‹ De la vaccination;Chapitre 32 sur 48 · CHAPITRE Xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xm

QE LA RÉTROVACCINATION

Cette opération se fit au commencement dans le but scientifique de fixer et de concrétiser le fait de la reproduction du vaccin dans les vaches, et c^est dans ce sens que Wodwille, Goleman, Valentin et Frank en firent des essais. D'autres en firent usage dans le but de conserver et d'augmenter la lymphe vaccinale, témoins Sacco, Junker, Maliari, Prinz, De- Carro, Osiander, Brenner et l{i députation vacoinîque de Turin. D'autres encore tentèrent de nouveau cette opération, dès que l'on commença à douter de l'efficacité constante du virus, dans l'espérance d'en renouveler là vertu. Par un décret de l'an 1818 on institua dans le Wurtemberg plusieurs expériences de ce :,'enre ; mais il faut confesser que le résultat en fut nul. On l'attribua à l'hypothèse que le vieux vaccin avait perdu sa première force. Et réellement le docleur Fiard qui s'était consacré en vain à cette nouvelle manière de régénérer la matière préservative, inocula jusqu'à 70 vaches sans résultat; mais ayant employé plus tard une lymphe fraîche, il en obtint de

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grosses pustules, et dut consëquemment conclure que rhumeur primitive était devenue impuissante à cause du temps et de l'usage.

Le doct. Magliari de Naples sema fréquemment le vaccin des enfants dans les vaches et viceversa. C'est aux bienfaits de cette méthode qu'il attribue la certitude de préservation dans ses vaccinés. Mais ii nous faut noter que l'institut vaccinique de Naples avait déjà, sur le rapport de M. Miglietta, proclamé l'inutilité et l'illusion de cette méthode (1).

Les médecins exercèrent aussi la rétrovaccination en Toscane sur une vaste échelle; Salvagnoli sourtout dans le domaine royal d'Alberese. Mais les résultats qu' il dit avoir obtenus furent formellement contestés par Venturini (2) et par Turchetti (3). Il résulte d'un rapport de la commission sanitaire que sur 2999 vaccinés avec le virus des vaches on eut 2761 cas de véritable vaccin, 78 d'illégitime et 160 cas infructueux. L'on doit donc conclure de ces faits que les bulles qui se développent à la suite de la rétrovaccination sont relativement à la facilité du développement] et des formes véritables, inférieures au vieux vaccin naturalisé dans l'homme. Le prof. Prinz, vétérinaire à Dresde, dans le but de régénérer le vaccin, le transporta non seulement sur la vache, mais encore sur le mouton et d'autres laineux. Les inoculations réussis-

(1) Andebucci, Des quarantaines, pag. 311.

(2) Discours sur la vaccination. Florence, 1841. (8) Sur l'inutihté de la revaccination. Fano, 1843.

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sâienty mais les pustules n'étaient pas si belles et si heureuses que celles que produisait le virus qui avait long temps séjourné dans Thomme. C'est ce que Baron atteste aussi relativement à l'Angleterre où la réirovaccination ne se pratiqua pas moins que dans d'autres pays, et où un grand nombre de résultats eurent un plein succès sans que les pustules fussent ja-

mais comparables aux pustules vacciniques, bien que elles eussent passé plusieurs fois à travers le sang humain. Les docteurs Reiter et Hunger obtinrent cependant de meilleurs résultats en Allemagne. Reiter introduisit cette méthode à Munich dès l'an 1830, et fit tant qu' il persuada le gouvernement à l'adopter comme moyen de pourvoir annuellement le pus nécessaire aux vaccinations périodiques obligatoires dans ce royaume. Il attribua les bons résultats par lui obtenus, spécialement à la précaution qu'il avait eue de choisir comme vaccinifôres de jeunes vaches qui avaient cessé d'allaiter depuis peu. Les tableaux officiels des vaccinés en Bavière sont une preuve authentique des avantages qu'on en retire. Il est constaté que depuis 1831 jusqu'en 1834, c'est-à-dire antérieurement à l'usage de la lymphe obtenue par la rétrovaccination, sur 52 vaccinations il y en avait une sans résultat, et que depuis l'introduction générale de cette lymphe, il n' y en eut plus (de 1835 à 1847) qu'une de manquée sur 136, et une sur 180 de 1848 à 1860 inclusivement (1). Le doct. Hunger de S* Floriano dans la Styrie

(1] GiAMBLLi, L c, pag. 43.

