‹ De la valeur thérapeutique des courants continusChapitre 10 sur 24 · TROUBLES DES ORGANES DES SENS · texte numérisé non relu

TROUBLES DES ORGANES DES SENS

Bien que ces affections en général relèvent surtout de troubles inflammatoires ou de nutrition (névrite optique, opacité du corps vitré, etc.), nous avons cru devoir leur conserver cette place, afin de ne pas scinder une élude qui doit porter sur les modifications de la sensibilité considérée dans son ensemble.

On a appliqué le traitement par les courants de pile aux troubles de l'addition, delà vision et de l'olfaction. Les recherches si délicates entreprises par Brenncr sur la physiologie du nerf acoustique et le long et intéressant chapitre que Bencdikt a écrit sur ce sujet dans son livre Nervenkrànkeiten and Elcctrothempie, montrent l'activité avec laquelle ce genre d'étude se poursuit en Allemagne. Quelques résultais favorables semblent avoir été obtenus (1), mais les observations de

(1) Le docteur Vigouroux a rapporté dans le Journal des Connais-

contrôle nous manquent absolument et il nous est matériellement impossible de porter un jugement sur la méthode. Il est bien entendu que nous ne parlons que de la valeur thérapeutique, car les données physiologiques exposées plus haut et leur importance diagnostique sont confirmées parles observations de Erb, Eulenburg, Ziemssen, Hagen et Hedinger.

Nous sommes beaucoup moins avancé encore quant à ce qui touche l'olfaction ; aussi, dans ce chapitre, nous nous bornerons à apprécier le rôle de l'application des courants continus dans les troubles de la vision.

Atrophie capillaire.

Les faits les plus nombreux qui aient été produits concernent l'atrophie papillaire. Tous les recueils d'électrothérapie préconisent en général ce mode de traitement dans les cas d'atrophie du nerf optique, quelle que soit du reste la cause de l'atrophie (ataxie, névrite optique, etc.).

Entre autres faits encourageants, nous avons à enregistrer les cas de succès publiés par Onimus (1) en 1870, dont cinq d'origine tabétique, ceux qui appartiennent à Driver (2), à Landsberg, au professeur Le Fort et qui ont été consignés dans la thèse de M. Boucheron (3) ; enfin les observations du professeur Dor {Arch. du D r Graefe, Berlin, 1870).

Voici, du reste, une des observations de Dor, telle qu'elle a été traduite dans le travail de Boucheron, p. 127. Nous la faisons suivre de la planche qui l'accompagne dans le texte allemand, où l'on peut juger nettement de l'amélioration obtenue (fig. 6).

sances médicales, 1877, un cas de vertige de Ménière giéri parla galvanisation du cerveau (application des électrodes sur les deux tempes). Itard. L 'électrothérapie ppliquée aux bourdonnements d'oreilles et à In surdité nerveuse, thèse, Paris, 1875, n° 310.

(1) Recueil d'ophthalmologie du docteur Galezowski, 1873.

(2) Driver, Arch. of Ophthal. and of Otology, vol. III, n° 5, pp. 226 à 237, New- York, 1873.

(3) Boucheron, Essai d'électrothérapie oculaire. Etude physiologique et emploi de l'électricité dans la thérapeutique des affections des nerfs, etc. Paris, 1876.

Atrophie blanche des nerfs optiques ; anesthésie cutanée. Traitement -. iodure de potassium; amélioration légère; courants continus ; amélioration légère après vingt-cinq séances ; état stationnaire pendant un certain temps , puis amélioration progressivement croissante pendant un an; augmentation définitive très-remarquable (prof. Dor).

Fût. 0.

Le nommé B., trente-neuf ans, d'une forte constitution, la boureur, remarqua seulement en 1868, lorsqu'il fut obligé de fairele service militaire comme artilleur, que sa puissance visuelle avait fortement diminué. Cependant le médecin militaire le considéra comme un homme qui simulait une maladie des yeux. Je le vis pour la première fois le 7 mai 1869. Alors déjà l'atrophie blanche était très-développée ; aussi la marche n'était-elle pas sûre, et il me montrait dans beaucoup d'endroits des anesthésics cutanées. Le pouvoir visuel était tellement diminué que le malade ne reconnut plus que des doigts, à trois pieds de distance, le n°CC de Snellen.à 3/4 de pied.

Le premier traitement fut de l'iodure de potassium à l'intérieur; il put ainsi reconnaître avec peine et après trois semaines, les doigts à 7 pieds, et le n° C, à 1 pied. En août, môme état. Strychnine sans

résultat, et le 6 août, j'employai le courant constant. Après vingt-cinq séances, le malade vit le n° C à 5 pieds, et des lettres isolées de XXX, à 1 pied. Cet état se maintint sans autre traitement jusqu'au 2 décembre. A partir de ce moment, la puissance visuelle augmenta, et se comporta ainsi :

Avril 1870, 9/CC, de loin : et de près, mots. isolés, du n° X.

Juillet » 10/CC, » » » V.

Septembre » 13/CC, » » » m.

Octobre » 20/CC.

Au mois de novembre, la malade commença de nouveau l'électricité. Le pouvoir visuel fut, le 7 novembre, 8/C à droite, 3/LXX à gauche.

