‹ De la valeur des monnaies romainesChapitre 4 sur 24 · III. -^ LB POIDS DES MONNAIES ROMAINES SOUS L*EMPIRE · texte numérisé non relu

III. -^ LB POIDS DES MONNAIES ROMAINES SOUS L*EMPIRE

César avMt frappé, no^-seulement d^ a^jfftus, mais des deniers, de^ quinaires, des sesterces ^n aorgent. Sa monnajie resta à p^eu près la règle du système ipfitanjétaire de TEmpire.

Cepeiidant elle ne fut pasr sa^m subir d'assez nomlH*e«ise8 modiâcajtionç. Aprè^ la mort de Césisgr, La fabrication des sesterces fut de nouveau interrompue; Antoine réduisit le poids des pièces <J'or et introduisit dans les pièces d'argent un alliage que jusque-là les ateliers monétaires avaient sévèreipient proscrit. Si Ton n'atteignait en moyenne que 070 millièmes pour l'argent et 990 pour l'or, c'est que les procédés d'affinage ne permettaient pas d'obtenir un degré plus élevé. Souvent, il est vrai, (îans des temps de pénurie, on avait éws des. pièces fbuxrées, c'est-àrdire des pièces domt l'intérieur ^tait en cuivre, en fei? ou en ploflïb. Il y en a ijui sont de la fausse n>on»aie. Il y eu a aussi qui sont sortiets régulièr^P^i^t des ateliers monétaires. Antoine avaât usé de ce procédé, et Pline nous apprend quen l'an 91 av. J.-G., on avait fait une émission dans laquelle il se trouvait une pièce fourrée sur huit pièces frappées (2); mais ces pièces, qui ont joué un rôle asse? important dans la circulation et que M. Lenormant a étudiées avec un soin tout particulier, étaient évidemment considérées comme une monnaie de confiance dont l'énUssion ne portait pas atteinte au type monétaire. Tout autre était le- changement introduit par Antoine^ que plusieurs empereurs imitèrent dans la suite.

Depuis l'an 739 de Rome (16 ans avant J.-C), Auguste se réserva le droit exclusif de frapper les monnaies d'or et

(1) V. plus haut, p. 298.

(2) Pline, XXXIII, 46.

d'argent> laissant seulement au Sénat le privilège du monnayage du cuirre que Néron ne respecta même pas toujours. Dès lors, les cités et les provinces n'eurent plus d'ateliers monétaires qu'en vertu d'un« permission spéciale de l'empereur. ThéS»alonique, Nicomédie, Ephèse, Tarse, Antioche, Alexandrie jouissaient de ce privilège, sams que leur droit allât jusqu'à la frappe des monnaies d'or. L'uniformité du système monétaire, ou du moins l'unité de la monnaie de compte (car il y eut encore eii Asie des drachmes) s'établit ainsi dans l'Empire. Ce changement profita à la circulation et au commerce ; il doit être considéré comme un des bienfaits dont l'antiquité fut redevable à Fadministratioil impériale et à la vaste unité politique qui unit les contrées méditéranéeùnes sous la même loi. Les Barbares euimêmes respectèrent quelque temps cette majesté de la monnaie romaine, même jiprès la destruction de l'Empire; Théodebert, roi d'AUfftrasie, qtxh étaiit enil«nli de i*emperéur d'Orient, avait pris le titre d'Auguste (546 ans après J.-C), fut le premier à rompre avec la traditioii en frappant des monnaies d'or à son effigie.

Auguste paraît avoir légèrement afi!stibli le poids de Taureus (1) en taillant 42 pièces à la livre (poids brut, 7 g. 78, soit 7 gr. 70 de fin ou 26 fr. 52). Néron l'abaissa plus encore et tailla à peu près 45 pièces à la livre, ce qui donne à la pièce un poids de 7 g. 26. Cependant les pièces les plus faibles de cette période pèsent 7 gr. 30, soit 7 gr. 23 de an valant 24 fr. 90 (2). L'amoindrissement de poids à dû être le résultat, non d'une mesure légale, mais d*une fabrication défectueuse. Un siècle plus tard, le fait se reproduisît sous

(1) Les aureus d'Auguste pèsent de 7» 96 à 7» 81.

(2) Les aureus de Néron pèsent de 7« 81 à 7« 30. V. Mommsen, III, 23. Postea placuît signari XL (aureos) ex auri libris, paalaHraque pritfcipfefe imminuere pondus et novissime Nero ad XLV. PL XXXIII, 13;

plusieurs empereurs jusqu*à Marc-Aurèle (environ 170 après J.-C), époque à partir de laquelle il devint constant.