25 — Parola, vol. I, De la vaccinalion.

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suivit les traces du médecin de Munich. Sans un institut exprès, mais employant seulement les subsides que lui octroyait le gouvernement local (420 florins par an) pour dédommager les propriétaires des vaches qu'on cesse de traire pour trois semaines, il reproduisit depuis i840 le vaccin de V homme sur des vaches choisies dans les étables de ce pays et des environs , et y puisa tant de matière qu' il put en fournir à i20 médecins de la Styrie et en faire huit mille expéditions en Allemagne, en Suède, en Russie, en Grèce, en Turquie, en Asie et jusqu'aux États-Unis et au Brésil (1). Relativement à la difficulté de transmission du vaccin dans la vache le même Hunger, habile expérimentateur, rapporte qu'ayant pratiqué la rétrovaccination pendant 20 années sur 320 vaches de choix, cent seulement offi'irent des pustules régulières, tandis que soixante ne présentèrent que des pustules bâtardes, et cent soixante n'en eurent pas du tout. Les succès obtenus sur environ 2400 enfants ne seraient pas trop encourageants. Il n'y eut en vérité de résultat parfait que sur les 9il0; et pour le reste le résultat fut illégitime dans 4 sur 100 et absolument nul dans 3 sur 100. Qu'on note que Hunger, conmie Reiter et d'autres, avait coutume avant de commencer les vaccinations générales de reproduire le pus sur des enfants sains et robustes.

Lowy introduisit la rétrovaccination à Vienne.

(1) GUNBLLI, 1. C.

Le gouvernement Tencouragea avec des subsides. On fonda un établissement semblable à celui de Saint- Florian. C'est là que firent Leurs études le docteur De Gamin de Trieste, le prof. Delprato de Parme et le prof. Panizza de Padoue. On pratique aussi la rétrovaccination dans la Vénétie depuis bon nombre d'années selon la méthode du prof. Hunger. Les docteurs Pasqualigo, Ancona, Tolomei et Facen nous attestent en avoir obtenu des résultats satisfaisants. Mais, ici encore, on a reconnu la difficulté de transmission du vaccin dans la vache. Nous lisons en effet dans un mémoire publié le 30 janvier 1867 dans les Annales de médecine t que l'inoculation n'a pas toujours un plein effet chez les vaches; qu' il y en a chez lesquelles l'opération manque complètement; que dans quelques-unes les pustules se dessèchent avant leur complet développement, que parfois il ne s' en forme qu' un très-petit nombre qui ne fournissent que bien peu de pus, qu' enfin il y en a d'autres sur lesquelles les pustules sont si belles et si pleines qu'elles fournissent une incroyable quantité de lymphe. Plus loin ce mémoire syoute < que l'opération de l'inoculation,

< et sourtout celle de la prise du pus, est une chose

< longue, même embarassante et qui demande l'in-

< tervention de plusieurs personnes >• Voilà donc un autre grave inconvénient qui rend fort problématique l'adoption générale de cette méthode. En outre les résultats n* ont pu correspondre aux espérances qu' on avait conçues, comme le démontre un récent

rapport de la commission du comité médical de Venise qui conclut avec ces paroles : « La rétrovaccination et l'inoculation dans la vache du vaccin naturalisé dans l'homme pour l'infuser nouvellement dans l'homme, ne prouve pas que par ce moyen le virusvaccin reprenne sa primitive efficacité, et ne donne aucune garantie qu' il se dépure des éléments morbides dont il est infecté et particuUèrement de la syphilis (1)>.

L'illustre Bousquet fit aussi des expériences de rétrovaccination. «J' étais impatient, dit-il, de vérifier ma

< théorie. En avril 1839 je me rendis à Aulnay près € Bondy dans une ferme où j' étais sûr de trouver € ce que je cherchais. Il y avait une jeune vache

< de deux ans et une autre d'un an; la première était € pleine. Je m'étais muni de huit lancettes chargées:

< je fis une piqûre profonde à chaque trayon et je € me retirai. Huit jours après, je retournai visiter ces

< vaches; ma surprise fut grande en voyant que toutes

< les piqûres étaient couvertes de pustules. Mais était-<^ € bien des pustulçs vaccinales? Je les ouvris, j' en

< pris la matière et je courus piquer deux enfants. € Cette inoculation me donna les pustules vaccinales € les mieux caractérisées. Ainsi, plus de doute: le succès

< était aussi complet que je pouvais le désirer >. Le même auteiir refit d'autres fois ses expériences et sur des vaches et sur des enfants. Il eut une quin-

(\) \, Ann. de Méd. publique de FlorencCi 10 mars 1870.

