RAPPORT DE LA VALEUR DE L'ARGENT A LA VALEUR DE L'OR
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Une livre d'or correspondait aux nombres suivants de livres d'argent :
^7 avant J.-G...
Monnaies frappées en vertu de la loi Flaminia par les généraux dans le sud de 1 iiaiie •••••••••
VerslSOav. J.-C.
et jusqu'il Auguste Cours de l'or fourni aux généraux par le Trésor romain
Sous César — Sous Néron — Sous Trajan....
Sous Dioclélien.
Sous Julien Cours du change
Sous Théodose le Jeune id.
Rapport commercial
id.
Rapport légal, id.
id.
id.
id.
Taux probablement accidentel et trop élevé.
Avec deux crises d'abaissement de la valeur d*or, i" par suite de la découverte des mines d'or du Norique; S" par suite du butin des Gaules qui -fit momentanéraeat tomber le rapport commercial à 8.93.
A la suite d'altérations de la monnaie d'argent sous Septime-Sévère et soos ses successeurs.
VIL ~ De la puisfiUJNiCB D£ l'argent en, sghïftb et en grège.
Après l'étude de la valeur intrinsèque des pièces de monnaie et de leurs relations, îe problème à résoudre est celui de la puissance d'achat des monnaies et du rapport qui exista entre cette puissance dans le passé et la puissance actuelle. C'est assurément le point le plus important. Mais nous avons dît, au début, pourquoi Téconomie politique est impuissante à fournir à Thistoire des chiffres exacts sur ce sujet, et comment elle doit se contenter d'indications générales, sous peine de s'exposer à de graves erreurs d'appréciation. Nous donnons, sous toutes réserves, quelques chiffres pour l'Egypte et pour la Grèce comme éléments de comparaison, et un court essai d'histoire des prix chez les Romains.
Les métaux monétaires étaient en général plus rares dans l'antiquité que de nos jours, parce que les mines étaient, moins nombreuses et les procédés d'extraction plus imparfaits.
!• En Egypte. — J'en trouve une preuve donnée par M. Fr. Lenormant dans des prix de l'ancienne Egypte datant de plusieurs milliers d'années avant l'ère chrétienne. Le cuivre, qu'on tirait principalement des mines du SinaL y était alors la principale marchandise servant aux échanges. Une paire d'oies se payait 24 grammes de cuivre; un bœuf, 11 kilogrammes 1/21 ; or, le kilogramme de cuivre ne vaut guèra que 2 fi*, aujourd'hui. D'autre part, un couteau coûte plus de vingt oies ; un rasoir (940 grammes) coûte autant que 80 oies (1). C'est que> dans les sociétés primitives dont l'outillage industriel est grossier, les produits d'une fabrication compliquée sont toujours relativement beaucoup plus coûteux que les produits naturels, quoique les salaires y soient en général très-bas. Ainsi, en Egypte, des ouvriers à la solde des temples recevaient seulement, par mois, outre
(1) M. Ch« Lenormant, t I, p. 96.
la grain nécessaire à leur nourriture, 476 grammes de cuivre, c'est-à-dire une valeur moindre que celle de la moitié d'un rasoir.
2** A Athènes du temps de Solon. — A Athènes du temps de Solon, l'argent n'était pas moins rare que le cuivre ne Tavait été en Egypte. Si l'on voulait tirer une conclusion de quelques prix de cette époque (1), tels que celui du blé à 1 fr. 84 l'hectolitrej d'un bœuf à 4 fr. 58, d'une brebis à fr. 92, on dirait que l'argent avait de 10 à 100 fois plus de puissance qu'aujourd hui. Cependant il est certain qu'il n'aurait pas eu, à beaucoup près, le pouvoir d'acheter dix fois plus d'objets fabriqués.
3** A Athènes du temps de Démosthènes. — Bœckh pense que, de Solon à Démosthènes, les prix quintuplèrent. Une brebis valait alors de 9 à 18 fr., un bœuf de 75 à 91 fr., un bidet 275 fr., un beau cheval 1,099 fr. (2) ; les chevaux étaient chers dans un pays qui n'en élève pas. Le blé valait 9 fr. 17 l'hectolitre. Le vin était à bas prix, s'il est vrai qu'il ne coûtât que 9 fr. l'hectolitre (3)!; au détail, on trouve du vin à fr. 18 le litre. A Athènes, cité commerçante, où les métaux arrivaient en plus grande quantité qu'ailleurs, la vie était comparativement chère. Les placements ordinaires se faisaient au taux de 12 à 13 7o, et les prêts maritimes montaient à 30 7o. Le prix moyen des maisons était de 1,833 à 4,583 fr. (4) ; ce qui suppose, par famille, un loyer de 200 à 500 fr. environ. Il faut observer que les maisons en général étaient petites, les Grecs, comme les Romains, vivant sous un climat chaud et passant une grande partie de leur exis-
(1) Plutarque, Solou ch. 23. — Voir, pour plus de détails, l'ouvrage de M. Bœckh sur V Economie politîqtte des Athéniens.
