‹ De la vaccination;Chapitre 33 sur 48 · DE L* ALTÉRATION POSSIBLE DU VACCIN · texte numérisé non relu

DE L* ALTÉRATION POSSIBLE DU VACCIN

On discute vivement aujourd'hui la question si le vaccin peiit après un long séjour dans Torganisme de rhomme subir des variations qui modifient ou rendent presque nulle sa puissance antivarioleuse. Deux raisons principales ont conduit les savants à ce doute

• et à cette recherche. C'est d'abord le vaccin humain qui après un certain temps a causé des symptômes plus doux tant locaux que constitutifs, puis c'est la variole qui au bout de quelques années reparaît dans les vaccinés. Laissant de côté pour le moment la deuxième question, nous discuterons la première pour autant que l'étendue de nos connaissances nous le permettra. Il nous semble que si nous pourrons la résoudre, la deuxième se simplifiera de beaucoup

^ et pourra s' expliquer bien plus facilement Posons d' abord un fait. Il n' y a désormais aucun qui ose nier ou mettre en doute qu' il existe une difi'érence d'intensité entre l'action du cow-pox inoculé immédiatement dans le corps humain, et l'action du vaccin transmis à d'autres après une longue série d' inocu-

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lations antérieures. L* expérience prouve qu'il n'est guères possible de se tromper sur ce point. Il est vrai que Jenner n'a jamais cru à la possibilité de cette altération; mais Jenner n'avait pas, comme nous, sous ses yeux plus de 70 années d'expériences et un grand nombre de recherches. Il constata bien quelques cas de variole dans les vaccinés ; mais ils étaient trop rares pour qu'il pût être persuadé du manque d'efficacité de l'inoculation, et des causes qui le produisent Les successeurs, individus ou corps moraux, entre autres le comité central du vaccin en Angleterre et en France, se prononcèrent aussi pour l'inaltérabilité de la substance vaccinale. C'est de là que dérive l'influence de cette opinion qui persista si longtemps chez presque tous les vaccinateurs.

Malgré ce, Âikin observa dès l'an 1801 que la lymphe directe du cow-pox produisait des boutons plus bleuâtres et plus relevés que ceux qui sont causés parla lymphe humaine; et Jenner lui-même recommanda plusieurs fois dans ses ouvrages de renouveler le vaccin primordial en le prenant à sa véritable source. Singulier contraste dans ce génie ! Il insistait sur cette précaution et soutenait en même temps qu'il n'y a dans le vaccin aucun germe de dégénération. Un autre anglais, le doct. Kinglake (c'est à lui que fait allusion Steinbrenner) émettait en 1814 l'opinion qu'après un certain nombre de reproductions dans le corps humain^ le vaccin perdait peu à peu de son efficacité préservatrice et conseillait de renouveler chaque

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année la lymphe en la puisant nouvellement dans la vache.

'En ce temps-ià (1817) le comité sanitaire de Bade ayant conçu des doutes sur la bonté du vaccin conservé 15 ou 20 ans, demanda à l'institut vaccinique de Londres une nouvelle lymphe vaccinale en manifestant en même temps ses craintes au sujet des principes hétérogènes qui pouvaient s'introduire peu à peu dans le pus humain. L'année suivante (iSfô) le gouvernement de Wurtemberg régla les vaccinations légales avec la loi du 25 juin, qui parle explicitement au § 18 de la nécessité de renouveler le vaccin et en prescrit la méthode. Il Ait ordonné que dans chaque aiTondissement du royaume il y «ut au moins deux districts qui vaccinassent chacun une vache aux frais des communes, et que si l'opération venait à réussir, on la notifiât dans les journaux avec invitation aux vaccinateurs de se pourvoir d'une lymphe plus fraîche extraite des.belles pustules de la vache ou des enfants robustes vaccinés avec la nouvelle humeur. Mais c'est surtout le doct. Brisset qui signala dans la même année (1818) l'affaiblissement du virus vaccinal à mesure qu' il passe d' une génération à l'autre. S' appuyant sur des cas qui lui étaient arrivés, il parla des différences essentielles observées par lui entre les pustules vaccinales de ce temps-là et celles qu'il avait examinées en 1809. Déjà depuis trois ans il avait conçu l'idée de l'altération possible du vaccin, attendu que les phénomènes et les caractères de la maladie

