en supposant même que la généralisation ne prouve rien, et qu'elle ne s'est même pas manifestée, l'éruption primitive localisée de ces enfants constituirait-elle pour autant une véritable vaccine ? Pour qu'il en fût ainsi, il fandi*ait que le virus de cette éruption transmis au cheval, produisît le horse-pox. Mais aprèy plusieurs expériences la commission dut conclure que la variole inoculée au cheval, transportée et cultivée sur la vache, après avoir produit sur l'homme des éruptions locales apparemment identiques au vaccin, ne produit que les phénomènes de la variole, comme dans les chevaux. Ce qui établit définitivement le principe que l'organisme du cheval n'est pas plus apte que celui du bœuf à transformer la variole en vaccine.
Venons-en aux conclusions de ces expériences. ï^ La variole humaine s'inocule au bœuf et au cheval avec la même certitude que la vaccine.
^ Les effets produits par l'inoculation des deux \iru8 diffèrent absolument.
Chez les bœufs, la variole ne produit qu'une éruption de papules si petites^ qu'elles passent inaperçues quand on n'est point prévenu de leur existence.
La vaccine, au contraire, engendre Téruption vaccinale-type à pustules larges et bien caractérisées. Dans le cheval c'est aussi une éruption papulifère, sans sécrétion ni croûtes, qui engendre la variole; mais bien que cette éruption soit beaucoup plus grosse que celle du bœuf, on ne saurait jamais la confondre avec le horse-pox si remarquable par l'abondance de la sécrétion et l'épaisseur des croûtes. .
3° La vaccine inoculée isolément aux bœufs et aux chevaux, les préserve en général de la variole.
4<* La variole inoculée à ces mêmes animaux s'oppose généralement au développement ultérieur de la vaccine.
&> Cultivée méthodiquement, c'est-à-dire transmise du bœuf au bœuf et du cheval au cheval, la variole ne se rapproche pas de l'éruption vaccinale. Elle reste ce qu'elle est ou s'éteint tout-à-fait.
Qp Transmise à l'homme, elle lui donne la variole.
70 Prise une seconde fois sur l'homme et insérée nouvellement dans le bœuf ou le cheval , elle ne donne pas davantage, dans cette seconde invasion, le cow-^ox ou horse-poœ.
Ainsi, malgré les liens évidents qui tant dans les animaux que dans l'homme, rapprochent la variole de la vaccine, ces deux affections n'en sont pas moins parfaitement distinctes, et ne peuvent pas se transformer l'une en l'autre. Donc, en vaccinant d'après la méthode de Thièle et de Geely, on pratique l'ancienne inoculation rendue peut-être constamment bénijme
CARACTÈRES SIMCt.TANBS DR LA VAC::iNR, ETC. 359
par la précaution qu'on prend de n'inoculer que Taocident primitif qui a certainement conservé toute sa propriété contagieuse.
Ces expériences présentées en 1866 à l'académie pour obtenir le prix Montyon, méritèrent à M. Ghauveau et à ses collaborateurs Viennois et Meynet un prix de 2500 fr. sur la conclusion que « en établissant des faits < d'une si grande importance, les expériences dirigées i par M. Ghauveau ont rendu un incontestable service <à la science et à la pratique médicale > (1). De semblables expériences furent faites en Angleterre et en Allemagne. M. Verheyen (de Bruxelles) rapporte dans un mémoire sur la vaccine primitive, qu'on inocula avec succès à Berlin la variole à des vaches, dont le pus semé de nouveau dans l'homme développa les deux éruptions propres à l'inoculation variolique. Il en fut de même en Angleterre ; l'éruption ne fat que locale dans les premiers inoculés ; locale et générale dans les autres.
Badeock réussit à produire une vaccine qui se conserva pendant plusieurs générations, au moyen de l'insertion dans des enfants de la lymphe de la susiiite provenance. Mais ce qui lui réussit en sept expériences lui fit défaut en 93. Marson de son côté inocula infructueusement le pus varioleux à 40 vaches. Héring dans une lettre adressée à M. Leblanc en 1863 atteste d'avoir inoculé en vain sur le pis d'une vache la
(1) Gaz. méd., Paris, 1866, pag. 174.