(2) 10 à 20 dr., 45 à 91 dr., 3 mines, 12 mines. Bœckh, t, I, p. 226 et suiv.
(3) 6 dr. le medimne ; 4 dr. le metrete.
(4) de 20 à 50 mines.
tence sur la place publique. Le prix d'un esclave dépendait de ses qualités : un simple manouvrier se vendait de 137 à 183 fr. (1); un artisan de 275 à 550 fr. (2); certains esclaves de luxe étaient payés jusqu'à 5,500 fr. (3). Le prix courant des esclaves aux États-Unis, peu de temps avant la suppression de l'esclavage, était beaucoup plus élevé.
Démosthènes disait que, de son temps, il n'était pas aisé de vivre avec un revenu de 500 fr. (4). Cependant sa, mère qui n'avait qu'une pension de 641 fr., put élever ses deux enfants ; il est vrai qu'elle n'avait pas à payer de loyer et que les frais d'éducation de Démosthènes étaient comptés à part. Mais avec 1,000 fr. de rente (5), on pouvait tenir un rang honorable,, sans être pourtant en état de supporter les charges publiques. On peut dire qu'il faudrait au moins aujourd'hui le quintuple, c'est-à-dire environ 5,000 fr. pour mener une existence modeste dans des conditions à peu près semblables à celles que semblent indiquer les anciens.
Certains services étaient relativement peu coûteux. Ainsi, on allait pour 30 centimes du Pirée à Égine (7 lieues), et une famille faisait un voyage de 200 lieues, d'Egypte à Athènes pour 1 fr. 83 (6). Les Grecs avaient déjà sans doute la réputation qu'ils ont encore de naviguer à bon marché. Maïs la plupart des objets manufacturés étaient relativement à des prix élevés : une chlamyde valait de 11 à 15 fr. (7) ; une paire de souliers de femme, 1 fr. 83 (8); une cotte d'armes en temps de guerre, 916 fr. ; un casque, 91 fr. ; une trompette,
(1) de 1 mine 1^2 à 2 mines.
(2) de 3 à 6 mines.
(3) 1 talent.
(4) 640 drachmes (497 fr.)
(5) 10 mines et 68 drachmes (980 fr.)
(6) Ces prix avaient doublé au temps de Lucien. Voir Bœckh. Ec, pol, deeAth.,t I,p. 200.
(7) de 12 à 16 drachmes.
(8) 2 drachmes.
65 fe. (l). Le poète comique donnât ^ desseig des prix ^^^T f éré3 ; mato il écriviât avant le teifips de Démpsthënes ft d'AIfxapdre, ^t ce nui é^it excessif de son t^ipps, poaYa^t D'être plus que trèsrordinair^ un siècle après (2).
Que conclure dç^s quelques prix que nous avons rasseogiblés comme, exemple? Rien de précis^ ainsi que nous Tavons 4ikU Qn peqt seulemeiU indiquer d'une manière vague que rip*geAt P^VV^ avoir eu, ^u siècle de Démosthènes, environ 4fm(ç fois slw de puissance qu'aujourd'hui, et que> s'il en |i9ila,it cinq fois moins pour vivre dans une conditjipii 94dîoçr^, ç'^st qu<4 les Gkreçs de ce temps savaient ii^qin? de tM^oîns à satisfaire que les Français de nos jours.
yUl. -T- DS IfK PUIS8AN0B DE L'aRGENT CHBZ LE£f ROMAXH^^
À, %xne, 1^ mppp^pe, jusqu'au commencement de la prçtmière guerre punique, était de cuivre: preuve de la grande rareté des qiétaux précieux et de la haute valeur qu'on devait leur attribuer dans le commerce quand ils y paraissaient.