DE LA RGTROYAGCINATION 389

zaine de succès. La seule précaution spéciale qu' il déclare avoir eue, consistait à ne rétrovacciner que des vaches et des génisses très-jeunes. La description (pii nous a laissée des symptômes et du cours de TéruptioD nous fait connaître que l'inoculation dans les vaches ne produit aucune variété sensible dififérente et que tout au plus elle est peutrêtre moins intense d'un degré que dans Thomme. < L'engorgement, dit-il, sur lequel repose la pustule est moins considérable, l'aréole moins étendue, l'aspect moins brillant et cet éclat passe plus vite. Plus lente dans ses commencements la pustule arrive presque tout-à-coup (du cinquième au septième jour) à son plus grand développement; après quoi elle décroit avec la même rapidité, et se couvre d'une croûte qui se contracte sur elle-même et se rapetisse à mesure qu'elle approche de sa chute > . Les expériences de Steinbrenner avec la lymphe de la S»»* et même de la 4»« génération n'ont pas moins d'intérêt. Sur cinq vaches inoculées il ne recueillit du pus que sur deux^ avec la différence que la maladie fut plus rapide que dans les vaches de Bousquet. Les pustules étaient déjà, selon qu'il assure, apparentes au cinquième jour, et commençaient dès le 7™<^ à s'obscurcir au centre. Au '"^"^^ jour l'aréole disparut et l'excroissance se dessécha en ne laissant qu'une croûte qui tomba au I7™« jour. Bousquet au contraire aperçut l'engorgement de l'incision après quatre jours ; au5™« et au6°»« jour il s'était formé des glandes dures au toucher, sans qu' aucun

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changement se manifestât dans la couleur de la peau; il vit au septième jour de petites pustules d'un blanc perlé jaunâtre, qui au &»« ou au 9«« jour étaient de la grosseur d'un demi-pois, de forme oblongue, ovale, déprimées au centre (mais pas autant que dans Thomme) et entourées d'un petit cercle rouge du' diamètre d'environ deux millimètres. Le plus grand développement des pustules ne fut constaté que le 10™«et le il«»«jour, et ce n'est qu'alors que l'aréole rougè s'agrandit du double, et que les vaches se laissèrent difficilement traire par les pis malades. Dans l'un et dans l'autre cas on ne nota pas de graves symptômes de maladie générale. Mais il y eut mieux que ça. Six vaches étaient réunies avec les deux vaccinées par Steinbrenner et chaque jour elles étaient toutes traites par les mêmes servantes, sans que le moindre symptôme du plus léger malaise se manifestât chez ces femmes ou chez les animaux. Les deux docteurs que nous avons cités nous disent qu'ayant inoculé au bras droit de certains enfants le virus de cette vaccination , et au bras gauche le pus humain, ils obtinrent sur chaque enfant et sur chaque bras des pustules qui depuis leur apparition jusqu' au terme de leur développement n'eurent entre elles aucune différence. Les couleurs de l'aréole, les globes, la durée, les phases, les croûtes, les cicatrices, tout fut égal. C'est pourquoi Bousquet a déclaré sans hésiter que la vache restitue le vaccin tel qu'elle l'a reçu. Billing, Zybel, Garganico, Prinz et d'autres sont aussi de cet avis.

DE LA RÉTROYAGCINATroK 39t

Il se fait lieu ici à une question longtemps discutée par les savants et digne d^être examinée : si Tinoculation maintes fois répétée ne pourrait par le passage successif de la lymphe vaccinale d'une vache à l'autre redonner au pus la nature primordiale du cow-pox. Steinbrenner caressa cette hypothèse; mais comme il s'agissait d'une question très-difficile, il ne voulut pas se prononcer au mérite. Bousquet par contre soutint que les nouvelles inoculations ne donneraient finalement qu' un vaccin de plus en plus faible. Mais il y a contre Bousquet le rapport de M. Serre qui veut démontrer qu' à- la suite d'expériences continuées plusieurs années < le vaccin de

< l'homme se retrempe en passant par l'organisme

< de l'animal^ et que cette conclusion est fondée sur

< (les milliers de vaccinations faites en Bavière par

< ordre du gouvernement et pratiquées tant avec le

< cow-pox artificiel qu'avec le vieux vaccin ». Pour autant qu' il a dépendu de nous, nous n' avons

jamais négligé la rétrovaccination. Nous T expérimentâmes en 1830 avec l'assistance d'un bon vaccinateur sur deux génisses. Le succès fut satisfaisant. La lymphe qui découla de cette éruption nous servit à inoculer cette année-là quelques centaines d'individus. Mais nous pûmes nous persuader que si la lymphe ne perd pas de son efficacité dans son pre-* mier passage par le sang de la vache , elle n' en acquiert pas une plus grande.

