On lit dans la Gazette des Hôpitattx le cas suivant
< Le 19 mars 1863 la nommée Â. M. vint chez moi
< (c'est le correspondant de la gazette qui parle) avec € un enfant de 10 mois vacciné 8 jours auparavant pour € me prier de vacciner les enfants de deux de ses € amijds qui venaient avec elle. Je procédai à Topéra- € tion avec la précaution de ne pas faire saigner les € pustules qui étaient bien développées et ne présente talent rien d'anormal. Au moment de recueillir du
< vaccin pour faire au second enfant la dernière pi- € qûre , le vaccinifère fit un fort mouvement et la € pointe de la lancette pénétrant plus profondément, € une goutelette de sang vint colorer le virus qui, à € mon regret aujourd'hui , fut néanmoins inoculé.
< Vingt-deux jours après la mère me porta son enfant
(1) Gqs. Méd., Paris, 1863,
< couvert de boutons. Voici ce que je constatai : les « pustules vaccinales s'étaient parfaitement dévelop-
< pées et avaient régulièrement parcouru leurs pé- «riodes; il n'y avait d'exception à faire que pour
< celle qui résultait de la dernière inoculation et dont € je me rappelais fort bien la position. Ce bouton pré- «sentait tous les caractères d'un véritable pseudo-
< chancre , il était surmonté d' une croûte parfaite- € ment conoïde, d'une couleur sombre et très-luisante. € Cette croûte offrait environ 2 centimètres de dia-
< mètre et était légèrement ulcérée à la circonférence. € Autour de ce pseudo-chancre et dans un rayon d'un € demi-centimètre il existait des papules lenticulaires € très-lisses, régulières, d'un rouge pâle et en très- € grand nombre » (1). On vit aussi sous l'aisselle du même côté une glande engorgée qui, 49 jours après le pseudo-chancre, était ulcérée et indurée. Une rougeole vénérienne sur tout le corps et des plaques aux parties génitales ne laissèrent aucun doute sur la nature de l'infection. On examina le vaccinifère et on le trouva fort beau en apparence, et les pustules vaccinales étaient parfaitement guéries. Son corps présentait cependant de nombreuses taches de syphilides papuleuses, des engorgements aux ganglions cervicaux et quelques boutons aux parties génitales. Le père de cet enfant avait encore des traces non équivoques de syphilis constitutionnelle, comme des
(1) GazetU dêi Mfitaux, tt octobre 1864.
576 DE LA VACCINATION — CHAPITRX XtlII
croûtes à la tête et Tengorgeineiit des ganglions cervicaux. L'autre enfant vacciné avec le même virus et dans la même séance n'eut absolument rien.
28. Le doct. Auzias-Turenne adressa à l'académie de médecine de Paris (séance du 24 janvier 1865) une lettre dans laquelle il expose deux faits à lui communiqués par un médecin distingué.
Deux dames âgées de 30 à 31 ans, assez bien douées par la nature et désireuses de ne rien perdre de leur beauté, prièrent une sage femme de les revacciner; ce qu'elle fit avec du vaccin pris à un nourrisson parisien qui se trouvait dans cette localité. Du sang coula, dit-on, des piqûres de l'enfant et de celles de ces deux dames. Elles virent sa prolonger la période de suppuration des boutons ; puis il y eut ulcération avec engorgement des ganglions cervicaux et de ceux des aisselles; enfin des symptômes de syphilis constitutionnelle. Aucun des maris n'avait des traces de syphilis. Le vaccinifère rendu à ses parents n' avait pu être examiné.
L'autre cas regarde la transmission de la syphilis par une pustule du onzième jour. La vaccine qu'on en avait extraite trois jours auparavant n'avait communiqué aucune maladie (1).
M. Depaul assura en 1864 que jusqu'à cette époque on n'avait encore constaté à l'af^adémie sur tant 4e milliers de vaccinations qu'on y avait opérées, aucun
(I) Gaz. MU., Paris, 1865, pag. 76.
cas de transmission de syphilis. Malheureusement on ne pouvait plus en dire de même en 1865. U Union Médicale (n. 147) publia en effet en 1865 le cas suivant de syphilis vaccinale.
29. A. X., âgé de 27 ans, neveu d'un médecin spécialiste, n'eut jamais d'autres manifestations vénériennes que deux intenses blénorrhées. Il se fit revacciner le 19 août 1865 à l' institut de vaccination de l'académie de Paris. Depaul en était absent, et l'officier qui le remplaçait prit le vaccin sur un enfant de six mois environ, pâle et d'un triste aspect. Plusieurs soldats de la garnison de Paris et d'autres enfants furent aussi vaccinés en ce jour avec la même lymphe. A. X. reçut 6 piqûres dont 4 eurent un cours régulier. Un mois après il vit apparaître deux nouvelles pustules là oîi les piqûres n'avaient eu d'abord aucun résultat. Il ne s'en soucia guères ; mais bientôt ces pustules se changèrent en croûtes sèches et noirâtres. Puis il fut atteint de douleurs à la tête, et son estomac se couvrit de taches rouges qui ne lui causaient aucune démangeaison. Il s'adressa alors au doct. Millard qui découvrit sur les deux bras une croûte épaisse et noirâtre, des pléiades aux aisselles, et sur différentes parties du corps une éruption papillo-vésiculaire avec les caractères de la syphilis. MM. Hardy et Ricord confirmèrent à leur tour le diagnostic de syphilis vaccinale. Sur 9 enfants vaccinés en même temps que A. X. il y en eut six avec des signes évidents de syphilis, et deux qui succombèrent sans que Ton
37 — Parola, vol. I, De la vaccination.
578 DE LA VACCINATION — CHAPITRB XVlll
pût en dire la cause. Le vaccinifère conduit hors de Paris succomba avec tous les signes de la syphilis. Depaul fit connaître à l'académie de médecine (séance du 27 août 1867) que deux des soldats- moururent pendant l'évolution de la syphilis, et que deux autres qui paraissaient guéris, succombèrent, l'un à une méningite tuberculeuse, l'autre à une angine maligne. Quelque temps après il retrouva au Val-de^ràce trois des soldats vaccinés le 19 août. Ils avaient induration à l'endroit des cicatrices vaccinales, engorgement ganglionnaire, plaques muqueuses, roséole, cachexie etc.
30. L'année suivante M. Depaul fit un rapport à l'académie de médecine sur certains cas que Ton prétendait avoir observés dans le département du Morbihan. Voici en quelques mots, dit le rapporteur, les faits sur lesquels MM. Glosmadeuc et Denis avaient appelé Tatlention de l'académie. Une sage-femme du Bourg de Grand-Champ, arrondissement de Vannes, reçut le 20 mai 1866 du vaccin sur plaque expédié par la préfecture. Elle inocula le lendemain avec le même deux enfants qui paraissaient jouir d'une excellente santé. Huit jours après elle prit du vaccin sur le bras de l'un d'eux et l' inocula à une petite enfant de 3 mois très-bien portante en apparence. Comme cette dernière devait servir à de nombreuses vaccinations (elle servit à en faire plus de 80), elle lui fit à chaque bras six piqûres qui donnèrent lieu à autant de pustules vaccinales. Du 3 au 5 juin ,
celte sage -femme porta l'enfant en question dans plusieurs communes et opéra les 80 vaccinations. Le 12 juin deux enfants de cette première série servirent à de nouvelles inoculations dont les résultats furent aussi malheureux que les premiers. Le 9 juillet trente enfants de ces deux séries présentaient des accidents syphilitiques primitifs ou secondaires bien caractérisés. M. Depaul rendit compte ensuite de Tenquête scientifique qu'il avait été chargé de faire avec M. Roger, sur les faits en question. Ces deux honorables académiciens eurent à examiner des enfants des deux séries dont il vient d'être parlé. Sur quarante-deux enfants de la première ils en trouvèrent plus de la moitié portant des traces manifestes d'une infection syphilitique; sur dix-sept delà seconde, quinze présentèrent également des signes de syphilis secondaire (1).
31. Il résulte du rapport des vaccinations du Lot qu'un petit garçon nommé Mas, reconnu parfaitement sain, fournit la vaccine à 22 enfants dont 13 présentaient tous les symptômes d'une infection syphilitique caractérisée. Cependant un examen plus approfondi du vaccinifère et de sa mère ne fit découvrir aucune trace de syphilis (2).
32. On lit dans le Journal Lyon Médicale du ' ^ février 1870 qu'on recouvra à l'hôpital militaire
(1) Qaz. Méd,, Paris, 1866, pag. 738.
(2) Jules GoÉaiN, Discours à t Académie de médecine, séaDCêdo 13avrill967
de Lyon deux soldats vacciués quelques mois précédemment et qui n'avaient jamais eu la syphilis. La pustule vaccinale fut longtemps à guérir; elle se transforma en ulcère syphilitique , puis il y eut des symptômes secondaires et spécialement des pustules ecthymateuses qui se développèrent plus tard sur les membres.
33. hà doct. Giskra ministre de V intérieur à Vienne fut interpellé au sein du parlement autrichien par le doct. Roser, s'il n'était pas à sa connaissance qu'un certain nombre d'enfants styriens avaient été infectés par la syphilis à la suite de la vaccination. Le milustre répondit que 55 l'avaient été en effet par la lymphe vaccinale provenant de Vienne (1).
34. Un autre cas est arrivé en Italie. Il faut en con naitre toutes les circonstances pour pouvoir l'apprécier au juste. François S... âgé d'un an, fut vacciné à C province de F. le 5 mai i870 avec la lymphe d'une petite fille qui servit à inoculer avec succès d'autres enfants. François S... était sain en apparence, mais il avait eu des croûtes* sur la peau et il était fils d'une femme que le mari avait répudiée pour cause d'infidélité. Au 4^^ jour après l'inoculation il eut la fièvre et son corps fut couvert d'une éruption qui n'empêcha pas le vaccinateur au 12 mai de semer dans 62 enfants l'humeur qu'il tira de deux pustules peu develoi^)ées, les seules qui se fussent formées sur 12 piqûres. Les
(1) kiu, MUab, 1 aoàl m%.
pustules qui en résultèrent ne tardèrent pas à prendre
un cours irrégulier, elles se transformèrent sur plusieurs en ulcères suivies d'éruptions cutanées et d'adénites d'un caractère indolent sous les aisselles et au cou. On informa de ce triste cas le commissaire du vaccin, qui inspectionna avec soin ces enfants le 23 et le 30 du même mois. Il constata que le vaccinifère S.... présentait le 24 mai au bras gauche à l'endroit où s'étaient formées les deux pustules, trois petites plaies d'un fond lardé avec adénites aux deux cavités des aisseilles et une éruption pàpiUiforme à la poitrine, au dos et à l'abdomen. Au 30 mai l'adénite était plus prononcée, de même que l'éruption. Sur 57 enfants visités 34 étaient affectés d'ulcères plus ou moins étendus à l'endroit des piqûres avec des érythèmes, des taches cuivrées et des adénites. Les autres n'avaient point de lésions ; les traces indiquaient que la vaccine avait eu un cours irrégulier ; car on ne voyait sur eux qu'une ou deux petites croûtes, quoique chacun eût reçu six piqûres. Nul de ces derniers ne fut ni alors ni plus tard affecté d'aucune maladie constittttionelle. Les premiers n'étaient pas encore guéris au "8 juillet. Pour arrêter la marche de la maladie on dut recourir au traitement anti-syphilitique qui les guérit parfaitement. M. Depaul signala encore en 1867 à l'académie un autre cas de syphilis vaccinale, mais l'examen que l'on fit des vaccinés après, quelques mois et l'état de santé du vaccinifère laissent plusieurs doutes sur la vérité de ce fait. En Angle*
582 DR LA VACCINATION — CHAPITRE XVfll
terre finalement, outre les cas déjà cités, M. Acharley dit que la syphilis a été communiquée par un enfant malade à un sain moyennant la vaccination. Les docteurs Barlow et Bennet le soupçonnent à leur tour, et MM. Fleming, Startin et Bristol disent qu'ils ont vu dès vaccinateurs publics communiquer insciemment la syphilis par la vaccination.
Mais ces vagues déclarations, qui ne sont pas assez détaillées et dont la plupart sont douteuses, furent repoussées par le docteur Ballard et par la Revue Britannique^ qui attribuèrent en grande partie les malheureux accidents dont nous avons parlé au réveil d'une syphilis latente dans T organisme. La même jR(?t?w^ (1869) assura que la vaccination avait été pratiqué jusqu'alors en Angleterre avec tant de soins et de précautions qu' elle ne donna lieu à auôun des accidents épouvantables qui désolèrent d'autres pays de l'Europe.
35. Il est toutefois juste de dire qu' il est arrivé plus tard en Angleterre un fait qui donna lieu à de graves discussions et éveilla dans ce pays la plus vive sollicitude. Le docteur Hutchinson inocula le 7 février 1871 à 13 jeunes adultes le vaccin d'un bel enfant. Tous, à l'exception d'un seul, eurent des boutons de vaccine normale qui marchèrent bien; chez tous, excepté deux, il y eut des chancres indurés dans les boutons ; chez presque tous, le bouton s'enflamma et s'endurit la cinquième ou la sixième semaine. Quelques-uns eurent deux ou trois chancres.
DE LA TRANSMI&SION DE LA SYP|ULIS ETC. 583
Aucun des vaccinés n'eut une éruption secondaire persistante; beaucoup eurent la fièvre un jour ou deux et une roséole passagère; chez tous le mal disparut sous r influence du traitement mercuriel. Les deux premiers vaccinés échappèrent à la contagion. Il est probable , dit M. Hutchinson, qu'ils reçurent de la lymphe pure, tandis que celle des autres contenait du sang. Durant l'inoculation, en effet, il jaillit du sang des boutons du vaccinifère. Le vaccinifère âgé de 4 mois avait le jour de l'opération toutes les apparences d' une parfaite santé et offrait à la vue de belles pustules. Deux mois après il commença à dépérir et présenta un condylome à Tanus. La commission d' enquête nommée par la société médicochirurgicale, les personnes des docteurs Samuel Wilks, Gascoyln, Savory, Thomas Smith, rapporta ce qui suit relativement à la première série des cas indiqués par le docteur Hutchinson.
€ Vaccinifère N. 1. Fille âgée de 7 mois; c'est elle qui a fourni le 7 février le vaccin de la première série: l'enfant est hydrocéphalique, sa tête est allongée et élargie en arrière, la fontanelle est un peu plus ouverte qu'à l'ordinaire; l'enfant est pâle, mais elle a une apparence de bonne santé. Les cinq marques de vaccin au bras gauche sont cicatrisées. Il n' y a pas d'autre éruption, le bras et les organes génitaux sont intacts; mais la mère déclare qu'il y a eu sur ces dernières parties des ulcères à la suite de la vaccination. On peut très-distinctement sentir les ganglions dans les
584 DE LA VACCINATION — CHAPITHE XVlIl
deux aines. La mère est pâle et dit qu'elle a toujours été ainsi. La santé en est bonne.
On a examiné le 16 mai les personnes suivantes qui ont reçu la vaccine de T enfant dont on vient de parler.
« L Femme âgée de 27 ans, robuste, bien portante, grasse, d'un teint frais; trois marques vaccinales au bras gauche en ligne horizontale et dont l'externe n'est pas encore cicatrisée. La base en est légèrement tuméfiée. M. Hutchinson constate que cette fille est restée toujours chez elle avec des amis et qu'elle a pris régulièrement ses remèdes. >
< IL Homme âgé de 18 ans, commis papetier à Wetstminster. Très-brun, apparence strumeuse; trois cicatrices au bras gauche ressemblant exactement à une vaccination récente. Quelques taches d'acné sur les épaules et sur le haut de la poitrine ».
< lU. Jeune homme de 19 ans, garçon de magazin dans la cité ; apparence de bonne santé. lia eu à la suite de la vaccination un ulcère plus large qu'une pièce d'un schelling au bras droit. L'ulcère est couvert de croûtes avec tendance légère à s'écailler; la base a l'apparence cuivrée. Rien autre >.
La même commission fit aussi un rapport sur la deuxième série des cas.
< Vaccinifère N. 2. Du sexe masculin, 7 mois. H a servi le 13 février à vacciner la série des cas rapportés par M. Hutchinson le 9 mai et présentés à son observation par M. Haren Tay. L'enfant est hydrocépha*
lique, sa tête est à peu près uniformément élargie, les fontanelles sont peut-être un peu plus ourertes que d'habitude. L'enfant est pâle, d'apparence délicate; il a au front une légère éruption erpétique, mais il est trè&éyeiUé. Il respire bruyamment par le nés; la mère attribue cette indisposition à un refroidissement et à la dentition. 11 a une petite cicatrice à l'anus, semblable à celles qui succèdent à une ulcération. Les glandes des deux aines sont grosses et isolées; il a sur le bras droit cinq marques vaccinales parfaitement guéries. La mère est bien constituée, fraîche, avec apparence de santé; elle n'a jamais été malade; c'est son premier enfant; elle n'a jamais eu d'à vertement et de pertes, ni d'ulcères au mamelon. Elle dit que son enfant a été accidentellement nourri avec la maîtresse de la maison et ses enfants, que Tun d'eux a été malade et a été envoyé pour cela à Croydon, que la mère a été soignée à l'hôpital; mais qu'elle n'a jamais eu de rapport avec aucun d'eux. Le père a 27 ans ; c'est un menuisier; il est maigre, pâle, mais il a l'apparence de la santé. Il y a treize ans qu'il est dans le même état; il n'a jamais eu, affirme-t-i^de maladie vénérienne, et en effet il se soumit sans préparatif à notre examen. On ne trouve rien que des glandes isolées à la partie interne de la joue en face de la grosse molaire gauche. Il n'a jamais eu que la rou« geôle et la coqueluche.
L < E. T., fille âgée de 4 ans et demi, pâle, chétive, apparence strumeuse. Sur le bras droit deux
586 DR LA VACCINATION — CHAPITRE tVHI
ulcères couverts de croûtes dont le plus large a une base gonflée superficielle et donne la sensation du cuir lorsqu'on le comprime; la surface a une tendance à s'écailler. Les ganglions de Taisselle correspondante sont gonflés; il y a une éruption écailleuse consistant en petites taches, circonscrites, pour la plupart circulaires, de couleur cuivrée, sur le dos du cou, à la partie inférieure de Tabdomen, à la partie supérieure et externe des cuisses >. Les ganglions de l 'aine et postcervicaux sont hypertrophiés et séparés. Les deux amygdales sont excavées, mais non ulcérées.
< IL E. T., de 18 mois, bonne apparence, gras; sur le bras gauche des marques vaccinales de couleur brune qui s'écaillent à leur surface, mais ne sont pas ulcérées. Elles ont une base tuméfiée, comme dans le cas précédent. Le tronc est flétri; il porte de petites taches éoailleuses ressemblant à celles du malade précédent et très-disséminées sur l'abdomen. Les ganglions inguinaux sont très-apparents; il y a des ulcérations très-marquées sur les deux amygdales. La mère de cet enfant et de la fille précédente a une apparence de santé, elle n'a pas été malade. Une enquête minutieuse permet d' assurer que ni elle ni ses enfants n'ont eu la syphilis antérieurement».
€ III. W. G., âgé de dix ans. C'est un garçon maigre, mais qui a l'apparence de la santé. Sa mère dit qu'il a maigri dernièrement. On voit au bras gauche des traces évidentes de la vaccination pratiquée dans sa première enfance, et au-dessous deux grands
ulcères couverts de croûtes à bases tuméfiées, et bien circonscrits et entourés d'une aréole sombre. Les ganglions de Taisselle correspondante sont tuméfiés. On sent très-bien ceux de Taine et du cou. Il y a éruption écailleuse qui consiste en petites taches annulaires sur le tronc et les jambes; de plus un ulcère sur chaque amygdale dont la surface est grisâtre. La mère est une femme avec toute T apparence de la santé. Ni elle ni son fils n'ont jamais eu de maladie vénérienne.