Le cuivre même était râpe et la monnaie de bronze avait une grande puissance d'achat. On pQut s^en faire une idée approximative par quelques prix que nous donnons dans \^ tableau ci-joint, qui est placé à la fin de ce mémoire. Le boeut d's^près le taux des amendes, avait dans les premiers temp^ de la Hiépublique, une valeur de 100 as qui, au pri^ actuel du cuivre^ da^s le commerce, vaudraient 65 fr. La Comniissio^ des valeurs fixe la valeur du bœuf en France à 480 fr. à l'importation et à Texportation pour les années 1876 et 1877, prix faibles, parce qu'ils sont ceux du comn^eirC^ en garoa. et non de la vente sur le marché des villes. Du rapprochement des deux données, il résulterait un rç^pportée 1 à 7 1/3 à peu près; autrement dit, la monnaie aurait eu, après l'expulsion
^^1) 10 mines. — 1 mine. — 60 drachmes.
(2) Voir, pour plus de détails, 'BoècVh^'Économie politique des Ath^fms.
des Tarquin, 7 fois 1/3 plus de puissance qu'elle n'en a aujourd'hui pour acheter un bœuf. Mais convient-il de prendre le nombre calculé par la Commission des valeurs pour le tableau du commerce extérieur ou le prix des environs de Paris qui dépasse 600 fr. et qui, à quelques égards, serait.plus comparable au prix d'une grande ville dans l'antiquité? D'autre part, à quelles erreurs ne s'expose-t-on pas en prenant pour terme de comparaison la valeur commerciale du cuivre qui, dans notre monnaie, a une valeur bien supérieure à sa valeur intrinsèque ? La comparaison de la valeur du mouton qui, fixée par la loi romaine à 10 as,, et par la Commission des valeurs à 50 fr., pour 1876 et 1877, accuse une puissance de 7 2/3, présente les mêmes difficultés. Mais elle indique, ce qui n'est pas sans intérêt, que le rapport de valeur d'un bœuf et d'un mouton était autrefois à peu près le même qu'aujourd'hui.
Le froment (1) était relativement plus cher, puisque son prix à Rome, comparé au prix de 22 francs Thectolitre, assigne à la monnaie antique une puissance, qui est seulement trois fois la puissance actuelle. Une pareille différence ne m'étonne pas. Si, au Heu de prendre les prix de 1876 comme terme de comparaison, nous avions choisi ceux du commencement du siècle, la disproportion serait notablement moindre, parce que, d'une part, le prix de Thectolitre de froment est resté presque stationnaire en France depuis cinquante ans, et que, d'autre part, la viande est une des denrées qui, par suite de l'accroissement de la consommation, ont le plus renchéri.
(1) Parmi les écrivains modernes qui ont traité cette question, et dont nous nous sommes servi, nous citerons Meursius, De luxu Romanorum, 1605, La Haye; Hamberger, Depretm rerum apud veterea Romanos dis- TgutaUo,\l(A^ Gœttingen; Dureau de la Malle, Economie poliHqttfi des Romains, t I, p. 37 et suiv. ; Baudrillart, Histoire du luxe, t II, passim,' Boissier, Ckéron et ses amis; Marquardt, Die Rœmiêche StaatsvenoaUungi. t II, p. 52, etc.
Les Yariations de monnaies auxquelles fut réduit le Sénat pendant la première guerre punique prouvent également la rareté de Targent à cette époque. Il semble que l'or ne devait pas être abondant dans le reste de lltalie. puisqae la découverte des seules mines desTaurisques, prèsd'Âquilée, produisit tout à coup dans la valeur de ce métal une baisse d*un tiers (1). Les métaux précieux devaient avoir alors beaucoup plus de valeur qu'après les grandes conquêtes.
Les prix que nous enregistrons dans la liste qui termine notre mémoire ne sauraient cependant servir à mesurer cette situation économique. Qu'y voyons-nous en effet? Le modios de froment à 22, à 20, à 10 centimes, en calculant d'après la valeur de la monnaie d'argent ; autrement dit, la monnaie ayant une puissance d'achat bien supérieure à celle qu'elle avait au premier siècle de la République. Les autres prix sembleraient conduire à une conclusion semblable ; car l'argent avait le pouvoir d'acheter vingt fois plus de vin ordinaire, vingt-quatre fois plus de figues sèches, vingt-deux fois plus d'huile (2), trente-trois fois plus de viande.
