‹ De la vaccination;Chapitre 35 sur 48 · DE L ALTERATION POSSIBLE DU VACCIN · texte numérisé non relu

DE L ALTERATION POSSIBLE DU VACCIN

3** jour. — Quaranle quatre beares après la vaccination, les parties sont à peu près encore dans le même état qu'hier, au* ean travail nouveau ue parait s'y être aabli.

4"* jour. — La piqûre est légèrement enflammée, elle est le centre d'un cercle rosàtre qui peut avoir trois millimètres de diamètre. Au toucher, on sent qu'il existe un noyau dur aussi grand que le cercle enflammé etqai fait un peu saillie au-dessas de la peau.

. 3"* jour. — Les boulons rouges ont gagné en étendue ; ils sont plats et même déprimés à leur centre. La pustule commence à se former et à se remplir de lymphe.

An bras gauche^, de même, il ne s'est fait aucun changement bien tranché; peut-être la rougeur; sans être plus étendue, est-elle un peu plus marquée et Tengorgement plus sensible qu'hier. Au moins, la diflerence entre les piqûres des deux bras nous parait plus sensible qu'hier.

La rougeur qui entoure les piqûres est plus prononcée, un peu plus étendue, ainsi que le noyau engorgé, qui parait également s'étendre plus en pro* fondeur et être plus saillant.

Les boulons sont plus rouges, plus saillants et un peu plus gros qu'au bras droit ; leur centre est déprimé* d'une couleur louche qui indique qu'il y a 'déjà une certaine quantité de lymphe.

6"' jour. — Les pustules sont bien dessinées et se remplissent de lymphe. La dépression centrale est mieux marquée. Les pustoles commencent à devenir d'oB blanc argenté et sont entourées d'une légère rougeur circQiaife peu étendue.

il — Parola, vol. I, Oe la vaccination.

Mêmes symptômes qu'au bras droit, seulement tous les caractères des pustules sont visiblement plus dessinés.

?•• jour. — Les pustules ont encore grossi, les bords sont plus relevés; elles ont un aspect blanc argenté qui les caractérise; la rougeur qui les entoure est plus considérable et se forme déjà en aréole à deux des pustules. L'une des pustules , ouverte, laisse écouler une lymphe trés-claire.

Les pustules présentent à peu-prés les mêmes caractères qu'au bras droit, seulement leurs rebords sont plus saillants , et elles ont un aspecl plus argenté et plus brillant encore. Elles sont entourées d'un cercle inflammatoire rooge qui à trois ou cinq millimètres do distance de la pustule se confond encore insensiblement avec la couleur naturelle de la peau:

nulle part ne se présente encore le rouge bien prononcé et limité de Taréole.

8"' jour. — Les pustules paraissent être les mêmes qu'hier si ce n'est qu'elles sont un peu plus larges et moins brillantes.

Une seconde pustule, ouverte, fournit une lymphe déjà légèrement trouble. Toutes les pustules sont entourées d'aréoles, qui cependant ne sont encore complètes que dans deux pus- Iules.

L'éclat des pustules es^t encore plus brillant qu' hier : ello^ sont aussi plus grandes et ont des rebords plus saillants qui s'élèvent maintenant tout-à-fait à angle droit sur la peau. La routeur inflammatoire est plii^ étendue, plus prononcée, ol l'on prévoit la formation prochaine de l'aréole. Deux pustules ouvertes laissent écouler une l\mphe claire comme le cristal.

9"' jour. — Les pustules sont entourées d* aréoles bien dessinées qui ont à peu près un rayon de dix à douze millimètres. Elles sont plus larges, plus hautes, plus molles, et elles jaunissent; la dépression centrale

Les pustules sont larges et belles; elles n'ont pas eocorr perdu leur aspect argentin:

l'tine d'elles, ouverte, laisse écouler une lymphe qui a encore presque toute la transparence de celle d'hier. Les arèo-

DE LALTItRATlUN POSSIBLE DU VACaM

disparait, il se forme à sa place les sont en voie de se former,

une léfère croûte branàtre qui mais ne sont pas encore corn-

indique un commencement de plètes.

dessiecatioo.

lO** jour. — Les aréoles ont pâli et sont à moitié effacées.

La croate brunâtre du milieu fngne en étendue, les pustules s'aflkissent, et tout annonce que la dessiccation est en plein progrés.

Les aréoles sont aujourd'hui très-bien développées et dessinées; Tune touche l'autre, elles peuvent avoir un rayon de quinze à dix-huit millimètres; elles sont très-rouges, assises sur une base profondément engorgée, et plus élevées que le reste de la peau du bras. Tout le bras est chaud, et sous l'aisselle on sent distinctement deux petites glandes engorgées, tandis que rien de pareil n'existe du côté opposé. Le petit vacciné est agité, son pouls est plus plein et plus accéléré que ces jours derniers. Il a également en une nuit plus agitée et pleure beaucoup. Nous ne remarquons cependant aucune pâleur de la face et nul sy niptôme de congestions internes.

