‹ De la valeur des caractères anatomiques au point de vue de la classification des végétaux: Tige des composéesChapitre 67 sur 81 · CLASSIFICATION NATURELLE · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION NATURELLE

La concordance fait défaut entre les divers caractères anatomiques et les caractères floraux. On admet que la fleur nous donne une idée plus exacte de la parenté réelle des végétaux. C’est possible, c’est même probable: la fleur, par son évolution rapide et sa fonction constante échappe à bien des causes de variabilité ; mais c’est à peu près impossible à démontrer. Et que faut-il penser de cette classification naturelle que chacun se propose comme le but suprême de la science ? « Former avec les espèces « un système idéal à liaisons invariables tel que la distance « qui sépare deux quelconques d’entre elles soit inverse- « ment proportionnelle à la somme de leurs ressemblances « de tout ordre convenablement estimées: tel est, dans « toute sa généralité, l'énoncé du problème (1). » C'est là sans doute un but brillant, mais un but chimérique. L’ensemble des formes de plantes s'étend en nombre indéfini

LS

(1) Ph. Van Tieghem, Aroïdées, loc, cit., p. 73.

dans le temps et dans l’espace. Toutes les formes sont reliées par des transitions insensibles ; et si l’on arrivait à posséder tous les éléments de la classification naturelle, c'est-à-dire à connaître à fond l’ensemble des végétaux qui ont peuplé et qui peuplent la terre, on peut affirmer, vu l’'enchevètrement des caractères connus jusqu'ici, que si on les disposait sous forme d'arbre généalogique dans lequel la hauteur indiquerait le temps, et la divergence de chaque espèce avec sa souche serait inversement proportionnelle à la somme de leurs affinités, on peut affirmer, dis-je, qu'il y aurait une telle intrication, que les rameaux d’une même branche, considérés à un niveau horizontal quelconque représentant l’ensemble des plantes d'une époque, seraient séparés de leurs parents par une quantité de rameaux provenant des branches voisines. Ceux-ci, bien que d’origine différente, sont plus rapprochés de deux rameaux du même tronc que ceux-ci ne le sont entre eux.

L'énoncé même de la classification naturelle, supposant une science indéfinie, démontre que cette classification est irréalisable.

Nous pensons donc que la classification naturelle est une pure utopie, et que les seuls vrais groupements scientifiques sont les classifications pratiques. Par bonheur, la plupart des botanistes, et parmi eux les plus illustres, tout en entrevoyant dans l’avenir le triomphe de la classification naturelle, se sont adressés aux caractères les plus commodes, sachant bien que c'était, au moins pour le moment, le seul moyen de faire avancer la science.

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