Quelque mal pourvue de métaux précieux que fût Rome à cette époque, il n'est guère vraisemblable que ces métaux aient eu sur son marché une plus grande valeur après la conquête de l'Italie méridionale qu'à l'époque où elle luttait péniblement contre les villes du Latium et où son commerce n'avait pour ainsi dire pas de relations lointaines. Il est plus vraisemblable de penser, avec quelques historiens (3), que le gouvernement, songeant, dès cette époque, à nourrir la nombreuse population urbaine, s'appliquait à maintenir les denrées alimentaires à bon marché. D'ailleurs, les prix que les
(1) Polybe, XXXIV, 10.
(2) En calculant, toujours d'après les prix de la Commission des valeurs pour 1876 et 1877 : prix du kilogramme de figues sèches à fr. 60 c, prix du kil. d'huile d'olive à 1 fr. 50.
(3) Voir Marquardt, Rosmische'Staata'Venoaltimg, II, 63.
historiens nous ont transmis proviennent en grande partie de ventes faites au rabais à la suite d'un triomphe ou de prix de maximum que des magistrats impbsaient dans Rome pour se rendre agréables au peuple ; Pline nous apprend que plusieurs d'entre eux acquirent par ce moyen la popularité et qu'on leur éleva des statues (1). Néanmoins il n'est pas absurde de dire, d'une manière générale, quelles que fussent les causes du bon marché, que la plèbe de Rome pouvait se nourrir alors avec quinze fois moins d'argent environ qu'il n'en faudrait aujourd'hui à un ouvrier dans une de nos grandes villes.
Pline l'Ancien, contemporain de Vespasien, admire le bon marché de ces temps reculés. Mais il en parle en rhéteur plus qu'en savant; car il lui assigne pour cause une fertilité plus grande de l'Italie, et il attribue cette fertilité aux mœurs des généraux qui cultivaient la terre de leurs mains (2).
Il y a certains prix qui étonnent dans cette série. Comment expliquer le texte de Polybe qui dit, en s'étonnant lui-même, il est vrai, que, dans la Haute-Italie, de son temps, les aubergistes demandaient rarement aux voyageurs plus d'un quart d'obole, autrement dit plus de la moitié d'un as par jour (3), quand on voit que ce prix n'était guère que celui d'un litre de farine ?
Quel était donc l'ordinaire dans ces auberges? Nous l'ignorons. Mais nous savons comment Caton l'Ancien, qui n'était pas prodigue, nourrissait ses esclaves. Il leur donnait quatre boisseaux (modii) par mois pendant la saison d'hiver et quatre et demi pendant la saison d'été, où le travail est plus dur; c'était cinquante et un boisseau ou envi-
(1) Pline, XVIII, 4.
(2) Pline, xviii, 4.
(3) « (àç exava râvr sp^ecv rà npoç "njv xpstav, iQjxtaco'aptou. »
ron cinq hectolitres par an. Ce fat à peu près la ration habiluelle en Italie pendant plus d'un siècle (1). Caton donnait en outre, par an, à chaque esclave, dix amphores de vin de son crû, très mélangé d'eau, il est vrai, mais qui, faisant plus de trois cents litres, pouvaient valoir en monnaie française une trentaine de francs, et un quart d'amphore d'huile ou environ huit litres. La ration annuelle d'un esclave vaudrait environ 150 francs aujourd'hui et représentait de son temps une somme de plus de 150 sesterces. Mettons en nombre rond 2 as pour jour : c'est quatre fois le prix qu'un aubergiste demande, et ce rapprochement rend peu vraisemblable l'assertion de Polybe.
Les petits logements n'étaient pas d'une valeur beaucoup moindre que de nos jours. Si l'on en juge par ceux dont César, dans les fêtes qui suivirent son triomphe, fit remise au peuple, ils auraient été en moyenne de 500 sesterces par an, soit 105 fr. en Italie, et de 2,000 sesterces, soit 420 fr. à Rome (2).
Si la vie, excepté le logement, était à bon marché pour les petites gens à Rome, il n'en était sans doute pas de même pour les classes supérieures dans lesquelles le luxe pénétrait avec la richesse. Nous en trouvons la preuve dans les lois somptuaires. Nous avons déjà cité la loi Oppia, qui dut, malgré la résistance de Caton, être abrogée à la suite d'une protestation des femmes ameutées. La loi Orchia, présentée par un tribun pendant la censure de Caton et la loi Fannia (161 av. J.-C.) s'appliquèrent à restreindre les dépenses de table, la première en ordonnant de dîner les portes ouvertes, la seconde en autorisant seulement une dépense de 100 as
(1) Servius, Comment, de Térence; Phormio, 1, i, 19, dit que 4 modii étaient la mesure ordinaire. Salluste, fragm. 3, 4, et Sénèqùe. ch. Lxxx disent que certains maîtres donnaient jusqu'à 5 modii.