!!•• jour. — Tout vestige d'arèolea disparu. Toute la pustaie presque est couverte de la croûte jaune, qui gagne en élendoe à mesure que la* pustule s'aibisse et devient plus petite.

Les aréoles sont encore bien belles; les pustules sont jaunâtres et ont perdu de leur brHIant. L' engorgement des glandes est plus considérable, et paraissent être très-douloureuses au toucher.

1 2** jour. — La puslule est desséchée cl couverte d' une croule qui est encore molle , brune, jaunâtre, et autour de laquelle la peau n'est plus que légèrement engorgée et rougcàlre.

1 S** jour. — Les croûtes sont devenues plus dures, plus brunes et plus peliles.

14'"* jour. — Les croûtes sout tout à lait sèches, dures, brunes, épaisses de deux millimètres, et larges de trois à quatre.

L'éruption se présente maintenant dans tout son' développement. Les pustules sont grandes et larges un centimètre dr diamètre, tandis que les pustules au bras droit n'avaient, lors de leur plus grand développement au neuvième jour, que sept millimètres de diamètre.

À la place de la dépression centrale commence à se former une mince croûte d'un brun d' acajou ; les rebonis autour de cette croûte sont bien saillants, blancs, jaunâtres ri ternes. Les aréoles sont eiicorr 1res- vives et n'^nt perdu qii(* peu de leur étendue.

La croûte centrale gagne en largeur et en épaisseur ; le bourrelet jaune qui l'entourr devient plus petit à mesure qu'elle grandit, mais il offre toujours à peu près le même étal, excepté qu'il est un peu plu5 mou.

Le dessèchement continue à se faire, les pustules sont plus flétries , la croûte gagne en étendue et en épaisseur , elle recouvre* presque toute la surface des pustules. L'aréole commence à pâlir et rengurgçmeiit

DB L'ALlilUIION POSSIBLE DU VACAN

tôf

Du 17*' au 19** jour, ces croates tombent et laissent des dèpressioDs rougeàlres, super-

fieielles.

Trois semaines plus tard, l^rougeur ayant disparu, on voit des cicatrices rondes, de là grandeur d'une Jentille, plus profondes que la peau, parsemées de huit à douze petits poiots plus déprimés encore.

Ces cicatrices ont une couleur 3 peine difl^rente de celle de la peaa environnante un peu plus blanche, et à quelque dislance on a de la peine à les reconnalire.

sous-jacent est moins considérable.

Le i5-, 16-, 17- jour, toutes les pustules se dessèchent et se couvrent de croûtes larges, épaisses, d'un brun d'acajou foncé ou de la couleur d'une amande grillée (comme l'a très-bien dit monsieur Bousquet). Les aréoles disparaissent complètement dès le seizième jour.

18"* jour. f.e8 croûtes sont très-dures , épaisses de deux à trois millimètres, et larges de cinq à sept. Elles adhèrent toutes encore solidement aux parties sous-jacentes.

. Du 23"' au 26"* jour ces croûtes tombent et laissent à leur place des cicatrices rouges tout aussi larges qu'elles, profondes, traversées par des brides et des sillons au fond desquels se trouve une assez grande quantité de petits points.

Trois semaines plus tard la rougeur des cicatrices ayant disparu, elles sont d'une couleur blanche, et comme réticulées et pointillées dans leur fond.

Elles sont très-distinctes et se remarquent très-bien, même à distance.

422 Dfc LA VAGGINATION — CHAPITRE XIV

Il résulte évidemment de ce tableau et de celui de Bousquet qull existe une notable disparité de degré et de cours entre le vieux vaccin qui a passé par plusieurs générations, et le nouveau cow-pox. On a constaté en faveur de celui-ci plus d'étendue et d'élévation dans les pustules, une suppuration plus large et plus profonde, l'aréole plus développée et plus rougeâtre, la croûte plus ample et plus noirâtre, la cicatrice plus profonde, plus réticulaire et plus large, les phénomènes constitutifs plus saillants, plus lent et plus prolongé le cours de la maladie. Les croûtes du nouveau vaccin ne se détachent que du 23"»« au 26">« jour, et laissent des cicatrices moins creuses et moins réticulaires. En outre chacun peut, en examinant les dessins et les descriptions que les anciens vaccinateurs nous ont laissés sur le vaccin primitif, se convaincre que les pustules sont parfaitement semblables à celles que l'on obtient moyennant le vaccin régénéré, et qfte la plus grande différence qui passe entre l'un et l'autre consiste dans le procédé suppuratif et dans l'incrusta tioa, c'est-à-dire dans le deuxième septénaire, de même que l'on observe une différence entre la varioloïde et 11 variole. C'est pourquoi le susdit auteur assimile les différences de cours entre ces deux exanthèmes à celles que nous avons observées entre le vaccin primordial et le nouveau, et soutient sans hésitation que ceux qui assurent n'avoir relevé aucune différence entre les deux vaccins, n'ont guères bien observé le second septénaire, ou n'ont pas fait usage d'un cowpox légitime.