variole d'un enfant non vacciné qui mourut de cette maladie affreuse. Il injecta ensuite, et encore sans résultat, quelques gouttes de liqueur variolique dans la jugulaire d'une vache. C'est pourquoi il nie l'identité des deux maladies en se fondant sur ses expériences, faites en présence de ses collègues et de ses élèves (1). Le doct. Ballard (2) dit à propos des expériences si positives de Ceely et de Badeok, qu'elles ne peuvent être infirmées par des résultats négatifs. Mais c'est un fait remarquable que l'éruption papulaire succédant à l'inoculation varioleuse, et décrite tant par la commission française que par nous, semble avoir été plus ou moins constatée par beaucoup d'observateurs, par Ceely entr'autres qui considéra comme autant d'insuccès les cas oU se manifestèrent de telles papilles soit tubercules. En résumé si l'on doutait encore de la nature de cette éruption, c'est-à-dire si l'éruption papulaire qui succède à l'inoculation de la vache avec la matière varioleuse, est en un grand nombre de cas l'affection produite par l'inoculation, ou si le phénomène plus rare d'une vésicule vaccinale pouvant succéder à l'inoculation varioleuse, est la véritable conséquence pathologique de cette inoculation, nous n'aurions qu'à confirmer l'idée que nous avons émise avec la commission de Lyon; puisqu'on a obtenu avec les papules produites sur la vache une lymphe qui a été introduite avec succès dans l'cn^ganisme hn-
(1) Recueil de médecine vétérinairef octobre 1868, pag. S22.
(S) De h vaceination, sa valeur et $es dangere alléguétf 18S8, pâg. 391.
main. De récentes expériences faites à Berlin et à Boston en sont une nouvelle preuve* Du reste si l'expérience a démontré que les vésicules de la variole et^de la vaccine peuvent exister en même temps les ânes à côté des autres sur le bras humain, mais parfaitement distinctes et capables d'engendrer chacune un virus qui peut les reproduire, on soutiendrait à tort que l'éruption varioleuse et la vaccine ne peuvent pas coexister dans le tégument de la vache. Sous an certain rapport une telle explication semble aussi philosophique que celle du docteur Seaton (1), qui pense que les papules sont de simples signes de l'inflammation locale produite par l'introduction du virus qui ne subit aucune altération et n'est point absorbé dans le point où il a été introduit < Il n'est pas tout-à- € fait improbable, dit-il, que si Geely, Leblanc et Depaul
< de même que Ghauveau et ses collègues , ont eu à
< faire dans les cas qu' ils décrivent à des papules en-
< fiées, ils y aient puisé la même matière qu'ils ont «insérée. Cette matière ne subit aucune esr^èce de
< transformation, mais elle reste où elle a été insérée,
< comme dans une bourse, tout-à-fait inerte, donnant
< seulement origine à une irritation locale sans pro-
< (luire une espèce quelconque d'affection générale et
< de maladie >.
Nous croyons que cette manière de penser de Seaton est en opposition avec les plus saines doctrines de
Ll) ihnuil de vaetkation, 1868, pag. 188.
là physiologie, et que, les choses étant ainsi, la seule irritation locale n'empêcherait pas le bon effet d'une nouvelle inoculation de matière varioleuse vaccinale, comme cela est arrivé à nous-mêmes et à la commission de Lyon. Il faut donc que dans l'éruption en question il y ait eu absorption de virus et une altération générale qui, bien que peu apparente, a néanmoins protégé contre l'autre virus.
Le doct. Ballard conclut:
lo La variole, le cow-pox et l'horse-pox sont des maladies différentes. La première est naturelle à l'homme, la seconde à l'espèce bovine et la troisième au cheval.
2o Les virus de ces différentes maladies diffèrent, en ce qu'ils sont le produit spécifique des animaux, chez lesquels ces maladies sont naturelles.
30 Si le virus contagieux de la variole humaine est inséré dans la peau de la vache, il y trouve des matériaux certainement capables d'en maintenir la vie et d'en permettre la reproduction ; mais simplement d'une façon modifiée, ou, pour mieux dire, d'une manière dégradée. L'organisme ou la peau de la vache n'est pas propre au développement de la variole; il peut seulement développer le cow-pox en vertu de sa constitution naturelle ; et comme le virus varioleux opère sur les mêmes constituants que le virus vaccinique, le cow-pox est la maladie produite.