N. 37. Le docteur Hutchinson notifia le 28 janvier 1873 deux nouveaux cas à la même société médicale.
€ I. C'est un négociant âgé de 46 ans qui entre à rhôpital ophtalmique de Moorfields pour une double iritis ; il présente deux ulcères aux amygdales, mais rien aux organes génitaux. Sur un bras il y a deux ou trois ulcérations couvertes de croûtes larges comme des pièces d'un schelling, à bord indurés; il y a un bubon indolent à l'aisselle correspondante. Il raconte qu'il a été vacciné il y a trois mois ; que les boutons vaccinaux s'enflammèrent et s'ulcérèrent un mois après l'opération. Quinze jours après, il eut une éruption, et enfin quinze jours plus tard l' iritis. Le mercure guérit riritis et l'éruption. Douze autres personnes ont reçu le vaccin du même vaccinifère, sans présenter d'accidents ; sur deux ou trois les boutons ont guéri lentement. Quant à l'enfant il n'avait rien, parait-il, au moment de la vaccination. M. Hutchinson le visita depuis; il est gros et gras et n'a d'autre signe
58B DE LA TAOCINATION — GHAPITHB ZVIII
de syphilis héréditaire qu'un certain enfoncement du nezy auquel M. Hutchinson attache beaucoup d'importance >. *"
« IL II s^agit d'une dame de 45 ans qui consulta M/ Hutchinson, en décembre 18729 sur une tumeur vasculaire de l'urètre. L'examen constata des traces d'une sérieuse éruption syphylitique. Elle fit observer qu'elle fut très-souffrante après avbir été vaccinée, et qu'elle eut une éruption très sérieuse et de l'inflammation à un oeil. Elle avait un ulcère de couleur sombre à la place d'une des cicatrices vaccinales et une sinéchie à l'oeil gauche qui rendait compte de riritis. Cette dame fut vaccinée en mai 1871 par quatre piqûres dont aucune ne produisit de bouton vaccinal. Un mois après l'inflammation d'une des piqûres, il se développa un ulcère à bords indurés qui dura trois mois. Deux ou trois semaines après, (deux mois environ après la vaccination) l'éruption apparut, et la dame tomba malade. En même temps qu'elle avaient été vaccinées ses deux grandes filles qui n'eurent rien. D'après le vacpinateur, le vaccinifère était sain: pourtant à l'époque de la dentition il eut des ulcérations à l'anus. Qn le traita trois mois dans un dispensaire (1). Nous avons terminé l'ingrate tâche d'exposer succinctement et véridiquement les faits les plus détaillés et les plus importants qu'il nous a été donné de pouvoir recueillir. Si nous ne considérons que les 37 cas rap-
(t) GauUê méd., Paris. N. M, 1873.
DE LA TRANUIISSION DE LA SYfBlLIS RTC 589
portés et la forme pour ainsi dire épidômique avec laquelle la contagion s'est répandue dans ({uelques localités, une profonde tristesse s'empare de notre âme, et notre foi dans l'innocuité de la découverte de Jenner devient vacillante. Les noires couleurs avec lesquelles on nous a décrit l'invasion et la diffusion de cette terrible maladie au milieu des populations épouvantées, éveillent certainement en nous une grande défiance à Fégard de la vaccination de bras à bras. Mais si nou<^ comparons ce petit nombre de cas recueillis dans divers pays de l'Europe avec le nombre infini de vaccinations pratiquées jusqu'ici, notre esprit se rassure, se tranquillise, et doutant en quelque sorte de la véridicité de ces faits isolés, nous sommes conduits à en chercher l'explication dans l'éventualité de quelque circonstance extraordinaire, étrangère au vaccin.
Tout en admettant les cas cités. Briquet fit en 1865 une statistique curieuse. Les enfants affectés de syphilis seraient 200 sur un demi-milliard de vaccinés, c'est-à-dire dans le rapport de 1 sur 3,000,000. Quelle énorme disproportion! Si les cas constatés de transmissions de syphilis au moyen de la vaccination sont en très-petit nombre, ils suffisent cependant, et nous dirons même qu'ils sont déjà trop nombreux, pour ne pas insinuer le doute que ce fait puisse avoir lieu. Mais tout en admettant cette possibilité, nous souscrivons volontiers à l'heureuse expression de Trousseau < que cette transmission est prodigieusement rare » et à celle de Richard < qu'elle est extré*
590 DE LA VACaNATlON — CHAPITRE XYIII
merrient difficile», et nous ne pouvons nullement nous ranger à Ta vis de ceux qui voudraient en faire un épou vantail pour les populations. L'analyse rigoureuse que nous tâcherons de faire des cas susdits, nous fournira une preuve certaine de cette vérité.
Nous distribuons les faits en question en deux catégories; dans la première nous comprenons ceux qui, selon nous, ne peuvent point s'attribuer au vaccin, ou qui ne sont pas assez détaillés pour que l'on puisse convenablement les apprécier; et dans la seconde les faits plus circonstanciés qui furent l'objet de savantes discussions et peuvent par conséquent nous fournir plus d'éléments pour résoudre le grave problème qui nous occupe. Nous suivons le même ordre que nous avons adopté pour le récit des faits. Le premier raconté par le doct. Galbiati a plutôt trait au réveil d'une syphilis latente. Il n'y a donc point de transmission; car, dit-il, cette petite fille avait en général le corps couvert d'ulcères syphilitiques peu de jours après la vaccination. Nous verrons plus loin que l'éruption générale de la syphilis dans les transmissions en question a lieu, au contraire, bien plus tard, et qu'elle est précédée par des accidents vénériens sur la pustule vaccinale.
Le 2^^ rapporté par Marcolini est bien douteux. Il résulte de sa relation que la vaccinifère Sciblino était au moment où elle fournit la lymphe, saine en apparence. Ce ne fut que quelques jours plus tard qu'il se manifesta sur son corps une éruption cutanée «
saivie de symptômes syphilitiques. M. Marcolini dit que la pustule qui donna la lymphe présentait les caractères vacciniques ordinaires. Dix enfants furent vaccinés avec cette matière, et, dit-il encore, ils contractèrent la syphilis. Mais nous devons signaler ici de graves lacunes. Nous noterons avant tout qu'on ne procéda à l'inspection des enfants qu'une année après la vaccination, et que quatre enfants étaient déjà morts, sans que les médecins qui les soignèrent eussent pu constater si c'était véritablement à la syphiHs qu'il avaient succombé. Les détails ont été fournis par les parents seuls, et il est par conséquent permis de douter de leur exactitude. Un de. ces enfants vécut encore un mois après la vaccination, et succomba ensuite à la dyssenterie, maladie répandue alors parmi les enfants. Pour celui-ci il n'y aurait donc plus d'infection syphilitique. Quant aux autres il nous manque la circonstance extrêmement importante du commencement de la maladie. Il ne résulte nullement du rapport de Marcolini que les pustules vaccinales aient dégénéré en ulcères; mais bien au contraire qu'elle parcoururent régulièrement leurs phases. Ici encore l'accident primitif ferait défaut. Pour plusieurs on n'a guères bien distingué le temps oU se sont manifestés lés symptômes secondaires, les croûtes sur la peau, les condylomes à l'anus etc. Pour un on a dit un mois, pour un autre 25 jours, pour un troisième, notez bien, seulement quelques jours. Il résulte en outre du rapport que pour les six
59t DE LA VACCINATION -<- eHAPITRC XVIII
autres le temps passe entre la vaceination et Tapparition àes^ symptômes secondaires a été bien court. De plus un de ces enfants guérit sous la direction empirique d*une femme, et il paraît qu*un autre fut infecté de scrofkiles plutôt que de syphilis. Quelquesuns communiquèrent leur maladie aux mères et aux parents, d'autres non. Ce qu*il faut noter c'est qu'aucun des maris de ces femmes dites infectées et avec tosquelles ils continuèrent leur commerce conjugal ne contracta le virus. On prit sur les enfants susdits la matière pour en inoculer trente autres. De 17 on ne sut rien ; six eurent une vaccine illégitime et sept une heureuse issue. De ces 13 derniers que l'on put visiter, un fut affecté de condylomes à l'anus et d'o^ cères dans la bouche, et ce après que le vaccin avait fait son cours régulier. Ces faits n'étaient pas encore publiés qu'ils furent repoussés et taxés d'incohérence par le doct. Fantonetti. Nous ne pouvons en juger nous-mêmes autrement ; car il nous paraît que si de véritables phénomènes de syphilis se sont produits sur quelques-uns des enfants susdits, ils n'ont été que la conséquence d'une syphilis latente, réveillée par la vaccination. 11 nous semble que si réellement les pustules vaccinales avaient dégénéré, les parents n'auraient pas manqué d'en faire mention.
9^^ fait. — Ici plus qu'ailleurs existe le soupçon d^lne syphilis latente, développée par la vaccine. Le doct. Marcolini même qui le rapporte, n'exclut pas le doute; car il résulte que les vaccinifères jouissaient
DE LA TRANSlU8SI0iN DE LA SYPHILIS ETC. 593
ce jour-là et plus tard d'une parfaite santé , et que les enfants vaccinés contemporainement à Rose Fantini furent toujours sains.
Pour ce qui regarde le 7«^« et le 8°^« cas, Viennois, Rollet et Gamberîni les ont considérés comme un réveil de syphilis latente dans l'organisme avant la vaccination. Il suffit pour s'en convaincre de la simple lecture des faits.
Relativement à ce que le doct. Wegeber nous dit (lO'»^ cas) être arrivé à un vétérinaire, bien qu'on ait observé dans ce cas des ulcères à l'endroit des piqûres, les détails que nous avons sur l'état de santé du vaocinifère sont très-contradictoires. Il paraissait sain au moment de la vaccination, et il ne fut couvert que plus tard d'une éruption reconnue d'un caractère syphilitique. On fit une vérification sur le corps des parents, et on les trouva sains. La vaccine inoculée sur Tenfant en question ne transmit aucune maladie à ceux qui furent vaccinés contemporainement. Il y a (le plus. Les pustules vaccinales ne se seraient point développées régulièrement; mais d'une manière progressive. Au 9°^« jour elles ne pouvaient encore servir à la revaccination, qui ne se fit qu'au ll"^* et au i2«»« jour. Il faut aussi remarquer que cette lymphe ne prit sur aucun, et que ce ne fut qu'après trois ou quatre semaines que parurent les ulcères syphilitiques. Quoiqu'il ne s'agisse ici que de revacciner, cette circonstance doit être dûment évaluée si l'on a égard au développement irrégulier de la pustule qui a 38 — Parola, vol. I, De la vaccination.
594 DE LA VACaNATlON — CHAPITRE XVIII
fourni la lymphe» C'est à la suite de ces observations qu'un illustre syphilographe italien, le prof. Gambérini, a manifesté le soupçon que les pustules de cet enfant n'étaient pas vaccinales mais vénériennes. Et ce doute devient encore plus fort si Ton considère que ces revaccinations ont été opérées par un vétérinaire qui ne connaissait peut-être pas trop les véritables caractères de la pustule vaccinale. Nous devons, par conséquent, faire nos réserves sur le fait en question.
Si nous passons au 12, 13, 14 et 15 cas racontés par le doct. Whitkead, nous pouvons dire que si les symptômes primitifs sur le bras et les symptômes secondaires sur les diflférentes parties du corps sont soigneusement exposés, nous n'avons cependant aucun renseignement sur les vaccinifères. Ce n'est que dans un seul cas (le 13"*®) que l'on fait mention de la bonne santé des parents. Dans le premier (le 12°*«) il est évident que cet enfant avait déjà une constitution maladive lorsqu'il fut vacciné. C'est pourquoi Viennois, RoUet, Gambérini et Pacchiotti n'ont pas caché leur doute sur cette circonstance, à savoir si la vaccination a été la cause efficiente ou la cause occasionnelle de la syphilis. Bal lard et la Revite Britannique ont émis un doute semblable. Quant à nous, vu l'excessive concision de ces faits, et le défaut de certaines données très-importantes, nous nous rangeons au même avis, car ces cas ne donnent aucunement lieu à d'utiles déductions.
Les mêmes objections ont été faites contre l'autre
cas (le lô»»®). Il est aussi trop concis et incomplet, et manque de détails sur le vaccinifère. De plus il paraît que c'est le seul ulcère syphilitique, et non le vaccinal, qui s'est développé sur cet enfant.
22°^e cas. Le rapport du doct. Adelasio a constaté le caractère syphilitique des enfants vaccinés , puis des mères, des nourrices et de divers parents. Une des vaccinées, dit-il, infecta sa mère, une sœur et une nourrice qui l'allaita temporairement; et cette dernière infecta à son tour deux nourrissons, dont un communiqua la maladie à sfi mère. Tout cela est vrai, mais Torigine de la maladie est fort obscure. Au dire des mères, la Garenini était bien portante et d'un beau teint, mais elle avait ci et là sur la peau une éruption semblable à la varicelle. Le doct. Adelasio nous dit que les pustules vaccinales étaient belles, que l'opération du médecin avait été faite régulièrement, qu'à l'ouverture des pustules il ne sortit point de sang, et qu'on ft<e servit de l'aiguille. Les cicatrices observées une année après étaient belles, de la longueur de 6 à 7 millimètres, et d'une teinte délicate tant soit peu plus blanche que la peau. Le corps de la Garenini était net, lisse, sans tâches, sans cicatrices, sans croûtes à la tête, sans engorgement aux glandes et avec les parties génitales dans un état normal. De plus le docteur Adelasio fit sur le père et la mère une inspection presque fiscale des tissus cutanés, muqueux, lymphatiques, glandulaires et connexes des organes génitaux, des mamelles, de la bouche, du gosier et des condi-
596 DB LA VACaSATCON — CHAPITRK XVllI
tiOQs générales et dut se convaincre qu'ils étaient sains et qu'ils ne présentaient aucun symptôme qui fît soupçonner une affection syphilitique. Ils admirent que leur enfant était au moment de la vaccination légèrement affectée de chaleur à la peau provenant, dirent-ils, de ce qu'elle était restée exposée au soleil. D'après le récit des mères, il paraîtrait qu'elle eut aussi une éruption papillo-vésicuiaire sans eonséquence et guérie sans traitement. Tels sont les détails donnés par le rapport en question. Nous les avons exposés entièrement, vu l'importance du cas. Il paraîtrait en conséquence que la vaccinifère Carenini ne pouvait être considérée comme affectée de syphilis. Mais d'autre part, on sait aussi que le vaccin conservé dans des tubes depuis 1861 ne contenait aucun virus syphilitique, car aucun de ceux qui en furent inoculés dans cette saison, n'offritdessymptômes vénériens, et la Garenini même vaccinée avec le pus conservé en cette année ne donna aucun signe de semblables symptômes locaux. Quelle fut donc l'origine de cette maladie? Le doct. Adelasio tout en déclarant qu'il ne peut admettre l'hypotlièse que la Garenini fût affectée de syphilis héréditaire, soutient néanmoins que l'éruption dont elle était affectée, était une syphilis secondaire d'un caractère léger. Il croit qu'elle s'est développée en coïncidence vaccin, après que l'enfant eut supéré avec manifestation locale les premières phases I inaperçue; et à l'appui de son
opinion il cite les résultats d'une enquête qu'il fit dans cette commune. Il résulte des recettes et des registres du pharmacien que la syphilis bien qu'étrangère les années précédentes à cette commune , s' y glissa presque inaperçue en proportions limitées le 8 octobre 186i, et précisément dans la localité oU fut pratiquée la première vaccination en 1862 (15 mai). Mais nous ne pouvons admettre comme bonne la supposition du doct. Adelasio. Et d'abord, comment la syphilis aurait-elle infecté la Garenini, si l'on n'en a jamais constaté la présence, et si elle n'a laissé aucune trace ? Quelles preuves a-ton pour avancer que l'éruption cutanée (on ne sait pas trop si elle était préexistante ou non à la revaccinîition) était une varicelle syphilitique? Nous ne savons rien de sa durée ni de ses caractères, et elle ne laissa aucune trace. On n'a aucune autre donnée, sauf qu'elle fut bénigne, qu'elle guérit de soi-même sans aucune conséquence et que l'état général de cette enfant était excellent. Retrouvonsnous donc là les caractères d'une syphilis enfantine ? Gomment cette maladie put-elle infecter tellement les autres enfants que plusieurs succombèrent et que leurs parents mêmes en furent infectés? Fondons-nous sur la logique et sur l'expérience, et concluons que la Garenini n'a pas été le point de départ de l'infection syphilitique qui régna à Torre dei Busi. Notons encore le fait que sur 6 vaccinés un fut complètement exempt de toute maladie. Si le vaccin avait été syphilitique, pourquoi n^aurait-il pas infecté ce dernier?
598 DE LA VACCINATION — CHAPITRR XTIII
Mais attribuons plutôt ce fait à la syphilis qui commençait à se répandre dans le. pays. L'aiguille du vaccinateur infectée de la lymphe ou du sang de quelque autre enfant atteint de syphilis héréditaire, a pu la transporter sur les bras des autres vaccinés. Concluons donc que rorigine de la maladie est pour le moins fort obscure dans ce cas, et que ce n'est pas au vaccin qu'on doit l'attribuer, mais bien à d'autres causes.
23'n«cas. — Ici les symptômes de la syphilis ne nous paraissent pas assez évidents. Notons que les mères qui, d'après ce qu'on a dit, ont contracté cette maladie, avaient les tétins sains, bien que l'une eût des ulcères aux parties génitales, et l'autre unegonorrhée, affections qui guérirent d'ailleurs en peu de temps-
Nous plaçons aussi entre les cas fort douteux le
2410e observé à l'HOtel-Dieu. Sistach et Ricord en onl
trouvé l'origine bien problématique. Us admettent
comme seule coïncidence l'apparition de la syphilis et
de la vaccination; ils remarquent quel'incubationa été
plus longue que d'ordinaire, et que les quatre autres
enfants vaccinés avec le môme pus n'ont eu aucune
infection. Se fondant sur l'autorité de Désormais,
habile praticien, Bousquet observe qu'on a pu se faire
illusion dans le diagnostic de la maladie de Tutérus.
Trousseau qui a admis l' origine de l'ulcère ecthyma-
sur le bras à la suite de la vaccination, a ce-
ant déclaré qu'il est probable que du sang s'est
au vaccin ; ce ftit la dernière vaccinée, et la pus-
tule qui a fourni la matière n'avait que six jours. Il y a d'autre part bien du doute sur la moralité de cette femme qui devint ensuite, selon l'expression de Juvénal, nottssima fossa de la closerie des lilas. Depaul lui-même, ardent défenseur de la syphilis vaccinale, déclara à l'académie de médecine que ce fait ne prouve absolument rien.
26™«cas. — On ne peut qu'applaudir à la réserve avec laquelle M. Devergie a présenté le fait en question ; on ne peut de même ne pas se ranger à l'avis du doct. Gosselin qui admet pourtant la transmission de la syphilis par la vaccination. Il dit à propos de ce fait: € On n'a ni l'observation de l'enfant vacciniPàre, ni celle de ses parents, ni celle des enfants qui ont été vaccinés avec la même matière. L'observation est donc insuffisante; il peut s'y être glissé des erreurs >. Depaul admet aussi que ce cas ne prouve rien. Le prof. Galligo de Florence le qualifie dans son traité des maladies vénériennes de peu d'importance, parce que le vacciné étant presque pubère, on peut attribuer la syphilis à une autre cause.
33™« cas. — On n'a aucune donnée sur le vaccinifère et sur l'opération: les détails sur le développement de l'ulcère au bras sont trop vagues, et l'ulcère n'a d'ailleurs été observé que quelques mois après la vaccination. Peut-on assurer que ces soldats n'étaient pas infectés de syphilis avant la vaccination ? Faisons en conséquence nos* réserves.
Le 34*»« cas manque aussi des éléments indispensables, et l'on ne peut en tirer aucun corollaire utile.
Quant aux deux derniers cas dont il est question au n. 37 il nous parait que rorigine de la syphilis par la vaccination est fort incertaine dans le premier. Monsieur Hutcbinson qui le rapporte en convient également; car le vaccinifère ne présenta quelque temps après la vaccination qu'un signe fort douteux de syphilis héréditaire dans l'enfoncement du nez. De plus douze personnes vaccinées contemporainement ne contractèrent aucune affection. Il est donc fort probable que le seul individu, âgé de 46 ans, qui manifesta des symptômes de syphilis un mois après la vaccination, en était déjà infecté antérieurement, comme le fît observer le docteur Meric à la société médicale de Londres. Du deuxième cas du même n. 37 il résulte que de trois femmes vaccinées contemporainement une seule, âgée de 45 ans, vit un mois après se développer sur une des 4 piqûres un ulcère qui dura trois mois avec les symptômes détaillés dans le rapport Il faut observer à ce sujet qu'il ne sortit aucun bouton vaccinal, et que le vaccimfêre, comme l*a dit le vaccinateur, était parfaitement sain au moment oti i) fournit le pus, et qu'il ne présenta des ulcérations à l'anus qu'à l'époque de la dentition. En résumé nous estimons qu'il convient de douter de l'origine vaccinale de la maladie syphilitique en question, vu sll^ tout que ce cas manque des données essentielles.
Nous nous sommes un peu étendus dans l'analyse précédents; nous en avons constaté les iaemarqué que l'on ne peut raisonnablement
dans la plupart des mêmes attribuer la syphilis à la vaccination. Dans une question si importante il ne suffit pas de citer des faits incomplets, mais il faut en examiner toutes les particularités, si Ton ne veut point en tirer des conclusions prématurées et imprudentes. Il faut surtoutremonter à la première origine de la maladie pour ne pas attribuer au vaccin ce qui est dû à d'autres causes. Mais si la transmission de la syphilis n'est pas suffisamment prouvée par les faits en question (dans la plupart des mêmes la vaccine n'a été que l'occasion de la manifestation de la maladie), il y en a cependant quelques-uns qui nous font craindre que l'inoculation a pu transmettre ce virus. Il est par conséquent nécessaire d'entourer la vaccination de toutes les précautions possibles.