DE l'altération POSSIBLE DU VACCIN 4Î3

À ce sujet Retzius nous raconte que le vaccin que Ton employait en Suède depuis 1801 avait perdu de son efficacité au bout de quelques années; que le plus souvent il n'avait aucun effet, et -ne développait que des boutons plus petits, d'où Ton n'extrayait que fort peu de lymphe.

Poussé par les pressantes demandes des vaccinaleurs, le collège royal de santé fit venir en 1824 une quantité suffisante de vaccin de Copenhague et de Berlin où il s'en trouvait de nouvellement pris aux pis des vaches. Celui de Berlin fut dans ses effets beaucoup plus actif. Les vaccinateurs qui en firent usage en furent très-contents, non seulement parce qu'il réussissait constamment, mais encore parce qu'il faisait sortir des pustules plus belles et accompagnées d'une plus grande réaction locale et générale. Mais au bout de quinze ans, ce vaccin aussi ne produisit plus les mêmes effets, et la variole recommença ses ravages. On fit encore venir de Berlin du vaccin nouveau, en 1838, et après que la quantité en eut été suffisamment augmentée au dépôt central de Stockolm, on envoya dans les provinces les provisions néces. «ires. Peu de temps après les ravages de la petite vérole cessèrent, et depuis cette époque il ne s'est pré. sente chaque année qu'environ 250 cas de variole (1).

Nous ne devons pas passer sous silence les sages i «liscUssions sur la vaccination animale qui eiirent lieu

il) (iûz. Mid,, Paris, 1843, pag. 68 etc.

424 DE LA VACCINATION ^ CIIAPITIII:; XlV

à Tacadémie médicale de Paris et firent tant de bruit en Europe. À ce propos on devait naturellement soulever la question sur la détérioration du vaocin passé par plusieurs générations. Les médecins émirent les opinions les plus disparates ; la passion succéda parfois au raisonnement et à l'impartiale discussion des faits.

Depaul soutint vaillamment que le vaccin s'altère, et proposa d'y substituer la vaccination animale, en s'appuyant sur les correspondances des vaccinateurs départementaux attestant que le virus alors en usage avait perdu de sa force, vu que les tubes que l'académie leur transmettait n'avaient souvent aucun effet, et que les pustules étaient moins belles qu'auparavant.

Il fit remarquer que les pustules produites par le vaccin animal, fraîchement pris sur la vache, par exemple le- cow-pox découvert à Beaugeancy, offraient des phénomènes locaux bien plus saillants, et réveillaient des symptômes d'un ressentiment général plus considérable en comparaison des pustules obtenues par le virus hominal.

Il parla des succès fréquents des revaccinations et de l'opinion généralement répandue en Europe à ce sujet, et termina son discours en formulant les propositions suivantes :

io Le vaccin conservé de bras à bras subit après un certain nombre de générations un affaiblissement incontestable.

DK l'altération P08S1BLR DU YAOCIN 4S&

29 Cette dégénérescence est attestée par la dimi^ nation progressive des phénomènes locaux et gênéraoXy par l'apparition plus' fréquente de la variole chez les vaccinés et par les succès considérables obtenus dans les re vaccinations ( i ).

Marrotte fut moins explicite, et, tout en admettant que le vaccin peut dans ses apparences phénoménales démontrer un affaiblissement, il croit que des circonstances individuelles, le mauvais choix des vaccinifères, les intempéries et d'autres causes encore ont beaucoup contribué à cette dégénérescence. Warlomont, vaccinateur belge très-distingué, assure dans one de ses communications à l'académie de Paris (séance du 15 septembre 1869) que l'opinion générale est favorable au renouvellement fréquent du vaccin. Ranseest aussi d^ accord que le vaccin hominal ne possède plus aujourd'hui la vertu préservatrice qu'il avait au temps de Jenncr. Le doct. Ballard, auquel la Revue Britannique fait tant d'éloges, a soutenu dernièrement avec abondance de preuves qu'il est évident que le virus dégénère par son passage de génération en génération, lors même que l'on ait beaucoup d'attention dans le choix du vaccinifère et que l'on extraie la lymphe dans sa véritable époque de maturilé. Il se fonde sur les caractères plus mjirqués de la lymphe fraîchement prise sur la vache, et fait justement remarquer que les meilleurs, praticiens recommandent

.1) 6tf. Méd.. Paris, 1K9, pag. 459.

iÎ6 DB LA VACCINATION — CHAPITRE XIV

de proourer.de quatre à six pustules par bras, tandis que Jenner constata qu'une ou deux étaient fréquemment suivies d'une forte inflammation et de dérangements faciles à vérifier. Selon lui, une personne n'est pas suffisamment garantie .aujourd'hui, si elle n'a eu qu'une ou deux pustules, tandis que la réputation de la vaccination s'est précisément établie alors qu'elle ne produisait qu'une pustule.