49 II en est de même, lorsque le horse pox est inoculé dans la peau de la vache.
5^ On peut , mutatis mutandis, donner la même
CARACTÈRES SIMULTANES DB LA VACCINE, RTC. 363
explication sur T effet produit par la matière vaccinique inoculée dans la peau ou injectée dans les vases du cheval. Probablement les explications et les conclusions du doct. Ballard contiennent des germes de vérité. En effet, toutes les opinions que nous avons citées et en particulier celles de Ballard semblent constater qu'il y a une relation intime entre les différents virus varioleux des animaux, que probablement leur origine peut être commune, mais qu'il n'y a pas de parfaite identité entre elles, n'étant unies que comme de différentes espèces appartenant au même genrcr Relativement à la structure anatomique, Gendrin (1) donna sur les deux espèces de pustules des explications précieuses d'où il résulte que la véritable pustaie se divise en plusieurs compartiments membraneux aboutissant à une membrane centrale située dans la base du bouton et se prolongeant jusqu'à la couche extérieure de l'épiderme, ou au chorion auquel elle adhère en correspondance avec le point central, composant ainsi la pustule en une forme spécifique qu'on dirait presque ombiliquée. Il ajoute que toutes les petites vessies sont constamment uniloculaires et que dans le même cas on ne rencontre aucun autre exanthème mamillaire pustuleux ou varioleux; de façon que, en donnant un coup de lancette sur une pustule, il n'en sort que la quantité d'humeur contenue dans les compartiments qui ont reçu la blés*
[1) Hiêtoire anatomique dei inflammations»
sure; et que pour extraire toute la lymphe il serait nécessaire de percer un à un les compartiments qui la renferment. Selon le même auteur, jusqu'aux cicatrices des deux espèces d'éruption présentent une analogie de structure, sensible spécialement dans les points plus enfoncés que le reste de la surface. Simonsin (1) traite de Tombilication, et explique d'une manière plus claire la formation anatomique de ces pustules. Il dit que même avant le cinquième jour les pustules diminuent de volume ; que si on enlève une portion de l'épiderme qui les forme, elles ne se vident qu'en partie, et qu'à leur face interne adhère un tissu aréolaire se fixant d'autre part à la surface du derme, de sorte qu'elles ne sont libres dans aucun point. Ainsi retenues elles ne peuvent se soulever en masse. De là la forme aplatip de la pustule qui ne pouvant se soulever ou se développer de bas en haut s'étend latéralement. Le contraire se vérifie dans les autres éruptions vésiculeuses, dans la variole et dans les mailles d'un tissu adhérent d'une part à l'épiderme de l'autre au chorion. En observant le développement du bouton on voit la partie qui en forme le centre apparaître la première; elle est déjà desséchée et couverte d'une croûte avant la suppuration. Cette croûte adhère promptement au derme, ou directement ou par l'intermédiaire de quelques tractes très-solides ; la circonférence de la pustule, au contraire, continue à s'éten-
(1) Arch. de méd., 1865, pag. 71.
CAHACTÊKES SIMULTANÉS DE LA VACCiNK, ETC. 365
dre et à gonfler, et la croûte centrale se trouve à un niveau inférieur. '
Continuant à parler de l'analogie des deux virus, il est notoire que ces données ne sont pas les résultats d'une observation récente. Les caractères de ressemblance des deux pustules appellèrent dès le commencement l'attention des vaccinateurs. Jeûner fait mention quelque part dans ses ouvrages de la vacciûation d'Anne Ëxcell, petite flUe de six ans. Il dit que : < Les
< pustules inoculées étaient si semblables aux vario-
< leuses qu'aucun inocula leur n'aurait pu douter de
< l'identité de leur nature originaire >. Il assure ailleurs que la vaccine au huitième jour présente absolument les mêmes symptômes que la variole naturelle. 11 en trouve la conformité dans la fièvre soufferte par Guillaume Peod. < La ressemblance des caractères de
< la vaccine avec ceux de la variole était si parfaite «qu'il crut devoir examiner plus attentivement la
< peau pour voir s'il ne se présentait pas par hasard
< quelque éruption ; mais il n'en apparut aucune >. La seule différence que Jenner pensa pouvoir reconnaître entre les deux espèces d'éruption, consiste en ce que la lymphe renfermée dans les boutons vacciniques se conserve plus longtemps limpide, tandis que celle des boutons varioleux tend à se corrompre de suite , et se change plus tôt et plus facilement en matière punilente. En Italie, les vaccinateurs reconnurent généralement l'analogie des caractères, de la dimension et des formes de ces deux affections.
DB LA VACCINATION — GUAPITRb XII
Nous pourrions citer le témoignage du doct. Sacco qui s'appuyant sur ses propres expériences, n'admet presque aucune différ mce. Mais parmi les nombreux écrits qui traitent cette question nous en trouvons un historico-critique sur la variole vaccinique, lu au sein de la société des sciences et des arts de Goni en 1808. € Les phénomènes, y lisons-nous, qui dérivent de l'inoculation des deux espèces de variole, sont les mêmes, si ce n'est qu'ils sont plus intenses dans la variole humaine. Les symptômes accessoires, le caractère des ulcères et la manière de les guérir, ainsi que la structure des croûtes sont les mêmes dans toutes les deux. Si Ton observa parfois des pustules ombiliquées dans la variole, on remarqua aussi des pustules non ombiliquées dans la vaccine. On vit que l'aréole vaccinale et l'endurcissement cellulaire existaient ou n'existaient pas dans toutes les deux. La conformité des pustules est la même, c'est-à-dire cellulaire, et l'humeur y contenue a les mêmes caractères. L'éruption universelle manque même quelquefois dans l'inoculation de la variole humaine, de môme qu'on a reconnu qu^elle est quelquefois très-rare et très-douce dans les vaccinés >. Nous ajouterons encore d'après nos observations particulières, qu'il se manifeste parfois chez les personnes qui contractent la vaccine soit en trayant les vaches, soit par simple inoculation de ce fluide, des symptômes conformes à ceux de la variole bénigne, tels que la fièvre ressentie, la céphalée, le délire, les vomissements, la dyssenterie etc.