(2) Suétone, I.
(5 tr.) par convive dans les grandes fêtesv de 30 as (1 fr. 50) pendant dix jours par mois et 10 as (0 fr. 50) lés autres jours (1). La loi Licinia (86 av. J.-C.) renouvela les mêmes prescriptions : 30 as (1 fr. 50) au plus par convive pour les repas des ides, des nones et des calendes; les autres jours, trois livres de viande, une livre de salaison et les fruits de la terré à discrétion. Syiia fixa à 30 sesterces (ô fr. 80) par tête 1^ dépense des repas de fête et à 3 sesterces (0 fr. 63) celle dés jours ordinaires. César autorisa des festins de 200 sesterces (42 fr.) aux calendes, de 300 les jours de fête (63 fr.) et de 1,000 (210 fr.) pour les noces. Ces défenses réitérées témoignent à la fois de la croissance du luxe, des craintes qu'il inspirait aux législateurs et de leur impuissance à le modérer.
C'est, comme on le voit, après la seconde guerre punique, lorsque les grandes conquêtes firent affluer à Rome les dépouilles du monde, que cette révolution économique commença à se produire (2). Les métaux précieux devinrent plus abondants et la puissance de l'argent, considérée d'une manière générale dans l'ensemble des relations sociales, dut diminuer en Italie, comme elle devait diminuer en Grèce à l'époque de la conquête d'Alexandre.
Au temps deCicéron, les gens riches menaient grand train. Un Clodius occupait une maison qui coûtait (3) autant, que les hôtels les plus somptueux du Paris moderne. Cicéron qui savait compter, quoiqu'il s*endettât aussi, comme tant d'autres, avait, à Rome, une maison de 360,000 fr. et, au
(1) Aulu-Gelle, II, i. 24.
(2) Voir Plaute, Aulularia, act. m, se. 6. — Urbi aiztexn nostrœ seoundi belli punici finis et Philippus, rex Macedonise devictns, lio^tioris vit» fiduciam adduxit. Val. Max., ix, 1. — Asia primum devicta luxuriam nÙBit in Italiam,... at eadem Asia donata multo etiam ^yius èidflixit moi«8^ îitutiliorque victoria illa haereditas, Attalo rege mortuo, fuit. PI. xxxiit^ 11.
(3) H. S. I c XLviii I domo empta. » Pline, ixxiii, 16.
nombre de ses douze villas, des campagnes que maint bourgeois enrichi ne voudrait pas payer plus cher aujourd'hui. Son ami, Atticus, quoique plus modeste, dépensait 3,000 as par mois pour sa maison (1), soit 150 fr. en monnaie française.
Les écrivains de l'antiquité ne mentionnent guère que les extravagances du luxe; mais on peut juger par l'énormité des faits qu'ils citent quel ton commençait à régner vers la fin de la République. Le fils de Cicéron avait 60 millions de sesterces de dettes (2) (env. 12 millions et demi de francs) que César payait pour se l'attacher. Le même J. César donnait à Servilia, la mère de Brutus, qu'il aimait, une perle valant 6 millions de sesterces (plus d'un million de francs) (3) ; Cléopàtre en avait une qui valait 10 raillions de sesterces. Le sénateur Nonius, proscrit par Antoine, emporta en s'enfuyant un anneau du prix de 20,000 sesterces (4|. Un certain Isidore, qui vivait vers la fin de la République, laissa en mourant, malgré les pertes qu'il avait subies pendant la guerre civile, 4,116 esclaves, 3,600 attelages de bœufs, et en outre, 257,000 têtes de bétail, 60 raillions de sesterces en argent, et il fixait à 1 million de sesterces la dépense de ses funérailles (5). Apicius, qui n'était guère moins opulent, puisqu'il possédait IQO millions de sesterces (21 millions de francs), s'empoisonna, parce qu'en faisant ses comptes, après d'étonnantes prodigalités de table^ il s'aperçut qu'il avait dévoré 90 millions et qu'il regardait comme impossible de vivre avec le reste (6).
(1) Corn. Nep., Vita Ait, 13.
(2) Val. Max., ix, 1.
(3) Suét., ch. I.
(4) Meursius, De luxu Rom.