‹ De la valeur et des méthodes du la vage des chambres oculaires [electronic resource]Chapitre 4 sur 4 · DU LAVAGE DES CHAMBRES OCULAIEES · texte numérisé non relu

DU LAVAGE DES CHAMBRES OCULAIEES

les bords de lu pluie opératuirc, en évitant de l'appliquer plus profondément.

Du reste, l'expérience m'a appris que les personnes adultes se tiennent plus ou moins tranquilles après une cocaïnisation suffisante. Dès que nous procédons au lavage des chambres, nous mettons de côté la pince de fixation et nous laissons le malade baisser les yeux. Prenant l'ondine de la main droite, nous introduisons le liout de la canule en le guidant un peu par l'index gauche dans la partie supérieure de la chambre antérieure. Nous pouvons éviter ainsi, par une attention assidue, tout danger des mouvements violents de l'œil, en retirant à temps le bec de la canule par un léger mouvement de la main.

Après ces observations générales touchant la technique des irrigations, qu'il me soit permis d'ajouter quelques mots sur la technique spéciale.

Pour bien déblayer les débris des cataractes mûres ou non, ainsi que des cataractes traumatiques, il vaut mieux exciser un morceau de l'iris, c'est-à-dire faire l'iridectomie en règle : d'abord parce que cela facilite énormément l'extraction de la cataracte, et puis parce que le liquide injecté sans iridectomie préalable peut facilement irriter l'iris, ensuite de l'action mécanique d'un courant tant soit peu plus fort entraînant des débris des parties corlicales plus dures contre cette membrane.

Pour les cataractes molles, notamment traumatiques et zonulaires, préparées au lavage par une discision préalable de la capsule une ou deux semaines auparavant, on peut se passer do l'iridectomie, mais alors l'incision de la cornée doit être assez grande et se trouver dans la cornée même et non à la périphérie. Il faut dilater la veille la pupille autant que possible par l'atropine. Après le lavage j'inslille, comme le fait M. de Wecker, dans la chambre antérieure, un peu d'ésérine qui, employée de cette manière, rétrécit en peu de temps la pupille et prévient la chute de l'iris dans la plaie.

Dans ces derniers temps, j'emploie au Heu d'ésérine une solution du chlorhydrate de pilocarpinc 1/3 0/0 qui produit le même effet sans irriter l'œil.

Il est de la plus grande importance d'exécuter soigneusement la cyslotomie dans toute opération de cataracte combinée au lavage. Il s'agit de pouvoir éloigner par ce procédé, autant que possil)lc, toute la capsule antérieure ou du moins

14 MÉMOIRES ORIGINAUX. - Dr BOL. WICIIERKIEWICZ. une grande partie de celle-ci, surtout si elle est épaissie.

Comme je veux revenir sur ce sujet plus tard et publier mes observations ainsi qu'un instrument de mon invention construit pour ce but, je me borne à noter deux améliorations.

Pour extraire une capsule épaissie on n'a qu'à se servir d'une pince à iridectomie. Mais, si la capsule est normale, je l'ouvre par un cystitome parallèlement à l'équateur de la lentille, puis après avoir accroché le cystitome au bord de la petite plaie, j'entraîne la capsule dans la direction de la plaie cornéenne et je l'arrache au moyen de pinces.

Quel liquide faut-il employer pour le lavage?

Au commencement je me suis servi d'une solution de 1 0/0 d'acide borique, puis de sublimé (1 : 20000) ainsi que de 1 0/0 d'acide pliénique. Mais ces deux dernières solulions irvitent décidément les yeux.

M. Panas, qui ne cherchait dans le lavage qu'un moyen d'antisepsie, avoue, dans son rapport statistique assez étendu (séance de l'Académie de médecine de Paris, 21 janvier 1888, cf. Revue gèn., p. 121, 1888), que sur 101 opérations de cataracte soumises aux injections intra-oculaires boriquées, il observa 6 cas d' exsudât plastique dans la pupille, mais que dans les autres cas « aucune réaction importante de l'œil n'a été observée, ni un seul cas de suppuration»; dans 119 autres cas il employa l'iodure de mercure (0,005 0/0) avec 2 0/0 d'alcool rectifié et il eut 5 cas d'iritis.

Tout homme sans idée préconçue devra avouer que les chiffres cités ne prouvent encore rien. Si l'on voulait en déduire des conclusions, il faudrait les comparer avec d'autres opérations de cataracte, dans lesquelles, toutes choses d'ailleurs égales, l'on aurait employé d'autres solutions ou bien de l'eau stérilisée pour l'irrigation.

Si nous considérons pourtant que les solutions antiseptiques introduites dans un œil sain peuvent produire une violente irritation, et M. Mac-Keown avoue même qu'en deux cas l'irrigation avec la solution de Panas a causé une panophtalmie, nous nous demandons s'il peut être utile et même seulement désirable d'employer en général, pour le lavage après l'extraction des cataractes, les liquides désinfectants.