Mais il y a d'autres faits remarquables relatifs à la vaccination. Marson nous assure que la gravité et la mortalité de la variole post- vaccinale sont en rapport direct avec les cicatrices vaccinales, et que les revaccînations sont aujourd'hui en Angleterre plus fréqijentes et plus parfaites qu'autrefois. C'est pourquoi la Revue Britanniqtte conclut que le virus vaccinal s'affaiblit par son passage dans l'homme (1). En Italie, les auteurs contemporains se sont déclarés du même avis, et surtout MM. Margotta, Minervini, Martorelli, Gianelli, Grancini, Belluzzi, Orsi etc.

Le principe de l'affaiblissemeiit du vaccin après plusieurs passages dans l'homme étant donc presque généralement reconnu, il serait nécessaire de recher- ,| cher s'il y a un rapport immédiat entre le volume des pustules, la force visible de leur développement, et la violence du ressentiment constitutif d'un côté, et la continuation de la faculté préservatrice de l'autre; eu d'autres termes, si la puissance anti-varioleuse du

(1) Britisek and Foreign Medico^Chirurgical Revieit, Jannary 1869. f Annal Medic, de Milan, juin 1869.

bs l'altération possible du vaccin ai

vaccin diminue dans la même proportion que les symptdmes locaux et généraux de l'éruption ; ou bien s'il arrive que, malgré l'affaiblissement de ces symptômes, la vertu spécifique de préservation ne diminue aucuf nement.

I Cette question est d'autant plus grave qu'elle se ' fonde sur le fait, qu'un grand nombre de vaccinés sont sujets à la variole, et que quelques-uns voudraient en conclure que le défaut de préservation dérive de l'affaiblissement du virus vaccinal. Nous ne pouvons admettre d'une manière absolue cette façon de raisonner. Pour attribuer à la vaccine ancienne les cas de variole qui se manifestent dans les vaccinés, il faudrait pratiquer l'inoculation sur un grand nombre d'individus en employant le pus bumain pour une moitié et la lymphe vierge pour l'autre, et tenir compte pendant 15 ou 20 ans des maladies varioleuses qui se développeraient dans les uns et dans les autres. Ce procédé pourrait sans doute faciliter et presque légitimer la probabilité des jugements. Mais tant que Ton acceptera les faits évidents comme une explication des faits inconnus, on ne fera que vaguer dans l'incertitude, et glisser dans l'erreur. La science n'atlmet point les hypothèses ; mais les inductions positi* ves et raisonnables. Bousquet observe à ce sujet qu'il est très-vrai que la variole a respecté les vaccinés sur ^a fin du siècle dernier et au commencement du siècle présent jusque vers 1815 ; qu^il est incontestable que depuis cette époque il y a eu un grand nombre de va-

Ii8 DB LA VACCINATION — OHAPITAE XIV

rioleux, bien que prémunis par Tinoculation; mais il ne conclut pas absolument de ce fait que l'affaiblissement du virus ait lieu d'une manière progressive: ^ien au contraire il en tire la conclusion de la distance qui passe entre la ^ vaccination et la variole, et opine que les inoculés avec du pus frais ne peuvent se sauver pour un plus grand nombre d'années de la maladie, que les inoculés avec la lymphe humaine. À cet effet il ajoute une chose qui explique bien mieux sa pensée sur la vertu du vaccin. < C'est une observation € triviale, dit-il, que le vaccin se développe plus beau et € plus vif sur des enfants sains et robustes, que sur les € faibles et maladifs. Mais lors même que cela fût vrai, € il n'en est pas moins certain qu'ils seront également € tous préservés ».