La lymphe ne fut ni plus ni moins virulente que la

primitive* Si dans les premières vaccinations que nous fîmes, il se manifesta un certain degré d'intensité, la maladie ne tarda pas cependant à reprendre son allure naturelle. L'incertitude même de ce degré d'intensité qui se montra seulement chez quelques-uns, démontra que l'insolite énergie de l'action du virus n' a été probablement qu'accidentelle ou simplemeot temporaire. Un journal anglais dont les précieuses considérations sont connues dans le domaine de la médecine (1) observe que vers la quatrième transplantation le succès de l' inoculation des vaches devient très-problématique, et nie que la lymphe puisse jamais par ce moyen se purifier de manière à reprendre la force du vaccin naturel et légitime. Voici les paroles textuelles de ce journal: < Si les expériences du docteur Basile Thièle confirmées et accrues par le docteur Geely, tendent à prouver que le vaccin n'est au fond qu' une forme bénigne de la variole et que la lymphe de la pustule vaccinale primitive engendre dans l'homme une sorte de maladie vàrioleuse (qui protège non en vertu d'un prétendu antagonisme, mais par son identité d'action dans l'organisme), une transmission renouvelée du virus dans la vache, elle devrait entr' autres conséquences, si jamais elle en a, rendre le vaccin encore plus bénin dans son action. Ceely nous donne la meilleure attestation des efiets réels de cette opération. Ayant observé que l' inoculation du

(1) Tbe british and for, med. review, «• 17, anoce 1840.

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cow-pox primitif causait une maladie plus douce que la maladie casuelle qui s'attache aux mains de ceux qui traient, il en déduisit les règles suivantes : < la période des papilles est ordinairement tardive; Térup* tion a bien un aspect normal, mais elle décline au ii°>« jour; il n'y a aucun dérangement dans la constitution, excepté que les pouls battent un peu plus rapidement ». Il ajouta que l'inoculation de cette lymphe dans l'homme produit une affection encore plus bénigne que le* cow-pox naturel, et que les pustules rétrovaccinales sont non seulement moins dures et moins considérables, mais qu' elles laissent, ce qui vaut mieux, une trace bien moins profonde des cicatrices. Quant à la rétrovaccination pratiquée sur la vache avec la lymphe d'une ancienne origine et d'un long usage, il en parla de manière à faire croire que le résultat en est pour lui ou douteux ou trèsfaible. Il dit encore que cette lymphe en passant de la vache dans le corps de l'homme retarde à agir d'un ou de deux degrés, et laisse voir une détérioration dans les caractères des petites vessies. Il n' a pas voulu démontrer que cet effet est généralement pernicieux; car il s' est convaincu à la suite de plusieurs essais que cette détérioration disparaît après la 3«>* ou la 4"^« transmission, et que le virus reprend alors sa force primitive. Grégory et Marson approuvèrent les conclusions de Geely, avec une connaissance de cause d'autant plus parfaite qu'ils avaient reçu de lui la lymphe rétrovaccinale qu'ils retrouvèrent, dans toute

â94 DB LA VACCINATION — CHAPITRE XIII

son énergie à la 3™« ou la 4™« répétition de rinoculation.