Avant d'examiner les cas de la 2™® catégorie dont quelques-uns sont une preuve incontestable de la transmission du virus vénérien par la vaccination, occupons-nous d'abord des graves questions qui se font aujourd'hui au sujet du mode de transmission. Cette étude faite, nous pourrons plus facilement expliquer les cas dont il s'agit.
MM. Monteggia, Marcolini et Gerioli avaient à peine publié leurs observations, que l'italien Annibal Omodei émettait dans ses Annales universelles de médecine le doute que la transmission syphilitique devait être attribuée moins au virus vaccinal qu'au sang inoculé avec le même. Cette idée fut longtemps stérile et sans adeptes; les syphilographes les plus
602 pt LA VACCINATION — CHAPITRE XTllI
renommés suivaient la doctrine de Hunter, établissant que le sang des syphilitiques n'est pas contagieux.
Plus tard on fit des expériences sur les animaux ; d'où il résulta la possibilité de la transmission par r inoculation du sang des maladies virulentes , lâ morve, le charbon , la rage , la variole etc. C est surtout à MM. Lebel, Goleman, Bouley et Renault que nous devons ces essais qui tendaient à faire admettre que le sang des infectés de syphilis est conta^eux.
En 1848 Levrat l'aîné annonça à l'académie de médecine de Lyon que la syphilis se transmettait par la vaccination en mêlant du sang au virus vaccinal. Mais le doute n'était pas encore résolu par des inoculations directes. Walter de Prague fit en 1850 l'inoculation du sang d'un individu affecté de syphilis, et en obtint un résultat positif. Voici en succint ce fait important. Au moyen de scarifications pratiquées avec un instrument neuf, cet opérateur prit du sang à une jeune femme affectée de syphilis constitutionnelle et l'appliqua à l'état coagulé partie à Y aide d'une baguette de bois, et partie au inoyen de charpies, sur des incisions pratiquées à la cuisse d'un enfant qui était presque guéri d' un lupus exfoliativus au visage. Après trois jours les blessures furent tout à fait cicatrisées. Trente-quatre jours après l'inoculation il se forma à l'endroit oh elle avait été pratiquée deux tubercules distincts, du volume d'un pois sec, d*uD rouge pâle et qui ne causaient aucune démangeaison. Ils se couvrirent ensuite d'écaillés et furent entourés
DB LA TRANSMISSION DE LA SYPUlLlS ETC. 603
d'ane aréole d'un rouge obscur. La peau sous-jacente aux tubercules s'indura; il se forma à la surface des mêmes une ulcération , et sur celle-ci une croûte mince brunâtre. La base de Tulcère avait les dimensions d'un œuf de pigeon, et une auréole d'un rouge cuivré en entourait les bords. La croûte étant enlevée, le fond de l'ulcération fut visible. Il était enfoncé en infundibulum lardacé. Depuis quelques jours il s'était aussi formé à l'épaule gauche un tubercule isolé, gros comme un pois, rougeâtre et couvert de rares Vailles. Soixante-cinq jours après l'inoculation et 32 jours après l'apparition des premiers tubercules une roséole syphilitique des mieux caractérisées se manifesta sur la peau du bas ventre, sur le dos, la poitrine et les cuisses. L'ulcération de la cuisse eut la largeur d'un thaler. Dans les jours subséquents l'éruption des taches devint tellement abondante que le corps entier, sans en excepter le visage, en fut parsemé. Plusieurs taches se soulevèrent en papules et en tubercules, et dès lors on constata la présence de la syphilis.
On a en outre les expériences communiquées en 1856 à l'association médicale du Palatinat au nom d'un anonyme par le secrétaire de la même qui s'est fait garant de leur exactitude. Sur neuf inoculations faites à des individus sains avec le sang d'un sujet affecté de syphilis, trois eurent un résultat positif là seulement où une large surface absorbante avait été frictionnée.
En 1859 Gibert se servit d'un individu syphilitique
t>Oi DE LA VACCINATION — CHAPITRE XVIlt
qui avait sur le front une large papule squameuse. Le 9 février la pointe d'une lancette fut enfoncée dans la circonférence de cette papule, et se chargea d'un sang un peu séreux qui fut immédiatement inoculé à la partie supérieure de la face palmaire de Tayant-bras droit d'un individu aflfecté de lupus au visage. Cinquante jours après cette inoculation on vit au point où elle avait eu lieu une papule rougeâtre, irrégulière, légèrement squameuse, sèche, de la largeur d'une pièce de cinquante centimes environ. Audessus et autour de cette plaque on découvrit quelques taches cuivrées un peu saillantes constituant le commencement de la syphilis squameuse consécutive qui s'étendit plus tard aux autres régions du corps. Un ganglion douloureux plus gros qu'une noisette, s'était développé à l'aisselle correspondante.
Lalagade nous raconte avoir pratiqué sur lui-même en 1860 trois inoculations avec le sang d'individus affectés de syphilis. Le résultat fut négatif. Thiry et ses internes Spaalk, Leclerc et Max firent de semblables essais sur leur propre corps. Plusieurs années auparavant les expériences de Diday avec le sang de syphilitiques tertiaires furent aussi négatives ( i ). Le prof. Pierre Pelizzari de Florence inocula la même année le sang d'une femme affectée de syphilis constitutionnelle à deux jeunes docteurs, MM. Billi et Testi, qui s'étaient courageusement offerts pour cette expérience, bien
'J) Galligo, I. c, ptg. 741.
que prévenus du danger auquel ils s'exposaient. Ils ne furent point infectés. Mais l'expérience qui contribua davantage à éclairer cette question et fixa à juste titre l'attention des savants, fut celle que le professeur Pelizzari refit en 1862 sur la demande des doct. Bargioni, Rosi et Passigli qui n'avaient jamais contracté de maladie vénérienne. Il y eut résultat positif chez le doct. Bargioni et négatif chez les deux autres. Ce fait est si important soit en vue des précautions dont on entoura l'expérience, soit à cause de l'observation diligente qui en fut faite et qui est d'autant plus parfaite que le patient était médecin, que nous croyons devoir le reproduire en entier.
Le 6 février 1862, devant presque tous les praticiens de l'école, le doct. Pelizzari inocula aux doct. Gustave Bargioni et Henri Rosi, praticiens externes, et à Henri Passigli, chirurgien interne, tous indemnes d'antécédents syphilitiques , le sang d' une femme A. L. de Pontassiève, âgée de 25 ans, et enceinte de six mois. Quarante ou cinquante jours avant son entrée à l'hôpital, cette femme avait remarqué aux parties génitales une bulle qui s'était multipliée j)lus tard. Examinée avec soin la malade présentait aux parties génitales des papules muqueuses, très-confluentes et sécrétant une humeur abondante. Une de ces papules située sur la grande lèvre gauche vers la commissure inférieure, précisément au point oU avait existé la première forme de la maladie, était plus grande et plus relevée que les autres avec une induration syphi-
litique à la base. C'était ou l'ulcère infectant transformé en plaques muqueuses ou une plaque muqueuse développée sur la cicatrice de Tulcère primitif. On rencontrait aussi des papules muqueuses au pourtour de l'anus, et des glandes grosses, dures et indolentes aux aines. Il y avait sur le tronc un éry thème assez confluent; on distinguait aussi des adénopaties sur la région postérieure du cou et des pustules acnéiformes sur le cuir chevelu. Point de traitement antérieur. On fit à cette femme une saignée de la céphalique au pli du bras droit; aucune manifestation éruptive n' existait dans cette région qui fut d'abord lavée. Le chirurgien se lava soigneusement les mains; le ruban, la lancette, le vase destiné à recevoir le sang, étaient tout à fait neufs. Le sang à peine extrait, on en imbiba un plumasseau de charpie que l'on appliqua au doct. Bargioni à la région supérieure et externe du bras gauche au niveau de l'insertion du deltoïde, où l'on avait enlevé l'épiderme et fait trois incisions transversales. La même chose fut pratiquée au doct. Henri Rosi, avec la différence que l'abrasion de l'épiderme fut faite à la région supérieure et interne de l'avant-bras gauche, et que le sang était déjà refroidi. Au doct. Passigli qui fut le troisième, l'insertion fut pratiquée à la même r^ion et de la même manière qu'au docteur Bargioni, mais le sang était presque entièrement coagulé. Par conséquent on appliqua sur la surface extérieure, outre la partie liquide, un peu de caillot. L'étendue de la su^
face destinée à rinoculatioQ fut chez tous de 2 centimètres de longueur et de largeur. Vingt-quatre heures après on enleva la bande au doct. Bargioni, et on ne trouva rien de particulier sur là surface qui avait servi à l'inoculation, si Ton en excepte une croûte mince et noirâtre due au sang extravasé et desséché. Le même jour la charpie fut enlevée aux deux autres, sans rien trouver qui méritât une considération spéciale. Quatre jours après plus de trace d'inoculation sur aucun. Le 3 mars, au matin, le doct. Bargioni remarqua au centre de la surface où avait été inoculé le sang une petite élevure qui lui occasionnait un peu de prurit. M. Pelizzari examina le bras, et vit au point indiqué une petite papule de forme arrondie et d'une couleur rouge, plutôt formée. Il ne reconnut aucune induration à la base de la papule ni aucun engorgement des glandes axillaires. Afin de la garantir de tout frottement, il appliqua des linges cératés sur la papule qui alla en augmentant de façon à atteindre dans huit jours la dimension d'une pièce de 20 centimes. Le il la papule était couverte d'une écaille mince argentée et très-adhérente qui commença à se briser dans la partie centrale. Le 14 on sentait à l'aisselle deux glandes grosses comme une noisette, mobiles et indolentes. La papule était indolente, seulement la sensibilité était un peu augmentée. Le 19 en pressant sur la squame qui couvrait la papule, on voyait sortir de la périphérie une petite quantité de sérosité purulente, et la pression causait un peu de douleur.
Les glandes axillaires étaient devenues plus grosses et plus dures, mais elles restaient indolentes. On ne sentait aucune induration à la base de la papule. Le 21, la squame était transformée en vraie croûte qui commençait à se détacher sur quelques points de la périphérie laissant clairement voir au-dessous une surface ulcérée et une légère induration à la base. Le 22, on enleva la croûte qui laissa à découvert un ulcère d'aspect infundibuliforme ; les bords avaient une certaine résistance élastique représentant très-bien l'induration annulaire. Ils étaient tuméfiés, adhérents et obliques par rapport au fond de Tulcère qui suintait très-peu et était couvert d'une couche presque diphthérique. Très-peu de douleur. L'ulcère fut traité avec de la simple charpie sèche. Le 26, il s'était étendu jusqu'à avoir le diamètre d'une pièce de 50 centimes et était devenu plus sécrétant; sa figure était celle d'un petit entonnoir renversé. L'induration était fort augmentée; on continua le simple traitement de la charpie sèche; le doct. Bargioni voulait attendre les manifestations générales, avant de commencer un traitement interne. Rien de nouveau jusqu'au 4 avril. L'ulcère pendant ce temps était resté stationnaire, le fond en était plus granuleux, les glandes toujours grosses, dures et indolentes; il causait très-peu de douleur et sécrétait peu. Le 4 avril, légère céphalée nocturne qui dura deux ou trois jours. On commença aussi à noter des engorgements glandulaires à la région postérieure du cou. Le 12 avril, on vit sur la surface
(lu corps et spécialement aux côtés du thorax et aux hypocondres des taches irrégulières et d'une couleur rosée qui ne causaient aucun malaise. Les engorge* ments glandulaires au cou étaient plus marqués. L'éry thème s'étendit et devint plus confluent les jours suivants, de manière à ne laisser aucun doute sur sa nature syphilitique ; pas de fièvre , pas d' état eatarrhal, pas de chaleur; aucun prurit à la peau n*accompagnait cet érythème maculeux qui dura plus de huit jours, toujours en augmentant. Le 20, les glandes cervicales et sus-épitrochléennes avaient plus (le volume et.de résistance; l'ulcère était toujours à la période d'état spécifique et ne donnait aucun signe de marche vers la cicatrisation. Le 22, la couleur de Térythème était tout à fait cuivrée et l'on voyait mêlées à l'érythème des papules lenticulaires. L'ulcère primitif était devenu sanguinolent sur les bords et commençait à se réparer. On commença alors le traitement mercuriel (1).
Malgré les faits de GerioU,'de Viani, de Tassani et de Hubner, il y avait encore des médecins qui croyaient que le vaccin pur et sans aucun mélange, ne pouvait transmettre la syphilis. Mais les expériences de Waller, de l'anonyme du Palatinat et de Gibert sur le sang des syphilitiques constatèrent une espèce de contagion jusqu' alors fort douteuse, de sorte que le doute émis par Omodei et l'opinion manifestée
(1) Ga\. Méd. de Lyon, t862.
39 — Parola, Vol. I, De la vaccination.
par Levrat furent finalement sanctionnés par Texpérience.
C'est au savant sy philographe de Lyon, M. RoUet, que revient Thonneur d'avoir bien compris Tiraportance de ces expériences. Dans un cours public qu'il fit en 1859 à l'hôpital de TAntiquaille, il soutint que le sang des syphilitiques est contagieux, et que lorsque la syphilis est transmise par l'acte de vaccination, elle se développe par le sang et non pas par l'humeur vaccinale (1).
Mais celui qui n'épargna ni recherches ni fatigues pour former un code scientifique des principes soutenus par RoUet, fut son illustre élève le docteur Viennois. Après avoir rapporté dans ses précieux mémoires (2) les différentes observations faites jusqu'alors sur la possibilité de la transmission de la syphilis, et les expériences faites avec le liquide vaccinal syphilitique par Sigmund, Friedenger, Sperino et Baumes, il traita de la cause ou de l'agent de la transmissiou de la syphilis à la suite de la vaccination. Il divise les faits en deux grandes catégories, plaçant dans la première les individus chez lesquels la syphilis était latente avant la vaccination, et dans l'autre ceux qui n'en furent infectés qu'après, exclu avant cette époque le virus héréditaire ou contracté. Relativement à la
(1) RoLLET, De la pluralité des maladies vénériennes, Paris, 18C0. — Reeherehes cliniques et expérimentales sur la syphilis, le chêncre simpU et la blennarrhagie, Paris, 1861
(2) De la syphilis transmise par la vaccination, Paris, 1(60.
DE LA TRANSMISSION DE LA SYPHILIS KTC 61 i
première série il est d'avis que la fièvre vaccinale peut développer une diathèse latente et cite à l'appui trois observations de Friédenger qui tendent à prouver que rinoculation vaccinale a déterminé la manifestation de la syphilis latente. Il ajoute un cas qu'il a observé particulièrement. Un enfant né avec des symptômes syphilitiques disparus à la suite d'une cure spécifique faite à sa mère pendant qu'elle l' allaitait , présenta 4 jours après la vaccination un exanthème vénérien avec des plaques muqueuses confluentes à l'anus. Il dit aussi que les autres fièvres éruptives ont la même propriété, ce qui serait démontré par le fait que M. Bamberger de Wurtzbourg vit deux femmes chez lesquelles la variole réveilla une syphilis latente. Viennois observe que la syphilis commence toujours avec un ulcère et non avec Téruption générale qui ne succède que plus tard, et soutient que toute éruption syphilitique qui a lieu six jours après la vaccination ne peut être attribuée à l'introduction du virus vaccinal : dans ce cas la fièvre vaccinale a fait développer une diathèse latente. Les faits de Pitton, de Geccaldi et de Whithteead appartiennent à cette cathégorie étiologique. C'est pourquoi il conclut que les formes secondaires, lorsqu'elles se manifestent après rinoculation du vaccin , ne sont pas causées, mais provoquées par ce dernier.
Passant ensuite à la deuxième classe oii la syphilis a été communiquée par la vaccination à des individus précédemment sains, Viennois demande ce qu'on
peut trouver avec la lancette dans la pustule vaccinale. On y trouve deux sortes de liquides, c'est-à-dire le pus vaccinal, et au delà de la pustule le sang. Or s'il est prouvé, dit-il, que dans toutes les maladies le sang est contagieux, et qu'il en est de même dans la syphilis, comme le démontrèrent Levrat, Waller, l'anonyme du Palatinat et Gibert, c'est le sang qui transmet la syphilis. Il se fonde : i^ Sur ce que pour les cas oîi il y a eu transmission de la syphilis, on ne l'a pas constatée chez tous les vaccinés et les revaccinés, ce qui serait arrivé si le virus vaccinal transmettait la maladie; 2<> Sur ce que le sang dégoutte des pustules vaccinales après plusieurs vaccinations; S^ Sur l'immunité de plusieurs enfants qui furent vaccinés les premiers lorsque la pustule était encore pleine de liquide ; 4<> Sur la fréquence de tels cas dans la vaccination de bras à bras , qui est la condition la plus favorable pour inoculer le sang ; &> Sur le fait de la syphilis héréditaire transmise par le sang des parents aux enfants. À l'appui de son opinion que le virus vaccinal pur ne transmet aucune autre maladie il cite Bidart, Montain, Schreyer et Taupin qui ont pris le vaccin sur des individus affectés de maladies vénériennes et l'ont inoculé à des enfants sans leur transmettre la syphilis. Il n'admet point qu'on déduise des expériences de Sigmunde et de Friédenger, que le virus syphilitique détruit le virus vaccinal; puisque s'il en était ainsi, les deux virus ayant été inoculés ensemble, l'ulcère syphilitique seul aurait poussé.
bR LA TRANSMISSION DE LA SYPflILIS ETC. 61 'A
Mais il observe à ce propos que ces expériences, pour être convaincantes, auraient dû être faites sur des individus ni vaccinés ni varioleux, et que quant aux expériences pratiquées sur des individus indemnes de vaccine et de variole, et sur lesquels se développa Tulcère vénérien seul, il aurait fallu les revacciner contemporaineraent à d'autres individus ni vaccinés ni varioleux. C'est ce qui n'a pas été fait. Si la vaccine se développait sur les seconds et non sur les premiers, la conclusion deviendrait alors naturelle et manifeste. Viennois ajoute que l'ulcère se -manifesta constamment, parce qu'on employa le pus d'un ulcère simple qui se développe dans 24 ou 48 heures, tandis que la pustule vaccinale a une incubation d'au moins 4 jours. Cette dernière fut donc en quelque sorte masquée par la précédente. Il rapporte à ce propos les expériences des prof. Sperino et Beaumés, dont il résulterait plutôt que dans l'individu qui n'a jamais eu le vaccin ou la variole, a lieu la transmission du virus vaccinal et du virus ulcéreux. Il divise les premiers phénomènes de la syphilis transmise par la vaccination, en primitifs et consécutifs. Les accidents primitifs sont une constante ulcération de l'endroit vacciné, un ulcère primitif qui est le point de départ, et non une papille sèche, accident secondaire. On note dans quelques cas l'ulcère et l'adénite, et généralement les accidents constitutionnels à un intervalle tel à dater de l'origine qu'il exclut tout doute. Voilà pourquoi il place dans la deuxième catégorie les faits cités par
614 DE LA VACCINATION — CHAPITRE XVlH
Viani, Weggeber, Hubner, Monnell, Lecoq, etc. etc^ c'est-à-dire ceux où lâ maladie a commencé par un accident primitif au bras, et où les symptômes constitutionnels ne se sont montrés qu' après un certain temps.
Pour donner une idée fidèle de sa thèse, nous en rapporterons les conclusions :
< l^ La syphilis a été observée un grand nombre de fois à la suite de l'opération vaccinale dès les premiers temps de la découverte de Jenner et par des auteurs dignes de foi, français, anglais, allemands, italiens etc.
€ 2° Lorsqu'on vaccine un sujet syphilitique qui a la maladie à l'état latent, des accidents peuvent éclater sous l'influence de la vaccine. Ces accidents observés souvent, consistent en éruptions générales, papuleuses, vésiculaires ou pustuleuses; ce n'est jamais un chancre développé au lieu de l'insertion.
< 3<> Si , au contraire , avec le virus vaccin d'un sujet syphilitique on inocule un sujet sain, et la pointe de la lancette s'est chargée d'un peu de sang mêlé au vaccin, on peut transmettre par la même piqûre les deux maladies; la vaccine avec T humeur vaccinale et la syphilis avec le sang syphilitique.
€ 4p Dans ces cas qui sont assez nombreux , la vaccine se développe la première, parce qu'elle a une incubation moins longue et une évolution plus rapide que la syphilis. Cette dernière apparaît ensuite et se manifeste tout d'abord par une lésion caractéristique au poigt inoculé.
< &> La lésion initiale succède à la pustule vaccinale, et se présente sous la forme d'une ulcération indurée, avec adénite multiple et tous les caractères du chancre syphilitique primitif. Le principe posé par M. Rollet : < que la syphilis commence toujours par le chancre j alors mêm^ qu'elle procède d'un accident secondaire ou du sang syphilitique > est donc pleinement confirmé.
€ &> Après le chancre primitif développé au point inoculé, et dans les délais ordinaires, la syphilis secondaire éclate et se développe normalement sans différer des cas de syphilis transmise par une autre voie.