Ce savant raconte que des médecins le consultèrent souvent sur la valeur de certaines éruptions chétives presque difformes; que dans le doute il procéda à un double essai en vaccinant des enfants avec la lymphe des pustules qui ne s'étaient guères bien manifestées, et en revaccinant avec du nouveau virus ceux chez qui l'éruption avait été inféconde. Or il advint d'après les principes de Bousquet que les vaccines eurent de belles pustules malgré 1^ dégénérescence du vaccin, et les revaccinés ne manifestèrent aucun signe de ressentiment. < N'est-il pas vrai d'ailleurs, € dit-il, que la variole confluente n'offre pas de plus € grandes garanties contre la récidivité de la va- € riole la plus commune et la plus bénigne ? > Nier

DE l'altération POSSIBLE DU YAGQir 429

cette vérité, c'est,* d'après lui, nier rexpérienoe des siècles, qui nous enseigne que la variole tronquée et même la varioloïde enlèvent toute réceptivité ainsi que la variole la plus forte. Il doit donc par analogie en être de même de la vaccine, qui au surplus ne peut remplacer la variole, si Ton mesure la préseryation par son intensité externe, son abondance et sa vigueur. C'est pourquoi tout nous fait croire, d'après Bousquet,

< que la force du vaccin ne prend dans aucun cas son

< origine dans la force des pustules, et que l'infection

< vaccinale et l'éruption cutanée sont deux phénomènes distincts, liés ensemble, mais sans proportions

( rigoureuses ». — L'opinion de Bousquet est confirmée par le succès obtenu dans plusieurs épidémies au moye)i d'une régulière revaccination avec de la lymphe humaine de plusieurs années, grâce à laquelle les revaccinés furent garantis dans les épidémies les plus terribles. Mais Steinbrenner n'était pas de cet avis. S'il a démontré, comme nous l'avons déjà vu et le verrons encore, que le nouveau virus possède une plus grande force d'action et une propriété conta- ^rieose supérieure, et qu'il a la précieuse faculté de conserver plus longtemps sa puissance reproductrice, il ajoute néanmoins qu'il ne faut pas se faire illusion ^^ur ces prérogatives, car, dit-il, < un point essentiel

< reste encore indécis : de toutes ces qualités que nous « avons trouvées au virus régénéré, il ne s'ensuit pas

<iue les bonnes vaccines produites par le virus ancien ne soient pas également préservatrices, quoi-

€ qu'elles soient moins belles, moins développées, et

< qu'elles donnent lieu à une réaction générale moins

< forte ».

Sur cela, à défaut de preuves solides , il nous informe que les recherches de plusieurs auteurs tendent à affirmer que les anciens vaccinés ont été plus respectés dans les épidémies de variole, encore qu'il soit incontestable que même des individus vaccinés avec un virus de peu de générations ont été atteints de la même(i). La plus belle preuve en est que, d'après la statistique de l'armée prussienne, chaque année on voit augmenter le nombre des revaccinés qui oflBrent des pustules complètes de vraie vaccine. D'où il résulte avec évidence que la force de la lymphe vaccinale diminue graduellement à mesure qu'on s'éloigne de l'époque où elle a été prise sur la vache. Il en désume une autre preuve de ce que l'on a obtenu la vaccine par la lymphe régénérée, même dans les cas où l'on n'avait pu l'obtenir par le virus ancien. Un certain degré de dégénération ou plutôt d' affaiblissement du vaccin ancien ne saurait donc être douteux.

L'observation impartiale des faits, bien plus, que le raisonnement, l'étabht par des preuves évidentes, et nous sommes donc conduits à l'admettre sans difficulté. Mais si nous sommes d'accord sur ce point avec une foule d'autres médecins, nous ne voulons pas les imiter en imputant à cette dégénération seule tous

(1) Pag. 668,

DE l'altération POSSIBLE DU VACCIN 43t

les cas de variole qui surviennent chez des individus dont la vaccine avait été en apparence parfaite. Mais quelle que soit Topinion de cet auteur, le vrai est (et aucun n'oserait le coritester) qu'une grave accusation a été landée contre le vieux virus à la suite du fait que quelquefois il ne produit aucun effet salutaire. Si ce défaut ne constitue pas une preuve absolue, a priori

comme diraient les scolastiques, de sa dégénérescence, il doit au moins mettre en garde les vaccinateurs, et faire préférer le virus régénéré sur lequel il n'existe aucun doute d'impuissance. Il y à encore une autre preuve, et c'est que les revaccina^tions eurent toujours plus d'effet et réussirent en plu& grand nombre avec le virus régénéré qu' avec les matières anciennes. C'est ce qu'attestent avec Bousquet les médecins allemands, y compris Steinbrennér même. On a une seule exception, M. Meyer. Ayant vacciné avec du pus frais pris à une vache 1288 militaires, et en même temps 1882 avec du pus vieux, il obtint les résultats suivants, c'est-à-dire un sur quatre dans les premiers, et on sur trois et demi dans les autres.