Caracalla fixa à son tour le taux de 50 pièces à la livre : ce qui donne à la pièce un poids de 6 g. 54^ soit en métal fin 6 gr. 47 ou 22 fr. 25. Pendant plus d'un siècle, le désordre des monnaies, et particulièrement de la monnaie d'or, alla s'aggravant ; la plupart des empereurs ou des compétiteurs à Vempire frappaient des pièces au-dessous du poids de 50 à la livre, et quelques empereurs, plus sages, essayaient en vain de rétablir une monnaie de bon aloi. On trouve des pièces de tout poids, depuis 6 g. 54 jusqu'à 5 g. 15 (1). Ces dernières, comptées à raison de 5 gr. 10 de fin, ne valent plus que 17 fr. 54. L'unité mpnétaire perdit donc 1/9 de sa valeur intrinsèque entre l'époque d'Auguste et celle de Marc-Aurèle et plus de 1/3 entre celle d'Auguste et celle de Dioclétien.

De pareilles altérations avaient d'autant plus d'importance que l'or était devenu, depuis l'Empire, la principale monnaie et en quelque sorte l'étalon. Elagabale rendit même un édit prescrivant que les impôts fussent payés en or et interdisant aux caisses publiques de recevoir des monnaies d'argent ou de cuivre. Comme conséquence, il fallut, à partir du règne de Valérien, frapper de menues pièces d'or (2).

Ce fut Constantin qui, par un édit rendu probablement en 312, rétablit Tordre en créant le solidus ou sou d'or. Cette pièce était à la taille de 72 à la livre ; c'était précisément la taille du premier denier. Le sou d'or pesait 4 gr. 54, soit 4 gr. 50 de fin valant 15 fr. 48 de notre monnaie. Il resta jusqu'à l'époque du Bas-Empire tel que l'avait créé Constantin.

Comme l'argent n'avait plus qu'un rôle secondaire^ la variation de poids du denier ne dut pas, sous l'Empire, affecter les échanges autant qu'elle l'aurait fait dans les der-

(1) Mommsen-Blacas-de-Witte, III, 62.

(2) Mommsen-Blacas-de-Witte, III, 60.

niers siècles de la République. Depuis Néron, qui réduisit le denier à 3 scrupules, jusqu'au règne de Septime-Sévère. le poids du denier paraît avoir été fixé à ce poids de 3 scrupules (1) qui équivalent à 1ï96 de la livre, soit 3 gr. 40 ; ce qui revient à 3 gr. 30 de fin et à f. 72, en calculant à 970 millièmes de fin. Mais le poids des pièces frappées semble aller toujours en diminuant depuis Néron, quoiqu'il se soit un peu amélioré pendant la période des Flaviens. Ce qui est plus grave, c'est que le nombre des pièces fourrées augmente et que l'alliage de cuivre s'introduit depuis Néron en quantité croissante^ si bien que, sous Septime-Sévère, on trouve des pièces contenant à peine la moitié de leur poids en métal fin (2) : soit, 2 gr. 20 d'argent valant fr. 44 (3). Vers Tan 263, les deniers avilis furent même remplacés par de petites pièces de bronze blanchies avec de l'étain. M. Mommsen a établi ingénieusement, d'après les trésors découverts en divers lieux, que si^ en Italie, les anciens et les nouveaux deniers étaient à peu près acceptés sur le même pied, il n'en était pas de même chez les étrangers qui tenaient compte de cet amoindrissement de la valeur intrinsèque (4).

A côté des deniers et des quinaires, circula pendant cette période, depuis Caracalla, une pièce dite antoninianus qu'on taillait à peu près à raison de 60 à la livre, et à laquelle on assigna une valeur de 2 et même de 4 deniers. Elle subit de très-graves altérations (5), descendant rapidement du poids de 5 gr. jusqu'à celui de 3 gr. 3. Comme elle ne contenait plus en moyenne, sous Claude-le-Gothique, que 4 ou 5 7o de métal fin et que souvent même elle n'était plus

(1) De 4«f 02 (pièce de Faustine) à 2^ 14 sous Commode.

(2) De 60 à 60 0/0 d'alliage. Mommsen-Blacas-de-Witte, III, 30.

(3) n y eut même des pièces qui ne contenaient que 30 0/0 d'argent et même 15 0/0, Mommsen-Blacas-de Witte, III, 85.

(4) Mommsen-Blacas-de-Witte, III, 49 et suiv.

(5) Mommsen-Blacas-de-Witte, III, 71, 89, 94, 147.

qu'une pièce de cuivre recouverte â*étam, elle devint, sui* vant Texpression de M. Mommsen, un véritable assignat, sa valeur intrinsèque ayant varié de 1 fr. à fr. 20.

