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OBSERVATION II

M' le F.... âgée de dix-neuf ans, est amenée chez le docteur Galezowski, le 11 février 1870, avec affaiblissement considérable rie la vue des deux côtés. La malade a eu, à l'âge de quinze ans, des acci-

IEIL DROIT

Œil (iAUCHE

Fig. 13

dents convulsifs de nature méningitique, avec maux de télé et vomissements. Depuis cette époque, la vue a sensiblement baissé et à tel point que la malade ne peut se conduire elle-même.

A l'examen, on constate une atrophie des papilles avec des traces d'une légère infiltration péripapillaire, qui paraît déjà ancienne : de l'œil droit, la malade distingue le n° 12 de Sneiïen, et du gauche le n" 8. Le champ visuel est rétréci dans les deux yeux, surtout à la partie interne de l'oeil droit, comme le montrent les figures 1 1 et 12.

M. Galezowski, ayant attribué cette atrophie des papilles à une névrite méningitique, prescrivit l'application de vésicatoires volants aux tempes et l'électricité par les courants continus : à l'intérieur, iodure de sodium, à la dose de 0,50 à 1 gr. par jour.

Le 19 juin 1812, la malade vint consulter de nouveau le docteur Galezowski, qui put constater une grande amélioration.

Les maux de tête ont disparu. La vue s'est sensiblement augmentée De l'œil droit, la malade peut lire le n° 3 de l'échelle, avec un verre convexe n° 3 1/2, et de l'œil gauche le n° 2, avec un verre n" 5. Le champ visuel est élargi, comme on peut le voir par les figures 13 et 14.

C'est clans cette même catégorie qu'il faut assurément ranger l'observation de M. Gayet que nous avons rapportée plus haut et la plupart des observations de Driver, Giraud-Teulou, etc., où il s'agit d'atrophie blanche; et où l'on ne voit figurer aucun exemple d'atropine tabétique.

Gomme M. Galezowski, M. Panas établit une distinction formelle entre l'atrophie tabétique (atrophie grise) et l'atrophie suite de neuro-rétinite (atrophie blanche). Celle-ci, dans certains cas, serait susceptible d'être influencée par les courauls: encore ces cas sont-ils peu nombreux; c'est ce que démontrent les six observations d'atrophie blanche, qui nous ont été remises par un de ses élèves, M. Leclère, et à la fin desquelles nous lisons invariablement ces deux mots : aucune amélioration.

On est donc, croyons-nous, autorisé à dire que le traitement de l'atrophie papillaire par les courants de pile n'a pas donné fout ce qu'il avait semblé promettre.

Plus favorables à la méthode sont peut-être les résultais consignés dans les observations relatives aux troubles des milieux transparents de l'œil. M. le professeur Trélat nous racontait tout récemment le fait d'une jeune Américaine, peintre, affectée d'opacité du corps vitré tenant vraisemblablement à une irido-ehoroïdite. Cette jeune femme, dont la vue

avait été sérieusement compromise, put retourner chez elle dans un état satisfaisant, grâce à l'application prolongée d'un courant de pile de faible intensité.

Ici les faits sont un peu plus concluants ; les observations si consciencieusement recueillies par M. Giraud-Teulon, ainsi que d'autres faits appartenant à lliard, Boucheron (1), Onimus plaident en faveur de la méthode. Dans presque tous les cas, on a noté, sinon la guérison, au moins une amélioration trèsmarquée ; et souvent au bout de quelques séances (2).

Inutile d'ajouter que, dans pareille circonstance, c'est surtout sur les fonctions de la nutrition qu'on cherche à agir, et que c'est à des courants faibles dont l'application puisse être longtemps maintenue qu'on devra avoir recours. On fera passer le courant un peu en arrière des tempes ou au niveau des apophyses masloïdes, cherchant ainsi cà éviter le territoire du trijumeau, dont l'excitation déterminerait, suivant Hippcl et Grûnhagen, l'augmentation de la tension oculaire, ce qui, dans l'espèce, ne serait pas sans danger. (Voir thèse de Boucheron, pages 16 et 17.)