n y a des vaccinateurs qui voulant étendre les théories générales, tiennent pour certain que toutes les contagions peuvent, après avoir longtemps sévi, subir nn affaiblissement. Ils citent la peste orientale , la syphilis, la variole, la lèpre, et démontrent que ces contagions jqui ont si durement éprouvé nos ancêtres, font aujourd'hui bien moins de victimes. Ils concluent par analogie que le vaccin subit la même loi de dé*

croissance. Il y en a d* autres qui font un parallèle entre les vaccinés avec soin et diligence et ceux qui le furent négligemment et incomplètement. Gomme ils voient que les premiers ne sont presque jamais affectés de la variole et pas même de la varioloïde, tandis qu'elle attaque facilement les autres, ils estiment qu'on doit attribuer le manque d'efficacité moins à la nature plus ou moins invétérée du virus qu'à la méthode'de vaccination. Il y en a d'autres finalement (et c'est le plus grand nombre) qui observent que la variole n'attaque jamais les vaccinésde date récente, mais que c«tte maladie surprend au |;)Out de 10 ou 15 ans après la vaccination. Ils prétendent ainsi que l'action préservatrice n'est que temporaire, et ils recommandent qu'on se soumette à la répétition de la vaccination à diverses époques de la vie. Ces trois écoles sont une preuve de l'obscurité oïl se trouve encore plongé un côté de cette difficile question. Mais il y a de fortes raisons dans la science qui détruisent en grande partie la valeur des arguments que nous avons cités. Et d'abord la théorie de la dégénération des contagions tombe d'elle-même si nous faisons attention aux fréquentes épidémies qui désolèrent dernièrement le Caire, Alexandrie. Constantinople et d'autres pays orientaux. La variole elle-même, de mémoire d'homme, a sévi cruellement. Les épidémies qui ont naguères dominé dans plusieurs régions de l'Europe, et notamment celle qui a fait en 1870-71.72 tant de victimes à Paris, à Gènes et à Milan sont une preuve évidente que

DE b'ALTKRATION POSSIBLE DU VACCIK 433

la variole n'a pas que trop perdu de son antique et meurtrière virulence. Nos lecteurs n'auront pas oublié l'énorme mortalité qu'elle causa, il n'y a pas longtemps, dans l'Amérique du Nord et du Sud, dans la Laponie, au Groenland, au Kamtschatka, où, selon Dethording, périrent les trois quarts des infectés.

Au Groenland sur 2000 il n'y en eut que six qui ne succombèrent pas. Aujourd'hui encore partout oîi la vaccination n'a pas été introduite, on voit se vérifier le mot célèbre du doct. Sacco: « La sixième partie du

< genre humain ou meurt de variole, ou mène à cause

< de la variole une bien triste vie >. Le spectacle que présente aujourd'hui la syphilis n'est pas moins lugubre surtout dans certains pays froids et humides, en Angleterre par exemple. Nous avons vu nous-mêmes les indices d'une immense désolation, et les effets d'une difformité presque monstreuse. Si les suites funestes de cette peste semblent aujourd'hui moins consistantes et moins graves que dans les premiers temps, ne doit-on peut-être pas l'attribuer plutôt à la science qui a trouvé les remèdes pour la combattre et la vaincre, qu'à la limitation de son développement actuel ?

En définitive on peut en dire de même de la variole. Elle n'a que trop conservé depuis 1570 jusqu'à nos jours la même force pour désoler et détruire le genre humain ; elle ne s'est nullement adoucie ni en faisant le tour du monde, ni en passant d'organisme en organisme, de génération en génération, de siècle en siècle.

28 — Parola, vol. I, De la vaccination.

Aujourd'hui encore nous voyons qu'elle sévit ci et là avec la fureur d'autrefois. Il en est de même du choléra indien qui a parcouru tout le monde et qui s'est constamment montré tel qu'il était aux premiei^s pas de sa marche funeste.

Mais si nous avons combattu la doctrine de la dégénérescence des contagions, nous ne croyons cependant pas qu'elle puisse entièrement s'appliquer à. la vaccine. Il serait en effet absurde de déclarer en termes absolus que les contagions étant naturellement immuables, la vaccine le serait aussi.

Les circonstances sent trop différentes pour en tirer les mêmes conclusions. Les autres fléaux se sonl enracinés dans la même espèce, tandis que le vaccin a passé des pis de la vache dans le corps humain. Ce passage de la bête dans l'homme et le fait d'un Ion;: séjour dans ce dernier, mettent hors de doute que !<• vaccin peut subir des modifications dans ses propriêtés. A cet égard un auteur s'est exprimé de la sorte:

< Ici il y a changement d'espèce, d'abord la bête, piii'^

< l'homme; il y a différence des éléments qui main-

< tiennent, si ce n'est l'intégrité des principes, leur

< essence primitive; il y a changement des circons-

< tances qui tendent à l'élaboration des molécules

< composantes, d'oîi provient l'altération des proprié-

< tés intimes, d'où, l'inefficacité à la suite du long se-

< jour dans l'homme >.