< 7® Lorsque le mélange des virus au lieu d'être accidentel a été fait volontairement (comme l'ont fait MM. Sperino et Baumes réiativament à l'humeur vaccinale et au pus du chancre simple) le résultat est le même en ce sens qu'un virus ne détruit pas l'autre, et que chacun accomplit son évolution distincte.
€ &> L'humeur vaccinale n'est donc pour le virus syphilitique contenu dans le sang qu'un simple véhicule qui le répartit et l' étend, ainsi que le ferait une goutte d'eau, par exemple, sans modifier en rien ses propriétés ni ses effets.
< 9<> Il importe donc de ne jamais prendre du vaccin à un individu suspect; et, quand il s'agit d'un nouveau-né dont on ne connaît pas les parents, de ne pas en extraire le vaccin avant l'âge ou la syphilis héréditaire a coutume de se manifester.
< 10. Si des circonstances spéciales rendaient cet emprunt nécessaire, il faudrait avoir grand soin de ne recueillir que du vaccin sans mélange de sang ou de toute autre humeur syphilitique.
< 11. En aucun cas on ne doit vacciner un sujet sain avec du vaccin recueilli sur un sujet syphilitique ; car malgré toutes les précautions, et fûton sûr de la pureté du liquide vaccinal, il sera toujours préférable de recourir à un autre vaccinifère.
€ 12. Ces précautions sont d'autant plus importantes qu'avec un seul sujet syphilitique on peut vacciner une foule d'individus, et transmettre à presque tous la syphilis.
€ 13. Il suffit d'indiquer ces précautions pour éviter de nouveaux malheurs, et enlever tout prétexte aux adversaires de la vaccine >.
M. Viennois en recueillant soigneusementces faits et en les soumettant à des lois positives, rendit un véritable service à la science, et lui fournit les moyens de rechercher et d'établir les circonstances au milieu desquelles peut s' effectuer la transmission de la syphilis par la vaccination.
Ce que M. Viennois a dit du premier groupe, c'est-àdire des cas de syphilis latente dans les sujets soumis à la vaccination, a été admis par tous les savants, étant une règle incontestable en syphilographie que la syphilis constitutionelle ne se montre jamais d'emblée, hormis dans les cas de syphilis congénitale héréditaire: mais qu'elle apparait constamment avec l'ulcère du
premier mal syphilitique souffert, qui en est la première manifestation. M. le prof. Gambérini de Bologne (qui avait déjà manifesté en 1846 une opinion analogue dans le Bulletin des sciences médicales de Bologne, et en 1854, dans son Traité des maladies vé- 7tériennes) écrivit en 1862 que t chacun sait que toute lésion traumatiqtce peut réveiller et produire sous forme matérielle la maladie syphilitique latente. On sait ausçi que les maladies souffertes et particulièrement les fièvres éruptives ont la propriété de favoriser le développement du mal vénérien latent. La vaccination comprenant le traumatisme et la fièvre éruptive a tout ce qu'il faut pour développer la syphilis latente > (1).
Dans les discussions de TÂcadémie de médecine de Paris sur la syphilis vaccinale presque tous les orateurs adoptèrent les idées de M. Viennois; nous citerons entr'autres MM. Bousquet, Guérin, Dévergie, Blot, etc., qui attribuent à cette cause beaucoup de cas de syphilis survenus après la vaccination. M. Depaul même en 1865 a été sur ce point d' accord avec ses antagonistes. MM. Robert, Davasse, Gallard, Ranse et Sistach se rangèrent aussi du côté de M. Viennois. En Allemagne M. Flechner avait déjà observé un cas en 1856-1857 à Thospice des enfantstrouvés; nous en reparlerons plus tard. En Italie,
(1) Voy. la critique du travail de M.' Viennois flans le BuiUttin des icienfe» médieahs de Bohgne, ISBO^toI. XIV.
618 DE LA VAGQNATION — CHAPITtlE XTHI
MM. OâUigo, Gianelli , Minervini , De Renzi , Pacchiotti, et les plus éminents auteurs en matière de vaccine adoptèrent ce mode de voir. En Angleterre on croit aussi que la vaccination influe sur le développement de la syphilis latente. Il suffit de remarquer que M. Ballard et la Revue Britannique ont conclu que cette cause est la vraie explication d'un grand nombre de cas de syphilis vaccinale. Il nous paraît en conséquence que ce point de doctrine a désormais acquis le degré de certitude scientifique.
On a cependant voulu étendre les limites entre lesquelles M. Viennois avait voulu renfermer cette question, On sait qu'il établit que lorsque le vaccin occasionne le développement de la syphilis latente, elle se manifeste toujours par des symptômes constitutionnels, et non par des phénomènes locaux sur les piqûres de la vaccine, et qu'ainsi lorsqu'ils ont lieu il ne s'agit pas de syphilis nouvellement occasionnée, mais bien de transmission de syphilis. Mais M. Gambérini dit que les enfants qui furent atteints de syphilis après la vaccination, étaient afifectés de syphilis latente, bien que la maladie eût commencé sur le lieu de la piqûre. Il expliqua de la même manière les faits de M. Lecoq, et celui de M. Trousseau. Il admet qu'il peut survenir sous la pustule vaccinale un phénomène de syphilis latente qui se développera à son temps, confirmant ainsi l'assertion de M. Viennois que la syphilis latf^nte ne se montre jamais avec des phénomènes locaux mais seulement avec des symptômes constitutionnels.
DE U TRANSMISSION DE LA SYPHILIS £TC. 6t9
Sur 191 vaccinations pratiquées à des femmes entrées à rinfermerie de S^ Lazare pour des accidents secondaires ou tertiaires, M. Commenge obtint des résultats moins fréquents d'heureuse issue et observa les phénomènes suivants. < De plus, dit-il, dès le lendemain de la vaccination on remarquait chez les femmes syphilitiques, autour des points d'inoculation, une aréole dont rétendue et la rougeur s'accroissaient progressivement et qui était accompagnée d'une augmentation dans le volume du bras et d'un empâtement considérable. Dès le 3™« jourj quelquefois plus tôt, on voyait se développer un point saillant qui prenait bientôt la forme d'un bouton. Parfois la marche du bouton se faisait régulièrement, et la pustule taccinale n'offrait d' autre particularité anormale qu'une rougeur beaucoup plus intense ; mais le plus souvent le bouton changeait tout à coup d'allure et la formation de la pustule vaccinale avortait > (1).
M. le doct. Lukomsi qui considère aussi les pustules vaccinales comme des points de sortie de la syphilis, vit que dans les vaccinations des syphilitiques il se développait tantôt des pustules vénériennes tantôt des pustules vaccinales normales incapables de transmettre la syphilis; mais il ajoute que ces boutons peuvent plus tard, en des cas exceptionnels, dégénérer en ulcères syphilitiques (2). MM. Robert, Davasse et Gallard admettent pareillement que la syphilis héré-
{\) Gaz, mtd., Paris. 186.% pag. 56.
[ï) Remnr^ies sur la raecination thérapeutique ^ 1S65.
620 DE LA VAGCmATlON — CHAPITRE XVIII
di taire latente peut se développer à la suite de la vaccination tant sur les points inoculés que sur les autres parties de la peaii (1).
Nous avons vacciné bien des années dans un hospice d'enfants-trouvés, et nous avons eu occasion de voir surgir après la vaccination la syphilis héréditaire d'abord latent ; et bien qu'il ne se soit manifesté dans le plus grand nombre de cas que des phénomènes constitutionnels, nous pouvons cependant attester que la pustule de pure origine vaccinale a parfois dégénéré manifestement en ulcère syphilitique. Si les vaccinations du doct. Gommengeetde M. Lukomsi ont produit chez les syphilitiques des phénomènes locaux, si dans les cas de syphilis héréditaire latente il s'est développé non seulement des phénomènes généraux mais encore des phénomènes locaux, il nous semble que le principe de M. Viennois peut avoir des exceptions, et qu'une syphilis latente peut commencer à se manifester par des marques à l'endroit de l'inoculation. Nous concluons avec M. Sistach que nous ne connaissons pas encore l' influence réciproque que peuvent exercer la syphilis et la vaccine.
On a combattu la doctrine de MM. Rollet et Viennois sur r explication des cas du deuxième groupe. L'idée de la contagion du sang syphilitique fut mise en doute dès sa naissance, parce que les expériences de Waller, de Qibert et de l'anonyme du Palatinat
(1) Lyon médiMle, 1870 et Ann. de Mid. pubL de Fiorenee, 30 mai 1876.
ne fournissaient pas d'éléments suffisants, et prêtaient à des doutes et à des contradictions. MM. Gambérini, Galligo, Diday, Robert et d'autres firent bientôt observer relativement à Texpérience de M. Valler que s'il a été démontré par l'attestation de ce dernier qu'il n'y eut jamais de syphilis chez le jeune homme de 15 ans sur lequel se fit l'expérience, il n'est cependant pas prouvé qu'il soit né de parents qui fussent tout à fait exempts de ce mal. Gac on peut invoquer le rachitisme et le lupus de l'infant inoculé. De plus, le fait que la femme qui a donné le sang, avait sur tout son corps des taches syphilitiques, laisse douter que Valler ait pu inoculer le virus syphilitique avec le sang. Les expériences de l'anonyme du Palatinat sont dénuées de certains détails nécessaires qui en feraient apprécier la valeur. On objecta contre l'expérience de Gilbert qu'ayant extrait du sang tout près d'un phénomène secondaire, il pouvait y avoir un peu de pus syphilitique. On opposa en outre les expériences négatives de MM. Lalagade, de Thiry de Max, de Diday, etc., et on conclut que pour s' assurer de la contagion du sang, il fallait des expériences plus précises.
Pour donner plus de certitude aux expériences susdites, on avait l'inoculation positive, précise et détaillée de M. le doct. Pelizzari que nous avons cru devoir rapporter en entier. De cette expérience pratiquée avec toutes les précautions possibles il résulte évidemment que le sang des syphilitiques est contagieux, et sur ce point il n'y a désormais plus de doute.
622 DK LA VACCINATION — GHAPITRC XYlll
Mais les mêmes expériences démontrèrent que celte contagion est bien difficile à obtenir, puisque cinq inoculations donnèrent un seul résultat positif. Elles prouvèrent aussi que la température et Textraction récente du sang favorisent le succès de Tinoculation.
Le résultat des méaies inoculations laisse encore voir d'autres conditions plus ou moins favorables. Nous trouvons dans un remarquable article du docl. Sistach, que M. Diday cherchant la cause des divers résultats des mêmes, a divisé les expériences en deux grandes classes relativement à la quantité du sang mis en contact avec les tissus de Tindividu. À quelques sujets on inséra un peu de sang sur un seul point, sous répiderme: à d'autres, on maintint plus ou moins longtemps de la charpie imbibée de sang sur plusieurs piqûres ou sur une large surface de la peau dépouillée de son épiderme. Ainsi, suivant que Ton ménagea ou que l'on prodigua le véhicule du contagium , nous avons pour la première catégorie à dose minime du véhicule 30 insertions, soit :
16 inoculations par M. Diday;
6 des 9 inoculations du Palatinat ;
1 inoculation par M. Gibert:
3 inoculations par M. Lagagade;
4 iuoculations par M. Thiry.
Pour la seconde catégorie à dose abondante du véhicule nous avons 9 cas :
1 inoculation de Valler ; 3 des 9 inoculations du Palatinat;
5 inoculations par PeUzzari.
On voit en tenant compte de ce résultat que sur les 30 faits de la 1" catégorie, il n'y a qu'un seul résultat positif dont la valeur est encore bien contestable, tandis que sur les 8 de la 2°^« catégorie il y en a eu cinq. Donc, conclut M. Diday, il est un fait acquis, ce nous semble, que la quantité de sang mise en rapport avec la surface absorbante, influe considérablement sur le résultat de Texpérience (1).
Sans vouloir contester à M. Diday l'influence de la quantité de sang, il faut noter que les 16 expériences négatives qui n'ont pas été pratiquées dans les mêmes conditions ne peuvent être comparées aux autres. Ces expériences ont été faites avec du sang pris à des individus atteints de syphilis secondaire, tandis qu'il s'était servi d'individus dont la maladie était déjà parvenue à la troisième période. La transmission par hérédité est fort douteuse, ou tout au moins on la considère comme exceptionnelle: aussi pourraiton en induire facilement que la transmissibilité du sang de la syphilis arrivé à la 3™« période est beaucoup plus difficile; d'autant plus si l'on fait attention que c'est précisément au sang qu'on attribue la transmission héréditaire.
M. Melchior Robert dit que les inoculations exigent pour leur réussite non seulement t^n^ notable qtuintité de liquide^ mais qu'il est nécessaire d'agir sur une assez grande surface. Il est convaincu « que la propriété
(1) Gw. mii., Paris, 1863, pag. M.
infectante du sang est très-fâible, qxi' elle diminue à mesure qu'on s'éloigne du moment de l'infection, et qu' elle a dans le même individu des alternatives d'augmentation et de diminution qui coïncident avec l'apparition des lésions constitutionnelles et l'intervalle de repos qui sépare les différentes poussées >.
Mais M.Galligo douta de la vérité de ces propositions. Cet éminent sy philographe tout en partageant l'avis de M. Robert que la propriété contagieuse du sang n'est pas bien intense, ne croit pas, vu que les expériences manquent, que la propriété infectante du sang s'affaiblisse à mesure qu'on s'éloigne de l'époque de l'infection. Il croit moins encore que la contagion du sang diminue dans les intervalles de temps qui existent entre les diverses manifestations syphilitiques, attendu que durant la trêve le virus sj^philitique ne cesse pas d'infecter le sang ; ce qui démontre clairement que, même durant ces relâches de temps, les individus infectés peuvent procréer des enfants syphilitiques.
M, RoUet convient aussi que la contagion du sang a ses limites. < Il est probable, dit-il, que le virus syphilitique est .disséminé dans le sang et que pour l'inoculer avec succès il faut ou pratiquer l'inoculation avec une assez grande quantité de liquide, de manière à multiplier les chances de rencontrer du virus dans la masse inoculée, ou bien choisir de préférence le sang qui entoure une lésion syphilitique, le prendre, c'est-à-dire, sur un point où l'on a
quelque raison de présumer qu'il a dû se faire une sorte d'accumulation du principe contagieux >. Il pense que le sang n*est pas contagieux dans toute sa masse ; mais < que le virus habite de préférence certains globules ou d'autres éléments partiels de ces liquides >. Il écrivit dans La feuille hehdmnadaire de Lyon, en 1849, que les expériences de M. Ghauveau ont confirmé son idée et établi que certains globules sont contagieux. M. Sistach ajoute avec raison aux conditions précédentes plus ou moins favorables, celle qu'on rencontre relativement à la contagion de tous le» virus, c'estrà-dire, Y aptitude individuelle à en recevoir l'impression, puisque sans elle il ne peut y avoir de contagion.
Ce que nous venons de dire démontre que le sang des syphilitiques est contagieux. Quant aux circonstances qui peuvent favoriser une inoculation efficace, si elles ne nous sont pas encore toutes connues, les principales le paraissent cependant, et ce sont la récente extraction du sang , sa température , sa fluidité et sa quantité, puis l'étendue de la superficie sur laquelle on l'applique.
Relativement à l'époque de l'infection, M. Galligo tend à croire que le sang durant les phénomènes syphilitiques primitifs peut être contagieux. Il se fonde sur la théorie actuelle de l'infection générale à l'époque des phénomènes primitifs. Mais si l'expérience manque à cet égard, elle a dissipé tout doute sur la période secondaire, et il semble aussi que la pé*
40 — Parola, vol. I, De la vaccination.
626 DE LA YACaNATlON — CHAPITRE 1V11I
riode récente et aiguë de rinfection exerce une certaine influence. Les expériences de M. Diday avec du sang pris à des individus syphilitiques de la 3«*« période, seraient au contraire négatives. Le phénomène primitif après l'inoculation du sang syphilitique est, suivant M. RoUet , un chancre, et selon d'autres une papule qui se change ensuite en ulcère. L'incubation est de 20 à 40 jours. Les phénomènes qui suivent sont en général plutôt doux.
Le principe de la contagion du sang étant établi, il nous reste à en étudier l'application, c'est-à-dire, à voir S) la propriété infectante du sang peut être invoquée comme moyen de transmission de la syphilis par la vaccination. Ici réside toute l'importance scientifique et hygiénique de la question, et nous tâcherons de la traiter avec les preuves que nous avons pu recueillir. Nous avons déjà dit que MM. RoUet et Viennois ont étabU que le sang eSt presque le seul agent de la transmission, et qu'ils contestent que la lymphe vaccinale pure puisse, au moins dans la plupart des cas, transmettre le virus vénérien. Les principaux motifs sur lesquels ils s'appuient, sont :
1<> Le fait que certains vaccinés ou revaccinés contractent la syphilis, et d'autres non ; 2^ Celui de l'écoulement du sang par les pustules vaccinales après plusieurs vaccinations; 3^ La fréquence de ces cas dans les vaccinations de bras à bras, et l'extrême rareté des mêmes dans les inoculations pratiquées avec le vaccin des tubes.
MM. Gambérini, Robert, Diday, Sistach, et Ricord ont fait observer que les cas de syphilis par la vaccination devraient être bien plus fréquents, si vraiment le sang vaccinal avait cette faculté. Mais, admettant même qu'il la possède, les cas en question ne se vérifient que bien rarement, attendu que la quantité de sang sortant au moment de V inoculation est ,minime, qu'il se coagule ordinairement autour de la pustule et ne peut être pour ce motif recueilli par l'instrument inoculateur. D'autre part il reste à prouver si le sang délayé et refroidi, et dans la plupart des cas déjà coagulé, peut être absorbé, ou s'il n'est pas plutôt éliminé comme un corps étranger. < Mettez beau- € coup de sang, dit M. Diday, et vqus transmettrez la « vérole j mettez-en peu, ce que peut tenir, par exem- € pie, la pointe de la lancette, et vous ne transmettrez € rien >. M. Melchior Robert dit que < les expé- € riences avec une simple piqûre ont le plus souvent € échoué. Ces échecs d'une part , et le succès dans
< des conditions opposées nous portent à croire que
< pour mettre en action la propriété infectante du « sang, il est nécessaire d'agir avec tene grande qtùan- € tité et sur une large surface. Lorsque le sang suinte € avec le liquide vaccinal, pour peu que l'on retarde c de tremper l'instrument dans la gouttelette, le sang
< s'amasse à la partie inférieure de cette gouttelette
< et s'y coagule en quelque sorte de manière à ne € pouvoir être porté qu' en grumeaux sur la lancette € et sur les verres >.
628 DE LA TACaNATION — «CBAPITRE XYIll
M. Viennois argumente que les pustules vaccinales donnent souvent du sang dans les dernières inoculations ; mais M. Sistach observe : < EstAl donc logique € de conclure que dans une vaccination pratiquée or-
< dinairement le 8™« jour,' Técoulement sanguin soit
< fatalement inocule chez les derniers vaccinés ? Ne
< dépend-il pas du caprice de la lancette ou de Tinad-
< vertence du vaccinateur de donner issue au sang
< péri-vaccinal dès le début d'une séance de vaccinale tion, en épuisant immédiatement les premières cel-
< Iules vaccinales entr'ouvertes ? >
Les mêmes auteurs contestent que les faits de MM. Weggeber, Hubner, Lecoq et le cas Ri valta prouve vent d'une faço4 irrécusable la transmission de la syphilis par le sang péri-vaccinal >. Si le sang était l'agent exclusif de la transmission vénérienne, nous ne comprendrions guère , dit M. Sistach, comment, dans certaines inoculations vaccino-syphilitiques, la proportion des infectés a été si considérable en opposition au suintement du sang qui n'est pas généralement abondant. Ils nous font remarquer que ce résultat est en contradiction avec les fréquents insuccès des inoculations du sang à larga manu. Du reste MM. Sistach et Robert ne nient pas absolument la possibilité de ce mode de transmission; car M. Sistach admet que sans doute cette transmission est possible, et M. Robert propose de résoudre expérimentalement les deux problèmes suivants sur lesquels nous appelons toute r attention des expérimentateurs : !<> Inoculer du
vaccin pur de provenancje syphilitique ; 29 Inoculer le même vaccin auquel on mêlerait une petite quantité de sang pris isolément sur le vaccinifère. Ils croient donc que tant qu'il ne sera pas démontré évidemment que Faction seule du sang péri-vaccinal est exclusivement virulente, il est plus rationnel de rapporter au fluide vaccin la propagation de la vérole (1).
Relativement à la quantité de sang, M. Guérin et d'autres ont observé que, comme il suffit pour le vaccin et la variole d'une seule goutte pour transmettre la maladie et infecter tout l'organisme, peu de gouttes peuvent, aussi bien qu'une plus grande quantité, communiquer la syphilis. La comparaison n'est peut-être pas exacte, car autre chose est inoculer une goutte de virus, extrait de son propre organe de sécrétion, et autre chose est inoculer un virus qui reste certainement dissous dans le sang. Mais ne connaissant pas la quantité de sang apte à transmettre l'infection, ni toutes les conditions qui peuvent la favoriser nous ne croyons pas que cette circonstance puisse avoir toute la valeur qu'on lui attribue d'abord. Nous avons d'ailleurs dans les inoculations artificielles l'expérience de M. Qibert qui avec un peu de sang recueilli sur la lancette transmit une vraie syphilis.