Le doct. Galosi de Florence après avoir fait des expériences comparatives sur le cow-pox, le vaccin en cours et celui de la rétrovaccination, émit un jugement moins favorable que les précédents. < L'éruption du vaccin, dit-il, provenant du virus pris sur des vaches vaccinées avec le pus humain, a un -développement d'un petit volume, tardif, peu nombreux et sans vivacité ; Thumeur est visqueuse, le disque tant soit peu pâle et la fièvre, légère et presque nulle. Le docteur Martorelli, conservateur général du vaccin à Turin, a émis une opinion à peu près semblable. Il fit en i854 et en i858 des expériences de rétrovaccination couronnées de succès; mais le retour du virus dans rhomme produisit des effets moins satisfaisants que le vaccin ordinaire. Assisté des professeurs de récole royale de vétérinaire de Turin, il recommença en 1866 ses expériences suç des vaches et de chevaux. De belles pustules vaccinales se développèrent sur tous. Ayant continué la vaccination de vache à vache, de cheval à cheval, puis de la vache au cheval et viceversa, le résultat fut également heureux. Qu' on note qu' il sema avec 5 piqûres dans trois enfants de neuf à dix ans sains et robustes un virus deux fois introduit dans les vaches, et qu' il leur inocula en même temps au bras droit et avec le même nombre de piqûres le vaccin ordinaire. Il eut ce résultât: 16 pustules en tout au bras droit et 8 seulement sur

DE LA nÉTROVAGGINATION 395

le bras gauche. En outre les pustules provenant des inoculations rétrovaccinales , quoique d'une forme très-régulière et caractéristique, furent plus tardives à naître et plus lentes dans leur développement, et présentèrent des bords un peu moins relevés et des aréoles moins vivaces. D'oîi il conclut que la rétro- Taocination tend plutôt à diminuer qu' à augmenter la puissance du vaccin (1). À toutes ces expériences nous devons ajouter celles qui furent faites en mai et juin 1871 par une commission dont étaient memi bres M. M. Martorelli; Garenzi, Malin verni, Bassi, Arena, Rizzetti et Barberis. Ils inoculèrent à la Venaria avec du vaccin pris récemment sur Thomme six vaches, deux génisses et un veau, quelques-uns avec la méthode des piqûres, et les autres avec celle des incisions. Un de ces animaux ne présenta qu' un seul bouton illégitime ; deux autres eurent des boutons d'un développement trop précoce; un autre en eut deux d'un développement insuffisant; dans les autres enfin le résultat fut meilleur. En résumé sur 80 insertions la commission obtint 59 boutons dont 47 réguliers et 12 illégitimes.

Elle inocula ensuite le pus fourni par quelques pustules régulières à cinq bêtes de l'espèce bovine. L'insertion fut sans résultat chez deux de ces animaux; un autre n'eut qu'un seul bouton, et les deux derniers en eurent chacun trois, mais trop peu développés.

(1) OkenNKeur de Turin, 10 avril 1866.

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Elle procéda à une seconde inoculation, qui fut nulle pour un des animaux et produisit dans l'autre trois boutons qui disparurent bientôt. Elle fit la cinquième expérience sur un bœuf, mais avec résultat négatif.

La même commission ût de nouvelles expériences à Técole vétérinaire. Ici les résultats furent plus heureux, parce que les animaux soumis à T inoculation avaient été tenus renfermés dans Tétable et soustraits par conséquent à toute influence extérieure. On inocula d'abord quatre bêtes bovines avec résultat négatif dans une et positif dans les trois autres sur lesquelles 28 insertions produisirent 21 boutons. On inocula ensuite la lymphe rétro vaccinale à six génisses qui présentèrent 101 pustules sur 90 piqûres ou incisions. Mais on trouva qu'au S*»® jour du &»* passage les boutons étaient déjà trop développés et entraient dans leur période de dessèchement. Aux expériences sur les animaux succédèrent les expériences sur les enfants. À la VeTiaria on inocula comparativament quatre enfants avec du vaccin humanisé et avec du rétro- vaccin. Douze insertions du premier produisirent onze boutons réguliers, tandis que douze insertions de l'autre n'en produisirent que deux. De même à T hospice des enfants-trouvés sur 13 nouveaux-nés 39 insertions de vaccin humanisé donnèrent 39 pustules régulières, et 39 insertions de lymphe rétro- vaccinale n'en produisirent que 20 régulières et Tillégitime.

C'est pourquoi la commission dut conclure que la

DE LA RÉTROVACCINATION 397

première insertion du vaccin humanisé dans les bêtes bovines donne ordinairement lieu à un résultat efficace avec. des boutons bien développées; mais que dans les passages successifs du même vaccin les pustules qui en résultent vont toujours en diminuant jusqu' au troisième ou au quatrième où Tinoculation manque complètement (1).