La dégénérescence des contagions est donc au moins problématique, si elles font aujourd'hui les mêmes

DE l' ALTÉRATION POSSIBLE DU VACCIN 435

ravages qu^autrefois. Supposons, si l'on veut, la possibilité de modification de quelques pestes après une longue série d'années. Mais quant au virus vaccinal, l'hypothèse de nos contradicteurs est dénuée de tout fondement. En effet, nous avons démontré qu'il n'agit pas en vertu de son antagonisme contre la variole, mais plutôt par l'analogie de caractère et d'action qn'il a avec la même. Les modifications produites par l'on et par l'autre dans l'organisme dans le but de s'exclure ou de se neutraliser réciproquement, ne sont pas plus ou moins profondes et préservatrices en raison directe de leur virulence, l'expérience ayant constaté au contraire que les récidives sont d'autant plus graves que l'avaient été les premières affections. Le fait que la virulence de la variole et du vaccin augmente dans les récidives en proportion des premières afiections, est cité par plusieurs auteurs comme l'effet d'une disposition spéciale des individus. On dit encore que lé vaccin, même le plus léger, préserve sûrement, pourvu qu'il soit doué de ses caractères et de son essence naturelle. C'est ce qui a conseillé d'abord aux Indiens, aux Chxûôis et aux Qrcassiens, puis à tous les peuples de la te .Te, l'inoculation de la variole comme un remède contre les dangers de la même; et plus tard, par analogie, l'inoculation de la substance vaccinale.

Le doct. Thompson d'Edimbourg déclara que le vaccin dont il faisait usage depuis 20 ans, offrait encore les caractères du javart que lui avait transmis

Jenner, et du cow-pox naturel. Heim soutient que la vertu préservatrice du vieux vaccin est égale à celle du nouveau et conclut en ces termes: «Ce qui est certain, c'est que les effets des deux lymphes vaccinales sont les mêmes. Le virus pris immédiatement à la vache, même dans les inoculations opérées sous le yeux de Jenner, n'empêche pas qu'on ne puisse contracter nouvellement la variole, et ne garantit pas pour plus ou moins de temps que la variole vaccinale déjà passée dans l'homme. >. Bien plus importante est l'autorité de Geely. t Tant que la lymphe,

< dit il, se mantient active, capable de soulever une

< vessie bien développée, d'un cours régulier et pleine

< d'une lymphe claire et limpide, il n'est certainement

< pas besoin de recourir à la vache pour une nouvelle

< provision de virus primitif et moins encore de re- € courir au difficile procédé de la rétrovaccination > Il ajoute ailleurs qu'il a vu se produire un mal local dans certains individus, causé tant par la lymphe la plus vieille que par la plus fraîche.

Vraiment une pareille opinion a été partagée par Sacco, Grégory, Baron, Husson, Decarro, Griva, Martini et tant d'autres, y compris le comité vaccinique de Londres et la commission de l'académie médicale de Paris. Le comité de Londres publia en 1839 un rapport oii non seulement il déclare qu' on ne peut admettre la dégéneration du vaccin, mais encore qu'il faut blâmer l'usage de recourir au pus de la vache parce que l'on peut se méprendre dans le choix

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des pustules. Le doct. Qrégory ajoute: «Cette idée (de la détérioration) n*a jamais été soutenue par Jenner, et n'est généralement pas partagée par les médecins, au moins dans ce lieu; mais d'est Topinion favorite du public. Nous ne savons pas s'il y a des bases sur lesquelles elle puisse s' appuyer. Il n'y a en sa faveur ni preuve ni analogie. Voici l'avis du doct. Sacco : t Les symptômes essentiels et caractéristiques du vaccin sont circonscrits à la seule pustule: tous les autres étant accessoires et communs aux autres maladies de la peau, ne sont pas nécessaires. J'ai pu m'en convaincre plusieurs fois en inoculant sans succès la variole à des personnes vaccinées, dont la constitution ne s'est altérée en aucune façon, et chez lesquelles le vaccin paraissait tout à fait local >. Cet illustre médecin qui inocula un demi million de personnes et étudia le procédé vaccinal dans plusieurs pays de l'Europe, soutint toute sa vie que la vertu préservatrice du cow-pox et celle du vaccin humanisé sont égales et identiques même au bout de quelques millions d'inoculations, aussi bien que celle que l'on obtient par la rétrovaccination, qu'il pratiqua le premier en Europe.