Pour que l'absorption de la contagion ait lieu, il suffit, à notre avis, d'inoculer sous l'épiderme, et il n'est pas besoin d'une grande superficie absorbante, puisque
(1) V. Gaz. Méd., Paris, 1. c.
comme cela arrive, peu de gouttes de sang peuvent communiquer le principe contagieux. Les objections que Ton soulève ne prouvent autre chose que la difficulté de transmettre la syphilis ; et sur ce point tous sont d'accord. Les cas d'une telle transmission sont heureusement jusqu'ici peu nombreux et dénués de preuves, et il en est beaucoup d'autres qui peuvent être attribués à d'autres causes qui ne sont ni la vaccine, ni le sang. S'il était vrai, ainsi que le voudrait M. Rollet, que seulement certains globules sont contagieux, nous ne saurions comprendre que le sang, bien qu'en grumeaux, ne soit plus capable de contagion, vu que les globules sont précisément contenus dans les grumeaux. On a remarqué dans l'expérience de M. Waller que le sang déjà en partie coagulé transmit la syphilis.
Celui qui est au fait des vaccinations sait qu'elles s'eflfectuent rapidement et que généralement, même lorsque la lancette ou l'aiguille recueillent dans la piqûre de la pustule un peu de sang, il n'a pas le temps de se coaguler et qu'il est ainsi inoculé à l'état liquide. Ce qu'on dit dépendre du caprice de la lancette ou de l'inadvertence de l'inoculateur, c'est-â-dire recueillir une goutte de sang au commencement, à la moitié ou à la fin des vaccinations , expliquerait que des personnes sont atteintes de la syphilis et d'autres non. Nous ne croyons pas qu'on puisse contester à M. Viennois qu'il est bien plus fréquent de faire sortir du sang d'une pustule qui a déjà servi à plusieurs
t)E LA TRANSHI88I01I DR LA SYPHILIS CTa 631
vaccinations, que non pas au commencement, et en cela rexpërience des vaccinateurs est d'accord avec M. Viennois. Une partie des faits rapportés appuient son opinion. Pour ne parler que des plus récents et des plus certains, M. Lecoq (n<» 17 et 18) nous dit qu'il se rappelle de la séance où la syphilis se transmit aux deux soldats en question ; que Ton fit au commencement de la séance d'autres inoculations qui ne causèrent aucune infection, tandis que vers la fin les pustules donnèrent un peu de sang, et c'est précisément alors qu'on vaccina ces soldats sur lesquels des ulcères syphilitiques se développèrent au lieu de la vaccine. Il est bien vrai que l'on a contesté, mais sans fondement, l'attestation de M. Lecoq, et que chez ces soldats il s'agissait de revaccination; néanmoins'la circonstance que le vaccin ne s'est point développé, mais seulement la syphilis (circonstance que l'on a aussi constatée ailleurs), nous paraît digne d'être notée. Quant à l'objection que les autres premiers inoculés n'avaient peufrêtre pas de prédisposition à contracter la maladie, nous ne la jugeons pas trop sérieuse. La syphilis est une maladie qui, si elle se communique, épargne bien peu de personnes, et il serait étrange que les premiers qui étaient en plus grand nombre, eussent eu tous, exceptionnellement, une résistance particulière à la contracter.
Dans le cas de Rivalta (n. 20), deux enfants évidemment inoculés avec du vaccin sanguinolent contractèrent la maladie. Si pour les autres cette particula-
632 DE LA VACGIiNATlON — CHAPITRE XVIU
rite n'a pu être coostatée, la saine logique veut que Ton en déduise que, probablement aussi dhoz les autres, le sang a été l'agent de la transmission.
Le cas de Lupara (n. 21) prouve, que le vaccin mêlé à du sang et recueilli dans des tubes, peut transmettre la syphilis. M. le doct. Marone nous assure avoir vu la syphilis se transmettre à 23 enfants par le vaccin sanguinolent contenu dans des tubes, tandis qu'il résulte aussi de son rapport que d' autres enfants vaccinés avec des tubes contenant du vaccin pur ne contractèrent aucune affection. Ici le sang était certainement coagulé et en petite quantité, et néanmoins il a été contagieux.
Un autre fait important que nous avons rapporté dans ses particularités (n. 28), est bien celui de Béziers. Avec la pustule d'un enfant reconnu atteint de syphilis secondaire , on en vaccina deux autres avec la précaution de recueillir le vaccin pur; mais tandis qu'on voulait pratiquer à l'un d'eux la dernière piqûre, le vaccinifère fit un mouvement et la pointe de la lancette fit sortir une goutte de sang qui colora le Uquide qu'on inocula pareillement. L' enfant vacciné avec du vaccin pur ne contracta rien; chez l'autre les premières pustules vaccinales se développèrent d'une manière normale, et la piqûre seule faite avec la lymphe sanguinolente produisit un ulcère auquel succédèrent des phénomènes secondaires. Ce fait proaverait donc évidemment: i^ l'innocuité du vaccin pur recueilli sur un enfant syphilitique, 29 la propriété
DE LA TRA1I81I18&I0N DB LA 8TPHIU8 nC. 683
contagieuse du sang. Que Ton ne nous parle pas de prédispositions plus ou moins favorables, car sur le même enfant les pustules provoquées par le vaccin pur ne présentèrent aucune altération dans leur cours, tandis que sur le point précis de la dernière piqûre il se développa un ulcère. Oe cas induisit M* Blot (il doutait fort au commencement de la transmission de la syphilis par la vaccination, et trouvait qu' aucun des faits ne constituait une preuve contraire suffisante) à déclarera T Académie de Paris, en 1865, qu'il lui semblait probable que le sang est l'agent de contagion dans les cas de syphilis vaccinale. Une seule gouttelette délayée dans le vaccin transmit la maladie par une superficie absorbante trèa-limitée. Comme les faits s'appuyent réciproquement, oe cas sert à convalider quelques cas dont parle M. Viennois. Quoiqu'on en dise, MM. RoUet et Viennois nous renseignent mieux que tout autre sur le fait que dans les insertions du pus d'un enfant affecté de syphilis il est des sujets qui contractent la maladie, et d'autres non. Si le vaccin était vraiment l'agent de transmission, les cas que l'on déplore seraient bien plus fréquents, et bien peu y échapperaient à cause de la grande contagion du virus syphilitique. La grande répugnance qu'on a d'admettre que la môme pustule contient le vaccin et la syphilis, et le grand nombre de cas attestés par MM. RoUet et Viennois, rangèrent de leur côté presque tous les auteurs, comme on peut le constater en feuilletant les comptes-rendus des
634 DE LA VACCfNATION — CHAftTRÊ XVItt
discussions de rAcadémie de médecine de Paris depuis 1865.
En Italie, M. Galligo de Florence admet cette façon d'expliquer la syphilis vaccinale comme certaine et incontestable. Il dit seulement que Ton ne doit pas rejeter toute autre théorie à ce sujet. MM. Minervini, Pacchiotti, De Renzi, Martorelli et plusieurs autres, sont de cet avis. Le rapporteur sur la vaccination animale à Milan ne s'y est pas démontré contraire. 11 cite cependant un cas de vaccination pratiquée avec du vaccin mêlé à du sang et provenant d'un individu syphilitique, qui ne donna lieu à aucune transmission de maladie. Mais si le sang n'a communiqué aucune maladie, le vaccin n'en communiqua pas non plus. Ce fait ne prouve que mieux la difficulté d'inoculer la syphilis par le moyen de la vaccination. M. Gamberini tout en ne contestant pas cette difficulté, s'y montre contraire et propose une autre manière d'expliquer la syphilis vaccinale. Nous examinerons bientôt sa proposition. En Angleterre MM. Lee et Ballard accueillirent la théorie de MM. Roilet et Viennois. Il ne suffit pas, dit la Revue Britanniqtte, de citer à ce propos des faits survenus en Allemagne, en France, en Italie ; la question est de savoir si le virus syphilitique a été transmis mêle au virus du vaccin, ou si la contagion a été causée par le sang du vaccinifère syphilitique. Cette question est encore pendante, bien que l'état actuel de nos connaissances sur le contenu de la vraie vessie de Jenner et la pos-
DF LA TVfANSMISSION DE LA SYPHILIS ETC. 635
sibilitë de transmettre la «yphîlis par le moyen du sang, nous fassent incliner vers la dernière hypothèse.
Avant que nous laissions cette question, on nous permettra de faire une considération qui a surgi dans notre esprit en comparant les eflFets obtenus par Tinoculation expérimentale du sang avec les résultats de la transmission accidentelle du sang du vaccinifère. Le sang dans les inoculations pratiquées expérimentalement a presque toujours été pris à des individus adultes aflFectés de syphilis invétérée (dans une période où le sang n'est plus si contagieux) et inoculé à des adultes. Dans les cas les plus authentiques et les plus graves le mélange vaccino-sanguin provenait d'enfants ou atteints de syphilis congénitale latente ou de syphilis déjà en action. C'est un axiome en syphilographie que la syphilis héréditaire est dans les enfants bien pliis grave que dans les adultes. L' ensemble organique est profondément altéré dans les premiers. Il est aussi admis que chez eux la syphilis acquise , quoique moins dangereuse que Théréditaire, est aussi plus intense que la syphilis commune à un autre âge, parce que la résistance organique est plus faible. La syphilis que les nourrices contractent lors de Tallaitement, a une prognosis plus grave que celle contractée ordinairement, vu que, comme nous le dit M. Diday, elle provient de la syphilis congénitale oU Tinfection se manifeste avec des caractères plus graves. Il nous paraît ainsi que nous ne pouvons pas
636 DE LA VACCINATION — CâAPlTHC XVIII
raisonnablement juger avec la même mesure de la valeur des effets des expériences et de ceux des transmissions accidentelles. Pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que rinoculation expérimentale du sang et la transmission accidentelle du même eussent été pratiquées dans des conditions identiques; et dans ce cas nous sommes induits à douter que peut-être on n'aurait point eu tant de résultats négatifs.
Ce qui donne du poids à notre doute c'est la profonde infection de tout l'ensemble organique des enfants dans la syphilis congénitale, condition qui doit rendre le sang plus contagieux; c'est le fait que l'enfant transmet le plus souvent la maladie à la nourrrce d'une manière plus grave qu'il n'arrive ordinairement. Les enfants qui ont la peau mince et ainsi plus apte à l'absorption , et qui sont doués d'une faible résistance organique, sont plus sujets à rinfection: la preuve en est que le vaccin prend plus facilement sur eux que sur les adultes, bien que ces derniers soient vierges de vaccin et de variole. C'est pourquoi l'objection qu'on faite à Viennois et RoUet lie peut subsister, puisque la minime quantité de sang extraite d'un nourrisson présentant les conditions suscitées, pourrait être plus contagieuse qu' une plus grande quantité inoculée dans des conditions moins opportunes. Du reste , ce n' est qu' un doute que nous soumettons à l'attention des savants. Si d'ultérieures observations venaient à le confirmer, nous y trouverions l'explication de certains résultats en ap-
parence contradictoires, qui donneraient lieu à d'utiles déductions.
En résumé Téloquence des faits, Tautorité des auteurs les pliis réputés en matière de vaccine et de syphilis et les preuves scientifiques que l'on a données, nous font croire qu'à l'état actuel de la science, il est établi que, dans le plus grand nombre des cas de la transmission de la syphilis par la vaccination, cette transmission a lieu par le sang, sans exclure cependant, d'accord avec des auteurs très-estimés, que d'autres causes y peuvent aussi concourir.
Le prof. Gambérini qui a traité avec tant de zèle et de science le sujet important qui nous occupe, propose une autre manière d'expliquer la syphilis vaccinale. Il écrivit en 1846 < que le vaccin peut transmettre la € syphilis quand la pustule n'est pas produite ou
< par la syphilis ou par le mélange artificiel du pus € vénérien ou par le pus constitutionnel. Tous ces faits € prouvent abondamment que, quand il y a une vraie
< pustule vaccinale sur un sujet syphilitique, la greffe € de l'humeur de cette pustule ne peut que produire € du bon vaccin >. En 1860 sourtout il fondait son principe sur de nouveaux cas. Nous avons déjà dit quelques mots sur sa doctrine, il nous reste maintenant à en examiner le point le plus contesté, celui qui a trait au changement possible d'une pustule vaccinale en une pustule d'une nature équivoque. M. Gambérini appuyé sa supposition sur les observations
(i) BuUeiin du uUneu mid., 1846.
638 DE LA VAGGlMAnON -- CHAPITRE XVilI
de MM. Sperino et Beaumës relatives aux gre£fes qu'ils firent avec du pus vaccinique artificiellement mêlé avec du pus ulcéreux. Magdelaine Picciura, vierge de variole et de vaccin, eut des pustules qui offrirent au 4^^ jour la couleur, la consistance et la matière de la pustule vaccinale et de la pustule ulcéreuse; au 6™« jour toutes les pustules furent parfaites, plates, larges, ombiliquées avec un cercle rouge foncé, d^aspect cuivreux, et avec gonflement du derme ; le T"»* et le 8^ jour l'inflammation augmenta, de fortes douleurs survinrent et le caractère de l'ulcère vénérien se manifesta bientôt dans toute sa plénitude. Cette humeur servit à d'autres sujets et s'y développa sous forme d' ulcère. Les adultes déjà vaccinés , inoculés avec un mélange de vaccin et de pus ulcéreux, eurent également une pustule dont l'aspect fut bien moins marqué que chez la susdite Magdelaine Picciura. Ces pustules qui présentaient au commencement la forme conique, étaient plus relevées, moins plates et moins larges. Au 7^^ jour elles étaient déjà couvertes d'une croûte noirâtre qui, étant enlevée, laissa voir un ulcère parfaitement vénérien dont le pus reproduisit sur d'autres individus le seul et véritable ulcère vénérien. Les mêmes expériences répétées sur des individus qui avaient déjà soufiert la variole arabe donnèrent lieu aux mêmes pustules. M. Gambërini fixe son attention sur la forme ombiliquée qui pour plusieurs équivaut au phénomène caractéristique de la pustule vaccinale légitime, forme constatée dans
toates les pustules vacoino-ulcëreuses. Il ajoute qu'il a très-distinctement remarqué ce caractère sur des postules ulcéreuses artificielles , d'où il conclut que ce caractère n'est pas un critérium diagnostic absolu du vaccin. Il cite à ces fins un passage de M. Bazin sur la syphilis < La syphilis pustuleuse est com- € posée de pustules coniques ou lenticulaires, sou- € vent larges au centre et semblables à celles de la € variole, ce qui l'a fait désigner quelquefois sous le
< nom de variole syphilitique. Dans quelques cas on
< a cru de bonne foi grefier un vrai et pur vaccin
< extrait d'une pustule que l'on avait jugée vaccinale ;
< tandis que la lancette avait à son bout du pus sy-
< philitique >. Il explique ainsi les faits de MM. Marcolini, Gerioli, Hubner et Viani et le cas de Rivalta. Il nous signale la circonstance dans le premier cas de M. Gerioli, que les enfants indemnes ne présentèrent que la vaccine ; tandis que ceux qui contractèrent la syphilis n'offrirent que des ulcères sur la piqûre de rinoculation. G' est ce qui lui fait admettre qu'on peut avoir simultanément et des pustules ulcéreuses et des pustules vaccinales. Il émet le voeu que le vaccin continue à se propager, et qu'aucun ne soupçonne plus qu'il transmet la syphilis. Il propose enfin que l'on ne se serve plus des pustules équivoques qui présentent les caractères suivants :
io Couleur : pustules à aréole d'un rouge cuivré, violettes ou livides, et celles dont le cercle est bien enflammé. 2^ Volume: pustules bien psydracées ,
640 ms LA VâCeiN ATIOM -^ CHà PITRE 1?IU
8oit d'une grftnde largeur, fort plates et avec enflure du derme. 3^ Hu^neur: pustules qui recèlent un li' quide moins clair que le vaccin ; celles qui ont le caractère plutôt purulent, et qui se déchargent comme les petits abcès, et non d'un réceptacle à nolfaux à r instar de la pustule vaccinale. 4^ Sensation : pustules résultant d' un mélange de liquide vaccino-ulcéreux et qui causent au 7^^ jour de l'inoculation de fortes douleurs locales et un prurit insupportable.
M. Qambérini retourna en 1867 sur le même sujet et admit que la transmission de la syphilis a lieu:
1<^ Lorsque le fer inoculateur a été ou est souillé de matière vénérienne.
2f^ Lorsque la salive qui sert quelquefois à rendre plus claire la lymphe vaccinale desséchée, provient d'un sujet infecté de syp^lis, de papules et d'ulcères.
3^ Quand la matière vénérienne se pose accidentellement sur la pustule vaccinale. La mère infectée peut en être la cause.
40 Lorsqu'il y a près des pustules vaccinales d'autres pustules d'un caractère vénérien. Les humeurs réunies créent un liquide vaccino-vénérien.
5^ Si les pustules vaccinales se résolvent en même temps que l'activation de la syphilis latente congénitale sous forme pustuleuse. Cette manifestation survenant en proximité des pustules vaccinales^ explique le fait que Ton peut vacciner et syphiliser en même temps. Ce fait a lieu facilement lorsque l'enfant infecté de syphilis héréditaire est inoculé du 2» au
OB LA TRANSMISSION DK LA SYPBaiS ETC. 641
6»* mois de sa vie extra-*utërine. La transmission est posnble : aj Lorsqu' en recueillant la lymphe vaccinique il se fait lieu à un mélange abondant de sang d'un sujet évidemment syphilitique; i») Lorsqu'on extrait la lymphe d'une pustule qui couvre un ulcère syphilitique ou un accident vénérien en évolution, et que, au moment où l'on extrait la lymphe, a lieu le mélange des deux virus occasionné par la trop grande introduction de l'instrument inocula teur (1).
Le danger qu'entrevoit M. Gambérini est peutrétre exagéré lorsqu'il équivoque sur la nature des pustules. Une semblable méprise a difficilement lien sous la main d'un habile vâccinateur, surtout s'il fait attention aux piqûres et à l'état général de Tenfant. II convient toutefois de recommander aux vaccinateurs d'être bien attentif sur ce point, car l'équivoque a pu exister dans quelques cas, d'autant plus que les vaccinateurs n'étaient pas encore assez instruits, et que la pustule vaccinale n'est pas invariablement parfaite et ne présente pas toujours ses caractères saillants.
Le 3^^ et le 4^^ mode de transmission méritent aussi une certaine attention et peuvent nous donner l'explication de tristes effets attribués à d'autres causes. Le doute de l'existence de la syphilis sous une pustule vaccinale doit rendre nécessaire la précaution de se servir à temps (jamais après le 8™« jour) des
(1) Bulletin des sûienees mid, de Bologne, série V, vol. UI» pag. 186, 1M7.
41 — Pahola, vol. I, De la vaccination.
642 DE LA YAOClNAnON — CHAPITRE XTIII
pustules vaocinalôs et d'y introduire Tinstrument avec bien de la délicatesse. La négligence des précautions nécessaires a occasionné à Rivalta de^douloureuses conséquences. M. Bousquet a aussi manifesté le doute qu'en prenant le vaccin sur un sujet atteint de syphilis, la lancette peut en exporter le virus syphilitique, ajoutant qu'on ne peut pour autant accuser la vaccine de transmettre la syphilis. M. Robert admet qn*il y a des circonstances rares où l'infection syphilitique est la conséquence de la contagion des accidents secondaires. M. Gullérier parait l'avoir démontré par la reproduction de l'ecthyma en pratiquant des piqûres sur le derme d'un enfant syphilitique avec une lancette, tantôt à sec, tantôt chargée d'ecthyma. MM. Herard, Lukomsi, Evertyen, Davasse et Gallard pensent que parfois une erreur de diagnostic a fait qu'on a pris une manifestation syphilitique, une'pustule d'ecthyma par exemple, pour une pustule vaccinale et qu'on a ainsi inoculé la syphilis au lieu du vaccin. Giyt pourquoi les caractères distinct! fs que vient de nous tracer M. Gambérini ne sont pas superflus et tendent à nous faire éviter un danger lointain, mais possible.
M. Simonet dans son récent ouvrage sur les causes de la contagion de la syphilis vaccinale nous en cite d'autres que nous allons examiner. Il estime que la syphilis dite vaccinale peut provenir de trois sources, du vaccinateur, du vaccinifère et du vacciné.
De la part du vaccinateur: le défaut de propreté de l'instrument; la salive employée à délayer le vaociû desséché.