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n'étaient plus tels que rayaient indiqué les premiers auteurs et ceux qui avaient vécu peu après la découverte. Il concluait donc (et il ne pouvait faire • autrement) qu'on devait attribuer à cette seule cause les nombreux cas de variole dans les vaccinés. En un mot, il démontrait qu'il était nécessaire de rajeunir le pus et le prendre nouvellement à la vache, si on voulait lui redonner son activité et sa force naturelle. — Le même auteur publia en 1828 un autre ouvrage où il constata avec de nouvelles preuves et de nouveaux faits, que l'on devait à }in plus grand nombre de piqûres l'efficacité préservatrice que l'ancien virus avait encore à cette époque, et que si l'on ne se souciait pas de le renouveler, la lymphe serait bientôt sans effi* cacité dans la main même des plus habiles opéraleurs. Il s'appuyait sur quatre considérations: !<> l'analogie du virus vaccinal avec d' autres virus : 2^ le nombre toujours croissant des épidémies de varioloïde dans les vaccinés; 3o la grande dififérence comparative entre les symptômes locaux et généraux du vaccin actuel et ceux du vieux vaccin; 4* la différence comparative des cicatrices. 11 est de fait que cette doctrine avait commencé à se faire jour, et qu'elle soulevait des doutes tant en Allemagne qu'ailleurs. À Vienne surtout en 1818, le docteur Goëlis voyant que trois enfants qu'il avait vaccinés étaient atteints d'une épidémie varioleuse, en attribua la cause à la graduelle dégénération du vaccin et se basa non seulement sur ce fait, mais surtout sur la diffusion crois-

santé de la variole dans les vaccinés et sur les éruptions impuissantes et de courte durée que produisait le vieux vaccin. À Tavis de Goëlis se rangèrent les doct. Braun, Qagglinger, Von Walter, De Bonn, Kansk, Pieper, Seiler, de Hecter, Schearman et Wolf. En outre ce dernier tint pour certain que dans le but d'obvier à la dégénération vaccinale il fallait instituer de grandes étables pour y renouveler le cow-pox moyennant l'inoculation des vaches.

D'autres écrivains admirent indirectement, presque malgré eux, cette théorie à laquelle ils étaient contraires en principe. Le doct. Thompson d'Edimbourg, par exemple, soutenait qu'il n'est aucune maladie contagieuse susceptible de dégénération, que les pustules vaccinales conservent toujours le même degré d'intensité, et que la variole attaque toujours dans la même proportion tant les vaccinés des premières que ceux des dernières années. Malgré ce, lorsqu'on dut en venir à une raison pratique, Thompson avoua quasi involontairement que dans les inoculations on obtenait alors avec trois ou quatre piqûres le même effet qu'au commencement de la découverte avec une ou deux.

Quelques années plus tard, en 1835, Grégory fit un rapport sur l'épidémie varioleuse de 1834, et tout en parlant du vaccin employé alors à Londres et dans toute l'Angleterre, c'est-à-dire de celui qu'on avait pris en 1799 dans la ferme de Starisson et qui n'avait plus ^té renouvelé» il ne put s'abstenir d'en mettre en

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doute Tefficacité : < Si, dit-il, nous jugeons seulement de Tapparence de Téruption, nous serions disposes à croire que les qualités du vaccin ne se sont ni détériorées ni altérées dès le commencement de ce siècle. Mais pour ne laisser sans solution aucun doute sur cette matière, il faudrait en venir à une expérience sur laquelle le publicputse reposeren toute sûreté, c'esirà-dire Tinoculation de la variole. Le grand nombre d'expériences faites par les vaccinateurs dans les premières années prouve suffisamment que rinoculation de la variole pratiquée dans Tespace de quelques semaines ou de quelques mois après la vaccination ne donne lieu à aucun effet local et constitutif, ou bien qu'il ne se forme tout au plus à l'endroit de la piqûre qu'une petite vessie qui, sans aller en suppuration, disparaît au bout de deux ou trois jours >.