Dioclétien rétablit dans la monnaie d'argent la pureté du titre et ramena le denier à la taille de 96 à la livre. Constantin frappa une nouvelle monnaie d'argent, nommée pro* bablement miliarense; elle représentait la millième partie de la livre d'or, la 12* partie du sou d'or et elle était taillée à raison de 72 à la livre, c'est-à-dire qu'elle devait peser 4 gr. 54 avec une forte proportion d'alliage, et valoir fr. 99 au plus d'après sa valeur intrinsèque, et 1 fr. 28 d'après la valeur de la livre d'or; mais^ en réalité, la pièce ne pèse guère que 4 gr. 14, et on trouve des pièces de 1 gr. 87 à 1 gr. 15 qui sont aussi probablement des miliarensia (I). Cette monnaie ne dura pas autant que le sou d'or. Elle fut remplacée, au y* siècle, par la siliqua ou kération, qui représentait le 24* du sou d'or et le 144* de la livre d'argent, soit fr. 49 d'après la valeur intrinsèque, et fr. 64 d'après la valeur de l'or.

Le cuivre, quoique réduit depuis longtemps à n'être qu'une monnaie d'appoint, conservait cependant un rôle assez considérable dans la circulation. L'as continua probablement assez longtemps à être d'une demi-once; cependant, sous Néron, on trouve des as pesant -3 gr. 28. Le sesterce, valant quatre as, soit le quart du denier ou le centième de l'aureus, était devenu, depuis Antoine, une monnaie de laiton et était en même temps la monnaie de compte. Il resta jusqu'au temps d'Alexandre Sévère et même de Dioclétien la principale monnaie de cuivre, quoique Decius (249-251) ait frappé des quinaires en cuivre. Il doit peser environ 27 gr. Si on l'estimait d'après sa valeur intrinsèque, il vaudrait un peu plus de 5 centimes ; mais le poids en a été souvent modifié. Si on l'estime comme le quart du denier pesant 3 scrupules,

(1) Voir dans Mommsen-Blacas-de-Witte la dissertKtiott d» M. de Witte, IV, 500.

il vaudrait fr. 18; si on Testime comme le centième de l'aureus, il vaudrait fr. 25. Cette dernière manière de calculer paraît la meilleur^, puisque Tor était devenu la monnaie régulatrice dont le sesterce de bronze n'était qu'une fraction.

Sous Dioclétien, fuirent frappées des pièces de cuivre de 10 gr. et de 2 gr. 50 à 2 gr. Que valent-elles ? Se rapportentelles au petit denier de cuivre dont s'est servi Dioclétien pour exprimer les prix dans son édit du maximum et que nous avons évalué (voir la fin de ce travail) à 6 centimes d'après l'opinion du dernier savant qui a traité cette question (1)? Se rapportent-elles au follis qui, après la réforme de Dioclétie» et surtout sous Constantin, devint la principale monnaie de cuivre! Le nom de fallis venait du sac dans lequel on mettait les pièces. On se servait aussi des expressions pecunia major ou majorina. Procope dit (2) qu'il fallait d'abord 210, pui-s 180 folli« paur un sou d'or, ce qui assignerait au follis une valeur d'environ 7 centimes 1/2.

Entre la fin des Antonins et l'époque de Dioclétien et de Constantin, la confusion du système monétaire est difficile à démêler. <<^I1 n'y a pas d'exagération à dire, écrit M. Mommsen, que dans le dernier tiers du m* siècle, il n'existait plus dans l'Empire romain aucune monnaie ayant une valeur intrinsèque correspondant à sa valeur nominale , pas même une pièce de laiton ou de billon» (3). C'est peut-être à cause de cette confusioa que^ lorsqu'on donnait de l'argent, on désignait souvent dans les comptes la nature des. diverses pièces fournies (4).

Dioclétien et Constantin ont eu le mérite de rétablir Tor-

(1) Voir M. Waddiagton, édit de Dioclétien, p. 3. (3) Hist. Ajcai^a, 26, citée par M. Waddington, p. 3.

(3) Mominaen-BUças-de-Witte, t. III, p. 148.

(4) Voici plusieurs textes de ce genre qui sont tirés de Pliistoire Auguste et qui m'ont été conununiqués par M. Le Blant, membre de l'Institut : a Ipsi autem ad sumptus, aureos Antoninianos diumos binos, argen-

dre dans les monnaies comme dans la plupart des branches de l'administration. Ils Tont fait en introduisant là, comme dans toutes leurs réformes, un système nouveau qui marque le commencement du Bas-Empire. Le système est resté, mais Tordre n'a pas toujours été respecté par leurs successeurs.

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