De la part du vaccinifère: l'infection du sâng. Dans la plupart des épidémies vaccino-syphiUtiques le premier enfant inoculé avec du vaccin suspect est à son tour un syphilifère. Le doct. Simonet observe justement que les transmissions de seconde main doivent être examinées et contrôlées sévèrement. En effet la période dMncubation de Tulcère syphilitique est de 10 à 50 jours, en moyenne de 25, d'après les recherches de M. RoUei En admettant cette contagion de seconde main, on arriverait à V étrange conclusion qu'un enfant vacciné avec du fluide vaccinique suspect pourrait transmettre au 7"^« jour une syphilis dont il n'a encore aucun signe apparent. Suivant M. Simonet, il est très-probable qu'une maladie contagieuse est transmissible durant l'incubatien; mais jusqu'à ce jour il n'y a pas de certitude à cet égard.
Du côté du vacciné: M. Simonet observe que dans la vaccination de bras à bras la lancette pénétrant dans les tissus du vacciné se charge de lymphe et de sang que le vaccinateur transporte sur la pustule ouverte, et que ces humeurs pourraient bien être en même temps le véhicule de la syphilis. D'oÈi il dériverait que le vaccinifère peut être infecté par le vacciné. Un seul vaccinifère peut fournir du vaccin à 10 ou 15 enfants; d'oU grand danger pour eux d'être infectés, puisqu'il suffit qu'un de ces 10 ou 15 enfants soit syphilitique, pour que le vaccinifère le soit aussi par l'échange des matières organiques. Ce dernier
644 DE LA VAGGINAnON — GHAPITRB XVIll
devient ainsi une source de oontagion tant qu'on ne lui ouvrira pas une nouvelle pustule. De tout ce qui précède l'on déduit raisonnablement que la vaccination animale ne préserve point de ce mode de contagion, témoin le fait observé à l'hôpital S.^ Antoine en 1865.
Quelques nou veaux*nés , dont un suspect, furent vaccinés avec le cow-pox d'une génisse. Gela fait, on pratiqua l'opération sur une jeune femme entrée à l'hôpital pdur fièvre typhoïde grave. Après quelques semaines on découvrit sur le bras de la malade un ulcère croûteux, noir, dur à la base, et qui ne laissait aucun doute sur sa nature, tant les accidents généraux confirmèrent promptement le diagnostic. Gomment avait-on semé la syphilis dans cette femme en la vaccinant? Après ce que l'on vient de dire chacun peut le comprendre. Pour éviter cet élément d'infection, le doct. Simonet propose d'employer pour chaque piqûre un instrument qui ne serve qu'une fois, et de substituer à la lancette des épingles en fer à tète d'émail Ges épingles ne coûtent que 15 centimes la douzaine et peuvent servir plus d'uae fois, pourvu qu'on ait la précaution de les tremper dans une solution acide ou alcaline caustique, ou de les faire rougir à la flamme d'une lampe à alcool (1).
M. Minervini, conservateur du vaccin à Naples, avait déjà signalé en 1865 ce dernier mode de transmission
(1) Lffon méd., 1870. et Ann. de méd. pubL, 30 jain 1870.
DB LA TRANfilUSSION DE LA SYPHILIS ETC. 645
de la syphilis dans ses observations sur T ouvrage de M. Oianelli. Il recommande au vaccinateur de nettoyer rînstrument; car, à défaut, il restera souillé du sang qui, bien qu'en petite quantité, jaillit le plus souvent des incisions, et pourra ainsi causer l'infection qu'on a raison de craindre.
L'examen que nous venons de faire des divers modes de transmission de la syphilis au moyen de la vaccination, nous rendra plus facilej'étude des cas (|ue nous devons encore analyser. Si dans le fait (n^ 4) de M. Gerioli on ne peut contester le caractère syphilitique de la maladie dont furent atteints 40 sur 46 vaccinés, et qui, ayant commencé par tin accident primitif au bras, passa ensuite aux nourrices et aux mères, l'origine de tant de malheurs est cependant fort obscure. La vaccinifère paraissait saine, et la vaccine régulière; mais on n'a pas sur elle d'autres renseignements. Six enfants eurent des pustules vaccinales normales sans contracter plus tara d'autres maladies, et ils servirent à vacciner une centaine d'enfants sains. M. Lepiteur a émis le doute que la jeune Marthe (la vaccinifère) en trasmettant à quelques enfants le vrai vaccin, et à d'autres la syphilis, eût au bras des pustules de l'un et de l'autre virus. Il ajoute que les enfants indemnes de syphilis n'eurent que la vraie vaccine; tandis que ceux qui en furent atteints, n'eurent à l'endroit de l'incision que des ulcères et des croûtes permanentes. M. Oambérini partagea la doute de M. Lepiteur. Dans ce manque complet de renseignements *
646 DE LA VACaNATlON — CHAPITRE XVIII
sur la vaccinifère au moment de l'opération, Topinion de M. Gambérini nous parait plus fondé que ne Test celle de M. Viennois.
5«^« cas. Nous avons ici 64 vaccinés et 64 infectés. M. Gambérini doute fort que Tenfant. P. G. ait eu à la fois des pustules vaccinales et ulcéreuses. Ou sait que le père du vaccinifère était syphilitique, qu'il fréquentait une femme atteinte de ce mal et que lorsque l'enfant fut vacciné, il avait des ulcères syphilitiques au scrotum. M. Viennois explique ce fait par la transmission du sang; mais M. Gambérini a probablement raison en notant que les renseignements nécessaires manquent encore ici. C'est pourquoi nous conclurons avec lui et avec M. Briquet que l'origine de ces tristes cas est très-obscure et que Ton ne peut en déduire rien de positif. Il y a toutefois une circonsr tance remarquable qui démontre combien sont difficiles les transmissions de seconde main, si l'on se
sert à temps de la pustule vaccinale, et c'est que 8 enfants infectés ensuite de syphilis servirent à en vacciner 34 qui eurent régulièrement la vaccine sans d'autres conséquences.
S^^ cas. La nature des pustules de l'enfant fait naître d'autres doutes. On doit noter que l'enfant qui était auparavant syphilitique, fut soumis à une cure et ne présenta qu'une légère opthalmie quand on le vaccina, et qu' ensuite il n'eut plus aucun phénomène de syphilis. De plus si l'on tient compte des divers modes avec lesquels la contagion vénérienne peut être
DE LÀ TRANSmdSlOM DE LÀ 8VPBIL18 ETC. 641
transmise et de la période d'incubation assez souvent longue, n'eslril peut-être pas probable que les oncles de cet enfant aient contracté la syphilis de ce même enfant auquel l'oncle et la tante donnaient leurs soins, et que la vaccination tant comme cause traumatique que par la réaction qu'elle éveille dans l'organisme ait seulement fourni au mal l'occasion de se développer? Il serait alors permis de douter que l'infection syphilitique puisse être attribuée au vaccin.
10« cas. C'est celui qui donna lieu au célèbre procès Hubner. M. Hagmann a soupçonné que les enfants malades étaient déjà infectés de syphilis héréditaire latente et que l'on avait probablement commis une erreur de diagnostic, attendu que les pustules étaient évidemment vaccinales et douteuses (1). Il y a en outre de la contradiction entre les médecins appelés comme experts. M. Heifelder a déposé négativement sur l'état syphilitique de l'enfant Keller lors de sa vaccination, et conteste que les huit enfants aient contracté la maladie par l'acte de la vaccination. Un autre expert est d'un avis contraire sur les deux faits ci-dessus. Une semblable contradiction existe relativement à l'éruption: un journal dit qu'elle envahit le visage et le corps, tandis que d'autres relations établissent qu'elle était limitée aux jambes, et que ce n'a été qu'après la revaccination qu'elle s'est étendue i^ur d'autres parties du corps. M. Viennois a fait re-
11) Taidiiu, Ami. Hyg^ avril 1864.
648 DE LA VACCINATION <-* CHAPITRE XflII
* marquer que cinq autres yacoinés avec le pus du même enfant ont eu un vaccin régulier (ce sont les pre^ miers de la série), et que des huit autres vaccinés ensuite la plupart -n'ont présenté qu'après 15 jours à Tendroit des piqûres de petites vessies suivies de petites ulcérations qui suppuraient et s'étendaient tant en superficie qu'en profondeur; tandis que les autres auraient présenté dèâ le commencement des pustules vaccinales normales qui dégénérèrent ensuite en ulcères.
Six de ces enfants ayant été revaccinés, 4 eurent une vaccine complète ; sur deux les pustules se desséché* rent et ressemblèrent plutôt à celles de la vârioloïde. M. Viennois conclut que l'infection est provenue du sang. M. RoUet est du même avis. < Puisque, dit-il, les huit malades en question ont été vaccinés les derniers d'une série dont les premiers n'ont pas eu la syphilis, n'est-on pas quelque peu autorisé à admettre que les premiers n'ont pas eu la syphilis, parce qu'on leur a inoculé l'humeur vaccinale pure; et que les autres Tout eue parce que l'opérateur manquant de vaccin, a pris sur sa lancette du sang péri-vaccinal ? En tout cas, ce qui prouve que ces derniers n'ont pas été inoculés avec du vaccin pur (avec du sang apparemment), c'est qu'il est établi que chez plusieurs les chancres se développèrent après 15 jours à l'endroit des piqûres, sans pustules vaccinales antécédentes ; et que, selon Heim, 4 sur six présentèrent après la revaccination des pustules vaccinales complètement déve-
DB LA TRANSimSlON DK tk 6TPBai8 KTC. 649
loppées > (i). Nous ne nierons pas que tentes les présomptions ne soient en faveur de l'opinion de MM.
RoUet et Viennois, et nous admettons leur explication comme la plus probable. •
17me cas. M. RoUet observe que dans les deux cas de M. Lecoq, le principe de la maladie par un chancre induré a été évident; que plus tard et dans les délais habituels, la syphilis secondaire s'est manifestée avec des signes non douteux, et que la maladie a été communiquée par un individu qui avait eu, trois mois auparavant, un chancre induré à la verge. M, Lecoq répondit que les deux malades dont il s'agit avaient été vaccinés les derniers d'une série qui est restée saine ultérieurement, et qu'il se souvenait qu'étant à bout de liquide vaccinal, la lancette avait ramené un peu de sang. La transmission par le sang paraît donc évidente dans ces deux cas. Nous ne cacherons pas cependant que M. Oambérini et d'autres les attribuent au contraire à une syphilis latente réveillée par la vaccine, et qu'ils doutent de la déclaration feite par les deux militaires de n'avoir jamais eu d' accidents syphilitiques.
18™« cas. Le prof. GalUgo avoue qu*il n'a jamais pu se procurer de complets renseignements à cet égard ; ceux qu'il a obtenus laissent entrevoir que les parents de la vaccinifère avaient été infectés de syphilis, qu' elle présentait des phénomènes vénériens
(1) BoLLKt, 1. c, pag. 865«
650 DE LA VJM:aNATlON — CUàPITai XVIIt
lorsqu'on prit sur elle la lymphe vaocinale ; que les pustules étaient plutôt régulières ; qu'avec le vacciii on lui inocula aussi du sang; que 14 enfants vaccinés avec le pus de cette vac()inifère présentèrent des phénomènes syphilitiques constatés par d'autres médecins et par l'auteur même. Le phénomène primitif se développa sur quelquea-uns, sur d'autres cette circonstance n'a point été constatée, et il en est qui succombèrent à la syphilis, entre autres la vaccinifère. Il conclut que l'importance de ce fait est de beaucoup amoindrie par le manque d'éclaircissements presque indispensables pour en tirer d'utiles conséquences. Une telle réserve de la part de ce savant nous disrpense de tout commentaire.
iQaie eas. Nous avons taché en relatant ce cas de faire un tableau fidèle de ce qui est arrivé à Rivalta. La contagion que les 46 enfants transmirent à presque toutes les mères et aux nourrices, et que celles-ci communiquèrent à plusieurs de leur maris, et en outre l'infection des frères et des sœurs des vaccinés, ne laissent aucun doute sur la nature syphilitique de la maladie. Quant à son origine on ne peut dire rien de certain, les avis sur ce point étant partagés.
On douta d'abord que le tube qui servit à vacciner l'enfant Chiabréra (le 1^»^ vaccinifère) contînt du vaccin syphilitique; mais il résulte du rapport de M. le chev. Martorelli que d autres tubes remplis le même jour du pus des mêmes vacciniftres, n'occa-
sionnèrent aillôurs aacune maladie; que des enfants vaccinés au moyen de ces vaccinifères ne contractèrent point la syphilis, et que les vaccinifères mêmes n'en étaient point atteints. D'ailleurs il ne conste pas que l'enfant Ghiabréra ait présenté au l>ras les phénomènes primitifs des autres enfants ; les cicatrices qu'il eut furent reconnues régulières et caractéristiques. On doit donc chercher ailleurs l'origine de cette infection. Ici naissent de plus graves doutes. Le chev. Martorelli constata dans sa première visite que les mères des vaccinifères étaient encore saines, tandis que celle de l'enfant Ghiabréra offrait à l'aréole de la mamelle gauche un ulcère à caractères douteux, de vieille date, presque cicatrisé, mais qui continua à suppurer en se maintenant avec obstination dans le même endroit. On reconnut ensuite qu'elle était affectée de leucorrhée et d'excoriation au col de l'utérus. Son mari avait la réputation d'un coureur de filles, mais il était sain et il ne résulta pas qu'il eût en des affections vénérienneSi Les enquêtes de M. Pacchiotti constatent que r enfant en question avait les deux mois antérieurs à la vaccination sucé le lait d'une certaine Liberata Pavone atteinte de contagion syphilitique qu'elle communiqua à une de ses nièces, et celle-ci à sa mère. Sur ce il conclut que le nommé Ghiabréra et la nièce ont été infectés par Liberata. Ghiabréra né de parents sains, sain pendant longtemps, a donc été infecté par sa nourrice, qui communiqua en même temps la maladie à sa mère. Le virus se transmit à
IH DR LA TACaNATIOH — CBAPITIIt XYIII
GUabrén par la bwwhs et parcourat toates ses phasM dans l'espacd de pins de deux mois. On le vaccina dam une période où pouvait avoir lieu l'âvolntion des aœidents secondaires et oonstitutionnels de la syphilis. Les pustules' vaccinales se développàrent avec tant de régularité, qu'au 10«« jour M. le chirurgien Coggiola, informé du fkit, en put extraire la lymphe »vec laquelle il vaccina 46 enfants. MM. Qambérini, Max et Cnllérier ne manquèrent pas d'observer que cette origine est fort contestable, vu que le nommé Chiabréra n'avait sucé que peu de fois le lait de la nommée Pavone, et que d'autre part l'ulcère de la mère laissait soupçonner qu'elle loi avait communiqué son mal. Mais il convient observer qu'elle assura que ni elle ni ses autres enfants n'avaient jamais eu de syphilis, et que les autres licciâents syphilitiques ne se développèrent que quelque temps après la première visite de M. Martorelli. Ces accidents étaient un autre ulcère au sein gauche, des pléiades aux aisselles et à la nuque, des ulcères aux amygdales, de nombreux tuberoules à la vulve; 6e qui fait croire que cette femme avait été contaminée par son enEant. On ne peot donc se prononcer définitivement à ce sqjet; il nous parait seulement que l'enfant Chiabréra avait la syphilis latente lorsqu^il fut vacciné, et que la vaccination ne fit que l'alimenter. Il eut en eflèt la diarrhée dix jours après la vaccination, pms des engorgements aux glandes inguinales, de l'aphonie, des ulcères aux deux amygdales et de l'mflure au ventre avec en-
DE LA TRANtHIftBlON M iA «VPillUS ITC. 663
grossissement des glandes mésentériques. La peau était plissëe ^ de couleur plombée y avec alopécie et marasme complet. La deuxième vaccimiTère, Manzone, née de parents sains, eut une vaccine régulière , des ulcères syphiliticpies aux. bras et des phénomènes se* oondaires. N'ayant pas été soignée elle mourut après trois mois de marasme. Vaccinée avec le pus de Ghiabréra, elle contracta la syphilis et la communiqua à 7 enfants sur 17 qui furent vaccinés avec sa lymphe, tandis que le vaccinifère la communiqua à 86 ou 49 enfants. On ne peut pardonner au vaccinateùr d'avoir recueilli la lymphe de ces deux enfants au 10°^^ jour de révolution de la pustule, c'est^à-diré quand la lymphe était déjà troublée par un peu de pus, et lorsque peutêtre, dit M. Pacchiotti, elle contenait le germe de la syphilis. La mère de Tenfant Ghiabréra et quelques autres déclarèrent qu'il sortait du sang des pustules, et que la lancette en était tretapée au moment de l'inoculation. Ce fait n'a pas été observé par tous; mais il est possible que quelques mères l'eussent oublié au moment de l'enquête ou qu'elles n'y eussent pas fait attention. Il convient ainsi de tenir compte dé celles qui s'en étaient souvenues. Suivant M. Pacchiotti^ et nous sommes d'accord avec lui, la transmission aurait donc été faite par le véhicule du sang, et l'immunité de quelques enfants s'expliquerait par la prise du vaccin dans différentes pustulea» dont les unes contenaient du sang, et les autres non. Quant au second vaccinifère, il parait que les symptômes
654 DE LA VAGCIHATION — CHAPHRE XVIIl
syphilitiques couvaient sous la pustule yaGcma4e, et que la lancette de Topérateur avait trop pénétré et recueilli les deux virus. Si au lieu du I0™« jour la lymphe avait été extraite le S*»®, il est pltis que pro bable, tel qu'il est arrivé dans des circonstances analogues , qu' au moins la 2™« série des vaccines aurait été épargnée. Il résulte de ce qui précède que la vaccination doit être pratiquée avec la plus grande délicatesse et par des personnes expérimentées.
Pour démontrer que la syphilis avait été communiquée en même temps que le vaccin, M. Pacchiotti, suivant les conseils de MM. Galligo, Cerise, Diday et Viennois , revaccina avec V assistance de deux collègues 5 enfants affectés gravement de syphilis (constitutionnelle ; mais le résultat fut nul. M. de Kalt, médecin de cette localité, observa sur un seul un petit tubercule qui fit aussitôt croûte sans le moindre caractère de vaccine ili régulière ni bâtarde. Il faut donc conclure qu'on inocula à Rivalta deux virus, le vaccin et la syphilis, et celle-ci au moyen du sang.
20«« cas, À Lupara, avons-nous dit, l'origine de la maladie est due aux tubes qui contenaient du vaccin mêlé à du sang. L'on sut que le vaccin venant de Gampobasso avait été fourni par une jeune fille qui mourut peu de temps après la vaccination d'une maladie éruptive dont le caractère n'a pas été déterminé avec certitude. Ici, comme à Rivalta, on observa des phénomènes primitifs sur les bras et des ulcères colleux, accompagnés de pléiades aux aisselles dont les
unes apparurent à Tépoque du dessèchement des pustules, et les autres peu de tempç après. On observa aussi des phénomènes constitutionnels et généraux , et de nombreux cas de communication syphilitique qu'on doit attribuer au défaut de propreté chez les campagnards et à l'agglomération de nombreuses familles dans d'étroites chaumières. Le doct. Marone assure n'avoir jamais constaté auparavant la présence de la syphilis parmi ces populations, et qu'ainsi ce pernicieux virus avait incontestablement été communiqué par la vaccination.
24°>« cas. Ce fait est dépourvu des renseignements voulus sur le vaccinifère et sur l'opération. On ignore si d'autres enfants ont été vaccinés en môme temps et avec quel résultat. Nous ne pouvons donc rien dire du mode de transmission.
2ld^ cas. Il manque également des données nécessaires, et on ne sait rien autre sauf que le vaccinifère était pâle. Est<^e le sang qui à transmis la maladie?
27ne eas. Le mode de transmission est ici évident. Ce cas en éclaircit beaucoup d'autres et nous fait juger que lorsque la syphilis a été transmise avec le vaccin, cette communication a eu lieu par le sang ou par quelque autre véhicule , mais non par le vaccin pur.
28°^« cas. Le premier cas d'Auzias*Turenne manque de reinseignements sur le vaccinifère, mais la circonstance de la présence du sang y est constatée. Le deuxième vient à l' appui des observations faites sur
656 DE LÀ VACCINATION — GHAPITIIE XVUl
le cas de Rivalta» On doit prendre note de la circon«tanoe que la pustule qui au 8"^^ jour ne transmit que le vacoiû, communiqua la syphilis le 11°^*. Il paraît que le pus mêlé au vaooin le 10'»« ou le 11™« joUr ooûtient les germes de la syphilis, ou que vraiment il se développe dès le 9^^ jour un symptôme syphilitique dans la pustule.
29io^ oaSé Nous devons déplorer avec M. Guérin que la vaccination ait été opérée par une personne éti*an* gère à Y art médical , et il est probable que si M. Depaul avait été présent, ce cas aurait pu être évité.