Ce que nous venons de dire confirme le jugement émis dès Tan 1803 par le comité central de Paris à la suite de certaines expériences, c'est-à-dire que le vaccin inoculé dans la vache et repris sur elle pour être semé dans Thomme, n'a pas l'apparence d'avoir acquis une nouvelle intensité d'action. S'il est des faits qui présentent quelque différence, ils nous semblent annoncer que c'est plutôt le vaccin repris sur la vache et inoculé ensuite à l'homme qui a moins d'action (2). Les expériences du doct. Valentin sont plus curieuses. Il inocula des chèvres, des ânes et des moutons, et rapportant ensuite cette matière dans le corps humain il en eut, ainsiqu'il l'assure, une tout aussi bonne matière que si la lymphe avait été prise à la mamelle d'une vache ou au bras de l'homme.. En effet les vaccinés résistèrent à la cohabitation des varioleux et à la contre-épreuve de l'inoculation. Il résulte des données recueillies par les vaccinateurs de tous les pays qu'en règle générale, à peu d' exil) Expériences comparatives sur le vaeein animal et sur le vaccin huma^ nisé. Bapport de la commission, Turin, 1874. • î) Rapport du ComiU central. Paris, 1803, pag. 410.

39S DE LA VACCINATION — CHAPITRE Xlll

ceptions pi'ès, la lymphe n'acquiert aucune force en la transportant de Thomme dans la vache; qu'elle ' perd au contraire dans beaucoup de cas de son acrimonie; qu'elle ne cause que de très-légers symptômes locaux et constitutifs même dans les animaux; qu'en un mot le vaccin humanisé arrivé à son degré d'impuissance, ne peut être régénéré efficacement et que les preuves contraires qu'on a tenté de donner sont plus ingénieuses que fondées. Ainsi pourra raisonner quiconque voudra* s' en tenir aux expériences faites par les médecins précités et aux résultats qu' ils en obtinrent. Nous savons, il est vrai, qu'il y eut en France dès 1830 une société qui espéra de renouveler la vertu du vaccin en le faisant passer plusieurs fois par la vache; que Varrin inocula avec M. Degatt en 1867 du vaccin d'enfant sur les pis d'une génisse, et qu'ils obtinrent par cette méthode un vaccin régénéré qui donna des résultats tout aussi satisfaisants que le cow-pox provenant de Beaugency. Nous n'ignorons pas que le prof. Padoa (1) s'étant procuré du doct. James, directeur de* la susdite société, un petit tube de ce vaccin régénéré obtint de la vaccination de quatre enfants une seule pustule plus grosse que les ordinaires, bien déprimée au centre, et accompagnée d'une fièvre plutôt forte. Mais peu de cas ne valent rien contre un grand nombre de cas contraires. Outre que, laissant de côté la forte raison

(1) V. Ses recherches et ses élitdei sur la doctrine vaeeinique^ Milan. 1851

DB LA RÉTROVACXLINATION 399

que les détracteurs de cette méthode de régénération s' arrêtèrent à une seule transmission dans Tespèce bovine, nous pe saurions ce que la même société pourrait répondre aux arguments pratiques des méj decins allemands , italiens, anglais et français, que nous avons rapportés. C'est certainement une question qu'on ne peut résoudre avec la seule théorie. Décidée de la sorte elle ne pourrait jamais faire naître la conviction, à moins qu' elle ne pût résister à la : raison bien supérieure des faits. Mais le raisonne- 1 ment viendrait ici au secours des faits. Car s'il est vrai, comme il parait avoir été démontré, que le cowpox perd par ses passages successifs par l'organisme humain l'énergie qui le caractérise dans les premières inoculations, et se trouve ainsi modifié dans sa constitution moléculaire et chimique, nous ne voyons pas comment il puisse, étant rapporté dans la vache, acquérir les principes qu' il a perdus. Le vaccin humain ne cause pas dans la vache le ressentiment général qui seul pourrait en modifier la constitution; puisque par son successif séjour dans l'homme il a perdu les principes propres à l'organisme animal, principes qui par leur spéciale virulence sont aptes à réagir sur la fibre de l'animal, certainement moins sensible et moins impressionable que celle de l'homme. Le travail pour ainsi dire localisé qui en dérive, le développement chétif et rapide des pustules, la qualité de la lymphe fournie nous montrent évidemment une grande dififérence entre cette éruption artificielle et celle du cow-pox naturel.