On n'est pas non plus sans avoir obtenu quelques succès dans ces troubles bizarres des fonctions de l'accommodation encore mal connues dans leur essence et auxquels on a donné le nom d 'astlicnopie accommodative. Ici les résultats sont en général favorables, ainsi que les observations de M. Giraud- Teulon, de Landsberg, Driver, etc., semblent le confirmer (voir thèse Boucheron). L'observation suivante du professeur Dor esi un fait de plus à apporter à l'appui.

Parésiede V accommodation. Insuffisance des muscles droits internes plusieurs fois améliorée par les courants continus. ( Obs. due à une obligeante communication du prof. Dor.)

M™' X...., affectée d'une parésie de l'accommodation, avec divergence dynamique de 2° à 20', insuffisance des droits internes; point le plus rapproché de la vision distincte à 12 1/2.

(1) Boucheron, Essai (F électrothérapie oculaire, étude physiologique et emploi de V électricité dans la thérapeutique, 1876.

(2) Consultez aussi Camus, thèse de Paris, 1874, Troubles du corps titré et leur traitement par les courants continus.

Au bout de quelques mois, tous les médicaments internes ayant échoué, j'ai recours au courant continu.

Le 11 janvier, M™ 8 X... surmontait par divergence un prime de 3° par converg. 10°. Le punctum proximum étant à 1 métré, toute lecture est impossible.

11 janvier, après 5 min. d'électrieit. Div. 3. conv. 14° Punct. proxim. pendant 1' heure à 4" Une séance d'électricité par jour 10 janvier, p. p. 22" Dir. 5° c. 16° 24 — p. p. 16" — 5° c. 20°

L'amélioration se soutient pendant 1 mois, après lequel la lecture redevient impossible. Je fais examiner la malade par deux médecins qui diagnostiquent, l'un une affection oculaire purement locale, l'autre une affection de nature hystérique.

Après avoir suspendu le traitement électrique pendant 6 semaines, on note :

p. p. 60 e , Div. facult ii" conv. 1" à 22" facult. 28 mars p. p 10', D. — 6° c. 2" à 33" »

M me X.. s'électrise elle-même avec un appareil à courant constant pendant 3 semaines, se reposant ensuite quelques semaines. Nouvelle amélioration. La lecture devient possible pendant quelque temps et cesse bientôt de l'être. Le 20 août, nouvelle application de courants pendant une dizaine de jours :

Div. facult. 6"; dyn. 1°; conv. fac. 13° p.p. GO''. Le 22, la malade lit un mot, le 25, une page, le 26, 32 pages de suite; elle continue à lire pendant 36 heures.

En janvier 1876, changement complet . à côté des symptômes parétiques, symptômes spasmodiques, blépharospasme, trismus, au lieu de l'emmétropie, myopie apparente de 1/16, spasme du muscle ciliaire. Nouvel usage des courants constants, nouvel état satisfaisant. La malade se rend à Paris, essaye de l'électricité statique, s'en trouve bien, revient pourtant réclamer l'application de courant constant. Nouvelle amélioration; lecture possible, si elle est peu prolongée.

Alors que la vision redevenait meilleure , apparition de contractures dans les membres inférieurs, ce qui semble bien confirmer l'opinion formulée sur la nature de la maladie.

Actions des courants continus tris- faibles sur Vhémianesthésie des hystériques. — Phénomènes dits de métalloscopie.

Nous ne saurions quitter l'étude de l'action des courants

Teissieh. Courants continus. °

continus sur les phénomènes de sensibilité, sans signaler toute une série de faits récents dont la réalité ne saurait aujourd'hui être mise en doute, bien que leur explication soit encore entourée d'une certaine obscurité.

Nous voulons parler des résultais obtenus par l'application des plaques métalliques sur différents points du corps dans quelques affections du système nerveux.

Il 11 y a rien là d'absolument nouveau. Déjà, au siècle dernier, Andry etThouret avaient vu quelques effets obtenus par l'application de plaques aimantées sur des points douloureux ou sur des sujets atteints de névralgie. Peut-être même, si on cherchait bien au milieu des folies du mesmérisme, trouverait-on quelques faits assez bien étudiés.

Un peu plus lard, Perkins, avec les pointes métalliques, obtenait quelques résultats dans lesquels il faudrait démêler l'influence de l'imagination, de celle peut-être réelle de l'électricité.

Mais ce n'est guère que dans ce siècle que Wischmann appliqua méthodiquement des métaux sur le corps, dans un but thérapeutique.