Relativement à A. X., M. Devergie soupçonne qu ayant déjà eu la blénorrhée, la syphilis survenue pouvait en être la conséquence. Il conste aussi qu'il était atteint d'un rhumatisme compliqué fort douloureux. On doit noter que les ulcères se développèrent là où le vaccin n'eut pas d'effet^ tandis que rien ne survint sur les pustules vaccinales qui firent régulièrement leur cours. Cette circonstanôe fut aussi observée sur un des 9 enfants reconnus affectés de syphilis. Sur un autre le vaccin ne se développa pas, et il n'y eut que des ulcères à l'endroit des piqûres. Chez d'au* très les éruptions dégénérèrent en ulcères.
Le vacoinifère mourut le jour après la vaccination. Cependant, d'après ce qu'en a dit sa mère, il avait été allaité à son insu par une nourrice infectée, et quand on le soumit à la vaccination , il offi*ait encore des taohea et des boutons sur tout le corps avec des uloe* rations aux aines et aux parties génitales. Si l'on
DB LA TRANSMISSION DE tA SYPHILIS ETC. &57
tient compte de la circonstance importante vérifiée sur A. X, et sur d'autres enfants, que les symptômes syphilitiques apparurent sur les piqûres oii le vaccin ne se développa pas, que « les vaccinations avaient été faites par une personne étrangère à Fart, qu'enfin le corps du vaccinifère était couvert de taches et de boutons, on doit croire que la lancette de l'opérateur avait pris simultanément du vaccin et du virus syphilitique, et transmis de la sorte le vaccin et la syphilis. . Les 33 soldats inoculés le môme jour furent aussi reconnus syphilitiques.
30»« cas. Il a été fort débattu à l'Académie de médecine de Paris en 1867, 1869 et 1870. M. Guérin soutint que la maladie qui éclata^à Auray n'avait pas de caractère syphilitique, tandis que M. Depaul aflSrmait le contraire. Mais les documents présentés à l'Académie nous font dire que ce fait ne méritait pas l'honneur d'une si longue discussion.
MM. Bodelio, Denis et Glousmadçuc ont ai&rmé sur les caractères objectifs de la maladie qu' ils s'étaient trouvés en présence de la syphilis. M. Fouquet, médecin départemental, et un autre docteur ont dit au contraire qu'à Vannes les symptômes insolites offerts pailles inoculés, les érysipèles, l'inflammation et l'ulcération n'avaient rien de commun avec la syphilis. M. Fouquet en dit de même des vaccinations de Lorquettes qui avaient présenté quelque chose d'irrégulier, et qu'il vérifia sur invitation du maire. Il trouva que les vaccinifères étaient sains et que les vaccinations
42 — Parola, vol. I, De la vaccination.
avaient été pratiquées par la demoiselle Ghamaillard. Qu'on note que Vannes, Lorquettes et Auray sont des pays voisins. Les simptômes constatés par M. Bodelio à Auray, Grand-Champ etc. étaient, selon Depaul, des pustules vaccinales converties en ulcérations larges, profondes, à bords relevés, reposant sur le tissu en* gorgé et dur, et des ganglions engorgés au cerveau, à r occiput et surtout sous les aisselles. Il trouva encore qu'un seul vaccinifère servit pour 164 enfants; que 30 sur 127 infectés, soumis à un traitement spécial guérirent, et que les autres 97 guérirent pareillement mais sans traitement spécial. Il ne nota pas des phénomènes secondaires ou tertiaires. Il constata à Comors sur 20 enfants des phénomènes identiques, et la guérison sans traitement. Depaul affirma qu'il avait observé avec Roger de véritables phénomènes syphilitiques secondaires, tels que des plaques muqueuses etc., mais cette déclaration fut contestée par le doct. Bourdais qui se rendit sur les lieux, et par le médecin local Diberder. Il résulte des attestations de MM. Depaul et Roger, qu'ils nont rien trouvé sur les vaccinifères; et MM. les docteurs Bourdais et Diberder ont affirmé que non seulement les vaccinifères étaient sains, mais que les mères et les nourrices V étaient également, et que la plupart des vaccinés guérireift presque sans traitement. Il conste enfin de la présence d' une épidémie dans les vaccinés des communes voisines à Auray.
Qu'on compare ces résultats avec ceux de Rivalta
et de Lupara, et Ton se convaincra qu*il ne s'agissait pas d* une vraie syphilis, mais bien d'nne autre aflTection érythémateuse ou ulcéreuse, semblable à * celle observée à Alby par Lalagade, et à Argenta (Bologne) par Gambérini. Telle est notre avis après de longues éludes sur le fait en question : la vacci* nation n'aurait été là que pour favoriser le dévelop* pement de cette influence morbide.
31 ™« cas. Il nous semble fort douteux. Le vaccinifôre paraissait sain avant la vaccination, et Tannée suivante le docteur Glary s'exprima ainsi relativement à laî mère : < Après les examens faits il mè semble probable que Victorine Mas n'a pas eu d'accidents syphilitiques, et il est certain qu'elle n'a^ pas en ce moment de manifestations suspectes >. M. Guary doute au contraire que Victorine Mas ait eu des accidents syphilitiques, et il dit que les symptômes présentés, la leucorrhée, l'ulcération rougeâtre du col de la matrice, les érosions aux plis des petites lèvres sont des manifestations suspectes. Mais le doct. Guary ne manifeste qu'un doute. Le vaccinifère ne donna d'ailleurs aucun signe de maladie, et on doit faire sur ce cas les plus amples réserves.
34«« cas. Fort douteux. Le caractère des deux pustules qui ont fourni le vaccin est incertain parce qu'elles étaient peu développées. On ne peut pas les appeler de vraies pustules vaccinales, vu qu'elles ne tardèrent pas à prendre un cours irrégulier, et i][ue les cicatrices laissées signalèrent même chez ceux
6C0 DE LA VAGa!fATIO!( — CHAPIfBE XTIII
sur lesquels elles ne dégénérèrent pas, un cours îrrégulier de la vaccine. Incertain le caractère des ulcères plus ou moins larges, de même que la qualité syphilitique des érythèmes à peine mentionnés, mais non -décrits. Les tubercules ou plaques muqueuses, les affections à la face, etc. qui sont des phénomènes certains et constants de la syphilis constitutionnelle, ne se seraient pas manifestés. Aucune communication de la syphilis aux mères ou aux nourrices; guérison rapide en général.
Il paraît donc que les pustules en question n'étaient pas de vraies pustules vaccinales, mais plutôt des pustules bâtardes ou équivoques, surtout à cause
de l'éruption générale qui se fit en même temps sur le corps de l'enfant. Si la maladie communiquée à l'enfant a été la syphilis, il faut convenir qu'elle a été» bien douce, et qu'en tout cas on ne doit pas l'attribuer à la vaccine qui, selon toute probabilité, n'existait pas ou était fausse. Il se peut encore que la lancette du vaccinateur ait recueilli du sang et même un peu d'humeur de l'éruption non vaccinale, ainsi que le démontre le caractère érythémateux de la maladie. Toujours est-il que si cet accident n' est pas le résultat de la vaccination, on doit néanmoins désapprouver le vaccinateur qui s'est servi d'un enfant fort suspect qui offrait sur la peau une éruption maladive étendue et dont les pustules n'avaient point i'aspect habituel des pustules vaccinales. Nous ne devons pas juger des elfets du vaccin sur cette mésaventure
t)E LA TRANSmSSION DE LA SYPHILIS ETC. 661
et sur une opération pratiquée avec une impardonable légèreté, et jeter ainsi le discrédit sur la vaccination de bras à bras, comme si la faute de l'opérateur était la faute de l'art.
Quant au N^ 36 dont la Société médicale de Londres s'est tant occupée, la commission d'enquête a conclu sur la première série des cas, qu'au moment de l'examen (14 semaines après la vaccination), il n' y avait aucun symptôme de syphilis ni sur le vaccinifôre ni sur les trois sujets auxquels il avait fourni le vaccin. Sur deux il y avait à cette époque des ulcères suspects mais non de nature syphilitique. Il résulte , encore que le traitement mercuriel continué sur eux pendant dix jours suffit pour les guérir complètement. Plusieurs membres de la Société médicale soulevèrent des objections contre M. Hutchinson qui avait déclaré que c'était bien de la syphilis vaccinale. Ils furent d'accord sur le point que le vaccin pur ne transmet que le vaccin, et ils opinèrent que le sang et les écailles de l'épiderme peuvent être la cause de la transmission syphilitique. D'autres dirent que l'engorgement des ganglions n'est pas toujours causé par la syphilis, que d'autres ulcérations peuvent le produire et qu'avant de l'attribuer à la syphilis il est toujours bon d'attendrp l'apparition des accidents secondaires. Se fondant sur la circonstance que les deux premiers vaccinés n'eurent aucune maladie; que tous les infectés guérirent dans dix jours avec le traitement mercuriel ; que chez tous le mercure prévint
662 Dfe LA VACCINATION — CHAPITRE XYHI
la manifestation des symptômes secondaires (ce qui est à vrai dire miraculeux), et qu'enfin les engorgements des ganglions aux aisselles peuvent avoir pour cause des ulcères non syphilitiques, MM. les docteurs Del vaille etGuerîn (1) ont conclu que dans les symptômes en question on ne peut pas retrouver les manifestations de la syphilis. Ils croient plutôt qu'il s'agissait d'un pemphigus vaccinal tel que l'a observé à Alby le docteur Lalagade.
Nous considéronsf de la plus haute importance le fait que le vaccinifère ne présenta aucune trace de syphilis enfantine qui se manifeste avec tant d'intensité. Il ne pouvait donc pas transmettre une maladie qu' il n' avait pas. En résumé nous croyons que les ulcères en question ne furent autre chose que des dégénérations qui se rencontrent parfois dans les pustules vaccinales.
Les vaccinés de la seconde série ont présenté des symptômes caractéristiques de syphilis. La commission l'a reconnu. Mais le docteur Del vaille observe qu'il manque la relation entre la cause et l'effet. Le vaccinifère ne donna aucun si^ne évident d'avoir eu une maladie syphilitique. On ne sait rien de positif sur la manière avec laquelle on a pratiqué la vaccination, sur le caractère des pustules et de la lymphe. C'est pourquoi l'on pourrait attribuer ces trois cas à une autre cause accidentelle, comme à l'instrument
(1) Gaz. Méd. de Paris, pag. 435, 1871.
DE LA TRANSHIâSION DE LA SYPHILIS STC. 663
, souillé de pus syphilitique, à la lymphe ou au sang pris sur un sujet infecté de cette maladie et semés d'abord dans la pustule vaccinale, puis dans les autres individus. En un mot ces deux séries de cas donnent lieu à de graves doutes, et ne peuvent être attribués à la vaccine.
Aux faits que nous venons d'examiner il faut en opposer d'autres ob le vaccin pris sur des individus syphilitiques ne transmit que le vaccin. Par leur nombre et par leur authenticité ils acquièrent une certaine importance, et servent à diminuer de beaucoup, si non totalement, la mauvaise impression laissée par les cas précédents.
M. le doct. Moreau de Jonnes démontra à Tacadémie de médecine de Paris le 20 septembre 1825^ que r humeur vac<nnale prise sur des individus atteints de contagion vénérienne n'avait jamais communiqué d'autre affection que le vrai vaccin. M. Bidart publia en 1831 un Essai sur la contagion de la syphilis par V inoculation vaccinale. Il soutint la vaccination contre toutes les attaques, et citant deux faits de vaccination d'un siget sain avec la lymphe d'un individu affecté de syphilis, il conclut que la dernière ne peut être transmise par la vaccination. L'académie de mé* decine de Paris se prononça en 1839 en- faveur de Bidart. MM. Montain, Schrejer et Taupin rapportèrent des faits semblables. M. Taupin vaccina 2000 enfants malades dont quelques-uns avaient même contracté la syphilis ; mais il ne lui est jamais arrivé de remarquer cette dernière affection.
664 t)E LA VACCINATION — CttAPlTRE XVlfl
L'illustre Heim revaccina de jeunes dames avec . du vaccin pris sur des officiers qui avaient la syphilis, sans qu'elles s'en soient ressenties en aucune manière. Il inocula de même le virus vaccinal d'un enfant qui présentait des symptômes de syphilis constitutionnelle à trois autres enfants, sans leur causer le moindre mal. Il cite encore d'autres exemples de ce genre en disant que jamais aucun vaccinateur du royaume n'a trouvé un seul cas de transmission d'une autre maladie par le véhicule de la vaccine (1). Ces faits et ces attestations d'un des plus éminents vaccinatgurs ont une grande valeur.
Le doct. Flechner rapporta au collège des docteurs de Vienne qu'à l'institut de vaccination annexé à l'hospice des enfants-trouvés on put en 185657 obtenir d'un enfant qui eut la syphilis après la vaccination, une bonne lymphe avec laquelle on inocula régulièrement d'autres enfants, sans que, même avec le temps, il se manifestât sur eux aucun symptôme de maladie (2). En 1854 le docteur Lecœur de Caen sema la vaccine sur les bras d'un homme âgé de 28 ans qui n'avait pas encore été vacciné, et qui avait contracté pour la troisième fois la syphilis avec quatre ulcères rougeâtres au pénis. Il en obtint cinq belles pustules par bras. Le 8™« jour il en fît sortir la matière qu'il s'inocula à lui-même avec six piqûres par bras, ainsi
(1) Stsinbhenxbb, 1. c, pag. 828.
(2) Inn. Vntv, Méi., juin 1858, pag. 63i
lu
DE LA TRANSmSSION DE LA SYPHILIS ETC. C65
qu'à ses deux fils vaccinés depuis longtemps. Il n'ëprouva qu'un léger picotement ou prurit ; après 40 ou 60 heures les piqûres se cicatrisèrent, et aucun symptôme d'infection ne parut dans la suite. Le professeur Tardieu fait remarquer toute l'importance de ce résultat négatif obtenu par le courageux expérimentateur. Nous lisons dans le Bulletin des sciences médicales de Bologne (sej)t. 1865) la relation d'une observation bien importante communiquée à la so^ ciété médico-chirurgicale de la même ville par le docteur Demétrius Rasi, vice-conservateur du vaccin. En 1853 il inocula à un enfant de il mois, Théodore G., qui avait comme son père et sa mère toutes les apparences de la santé, du vaccin pris à un vaocinifôre frais et bien portant. Le &»« jour, les pustules vaccinales étant régulièrement développées, il y puisa la lymphe pour vacciner 32 enfants de la commune de St. Lazare près de Bologne. Appelé à visiter Théodore G. 14 jours après la vaccination, le doct. Rasi vit que les bras étaient gonflés et que la croûte des pustules vaccinales devenue jaune laissait suinter un humeur visqueuse et dense. Deux jours après six ulcères vénériens succédèrent aux croûtes. Puis il se forma des papilles, dont quelques-unes au-
tour de la bouche et de l'anus, qui se résolurent en plaies phagédéniques et conduisirent cette pauvre petite créature au marasme et au tombeau. On constata que la mère avait depuis plusieurs mois des bubons aux aines et des ulcères vénériens au vagin;
666 DB LA VACCINATION --* CHAPITRE XVItl
qu'elle n'avait encore été soumise à aucun traitement, et que cette infection lui avait été communiquée par son mari. Ayant demandé des nouvelles des enfants vaccinés avec la lymphe de Théodore G., le doct. Rasi apprit que 14 n'avaient eu ni vaccin ni syphilis; que 1 1 eurent seulement le vaccin régulier, 5 de fausses pustules qui ne laissèrent aucune trace sur les bras, et 4 une seule pustule qui revêtit les caractères d'un ulcère sordide accompagné de phénomènes inflammatoires guéris avec de simples médicaments sans recourir à une cure spéciale. Tout soupçon de syphilis relativement à ces 4 enfants disparaît, puisqu'ils ont continuellement joui d'une parfaite santé, n'ayant jamais rien eu qu'on puisse appeler mal vénérien dans l'espace de 12 ans que M. Rasi continua à les observer. Il ajoute que surpris du nombre extraordinaire des résultats négatifs il voulut suivre le conseil du doct. Rizzoli, et qu'il vaccina l'automne successif les susdits individus qui ne donnèrent pour autant aucun indice de syphilis. Les 14 premiers eurent une parfaite vaccine; les 11 déjà vaccinés avec succès au printemps n'eurent plus rien; des cinq autres, trois seulement eurent de bien belles pustules; les quatre derniers dont l'éruption avait dégénéré, eurent des pustules qui ressemblèrent d'abord aux vaccinales, mais se desséchèrent entre le 5"»*^ et le 6™« jour*
M. Bourguet, chirurgien-major de l'hôpital de Rodez (Aveyron), cite dans un mémoire consacré à combattre la doctrine de la syphilis vaccinale deus
DE LA TRANSMISSION DE LA SYPHILIS ETC C6l
vaccînifères syphilitiques et dûment reconnus comme tels, qui servirent à pratiquer 15 vaccinations, dont aucune ne fut suivie du moindre accident. M. Bourguet fait remarquer que dans ces 15 inoculations on prit indistinctement du virus et du sang dans les pustules des deux vaccinifères, par la raison qu* on ne savait pas au moment de l'opération qu'ils fussent atteints de syphilis. M. Boêk de Christiania inocula un enfant atteint de syphilis héréditaire et dont la lymphe sanguinolente lui servit à vacciner deux spédalques vierges de syphilis et déjà vaccinés dans leur enfance. La vaccine se développa régulièrement sur l'un d'eux ; mais ni l'un ni l'autre (ils furent longtemps observés) n'eurent la syphilis vaccinale. Le comité milanais de vaccination animale a déclaré qu' à l'occasion des revaccinations des adultes en 1861 il sortit en même temps que la lymphe un peu de sang de la pustule d'un individu que l'on reconnut plus tard être infecté du mal vénérien. Mais cette lymphe mêlée de sang servit à vacciner 12 adultes dont aucun ne con*» tracta la syphilis.
> En 1864, sous le coup d'une épidémie de variole,
> je fis, dît M. Delzenne, de nombreuses revaccina-
> tions à St. Lazare. Trois enfants qui paraissaient
> bien portants fournirent le vaccin. Six semaines
> après les revaccinations, l'un d'eux présentait des
> accidents de syphilis héréditaire dont il mourut. Dès
> que je m'aperçus de l'état de cet enfant, je recher-
> chai si je n'avais pas inoculé la syphilis aux femmes
que j'avais revaccinées. J'apportai à cette recherche un soin excessif, et je ne trouvai pas une seule femme ,qui présentât aux bras la moindre trace d'accident primitif. Je pris alors connaissance des faits de syphilis vaccinale, et j'arrivai à me convaincre que le sang était seul l'agent de la contagion. En 1865 je m'inoculai deux fois du vaccin provenant de femmes syphilitiques. Sur trois piqûres j'obtins, la première fois, une belle pustule vaccinale, la seconde fois, rien. Je n'observai aucune trace de chancre infectant. Comme j'avais conservé dans des tubes du vaccin d'un sujet syphilitique, je pratiquais trois inoculations à deux personnes vierges de syphilis; le résultat fut négatif.
> Le 20 septembre 1866, l'enfant Emile Isidore I.... fut vacciné à l'âge de 4 mois. Il paraissait bien portant et ne présentait aucun symptôme de syphilis; sa mère jouissait d'une bonne santé et elle ne manifestait alors, pas plus que maintenant, aucun signe de vérole. Un mois après l'enfant présentait des graves accidents vénériens, et il mourut à la fin de novembre. Le 28 septembre il servit à vacciner 82 femmes, dont 43 avaient présenté ou présentaient des accidents syphilitiques. Restaient donc 39 femmes chez lesquelles je ne trouvai aucune trace ancienne ou récente de vérole. De ces 82 femmes 2 n'avaient jamais été vaccinées et une autre qui ne l'avait jamais été, avait eu dix ans aupara*
> vant la variole dont elle portait des traces bien visi-
> blés. Chez ces trois femmes le résultat fut positif,
> Des autres 79 femmes vaccinées, dix-neuf présentè-
> rent des pustules vaccinales caractéristiques. De ces
> 19 résultats positifs, 14 se produisirent sur des fem-
> mes syphilitiques, 5 sur des sujets sains. Entre tou-
> tes ces femmes j'en choisis une, nommée Augu-
> stine P., âgée de 21 ans, qui avait de nombreuses pa-
> pules hypertrophiques inhérentes à la vulve et au
> périnée, une syphilide papuleuse générale et des
> plaques muqueuses à la bouche et à la gorge; puis
> en présence de mon collègue et de M. Boys de
> Loury qui avait contrôlé chaque femme; je me fis
> quatre inoculations de brçis à bras avec le vaccin de
> ce sujet syphilitique. J'attendis le résultat qui fut
> absolument négatif. C'était la troisième fois que je
> tentais sur moi-même cette expérience sans résultat
> malheureux. Sûr de mon fait je vaccinai plus tard
> 7 femmes indemnes de syphilis avec du vaccin du
> sujet vérole; sur 4 de ces femmes, dont une âgée
> de 68 ans, le résultat fut positif au point de vue de
> la vaccine, négatif au point de vue de la syphilis (1). Ce sont en résumé 55 expériences scientifiques qui donnèrent toutes une réponse négative à la provocation artificielle de la syphilis par la vaccine.