A priori tout médicament désinfectant, c'est-à-dire tuant

DU LAVAQE DES CHAMBRES OCULAIRES. 15 les microparasiles, ne peut ne pas avoir une iniluence sensible sur le tissu.

Une solution de 1 0/0 d'acide borique employée par plusieurs (Jnoiiye, Mac-Keown, Uhle, GliocVm etmoijne cause pas, il est vrai, d'altération notable de l'œil; mais nous savons d'un autre côté qu'une solution aussi ftiible ne suffit pas pour une désinfection efficace. Quant aux solutions plus concentrées, de 4 0/0 au moins, ce qui n'équivaut pas encore à l'action désinfectante des plus faibles solutions du sublimé, nous ne pourrions sans dommage les employer pour l'intérieur de l'œil, même si nous étions sûrs qu'elles tueront tous les micro-organismes, car elles irritent môme la conjonctive, qui est cependant bien plus résistante. C'est pourquoi j'ai cessé de bonne lieure d'employer taus les désinfectants pour l'irrigation des chambres, d'autant plus qu'il n'y a pas de microbes délétères à éliminer dans un œil qui n'est point enflammé, mais qui renferme un obstacle optique à enlever. Nous n'avons qu'un but à atteindre, c'est de prévenir l'invasion de tels microparasites pendant l'opération, et pour ce but nous ne manquons pas d'autres moyens satisfaisants.

Je n'emploie donc maintenant en lavage que de l'eau disfillée et stérilisée par l'ébullition et refroidie à 26-32° G. En y ajoutant préalablement 0,7 0/0 de chlorure de sodium on a une composition chimique ressemblant à l'humeur aqueuse de l'œil. Un tel liquide employé dans toute une série d'opérations a répondu complètement au but, car il n'y a eu aucun cas d'inflammation quelconque, qu'on pourrait attribuer à Y espèce de liquide. On ne peut contester qu'on observe de légers obscurcissements de la cornée, des irritations de l'iris, môme alors qu'on joint le lavage à l'extraction de la cataracte ; mais si l'on compare leur fréquence avec les symptômes analogues dans le cas où on n'emploie point le lavage, on n'a pas le droit de prétendre que ces symptômes dépendent du lavage.

J'aurai l'occasion de démontrer dans une statistique spéciale, embrassant quelques centaines de cas d'extraction de cataracte, l'influence considérable des irrigations sur la guérison et sur le résultat de l'opération. Je ne voudrais ici qu'accentuer :

1° Que les irrigations des chambres de l'œil à l'aide de mon appareil n'ont aucun danger pour l'a^il et qu'on peut lacilement éviter le prolapsus ou une perte notable du corps vitré lorsqu'on

16 MÉMOIEES OEiaiNAUX. - BOL. WICIIERKIEWICZ.

a affaire à des malades raisonnables, d'uulant plus que nous avons dans la cocaïne un moyen efficace d'aneslliésier l'œil cl de diminuer la tension intrabulbaire.

2° Qu'on peut par le seul lavage éliminer non seulement les rc%idus des cataractes mûres, mais aussi de celles qui ne le sont pas, ainsi que les cataractes partielles, nucléaires et axiales ou bien les cas traumatiques récents, et cela par une seule opération, pourvu que le courant de liquide soit assez fort.

3° Que r eau distillée, bouillie et refroidie à environ 30° G, est le liquide qui convient le mieux à ce lavage, car il est tout à fait stérilisé et n'irrite point l'œil.

Entre autres, M. Ter son (mémoire lu à la Société de médecine de Toulouse) et M. Zcmcaral {De la méthode antiseptique dans la chirurgie oculaire) se sont déclarés dans les derniers temps pour l'emploi de l'eau bouillie dans le but indiqué. M. Zancaral va même si loin, qu'il voudrait remplacer toutes les solutions désinfectantes par de l'eau bouillie, — opinion que je ne peux partager; car, bien que nous n'ayons à craindre aucun microparasite dans l'intérieur de l'œil, surtout si l'opération est exécutée d'après toutes les règles de l'asepsie, c'està-dire si non seulement les instruments, mais aussi l'entourage du bulbe et surtout les paupières sont nettoyés avec soin, pourtant nous devons rappeler que les microbes ont un accès facile aux parties de l'œil exposées à l'air. Il est reconnu qu'il n'y en a nulle part autant que dans les cils, les sourcils etdansl'exsudat même de la conjonctive : et nous ne pouvons pas détruire ces microbes par de l'eau ordinaire stérilisée.

Depuis que je lave soigneusement les paupières avant l'opération, ainsi que les environs de l'œil, avec du savon et puis avec une solution 1 : 1000 de sublimé et que j'arrose le globe de l'œil même avant, pendant et après l'opération avec une solution (plus faible) de sublimé, les suppurations, à la suite de mes opérations, comptent parmi les j^lus grandes raretés, et depuis quelques années il n'y en a pas eu même un cas.

Paris. —

Imprimerie A. Lanier et ses Fils, 1-5, rue Séguier.

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