Il est utile de savoir que même précédemment, en 1828, le comité anglais du vaccin avait pris la résolution de chercher un nouveau virus ; mais on n'en trouva malheureusement dans aucun comté. C'est donc en Angleterre, pays oh naquit et fleurit le vaccin primitif, qu'on commença à douter de la puissance du même au bout d'un certain temps. Qui plus est) oes craintes de dégénération se manifestèrent après que l'inoculation avait eu à lutter contre des préjugés et des résistances de toute espèce, soulevées par un intérêt mal entendu et par cet esprit d'opposition qui cherce à entraver tout ce qui a I0 nom ou les appa-

rences de progrès. Nous avons déjà dit que l'aspect même des cicatrices a donné lieu à des inductions sur la dégénération du vaccin. Franque et Meyer ont reconnu au moyen de la comparaison, que les cicatrices anciennes laissaient une trace plus large ( elle était d'environ 10 centimes alten grossen)^ plus profonde, à maille plus saillante et plus ridée:

Dans la révision des cicatrices après l'épidémie varioleuse de 1825 les docteurs Medicus et Oegg reconnurent que les pustules vaccinales ne i^cssemblaient presque plus à celles de 1802 et 1804 qui avaient Taréoie intense et la largeur d'une pièce de six kreutzer, c'està-dire un peu plus que notre monnaie de 50 cent™*». De l'an 1805 à l'an- 1812 elles n'avaient plus que la périphérie de trois kreutzer; puis elles décrurent peu à peu, et elles n'eurent après 1812 que la dimension d' une lentille, de sorte que pour les reconnaître il fallait une très-grande attention.

Nous devons citer ici l'ouvrage du doct. Luders, qui fit, sous le titre de monographie, beaucoup de bruit, et confirma l'opinion que nous avons déjà énoncée. Selon lui la vaccination incomplète, fréquente dans ces derniers temps, n'est due qu'à la détérioration de*la lymphe: < Il ne faut pas s'étonner, € diMI, que le vaccin dégénère avec le temps de ma-

< nière à ne causer qu'une petite éruption qui pourra,

< si Ton veut, modifier l'influence varioleuse, mais ja- € mais la difiérer totalement. Et nous devons encore

< moins nous en étonner, si nous observons la négli-

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€ genoe avec laquelle on pratiquera vaccination, sans

< même rien dire du choix des pustules d'où on ex-

< trait la lymphe; et si nous réfléchissons que cette opé- € ration importante est faite en certaines localités par € des charlatans, des accoucheuses, des maîtres d'école, € des bergers qui ne savent certainement pas distiU'» € guer la bonne vaccine de la mauvaise ; car s'il ar- € rive parfois aux médecins de se tromper, à plus € forte raison seront induites en erreur des person- € nés. ignorantes et incompétentes >. — Cet illustre auteur croit réellement avoir observé dans la pratique une différence notable entre les pustules qu'il obtint dans les premières années et celles qtte le môme virus développa après deux lustres. En un mot des hommes éminents de tous les pays se sont rangés à cet avis. À ceux que nous avons déjà cités nous ajouterons le pcof. Newman, Nicolai, Rust, Festler, les deux Ritter dont l'un de Kiel et l'autre de Munich.

Bien que peu incliné à se décider en faveur de l'absolue dégénération de la lymphe vaccinale , Hufeland admet cependant des cas oh elle peut devenir impuissante. Ce principe posé, il appuie indirectement la doctrine qu'il voudrait combattre en théorie. Parmi ces cas il admet la vieillesse du virus et les influences nuisibles qui se mêlent au même: < Il est possible,

< dib-il, que d'une telle lymphe il en sorte une vaccine

< non préservatrice, et qu'en l'employant continuel-

< lement il en dérive une génératicm de vaccine inoom- ^ plète >. En France un des plus intrépides partisans

