‹ De la valeur des caractères anatomiques au point de vue de la classification des végétaux: Tige des composéesChapitre 57 sur 81 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

@Grigine de la différenciation analosiique.

FMélieu.

De l’étude qui précède il résulte que, dans un groupe de plantes aussi naturel que les Composées ou même dans les subdivisions qu’on peut y établir, le développement et la répartition des systèmes homologues sont soumis à des variations étendues. Partout ces variations se constatent, que l’on considère les tiges d'espèces différentes ou seulement la tige d’une même plante. Ilétait donc naturel d’attribuer une grande part dans ls production de ces différences aux conditions de milieu. M. Costantin (loc. cit.) a tenté de rechercher la nature de ces influences. La question nous semble toutefois plus complexe que ne se l’est figuré l’auteur de cet important mémoire. En ce qui concerne les Composées, les faits cités par l’auteur ne sont pas absolument convaincants, et de plus il faut convenir qu’il rejette de sa statistique un certain nombre d'autres faits qui ne cadrent pas directement avec ses théories. Ainsi, à la réduction ou la disparition de l'appareil de soutien qui caractériserait les tiges souterraines, on peut opposer les pédoncules de Arnoseris, Hypochæris, Taraxacum, etc. dont les parties les plus élevées, les moins souterraines,

atteignent le terme de leur existence sans avoir produit aucun stéréome. D'autre part la faible lignification ne caractérise pas d’une façon certaine les tiges souterraines. Le bois y acquiert, au contraire, une puissance supérieure à celle de la tige aérienne (comparez les portions aérienne et souterraine d'une tige d'Artemisia spicata, fig. 46 et 47). Les autres caractères sont plus constants ; mais il suffit que tous ne le soient pas pour que l’on attribue à une cause plus élevée toutes les variations observées dans les diverses portions de la tige.

Fiqures 46-47. — Tiges d'Artemisia spicata.

Lignification du bois en hachures radiales. — Sclérose du parenchyme (fig. 47) et liége (fig. 46) en hachures concentriques. — 46. Rhizome. — 47. Tige aérienne.

Remarquons tout d'abord que les espèces différentes qui croissent côte à côte présentent dans leur tige aérienne les conditions les plus diverses. Le fait est frappant dans les plaines et les montagnes moyennes. On pourrait croire, d'après les recherches de M. Costantin, que cette structure n'est pas soumise aux mêmes variations dans la région alpine. On trouve, il est vrai, chez plusieurs hôtes de cette station (Artemisia mutellina), la mince cuticule renforcée par une puissante membrane subérisée (et non pas une cuticule plus puissante qu'ailleurs, ainsi que le démontre l’action combinée du bleu d’aniline et de la phloroglucine)

ou bien une véritable fourrure de poils protecteurs (edelweiss) ou un anneau de soutien très développé. Mais d’autre part nous avons Cueilli l'Aronicum scorpivides, à la base d’un névé, croissant dans la glace fondue. Les tiges bien développées et fleuries étaient d’une remarquable vigueur, absolument herbacées et dépourvues de tout organe protecteur. Des spécimens de la même espèce cueillies dans une atmosphère moins saturée d'humidité (ce qui est le caractère le plus saillant de la flore alpine), présentaient dans leurs portions aériennes un stéréome énorme. Au stéréome aussi bien qu’à l'appareil protecteur s'applique ce que nous avons dit au chapitre IL sur le développement de l'appareil protecteur d’origine épidermique.

Pour juger de l’action des milieux, il faut songer que la plante n’est pas un être simple. C’est un complexe, une colonie d'éléments dont chacun conserve une part plus ou moins grande de sa vitalité propre et de la tendance à évoluer pour son compte, tout en étant soumis à certaines règles fixes, en sa qualité de partie d’un individu supérieur. De ces éléments un petit nombre seulement est en relation directe avec le milieu externe. C’est seulement par leur intermédiaire que les propriétés de ce milieu retentiront sur les autres; et la réaction de ces derniers balancera plus ou moins l'influence extérieure.

Il faut tenir compte 1° des tendances individuelles, de la nature spécifique des éléments; 2° de leur réaction réciproque ou action du milieu interne ; 3° dela puissance modificatrice du milieu externe.

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