CARACTÈRBS SIMULTANÉS DB LA TAGCINE, ETC. 367
Nous sommes parfaitement d*accord avec le docteur Husson et le doct. Ceely, dont le premier s'exprime ainsi: (l) € La fièvre est atcssi accompagnée de gonfleviients ronds aux aisselles et des autres symptômes de la petite vérole j mais d'une nature très-bénigne. Il n*y a aucun danger, et le tout disparaît en trois jours > .
Le docteur Ceely est plus explicite dans la description qu'il fait des cas de vaccine accidentelle, et parle plus au long des douleurs à la tête, au dos et aux lombes, de la dysphorie générale, des souffrances le long des vases lymphatiques, des glandes sous les aisselles, de l'ennui, du vomissement, de l'insomnie et du délire. Le prof. Rayer (2) dit que la varicelle et la variole secondaire offrent des caractères si uniformes que bien souvent on ne peut les distinguer l'une de l'autre. On doit en dire autant des caractères physiques et chimiques de la variole et de la vaccine, car l'analyse paraît démontrer qiie leur analogie remonte jusqu'au germe intime de la maladie. En témoignage de ce fait Ceely écrivit (3) que le pus sorti des ulcères des vaches atteintes de cow-pox communique aux doigts de ceux qui s'occujpent à les traire la même odeur qui s'exhale à la dernière période de la variole humaine.
L'opinion plus remarquable est celle des docteurs Robert et Ozanan qui soutinrent que le pus varioleux délayé dans le lait produit la substance vaccinique.
(1) Ik la vaccine a» Dielitmnaire des seienees médiealee,
(î) Diet. de wUd. et de ehir%rg. jprat., art. Eruptions varioUifues, (3) im. de néd,, vol. XCIX, pag. 506,
368 DE LA VACCINATION — guapithk; xu
Robert surtout tâche d'expliquer en ces termes la différence qui passe entre la variole et la vaccine relativement à la plus forto virulence: < La vaccine de na- -€ ture bénigne, bien qu'elle émane aussi de la nature « varioleuse, doit se référer et se lier à un des phé- € nomènes physiques qui ont été jusqu'à présent un € mystère pour la science; ou bien elle dépend de € l'inoculation de la matière primitive sur un être € vivant intermédiaire , ce qui produit un résultat € égal à celui de la greffe que nous voyons chaque «jour appliquer aux plantes pour en améliorer le € fruit >. Il résulterait donc, selon cet auteur, qu'on ne doit considérer la variole et la vaccine que comme deux modifications de la même affection, réglées et dirigées par différents degrés d'intensité. Mais Bousquet se prononce contre cette opinion et dit: (1) < Sans € doute, la comparaison est ingénieuse ; mais est-elle € aussi solide ? Si la variole et la vaccine dérivent < d'une même source, comment peut-il arriver que la € date de leur découverte remonte à des époques si € différentes ? Si l'une et l'autre ne marquent que d'un € degré ou deux les modifications de la même maladie, € comment se fait-il encore qu'elles ne se transforment € jamais l'une dans l'autre ? » D'après cela il parait à Bousquet qu'il ne peut arriver que deux substances qui ne diffèrent entre elles que par le degré d'intensité ne se rapprochent et ne se confondent pas. Il combat plus explicitement le principe de l'identité des deux
[1) L. c, pag. 559,
CARACTÈRES SIMULTANÉS DB LA VACaNE, ETC. 369
virus, quand il dit : < Nous ne croyons pas à la transformation du virus varioleux en virus vaccinique; mais nous n'avons pas de difficulté à admettre que la variole et la vacoîne, qui proviennent de deux origines différentes, sont deux maladies corrélatives en deux espèces différentes. En Angleterre, en Italie, en France, partout on connaît une maladie de la vache sous le nom de picote. Je ne veux pas tirer une conclusion de la synonymie des mots; mais sans confondre ensemble les deux picotes^ on peut supposer que Tune est à l'espèce humaine, ce que l'autre est à l'espèce bovine. Il se peut que la variole des vaches transportée par hasard dans l'homme lui tienne lieu <Je variole naturelle à son espèce ; il me semble du moins que cela n'a. rien de choquant. Ce qu'il y a d'analogie entre la variole et la vaccine s'explique par la corrélation des deux virus, ce qu'il y a de différent par la différence des espèces. Ainsi tout s'ar^ range, tout se concilie et la vaccine exclue du domaine de la pathologie par l'isolement où on la tenait des autres maladies, prend enfin la place qui lui convient en perdant le merveilleux dont on s'est plu à Tentourer >.