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de la dégénération vaccinale, le doct. Fiard, inocala pour majeure sûreté le vieux virus à 70 vaches, sans aucun résultat. Satisfait de pouvoir légitimement conclure que ce virus n'avait plus aucune efficacité, il fit connaître au public que Texpérience qu'il avait tentée d^lne manière infructueuse, avait réussi à merveille au commencement de ce siècle, ainsi que nous l'atteste le comité central du vaccin en France. Ayant reçu d'Angleterre en i818 un nouveau cow-pox dont la légitimité n'était pas trop certaine, il l'inocula à une vache avec succès. Au mois d'octobre 1844 Fiard et Magendie firent des inoculations comparatives entre un vaccin récemment découvert et celui qu'on employait à Paris depuis 1836. Au vu des résultats ils déclarèrent tous les deux que la dégénération consiste moins dans le développement plus ou moins considérable de la pustule au huitième ou au neuvième joar, que dans l'abréviation de la durée ordinaire de l'éruption. Le vaccin de Jenner conservé pendant 39 ans« comparé à celui qu'on avait découvert à Passy en 1834, était déchu au point que les pustules desséchaient avant le 12»« jour ; tandis que le vaccin de Passy résistait dans son efiervescence jusqu'au 17»«. Maison nota fort une différence radicale dans la vertu des deux virus ; celui de Jenner ne perdit en 39 ans que cinq jours de durée dans les éruptions ; celui de Passy avait déjà diminué de trois ou quatre jours au bout de huit années.

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Déjà précédemment (1824) le doct. Rigal avait fait de semblables expériences comparatives, surtout entre des croûtes vaccinales recueillies à diverses époques, en i8i3, i817 et 1823. Celles de I8I3 furent recouvertes d'une couche de vernis et placées dans une petite fiole, sans les réparer de la chaleur ni de la lumière. Les autres furent pliées dans de petits morceaux de papier et mises dans une fiole hermétiquement fermée et remplie de semis de lin. C'est avec ces diverses croûtes pulvérisées, puis réduites en pâte, que notre auteur vaccina trois enfants le 24 avril 1824. Le mode de vaccination consista en écorchures de la peau sur lesquelles on appliqua la pâte, retenue avec de la toile gommée. On inocula à un bras les vieilles croûtes, les nouvelles sur l'autre. Ces dernières n'eurent aucun succès sur un des vaccinés, et firent tard leur éruption sur les deux autres. Les boutons des veilles croûtes au contraire furent plus précoces, plus spontanés, plus beaux, plus saillants:

< Cette expérience, dit l'auteur, nous autorise à rap-

< porter en partie à la dégradation successive du vi-

< mis le moins d'énergie de la matière provenant des

< vaccinations de 1823 >.

Mais cette doctrine fut lumineusement confirmée et fixée par M. Bousquet à l'occasion de la découverte du cow-pox à Passy en 1836, dont nous avons déjà parlé. La première inoculation faite sur neuf enfants avec la matière immédiate des pustules de la vache, ne parut pas rendre un grand service à la science at-

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tendu qu'elle produisit seulement trois boutons, dans trois individus, boutons d'ailleurs si chétifs qu'ils laissaient des doutes sur leur essence. Mais des inoculations suivantes sortirent les plus belles pustules qu'on eût jamais vues, si bien qu'elles ne permettaient presque aucune comparaison avec celles du vieux vaccin. La méthode de Steinbrenner tut égale à celle de Bousquet ; égal en fut aussi le résultat. Il inocula le 20 octobre 1840 un enfant de 4 à 5 mois en lui appliquant le vaccin primitif au bras droit et celui de Passy au bras gauche, avec cinq piqûres de chaque côté. Nous avons voulu nous en tenir particulièrement au témoignage de ces deux auteurs, en tant que Bousquet s'est fait par ses travaux un nom illustre en France et dans toute l'Europe, et que Steinbrenner dressa au sujet des deux éruptions un tableau comparatif et différentiel dont la reproduction dans cet ouvrage est, à notre avis, de la plus haute importance.

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