Le doct. Calosi de Florence assure avoir obtenu au moyen d'expériences comparatives sur les trois qualités de vaccin les résultats suivants: lo Que les vraies pustules du vaccin actuel qui séjourne depuis 40 ans dans l'homme conservent, à l'égal du vieux vaccin, la même limpidité, la même floraison, la même

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régularité dans la forme et les caractères essentiels, la même constance dans le développement ; ^ Que le cow-pox, ainsi qu'il conste des expériences pratiquées en 1842 à Florence, provoque une éruption anomale d'un cours trop rapide, et une vive inflammation locale avec fièvre et vomissements; mais qu'il devient plus doux dans les inoculations successives probablement à cause de la dépuration des principes contraires qu'il contient; 3^ Que l'éruption vaccinale provenant du virus pris sur des vaches inoculées avec du pus humain, est d'un petit volume, peu vive, lente, clalr-semée, avec une humeur visqueuse, un disque quelque peu pâle et peu ou point de fièvre. Mais le lecteur aura noté que les paroles de Ceely contiennent un doute sur la détérioration, bien qu'il tende à la combattre. Ils auront encore noté que Grégory n'ose pas se prononcer définitivement. Il est maintenant opportun d'ajouter que ce dernier a admis ailleurs quelques cas de dégénération du virus, par exemple là oîi il dit que : < Si les enfants successive- € ment vaccinés de bras à bras sont peu disposés € pour certains motifs à contracter la maladie, le < virus peut sans doute dégénérer et perdre finale- € ment son efficacité >.

On a vu dernièrement se lever de vaillants oppositeurs à la doctrine dé la dégénération du vaccin. Dans les discussions qui eurent lieu à l'académie française, Jules Guérin, Ricard, Herard et Vemois s'y sont montrés contraires. Guérin qui dans son premier discours

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en 1867 avait admis avec une certaine réticence que la vaccine a perdu de sa vertu préservatrice, se laissant peut être trop transporter par un esprit d'opposition, a presque entièrement nié dans ses derniers discours la dégénération du vaccin. Il remarque que si dans quelques épidémies l'eflicacité du même avait paru diminuée, il est probable que, ainsi qu'il arrive dans d'autres épidémies, il s'est vérifié une éventuelle et exceptionnelle intensité de virulence dans la variole. Il trouve une autre cause de cette prétendue altération du vaccin dans le mauvais choix des vaccinifôres. Se fondant sur les observations de Jaquemier et de Bergeron il propose.de ne choisir que de bon vaccin, de Tinoculer à des enfants sains et robustes, et de prendre ces derniers pour vaccinifères.Il voudrait donner une méthode scientifique à cette pratique et l'appeler «culture de la vaccine». Moyennant ce il croit que l'on peut obvier à la dégénération du -vaccin de même que dans le règne animal et végétal on s'op* pose à l'affaiblissement des races avec les méthodes connues sous les noms de sélection et d'hérédité. Dans son dernier discours sur cet argument il cite à Tappui de sa thèse le doct. Antoine Fonzeca de Fernambouc, Garradec, Bonnafont et le mexicain Luis Munox, qui attestent que tant en Europe qu'à Fernambouc, en Algérie et au Mexique, ils n'ont jamais vu que le vaccin bien choisi eût perdu de ses propriétés pendant tout le temps qu'ils ont exercé leur art. Il conclut: < Ces citations qu'on pourrait multiplier, ne prouvent-elles

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pas que dans tous les pays et à toutes les époques, et entre les mains de tous les vaccinateurs le vaccin jennérien s'est comporté de la même manière? qu'il a pu subir passagèrement et sous l'influence des cir* constances des modifications^ des altérations momentanées, mais qu'il s'est toujours conservé néanmoins avec son caractère primitif» (1)^ L'on ne peut contester à M. Quérin que le mauvais choix du vaccin (soit relativement à l'époque oU on l'a recueilli, soit par rapport aux vaccinifères), et certaines influences atmosphériques ont contribué à produire cet affaiblissement; mais nous ne croyons pas que la mé- * thode qu'il propose suflSsa pour restituer au vaccin ses premières qualités et le maintenir inaltérable et constant dans ses effets. Depaul lui fît observer que ce qu'il proposait était déjà dai)s la science et que, malgré ce, le vaccin avait dégénéré. En effet depuis longtemps on avait senti en Allemagne le besoin d'un meilleur choix du vaccin et des vaccinifères. Leus, Bousquet, Steinbrenner avaient exprimé la même idée, et cependant la pratique ne put jamais satisfaire leurs espérances. La r;aison en est évidente d'après ce que nous avons dit. Ce qui est sûr, et tous sont à peu près d'accord sur ce point, c'est que si l'on adoptait cette méthode sur une vaste échelle, si l'on avait surtout soin de prendre le vaccin lorsqu' il est en pleine activité, son affaiblissement se ferait d'une

(1) (ioz méd., Paris 1869, pag. 510.

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