Mais voulant nous en tenir au principe d'impartialité sévère que nous avons adopté, nous ne pouvons pas omettre que dans les mémorables discussions qui eurent lieu au sein de l'Académie de Paris en 1862-63-64, c'est précisément le docteur Depaul qui soutint l'identité de la variole et du vaccin. Se fondant sur les ex-
24 — Parola, vol. I, De la vaccination.
370 DE LA VACCINATION — CHAPITRE Xll
périences tant de fois mentionnées de Sunderland , Thièle, Ceely et Sacço sur les moutons, il nia même Fexistence du virus vaccinal et soutint que ce virus n'est autre chose que le virus varioleux même provenant de* la maladie éruptive des bœufs et des chevaux, maladie identique avec la variole humaine et celle des moutons, des chèvres^ des cochons et des chiens.
Il ajouta que les phénomènes locaux et généraux que présentent les animaux, sont les mêmes que ceux observés chez Thomme^ et qu'il n'y a aucune différence dans les pustules si ce n'est celle qui provient de la structure de la peau et de la présence de poils nombreux. Il insista sur le caractère également sporadique et épidémique de la variole humaine et de celle du cheval et du bœuf, sur la faciUté d'inoculer le virus du cheval à la vache et vice-versa, ainsi que sur la coïncidence des épidémies varioleuses dans l'homme et dans les animaux en attribuant même à la variole humaine la propriété de s'attacher aux animaux et de ceux-ci à l'homme.
Bien qu'inclinant à admettre une sorte d'identité entre les maladies en question, M. Jules Guérin a été cependant moins explicite. En substance, il ne nie pas qu'en comparaison de la variole humaine l'éruption locale de la vaccine et la bénignité de la maladie du bœuf et du cheval laissent douter qu'il y ait une certaine différence entre ces affections; mais il voudrait que la vaccine ne fût autre chose que la variole modifiée dans ses passages successifs du cheval à la
vache, et de celle-ci à Thomme. Toutefois cette hypothèse lui parait tellement problématique que, se contredisant en quelque sorte, il ajoute que r observation d rexpérience n'ont encore rien démontré de cette transformation de la variole en vaccine , et il conclut '[iffil faut ici la plus grande réserve^ et que jusqu'à plus ample connaissance on fera bien de continuer à cmisidérer la vaccine comme vaccine.
Bousquet au contraire combat vigoureusement Depaul en répétant les motifs que nous avons déjà rapportés, et en ajoutant que les maladies virulentes , telles que la variole et la vaccine, conservent chacune leur caractère et leur individualité à Tinstar des espèces animales toujours fixes et immuables. Il admet qu'il existe entre elles une grande analogie,* et c'est même à cette analogie qu'il attribue la faculté qu'ont ces éruptions de se suppléer et de tenir lieu Tune de l'autre. Il parle ensuite des différences notables qui passent entre la variole et la vaccine relativement: l^au caractère épidémique contagieux de la première, tandis que la seconde ne se transmet que par inoculation; 2° à la gravité de la variole naturelle et à la béni- ;Tiité de la vaccine ; 3^ à la durée de la période d'incubation bien plus longue dans la première que dans l'autre; 4<' à l'éruption qui s'étend à tout le corps dans la variole naturelle et qui est générale et locale dans la variole inoculée, au lieu qu'elle n'est que simplement locale dans la vaccine. De plus, selon lui, leur origine est différente : chacune se reproduit par génération ;
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chacune a sa source et sa descendance. Ainsi la variole nait de la variole, et n'engendre que la variole ; la vaccine nait de la vaccine, et n'engendre que la vaccine, et jamais on ne les a vues naître Tune de l'autre ou se transformer Tune dans l'autre. Il cite les inoculations de Woodwille, de Salmade et les siennes propres faites avec un mélange de vaccine et de variole, et assure que les deux éruptions firent leur cours séparément. Il rapporte à l'appui de ses idées les paroles suivantes du prof. < Orflla, qu'il est naturel que les virus suscitent des réactions un peu différentes suivant les organisations; mais qu'il est impossible qu'ils se modifient dans leur substance, leur constitution et leur nature >.
Partant ensuite des faits suivants : !<> Que la rage et la morve, par exemple, en passant du chien au cheval, et de celui-ci à l'homme ne se modifient que dans leurs symptômes extérieurs ; 2^ Que la syphilis retourne du singé telle qu'il l'a reçue; — il en déduit d'accord avec Magne que la variole ne pourrait pas également changer de nature dans son passage à travers les animaux et se transformer en vaccine. Car s'il en était ainsi, de même que les plantes qu'on reporte au sol natal reprennent leur développement primitif, la variole aussi retournant au moyen de la vaccine dans l'homme, devrait reprendre ses caractères et non devenir plus faible, comme cela arrive par son humanisation.