Mais outre ces faits, nous avons l'autorité dé savants opérateurs chez toutes les nations. M. Steinbrenner
(1) Gaz. Méd. Paria 1869, N. 363.
670 DE LA VACCINATION — CRAPlTRe XHIt
nie la possibilité d'une telle transmission. < Il serait tout aussi absurde, dit-il, de croire qu'en inoculant la lymphe vaccinale extraite d'un sujet syphilitique, on communique la syphilis à l'inoculé, qu'il serait absurde de prétendre qu'en inoculant le pus du chancre d'an individu qui a en ce moment de belles pustules vaccinales, on pourrait transmettre la vaccine à l'individu inoculé > (1).
À la question que M. le doct. Simon adressa à on griind nombre d'autorités médicales de la Grande Bre* tagne, de la France et de l'Allemagne sur la possibilité de la transmission de la syphilis par la lymphe extraite d'une vraie pustule jennérienne, Paget, West, Marson, Tomckins, Âcton, Lee, Langston, Parker, Ghomel, Bright, Watson, Brodie, Joseph Henry Green, Facen et une foule d'autres noms illustres répondirent que ce cas ne peut se présenter, ou déclarèrent de ne l'avoir jamais observé (2). Le collège médical de Vienne répondit aussi négativement.
M. Bousquet déclara en 1865 que ni lui ni M. Husson, son prédécesseur dans les vaccinations de l'académie, n'avaient jamais observé un tel fait. < Trois ou € quatre fois seulement, dit-il, dans une carrière de
< plus de 30 ans, il m' est venu aux vaccinations de
< l'académie des enfants qui m'étaient signalés comme € suspects de syphilis; je les ai vaccinés comme les
< autres; j'en ai repris le vaccin; à dessein je l'aiino-
(l) L. c, pag. 828.
< culé sans scrupule, couvert qup j'étais par l'autorité € de mes maîtres, et je n'ai jamais eu à me repentir
< dama confiance ni de ma témérité. Cependant je € VOUS prie de croire que j'y regardais de très-près >•
M. Depaul même n'avait pas observé de pareils cas avant 1864. S'il avait été présent, le fait ^ue nous avons relaté ne se serait probablement pas vérifié. Aujourd'hui encore les nombreuses vaccinations de l'académie peuvent être appelées vierges de syphilis.
Nous pourrions encore invoquer l' autorité du chev. Martorelli et citer des milliers de vaccinations que nous avons pratiqué es nous-mêmes. Mais ce que nous avons dit est plus que suffisant. Si nous comparons les nombreux faits de non transmission avec lo petit nombre de cas que nous avons rapportés, et dont une dixaine tout au plus sont authentiques, il nous paraît que ce n'est plus le cas de déverser tant de blâme et de défiance sur la vaccination humaine. La variole menace toujours, et si nous négligeons la vaccination, nous couro ns un danger bien plus grave et plus certain.
La vaccination de bras à bras, quoi qu'on en dise, sera toujours la plus commune; c'est la seule jusqu'à ce jour, qu'on puisse pratiquer en tout temps et en tout lieu. II ne convient donc pas de répandre des craintes exagérées parmi les populations déjà rétives aux pratiques hygiéniques et faciles à s'alarmer, d'autant plus qu'en tirant parti de l'expérience, on peut éviter tout danger de transmission,
672 DE LA VACCINATION — GHAPITRB XVltt
Nous ayons examiné les faits précédents dans le but de démontrer qu' il en est un beau nombre qui ne peuvent être imputés à la vaccination de bras à bras. Quant aux autres nous avons rélevé de graves lacunes qui laissent des doutes sur leur valeur; et nous avons démontré qu'il ne doivent pas être attribués au vaccin, mais plutôt à une erreur de diagnostic ou à quelque autre circonstance fort peu connue. Entre le peu de faits qui semblent dépendre de la vaccination on cite ceux de Rivalta, de Lupara, et ceux qui ont été rapportés par Lecoq, Millard, Hérard et Hubner. Nous en avons déduit des règles pour obvier à Tinoculation syphilitique.
Le vaccin pur sans mélange de sang ou d'autre humeur n'a jamais transmis la syphilis. Le cas de Beziers est déjà bien éloquent à cet égard sans qu'il soit nécessaire de parler encore dé ceux de Bidart, Taupin, Heim, Schrejer, Flechner et Moreau. Mais celui du doct. Rasi ne laisse plus aucun doute et nous croyons conclure que le vaccin pur ne peut traflsmettre» que le vaccin.
Convaincu de cette vérité, M. Lecœur n'hésita pas de s'inoculer à lui-même et à ses deux enfants du vaccin provenant d'un sujet syphilitique, et le doct Delzenne refit 3 fois sur son corps la même expérience, qu'il pratiqua ensuite sur 82 individus. Dans tous ces cas le résultat fut encore négatif. M. Depaul et-d'autres dirent que les faits négatifs ne prouvent rien contre des faits positifs ; mais M. Guérin lui fit
observer qu'un fait positif est celui où la cause est prouvée dans sa réalité matérielle et dans ses effets corrélatifs. Rien de tel jusqu'ici pour la syphilis vaccinale.
Les observations de MM. Boeck de Christiania, de Bourguet et de Grancini nous prouvent encore que même dans le cas oU la lymphe est mêlée avec du sang, la syphilis est de difficile transmission.
En parlant de la communication des maladies, nous avons dit que suivant les règles générales de la pathologie des virus ils offrent tous une nature et une constitution propre, et qu' ils ne peuvent être liés ni participer aux virus ou aux maladies constitutionnelles des individus sur lesquels ils se développent. La pustule qui est l'organe sécréteur de la lymphe vaccinale pourra-t-elle contenir en elle le vaccin et la syphilis? L'opinion que la pustule vaccinale ne contient que du vaccin est déjà ancienne. M. Steinbrenner a dit qu' « il en est du virus vaccin, comme de tous les autres; il ne s'associe jamais aux vices constitutionnels de l'individu ; la pustule vaccinale est uniquement le produit du virus vaccinal; c'est une production morbide qui ne dépend que de ce virus seul >.
Le collège médical de Vienne a aussi conclu que la pustule vaccinale originaire, caractéristique, régulièrement développée dans son cours et dans sa forme, ne transmet aucune maladie, et que la syphilis ne
43 — Parola, vol, Ij De la vaccination.
6?4 DE LA VACaNAtlON -^ CHAPItRE XVlIl
peut être inooulée que par une pustule anormale ou gâtée ou par des vésicules de pemphigus.
MM. Viennois, Rollet, Gambériùi et Martorelli vso sont déclarés en faveur de cette thèse. M. Bousquet a soutenu au sein de Tacadémie de Paris ce qu'il avait exprimé dans ses ouvrages, que les virus ^ comme produits d'une semence, ne peuvent que se reprqduire, et, se fondant sur les lois de la pathologie, il n'a pas admis la contemporanéité des deux virus dans le même bouton* M. Guérin veut prouver que la pustule vaccinale et le fluide vaccin se présentent à nous, Tune comme une sorte d'organe accidentel, l'autre ooimne un produit particulier de cet organe et que ce dernier sécrète, comme tout autre organe spécial, un liquide spécifique. Il compare la sécrétion du vaccin à celle de la salive, de la bile, de la synovie qui ne transmettent point la syphilis à un individu syphilitique, et conclut que par analogie une pustule normale ne renferme que du vaccin. MM. Depaul et Ricord ne se montrèrent pas contraires à l'idée d'une pustule vaccino-syphllitique, et ne la considérèrent que comme un vrai organe sécréteur; ils attestèrent en outre que le vaccin contient des globules sanguins. Si nous remarquons la structure anatomique de la pustule composée de tant de cellules séparées j^v des cloisons membraneuses ; que les cellules exercent une action de dialyse sur le sang et ne tirent de ce dernier que leà éléments qu'ils peuvent s'assimiler, nous croyons pouvoir considérer la pustule Vaccinale comme m\
DE U TRANSUISSIÛN DE LA SYPHILIS EfC. 6l5
organe sécréteur, une humeur spéciale et sous ce rapport elle ne peut contenir que du vaccin.
€ L'inoculation, dit M. Delzenne, des sécrétions physiologiques ou pathologiques purulente» ou non des siyets syphilitiques à des sujets sains est toujours négative, en tant qu'elles ne renferment rien d'essentiellement syphilitique; la science est en possession d'un grand nombre de faits d'inoculations de ces produits divers; le liquide élaboré par les pustules vaccinales qui lui font subir une espèce de dialyse complète, est également incapable de la transmettre. J'ai plusieurs fois inoculé à un sujet sain le pus de chan* cres simples dont étaient porteurs des sujets syphilitiques, les sujets inoculés n'ontjamaiseula vérole(l}>.
M. Rollet obtint des résultats identiques. Il inocula du pus blénorrhagique pris à des sujets syphilitiques, mais sans mélange, et l'effet fut négatif. Basset fit les mêmes expériences avec le même résultat.
M. Ranse et d'autres objectèrent que de même que le lait et le sperme, liquides de sécrétion, transmettent la syphilis, le pus que sécrète la pustule vaccinale peut aussi la reproduire. Mais si on pense à l'énorme différence qui passe entre ces organes vrais laboratoires de tout l'organisme et la simple structure d* une pustule vaccinale, entre le grand appareil des vases sanguins et les nerfs de ces petites glandes, entre le produit de sécrétions qui contiennent pour ainsi dire
(1) Compte rendu de la séance ilu 3 octobre 1869 de r Académie d« toéderint de Paris.
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toutes les bonnes et les mauvaises qualités d'un individu, et le produit de la sécrétion de simples vésicules sécrétoires, on ne tardera pas à reconnaitre que la comparaison ne peut subsister et que les efifets de Tun et de l'autre ne peuvent être mesurés de la même manière.
Nous avons une preuve que la pustule vaccinale doit être considérée comme un organe spécial sécrétant une humeur spéciale, dans le fait observé par MM. Marcolini, Tassani, Âdelasio etc., que chez les enfants qui subirent malheureusement l'inoculation du vaccin et de la syphilis et qui devinrent syphilitiques, la pustule prise au 8™« jour (c. à. d. lorsqu'elle a atteint son plein développement et contient encore une lymphe claire sans mélange de pus ou de sang) ne transmit que le vaccin, tandis qu'à Rivalta la lymphe extraite au dixième jour communiqua en même temps le vaccin et la syphilis.
Il en est de même du second cas rapporté par Auzias-Tùrenne. La môme pustule, qui au 8™« jour ne produisit que du vaccin, transmit au li"»« la syphilis. Plusieurs opinent qu'il se développe alors sous la pustule vaccinale un accident syphilitique qui se montre plus tard et vient prendre la place de la pustule vaccinale; mais quoi qu'il en soit, il est probable que l'union des deux virus ne s'effectue pas dans la pustule vaccinale, lorsqu'elle est encore telle ; les exemples cités nous l'attestent.
Nous n'entendons cependant pas nier absolument
DE LA TRANSMISSION DE LA SYPHILIS TTC ft71
qu'un tel mélange ne puisse avoir Ueu dftns ^es circonstances exceptionnelles. Il n'y a rien de ai absoki (tans la nattire qui par u&e raison (^connue ne paisse doâfier Ireu à des exceptionB. Notti afflraions Sim* {dtement qu'en thôse générale cela n'arrive paiS; et que de fort ra^res exoèpftioûs &e peuvent détrsire usa )^tic^ général.
Nous devons ajouter qu' il y a des eas d'une ;prétèiifdue syphilis bMgne dont on peut nvoir nne atitre expïieatiMi. On a olïser^ des sujets d^une beflle apparence, mais d'une constitution ^asaftsaine , sur lesquèlb tes ^slmles vaccinales dégénérèrent en Misères fKifrdides à longue suppuration, accompagn&s de phénefMèfnes înflammatoii'es -et même de la nsuppurali^ des ^ng'lions des aisselles. Un exemple remarqaàble ^ ces sortes d'aflfectiens qtf on peut eensidérôr comme syphilitiques, est consigné dans le Bulletin ëei Mknoes mëâicàles de Bologne (1). Dans la pr(Mnce delPerrare et précisément dans la'comnmne d'Argeiita, 11 y eut *sur trente-quatre enfants vaccinés vingt^sept t\xv lesquels les puiAnles prirent la forme ulcérée. Quelques-unes ressemblaient à V ecithyma , d'autres s'étendaient sur toutes les pustules du bras et formaient une sorte de phagédénisme. Qes ulcérations guérirent dans «ix semaines ou deux mois sans aucun traitement antisyphilitique. Il y eut sur quelques vaccinés impétigo généraA et ecthyma à ta
(1) Vol.m, 186X
678 DE LA VACCINAtlON -^ CHAPlTftR XVIII
vulve. Le vaccinateur pensa bientôt qu'il s'agissait peut^tre d'une affection syphilitique. Le conservateur général en référa au ministère de l'intérieur. Le professeur Gambérini, délégué sur les lieux, parvint à établir que dans les vaccinations susdites il n'y eut ni transmission de syphilis ni influence d'une telle maladie. Il fit observer dans sa docte relation qu*il n'est pas extraordinaire de voir se prolonger la phase suppurative de la pustule vaccinale, comme dans l'ecthyma , où la croûte se reproduit en raison de la suppuration prolongée.
Le doct. Mondoni, ajouta4-il, lui annonça que Timpetigo et Tecthyma se développent facilement sur ceux qui ont souffert de traumatismes avec solution de continuité. La société médico-chirurgicale de Bologne approuva dans sa séance du 21 décembre 1866 les conclusions de l'illustre syphiligraphe avec cet ordre du joun
La société médico-chirurgicale de Bologne, ouï le rapport du chev. Gambérini sur les vaccinations d'Argenta etc. est d'accord avec lui pour ne reconnaître aucun caractère vénérien dans les phénomènes successifs à la vaccination.
M. le doct. Widal médecin-major en Algérie fit vacciner au mois d'août 1862 son enfant qui eut avec une belle vaccine une inflammation phlegmoneuse trè.svive au bras et aux flancs et des taches roses sans suite sur la poitrine. D'autres cas semblables ont été rapportés par le même et par M. Arondal (1). M. Hau-
(1) Gaz, Hàfl^ novembre 1869,
DC LA TRANSMISSION DR LA SYPHILIS tTC /619
mann avait déjà signalé une vaccine irrégulière qu'il appela pemphigoïde, vaccine maligne. Du 8"»« au Q»"" jour, dit M. Ilaumann, la base de la pustule vaccinale s'enflamme fortement et se transforme en un ulcère qui' assume parfois un caractère malin et guérit difficilement (1).M. Guérin parle aussi de plusieurs cas de ce genre (2). Le doct. Leduc chef des vaccinations du département de Seine-et-Oise observa maintes fois sur des enfants de belle apparence et dont la peau était pâle et diaphane, que les pustules présentaient au gmejour une ulcération profonde d'une jaune pâle. Il cite entr'autres 3 petites filles sur lesquelles < à la place des piqûres se trouvaient six plaies de la grandeur d^ne pièce de 50 centimes, de quelques millimètres de profondeur, d'un jaune pâle et donnant une suppuration très-abondante. Il constata de plus qu'elles étaient atteintes de ganglionite cervicale trèsprononcée. Les mères de ces filles étaient mortes de tubercules. Dans ces cas la vaccination aurait déter-
miné un mouvement de manifestation et d'excrétion des ferments morbides restés jusqu'alors à l'état latent. Le doct. Lalagade, directeur des vaccinations du Tarn, sema le 25 mai 1868 dans 95 enfants la lymphe d'un vaccinifère reconnu sain. Deux vaccinés ayant présenté des symptômes suspects, il réunit les autres et constata sur plusieurs les accidents suivants: peau d'un rouge foncé, à aspect érysipélateux; pustules vac-^
(1) StEl!«tRE!f!<!CR, 1. C.
[tj Di9Conr$ frommcé f/zini îâ séance du 29 juin 1869i
&8d DE Ik VACGt^)lTION ^ CHMntnK XVIll
cihàles h^s-krges d'un blàhc ^^ttè, doAtqiteiques* Ui)és avaient deu^ centiiâèftrèi^, et d^^ulreft d'une tot^è phlyctéiïoïife séôrétaieni à leftr circonTétence tiûe mâti6i^ éébéUse pni*utentè. On Voyâil de* ampoules remjitleà de sérosité et dés woûteè grisâtres et noîrâtfe* âàà j; toutes lès p^tieè eu corps, sauf à la plante des ^ièds et n^x p&t*ties ^é!ni tàles. Une "des vaccinées était ètonverte Àe plaqués t&A^e^ semMables à la rouget. Ûhe aWtte, au dii^ des parents, avait eu le ètarlentîehiain dé la vaôciïitàtion une grosse vessie pleine dé Sértrsité «ur k^hà^ue |iîq^. Les autres ^fants vâcèinës le itiëtiié |6ur offraient de magnifiques boutons. Le 300 1. Iiâ^agade*oobfii<!Wrànt qu'à celte époque dominaient dès'àî^ij^les ttàtttnàtiqnés e* spontanées, «èes à*^6ès dîpthérîques , des vésîcatoifes conôitmenx, iSèS pustules Malignes, en concM qu'il existait un fièinphigus épidémiquë compliqué, et fut condtfH k ipenser'^Éré lès enfants pointaient les gennes de la 4?phthéï'ie èl du pèmphî^s développés par le fôrment vaccinal, ^n bien q^ue les plaies vaccmalei^ avaient afbsùt'bé dès pri&ci^s morbides répandus dtofe Vair. Tous des malades guérirent ss^ns traitement spéèiô()^e. n Ob&ôrvfa encore bien d'autres cas de pëÈoiplhiguS sur des 'énftm!^ non Vaccines, spécialement à Alby, tellehïënt qu'il dut su^pèttdre les vaccinations. Hussoti fféélara aVoîr vu en 1803 se dévek^per le pempbigus après là VfeccîHëtlon; nwtfe à cette ^^ue le 'pemphigus était plutôt étendu et attaquait même les non vaccinés. ^IVras les vacekMttènrs ont noté des «otoi*
DK LA TRANSMISSION flE LA SYPHILIS £TC. 681
plications après la vaccination, et nous avons nousmêmes constaté des faits semblables à ceux du doct. Leduc, et qui guérirent spontanément avec un simple traitement local.
Nous avons mentionné ces faits, non pour leur donner l'importance que leur attribue M. Guérin, mais seulement pour mettre en garde les vaccinateurs sur certains cas qui, à défaut d'observations suffisantes, pourraient les induire en erreur. Il ne nous reste qu'à énamérer les précautions qui ont été proposées par divers auteure pour éviter le mai que l'on déplore.
1^ On doit avoir soin de choisir pour vaccinifères des enfants sains et robustes, dont on connaisse, autant que possible , les précédents des parents. 2^^ On examinera soigneusement le corps et surtout le système glandulaire des vaccinifères. On les refusera si l'on trouve sur eux un éruption cutanée un peu suspecte ou des indices même douteux de quelque maladie héréditaire et contagieuse. 3^ Si on ne connaît pas les conditions de santé des parents ou des nourrices, on devra les soumettre à une inspection discrète pour s'assurer de la bonne condition de leur santé et de leur constitution physique. 4® On ne choisira comme vaccinifères que des enfants de 3 ou 4 mois, époque avant laquelle la syphilis héréditaire a coutume de se déclarer. &> Si Ton est réduit à se servir de vaccinifères dont on ignore les conditions sanitaires des parents, ou dont la santé est un peu
C8â DE LA VAGGI^ATtON — CHAPItRR XVilt
suspecte, on aura soin de ne recueillir que du vaccin pur sans aucun mélange de sang ou d'autre humeur, 6p Dans les vaccinations et dans le choix et F expédition des tubes, on notera la provenance du vaccin, pour pouvoir, au besoin, en reconnaître plus facilement l'origine. 7^ La pustule vaccinale qui fournit la lymphe ne doit pas avoir dépassé le 8^^ jour, et doit être pleine, bien développée, d'une couleur argentée, trèsombiliquée, et avoir l'aréole d'un rou je clair. 8° On s'abstiendra de se servir de la lancette, mais on emploira des aiguilles à sillon et bien pointues^, avec lesquelles on évitera de faire jaillir du sang. 9^ On aura soin de les tenir toujours propres et de les nettoyer fréquemment, poun éviter le danger d'inoculer à d'autres enfants les humeurs d(i vacciné, 11 sera ainsi bien difficile pour ne pas dire impossible de transmettre d'autres maladies au moyen de la vaccination. L'expérience nous a signalé les inconvénients de la vaccination de bras à bras, et la science a trouvé les moyens de les éviter. Il ne s'agit désormais que d'en propager l'application. A cet effet nous insistons une dernière fois sur la nécessité do confier les vaccinations à des opérateurs habiles et consciencieux et non aux phlébotomistes et aux accoucheuses qui ne connaissant pas les règles de cet art, procèdent avoc négligence et légèreté à la facile mais tros-délicate opération de l'inoculation vaccinale.