D'autre part, les partisans mêmes de la rétrovaccination, Reiter, Hunger, Gianelli etc. admettent en même temps qu' ils recommandent avec chaleur le choix diligent de jeunes vaches laitières, que le virus repris à la vache manifeste à son premier retour dans l'homme une efficacité de beaucoup inférieure- C'est pourquoi ils inculquent de le semer à plusieurs reprises dans des enfants choisis, avant d'en venir aux grandes distributions. Mais cela n'est pas pour nous une preuve que le virus acquière de l'énergie; car s'il arrive parfois que le vaccin est plus beau qu'à ^o^ dinaire chez certains enfants, on doit l'attribuer à leur robustesse, r observation nous ayant démontré qu'il agit d'une manière bien plus vigoureuse sur les enfants robustes que sur lei^ faibles. Mais il y a de plus. L'expérience a amené presque tous les vaccinateurs à abandonner cette méthode et à embrasser l'autre qui paraît plus rationnelle, à savoir celle de la vraie vaccination animale.

Gela posé, il est en quelque sorte inutile de parler des autres sources de renouvellement ou d'amélioration du vaccin , par exemple de celle qui consiste à mêler le lait avec le virus varioleux. Nous ne devons cependant pas oublier que cette hypothèse a été, à la suite d expériences, soutenue par les docteurs Robert de Marseille, Thièle de Kasan, Ozanam, Brachet et Bochu.

Au dire de M. Bousquet, le doct. Robert prit le virus de la varioloïde, et l'ayant mêlé avec une goutte de

DE Lk RÉTROVACGINATION iOl

lait, il rinocula à 5 enfants, dont trois eurent une simple éruption, locale et les deux autres une efflorescence générale peu régulière. Il procéda ^core à trois autres inoculations avec le virus lacto-varioteux; deux des inoculés n'éprouvèrent qu'un effet lo<5al; il apparut sur le troisième, au huitième jour, des boutons pointus, dispersés sur tout le corps, et d'un caractère différant, selon lui, de la vraie éruption varioleuse. II inocula enfin deux autres fois un mélange de virus varioleux, de lymphe vaccinale et de lait, et il en sortit de nombreux boutons (plus de 100) qui avaient les mêmes caractères que ceux observés dans la deuxième série des expériences. Partant de ce principe, lé doct. Thièle (1) dont nous avons déjà cité les expériences sur Tanalogie du viriis varioleux et vaccinal, entreprit de modérer le virus varioleux au point de le rendre capable des mêmes résultats que rhumeur vaccinale, sans le faire passer auparavant par le corps de la vache. Il crut être arrivé à ce résultat en laissant 10 ou 12 jours le virus varioleux au milieu de deux lames de verre hermétiquement fermées. Avant de s'en servir il y ajoutait du lait tiède. Il répéta avec la lymphe obtt lue par ce procédé la même opération plusieurs fois, et il nous assure que souvent, dès la 5^^ génération, la fièvre secondaire disparaissait, et que le virus, arrivé à la iO*»® génération, était si bénin qu'il ne causait

(1) V. Steînh'enner, pag. 611.

26 — Parola, vol. I, De la vaccination.

403 DE. LA VACCINATION -^ CHAPITRE Xlll

désormais d'autres symptômes que ceux de la vaccine ordinaire. Le doct. Ozanam annonça à l'institut de France qu'il était parvenu à constater la tranformation du virus varioleux en virus vaccinal au moyen du mélange du lait, et par conséquent l'identité de ces deux pestes.

Le doct. Brachet déclara à l'académie médicale de Paris que pressé par le besoin, il se prit, à défaut de vaccin, à inoculer en 1833, à l'hôpital de Lyon, trois enfants âgés de moins d'un an avec du pus varioleux mélangé à dose égale à de la lymphe vaccinale. U était préoccupé de l'idée que le virus vaccinal n'est autre chose que le virus varioleux modifié à la suite de son passage dans l'organisme de la vache. II nous atteste que les boutons se développèrent absolument comme ceux qui auraient été produits par le virus vaccinal. Il n'y eut ni infection, ni éruption générale (1).

Le prof. Bouchu continua à l'Hôtel-Dieu de Lyon les expériences de Brachet (2). Vingt et un enfants furent inoculés, cinq avec du mélange lacto-varioleux, les autres avec le virus pris dans les boutons des premiers après la première, la deuxième et la troisième transmission, et avec une lymphe de première transmission conservée huit ou douze jours. Dix-huit curent des éruptions locales dont le développement et le cours furent parfaitement semblables à la vaccine.

(1) Gaz. Méd. de Lyou. 31 mars 1852.