D'autres savants partagèrent les idées de Bousquet,
leprof. Bouley entr'autres, qui inocula sans eflfet à une vache la variole humaine. Mais cette vache eut plus tard une belle éruption vaccinale à la suite d'une inoculation de horse-pox. Il eut encore le même résultat négatif dans deux inoculations de variole humaine au cheval, tandis que la variole du cheval se transmit toujours d'un cheval à l'autre par insertion du virus. M. Bouley contesta en outre l'identité de la clavelée avec la variole humaine.
Huxard, Reynal et Leblanc rapportèrent d'autres faits seniblables négatifs, et se fondant sur le long exercice de leur profession, ils conclurent d'accord que la variole humaine, le horse-pox, le cow-pox, la clavelée, la variole du cochon et celle du chien sont, si l'on veut, des maladies analogues de la môme famille, mais non identiques.
II serait trop long et même inutile de reproduire ici leurs arguments : ce serait en grande partie répéter ce que nous avons dit. Nous ne citerons donc que les paroles suivantes de Leblanc : < L'observation de tous les jours prouve, dit-il, que la clavelée du mouton si contagieuse pour l'espèce ovine, ne se transmet jamais à l'homme ni aux autres animaux; que la petite vérole du cochon n'est pas identique à la clavelée et qu'elle ne se communique pas non plus aux autres espèces d'animaux ; qu'il en est de même de la petite vérole du chien, qui diffère de la variole dans sa marche et ses caractères anatomiques (1) >.
(1) Géz. Méé., Paris, 1864.
Résumons maintenant et cherchons de tirer quelques logiques déductions de tant de faits et d opinions disparates! Il nous semble d'abord que la véritable origine de la variole est encore cachée dans les ténèbres. Si Ton ne peut nier que dès les temps les plus recules on vit se manifester en coïncidence avec la variole humaine une maladie analogue dans les animaux, il ne nous est pas encore donné de savoir si elle s'est développée primitivement dans l'homme ou dans eux, si ceux-ci Pont communiquée à l'espèce humaine ou vîce-versa ; ou plus probablement s'il s'est développé en même temps sous de certaines circonstances favorables, et dans l'homme et dans les animaux, une maladie présentant une grande analogie de forme et de procédé morbide, mais différente dans sa nature intrinsèque. Les opinions à cet égard sont partagées, il est vrai, et la question, encore agitée par les savants, ne peut se dire résolue. Cette discussion sur l'identité de la variole et du vaccin ne nous semble pas inutile: on ne doit pas la considérer comme un objet de simples spéculations théoriques, car elle peut porter beaucoup de lumière dans la question de la vaccination et avoir des conséquences qu'on ne peut calculer dans leur application pratique.
Si, en effet, on parvenait à démontrer que la variole humaine, l'horse-pox, le cow-pox, la clavelée ne sont qu'une même inaladie, et que les dernières ne sont que des modifications de la variole humaine, modifications provenant de son passage dans le cheval, la
vache et la brebis, qui ne voit le corollaire utile qui en résulterait dans la possible régénération de la vaccine par l'inoculation de la variole humaine à ces animaux quand Vhorse-pox et le cow-poœ viennent à manquer ?
Si Ton pouvait au contraire avoir une preuve certaine que ces maladies, bien qu'analogues entre elles, ne sont pourtant pas identiques, mais qu'elles sont engendrées et propagées par un virus diflférént, et que (le plus la variole humaine communiquée aux animaux ne perd rien de sa nature et retourne dans l'homme avec tous ses caractères, il est bien évident qu'it n'y aurait plus d'opinion contraire à cet égard et que, cessant toutes les tentatives de renouveler la vaccine, on écarterait le danger de nouvelles diflFusions de variole. On doit donc louer ceux qui cherchant avec tant de zèle cette vérité, tâchent de résoudre ce problème si important.
Mais voyons ce que l'on peut, à l'état actuel de nos connaissances, déduire à ce propos. Si les expériences de Sunderland, de Gasner et surtout de Thièle et de Ceely sont dignes d'être remarquées et attestent la possibilité de transmettre la variole à la vache, elles ne suffisent pas encore à démontrer l'identité de la variole avec la vaccine, comme le voudraient ces auteurs.
Vraiment beaucoup d'autres qui firent les mêmes expériences ne purent être si heureux, et nous ajouterons encore que, outre ces dernières expériences in-
fructueuses et celles indiquées par Bousquet, Brenner, Hecker et Harlwig à Berlin ne réussirent point à communiquer la variole à la vache ni avec la méthode de Sunderland ni avec Tinoculation directe ni en faisant souffler l'air aspiré par un varioleux et recueilli dans une vessie contre le museau de cet animal (1).