Le 23 novembre, 8/LXX à droite, 3/XL à gauche. Ces dernières mesures devaient être prises avec une plus grande approximation, à cause du mauvais éclairage des mois d'hiver. Le plus près possible, n os III ; mars 1870, statu quo.

Au mois de juillet 1872, 12/CC, n° IV \e plus près possible, c'est-àdire en comparant avec l'état primitii'une augmentation du pouvoir visuel, d'environ vingt fois plus.

Nous avons en ce moment sous les yeux une note que M.Gayet, professeur de clinique ophtalmologique à la Faculté de médecine de Lyon, a bien voulu nous transmettre. Les observations ont été recueillies par M. Brossard, et les champs visuels mesurés avec soin avant et après le traitement. La note comprend 6 observations, dont 5 sont considérées comme de sérieuses améliorations. Une des plus intéressantes est la suivante, car la malade a été revue depuis sa sortie de l'hôpital, et l'amélioration obtenue ne s'était pas démentie.

Marie M..., quatorze ans. Entrée: 15 avril. Sortie:24 juillet 1876.

Double atrophie papillaire par névrite ascendante; perte complète de la vue ; amélioration notable au bout de tjois mois de traitement par les courants continus : quatre éléments Trouvé ; rhéophores sur les tempes pendant douze heures.

Antécédents-.trère et sœur morts jeunes. Père et mère bien portants. Rougeole à une époque indéterminée. — H y a une huitaine de mois qu'elle est malade. Avant, elle allait très-bien, elle écrivait couramment. Grands maux de tête le matin, se terminant par des vomissements et survenant à peu près régulièrement tous les trois jours. Depuis, la vue s'est toujours affaiblie. — En décembre 1875, la vue était presque abolie, mais depuis elle, a gagné un peu sans cependant pouvoir se conduire. Pas de surdité, pas de troubles du côté de la face.

Actuellement : état général bon. Les vomissements ont disparu, la vue revient sensiblement. Les dents sont en partie gâtées (molaires); pas de bourdonnements d'oreilles.

Pupille dilatée; rien dans le champ visuel.

Ojphthalmoçcopie : les milieux sont clairs et transparents. A gauche la papille est irrêguliôre, blanche, entourée dans l'hémisphère inférieure d'un croissant pigmentaire assez marqué et faisant contraste avec la teinte claire du fond de l'œil. Les vaisseaux n'offrent rien de particulier. A droite, la papille serait plus régulière, mais aussi plus blanche, le croissant pigmentaire moins marqué, les vaisseaux plus petits.

Acuité ; OG ne voit rien.

OD distingue le jour de la nuit, surtout au côté externe à droite ; c'est par là que la vue semble revenir.

Traitement .• le 13 avril, galvanisation au moyen de piles à quatre éléments. Durée, 18 heures. Au début et pendant quelques instants, elle aperçut du coté gauche quelques phôsphênes jaunâtres. Du côté droit : larmoiements, douleurs de tête, picotements.

Le 23 mai : l'électrisation provoque chez le malade des sensations lumineuses assez intenses et persistantes. Pendant quelques jours, il y a eu en même temps des maux de tête. L'électrisation a été suspendue.

Le 8 juin : on constate une amélioration appréciable, au grand jour la malade reconnaît quelqu'un, elle aperçoit la main qu'on met devant son visage. L'électrisation provoque toujours des sensations lumineuses et quelques douleurs céphalalgiques, phénomènes qui disparaissent presque toujours quand l'électrisation a cessé.

Le 20 juin : toujours les mêmes pesanteurs de tête. A deux reprises elle a éprouvé du larmoiement avec un peu de cuisson qui a bientôt cessé.

Le 17 juillet : l'examen ophthalmoscopique ne révèle pas de modifications bien marquées. OD. L'acuité ne peut être prise, on peut cependant la mesurer en disant qu'elle peut distinguer le point où sont les lettres sur le numéro VII 1/2 à une distance de 10 à 15 centimètres sans pouvoir les lire.

Le 24 juillet : OD voit la lettre du VII 1/2 à 57 centimètres sans les lire.

OG qui ne voyait absolument .rien, peut distinguer le jour et la nuit.

Mais à côté de ces faits, combien en existe-t-il où les résultats ont été complètement négatifs, et où le traitement a été continué des mois sans aucune amélioration'/ Disons tout d'abord que dans l'atrophie papillaire d'origine tabétique, le

traitement ne donne absolument rien : c'est l'opinion, du reste, de M. Galezowski qui l'a expérimenté dans un grand nombre de circonstances, c'est aussi celle de M. Panas, qui, en pareil cas, n'en a jamais retiré de profit (communication orale). Aussi ce n'est guère, suivant M. Galezowski, que dans les cas d'affection pour ainsi dire locale (traumatisme, méningite, etc.), ou dans les faits d'amaurose, par intoxication alcoolique ou nieotique, qu'on peut espérer recueillir quelque bénéfice de l'emploi des courants constants, et encore dans sa vaste pratique n'a-t-il pu rencontrer que deux faits démonstratifs. Voici du reste les deux faits qu'il a été assez obligeant pour nous communiquer. Les figures qui y sont jointes indiquent, sans qu'il soit besoin de commentaires, le sens et le degré de l'amélioration.

Voici les deux observations de M. Galezowski.

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