(â) Même Gaz^ 28 février, 1854.

DE LA RÉTROf ACGINATION 403

Le ressentiment général, bien que très-sensible, ne causa aucun désordre alarmant. Il se forma sur les trois autres de petites pustules varioleuses ombilicales, rougeâtres, du volume de la tête d'une épingle, qui firent leur cours en même temps que les boutons de rinoculation. Sur un enfant seul l'éruption fut plus expansive et plus vésiculaire, avec des symptômes généraux plus intenses. Point de cas graves et inquiétants.

De semblables expériences furent faites par le doc* leur Des AUeurs , et communiquées au comité de vaccine de Rouen. Il en résulte que l'inoculation lacto-varioleuse ne fit naître que des pustules d'insertion, ^ales en nombre aux piqûres, et en tout semblables à la vaccine.

Sans rien ôter au lùérite de ces expériences, nous dirons toutefois qu'elles ne nous rassurent pas trop au sujet de l'innocuité du virus lacto-varioleux, en observant d'abord que, d'après Bouchacourt (1), l'identité des deux éruptions n'est pas complète. En effet la phlogose cutanée se manifesta un ou de ùx jours plus tôt que dans la vraie vaccine; elle fut plus vive, et plus profonde; le bouton plus dur, moins régulier et relevé, moins déprimé au centre; le disque moins ample. Les symptômes généraux furent plus précoces et plus intenses à la suite de l'inoculation du mélange lacto-varioleux. Quatre nouvelles inoculations de ces

(]) (rtf. HMom. de Méd., 28 avril 1854.

404 DE LA VACaNATlON — CHAPITRE XIII

virus faites au mois de mars 1854 ont incontestablement démontré la possibilité d'en faire naître la vraie variole générale.

Le 18 mars 1854 un enfant ayant été inoculé avec de la lymphe lacto-varioleuse, eut une affection varioleuse légitime dont il guérit. Un autre enfant fut inoculé avec le pus recueilli sur la pustule du pré* cèdent, et vacciné en même temps à la partie postérieure du bras avec T humeur vaccinale. Les deux éruptions eurent un cours simultané avec des caractères parfaitement identiques. Mais comme l'éruption générale éclata ensuite avec pulmonie, l'enfant succomba. On prit la matière des deux espèces de pustules pour l'inoculer à deux enfants. Celui qui le fut avec le pus de l'éruption vaccinale, eut la variole et en mourut; l'autre qui fut inoculé avec^ rexanthème lacto^varioleux^ contracta également la variole, mais il fut sauvé. M, Des Alleurs s'était déjà assuré en ISTv' que le cours et les progrès de l'éruption lacto-varioleuse sont égaux à ceux de l'éruption produite par la lymphe varioleuse, en inoculant le 31 août le vinis varioleux à un enfant né la veille. L'éruption tant locale que secondaire fut dans ce cas tout à fait semblable à celle du mélange lacto-varioleux, sans offrir toutefois les caractères bien développés d'une variole ordinaire; d'où il put voir qu'il çxiste réellement une différence essentielle entre les pustules d'inoculation et celle d'origine varioleuse spontanée.

On n'ignore pas que lors de l'inoculation on avait

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déjà souvent essayé d'obtenir une éruption plus bénigne en délayant le virus arabique dans d'autres liquides. Mais les résultats ne répondirent pas aux espérances qu'on avait d'abord conçues ; on vit même une variole funeste succéder parfois à l'efflorescence lo-

\ cale. Nous avons déjà eu occasion d'en parler au

chap. de l'inoculation. Nous aimons cependant ajouter

1 un fait raconté par Bousquet (1). < En ifâS pendant

!■ < l'épidémie de la Provence, monsieur Filhol reçut de

< Manosque du virus varioleux qui lui fut donné pour

< du virus vaccin. Il l'inocula et en obtint de belles

< pustules. Il reprit la matière de ces pustules et la « transmit successivement à quinze enfants qui tous

< n'eurent qu'une éruption locale. Mais voyez la bi- «zarrerie. Le même virus rapporté à Manosque y»

< produisit quatre-vingts varioles, bénignes à la vé-

< rite, mais avec tous les caractères qui leur appar-

< tiennent >.

En résumé, nous respectons l'opinion de ces savants

distingués ; mais nous ne pouvons 1' admettre ni comme un dogme scientifique, ni comme une hypothèse fort probable.

^) ^ <^*; pag. U9.

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