Thièle et Geely n'y réussirent même qu'après un grand nombre d'expériences et en usant les précautions les plus minutieuses : et le développement obtenu ne ressembla pas du tout, le plus souvent, au 'cow-pox^ ainsi que nous avons pu le constater nous-mêmes; mais il se borna à de petits tubercules avec peu de réaction générale. Si on remarque au contraire : 1^ la facilité avec laquelle la vaccine même déjà humanisée se transmet à la vache et au cheval ; 29 le développement des pustules vaccinales, — on peut voir facilement que ces deux virus ne sont pas d'une nature identique ; puisque la variole douée de beaucoup plus de virulence, devrait produire des effets plus marqués, d'autant plus s'il est vrai que la vaccine lui doit son origine.
En outre, si nous examinons attentivement les phénomènes de la réinoculation dans Thomme, phénomènes décrits avec tant de soins par Thièle et Geely, il nous semble qu'ils se rapprochent plutôt de ceux que produit l'inoculation de la variole que de ceux de la vaccine. Thièle nous dit que la fièvre se manifestait or-
(Ij Allgemeinef médicinisce zeitung, n. 35. 1833, cl Aim. unie, de méd., lom. LXVII, 1833, pag. 575.
CARACnSilES SIMULTANÉS DE LA VACCINE, ETC. 377
dinairement deux fois du troisième au quatrième jour, et avec plus d'intensité du onzième au quatorzième, et qu'il craignait tellement que le virusi repris à la va^ che ne développât la véritable variole, qu'il recommandait de le mêler avec du lait chaud. Geely parle aussi de la gravité des phénomènes généraux qui produisent même les vomissements, la diarrhée etc. On voit d'après sa description du cours des pustules qu'ordinairement la période en ^tait plus longue et plus intense ; que le dessèchement commençant au quatorzième jour ne terminait ordinairement qu'au seizième ou au dix-huitième ; que la croûte enfin ne tombait en général que du vingt-troisième au vingt-cinquième jour et même plus tard (1). Si nous ajoutons à cela les petites vessies qu'il vit se développer autour des pustules et quelquefois aussi sur d'autres parties du corps, il nous paraît que l'ensemble des phénomènes indiqués a une grande ressemblance avec ceux qu'on remarqua dans les cas bénins d'inoculation de la variole. Mais nous avons déjà dit que des expériences semblables ont produit en Angleterre et à Berlin non seulement une variole douce mais quelquefois aussi une variole confluente. Dans les savantes discussions qui eurent lieu au sein de l'académie française en 1862, 1863 et 1864, M. Depaul soutint avec ardeur l'identité de la variole et de la vaccine, celle-ci n'étant, d'après lui, qu'une modification subie par la première dans l'organisme de la vache.
(1) V. Ami. Univ. Méd., tom. XCVI, pag. 517.
D'autre part Bousquet, Magne, Reynal, Leblanc etc. démontrèrent avec de puissantes raisons que si les virus sont, comme lés poisons capables de produire quelque modification dans les symptômes selon le différents organismes, ils ne les modifient pourtant pas dans leur nature intime. La preuve en est que la sjrphilis, par exemple, transmise de l'homme au singe retourne dans l'homme avec tous ses caractères, et que la morve et le charbon transmis des animaux à l'homme, conservent leur puissance fatale.
Quelle différence existe-t-il donc entre la douce symptomatologie de Thorse-pox et du cow-pox et celle si intense de la variole humaine ? Quelle est leur différence de puissance et de transmission ? L'une esl très-contagieuse même par infection; dans les autres au contraire cette faculté de transmission est encore douteuse.
Si la vaccine n'était qu'une modification de la variole, pourquoi seijaée une nouvelle fois dans l'homme, en qui elle eut son origine, ne reprendrait-elle pas ses caractères primitifs? Gomment expliquer son affaiblissement, tant invoqué par le même Depaul, à la suite d'inoculations successives dans l'homme? Husson nous rapporte que Salmade inoculant en même temps la variole et la vaccine, observa que les piqûres pratiquées au bras conservèrent les caractères de la vaccine, tandis que l'éruption qui sortit sur le corps au nombre de trente à trente-six boutons, fut caractérisée comme éruption variolique. Buisson, Predvache,
Monteils virent aussi se développer deux éruptions provenant du mélange des deux virus. Dans ces cas, dit Auzias-Turenne, les deux éruptions sont distinctes et s'avancent d'abord côte à côte et indépendantes Tune de l'autre ; elles se gênent ensuite naturellement dans leur marche sans jamais se confondre et sldentifier, sans que jamais l'une s'efface complètement devant l'autre; en un mot elles ne cessent pas d'être deux. En outre Salmade eut la confirmation expérimentale de la nature différente des deux érup-
tions en obtenant de l'inoculation des pustules vaccinales une véritable vaccine, et une véritable variole de l'inoculation des pustules varioleuses. Bousquet ayant tenté de semblables expériences eut, comme nous l'avons déjà remarqué, un résultat identique. M. Gujetant prit au huitième jour de la vaccination j sur une personne couverte depuis trois jours de pustules varioliques, du vaccin qui lui servit à vacciner deux enfants. Ils n'eurent que la vaccine dont on profita pour pratiquer d'autres vaccinations qui furent également régulières (i). Nous observâmes un fait semblable en 1871 sur un certain Bono âgé de neuf mois. Attaqué par la variole avant la vaccination, il présenta huit jours après cette opération et en même temps qu'une éruption vaccinale, une discrète éruption varioleuse. Ayant recueilli la lymphe des pustules vaccinales, nous l' inoculâmes à un certain
(1) Caz. Méd., Paris, 1833, pag. 245.
Dalmasso, qui ne présenta plus qu'une Yaccine régulière.
D'ailleurs il n'est pas rare de voir des individus vaccinés qui se trouvant sous T influence de la période d'inoculation de la variole, présentent un développement presque contemporain des deux éruptions, chacune avec ses caractères distinctifs. Ce développement contemporain des deux éruptions, leur cours parallèle et plus encore les résultats différents de l'inoculation des deux virus nous révèlent que ce8 deux maladies ont chacune leur caractère et pour ainsi dire leur personnalité; tandis que les modifications que chacune d'elles parait subir dans son développement, nous en attestent aussi la grande analogie. Mais nous réservant de traiter de leur influence réciproque avec plus d'étendue dans un chapître pa^ ticulier, nous dirons finalement que pour convaincre ceux qui doutaient encore, on publia les expériences faites par la commission de Lyon. Elles firent beaucoup de bruit et furent justement appréciées par tous ceux qui s'intéressent au vaccin.
Gomme elles furent pratiquées par des savants distingués sur un vaste champ et dans les conditions les plus favorables, variées selon les données de la science et de façon à considérer cette importante question sous tous ses aspects différents, elles fournirent à la résolution de la même les éléments les plus clairs et les plus authentiques, et marquèrent un véritable progrès dans la doctrine vaccinique. Elles servirent aussi
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à dissiper un doute, c'est-à-dire, s'il n'est pas possible avec les transmissions successives de la variole d'un animal à l'autre, d'arriver au point qu'elle ait perdu ses qualités plus virulentes, et devienne propre à produire une véritable vaccine. Les expériences sur la vache* et sur le cheval ont détruit cette hypothèse, et démontré que la variole ne se rapproche pas du cùuypox ou de Vhorse-poœ^ mais que, ou elle conserve ses caractères, ou se perd complètement.
Quant à nous, adoptant en grande partie les conclusions de la susdite commission, nous sommes d*avis que la variole et la vaccine sont deux maladies qui ont entre elles les liens les plus étroits d'affinité, et appartiennent à la même famille nosologique ; mais nous ne pouvons pas affirmer leur nature identique. Heureux que notre opinion soit conforme à celle des auteurs les plus estimés, tels que Bousquet, Steinbren- Der, Verhejen, Ballard, Hering etc.!
Revenons à l'analogie de la clavelée avec les autres virus varioliques. Nous avons déjà prémis que, quoique elle ait une grande ressemblance avec la variole humaine par ^a gravité, par sa manière de transmission et par son infection, une grande partie d'auteurs en contestent néanmoins l'identité. Bouley, Leblanc, Reynal démontrèrent dans une séance de l'académie française'que la clavelée n'est pas identique avec la variole humaine et la vaccine en citant un grand nombre d'infructueuses expériences d'inoculation de la clavelée à l'homme, et de la vaccine aux animaux
laineux^ et en ajoutant que dans les cas où il y eut quelque effet, elle ne produisit point de résultat préservatif.
Lowe rapporta en 1864 à la chambre de commerce de Londres les tentatives suivantes de vaccination des moutons. On avait fait deux séries d'expériences; dans l'une on inocula aux moutons de la lymphe (vaccine) prise dans l'homme, et l'on réussit jusqu'à un certain point Les moutons eurent la maladie sous une forme irrégulière et anormale ; mais ils furent encore aptes à contracter le virus soit par inoculation, soit naturellement. Ils le reçurent par voie d'infection , de sorte que la vaccination fut sans utilité.
Dans une autre série d'expériences on inocula des vaches avec du virus pris à des moutons, afin de produire possiblement dans elles une maladie vaccinale qui aurait joué dans l'espèce bovine le même rôle que le vaccin dans l'homme ; mais on échoua complètement dans cet essai (1).
Nous avons constaté dans nos expériences que le virus vaccin inoculé aux brebis durant une épidémie eut un effet préservatif. Néanmoins il parait d' après des études plus récentes sur cet objet que, quoique cette affection ait une grande ressemblance dans les symptômes avec la variole humaine, elle n'est cependant pas tout à fait identique, et n' est pas non plus capable de produire le véritable cow-pox chez la vache et la véritable vaccine chez l'homme.
(1; British médical, journal, 3 mars, et Gaz. Méd.; Paris, 1864, pag. 181.