Nous ne dirons rien des effets peu marqués qu'il en obtenait. Nous voulons arriver de suite à celui qui a complètement étudié les phénomènes, et qui, s'il n'en a pas eu l'explication, a tout au moins le mérite d'avoir bien observé et d'avoir montré uwo constance rare en face des dénégations a priori.

Dès 1852, M. Burq avait fait l'expérience suivante : une femme étant atteinte d'hémianesthésie hystérique, une plaque de métal était appliquée sur un point quelconque de sa peau :au bout de quelques minutes, vingt à trente au plus. la température augmentait dans le membre frappé d'anesthésie , la circulation s y rétablissait, el la sensibilité revenait pleine et entière.

Certains métaux agissaient sur certains malades, d'autres demeuraient inactifs.

Voilà le fait. Maintenant, nous ne saurions suivre M. Burq dans les conclusions qu'il en a tirées et dans les conséquences

qu'il lui attribuait : une semblable étude sort de notre sujet.

En 1876, sur la demande de M. Burq, la Société de biologie nommait une commission pour contrôler ses expériences. Cette commission composée de M. Gharcot, Luys et Dumont-Pallier constata la réalité du fait affirmé par Burq, et, désirant en chercher l'explication, elle s'adjoignit MM. Landolt, Gellé et Regnard (1).

Il ne nous reste maintenant qu'à donner les résultats obtenus par ces médecins.

Le premier fait constaté fut celui-ci : une anesthésie hystérique étant donnée, il s'est toujours trouvé un métal qui, appliqué pendant quelques minutes sur la peau, l'a fait disparaître.

La nature du métal n'était d'ailleurs pas indifférente, et tel métal qui ramenait la sensibilité chez une malade, demeurait absolument inactif chez une autre.

De quelle nature pouvait être le phénomène et à quoi pouvaient tenir ces différences ?

Sur le premier point, une idée s'imposait tout d'abord. Un métal était mis sur la peau humide et môme légèrement acide puisqu'elle était recouverte de sueur : il devait y avoir action chimique sur ce métal et développement d'un courant électrique .

L'action chimique fut démontrée par le dépôt d'hydrate de cuivre sur la peau des malades à qui on avait appliqué ce métal. Ce dépôt est facilement mis en évidence par l'ammoniaque qui le dissout et se colore en bleu intense.

Quant à l'action électrique, elle était plus difficile à prouver, dans ce sens, qu'entre une plaque métallique et la peau il ne peut y avoir courant proprement dit, mais simplement différence de tension, comme, par exemple, entre les deux disques d'une pile de Volta avant la réunion des électrodes terminales.

11 fallut donc, pour démontrer l'action électrique, recourir à un expédient. Deux plaques d'or, par exemple, étant placées (1) Voir le Rapport rV cette Commission dans la Gazette médicale,

sur la peau, elles ne s'attaquent pas également. Mettons-les en rapport, l'une avec la borne d'un galvanomètre très-sensible (trente mille tours de spire), l'autre avec l'autre borne. L'aiguille dévie aussitôt, marquant une intensité de courant qui donne la différence entre les deux actions chimiques.

Donc il y a action chimique et production d'électricité.

Mais on voit combien ce courant est faible : il est réellement comparable, comme intensité, au courant nerveux luimême. Un courant d'égale valeur et émané de la pile pourrait-il produire les effets des métaux et ramener la sensibilité?

La commission de la Salpètrière mesura au galvanomètre les courants donnés par l'application sur la peau des plaques de différents métaux, puis elle soumit le malade à des courants venus d'une pile. Tous les phénomènes de la métallothérapic se reproduisirent dans ces conditions. L'identité fut complète.

Quant à la différence d'action des méiaux, elle peut s'expliquer par la différence de force électro-motrice développée par chacun d'eux. Il semblerait, en effet, que des courants d'intensité variable n'ont pas la même action sur une malade donnée, et que telle qui recouvre sa sensibilité dans un courant de 15° du galvanomètre ne la regagne pas sous un courant de 30°. C'est là un fait qui a été maintes fois observé, mais il n'explique en somme pas grand'chose. 11 ne dit pas, en effet, le pourquoi de cette spécialisation de certaines intensités électriques et de certains métaux. Ce point demeure donc encore un peu dans l'obscurité.

Malgré cela, il reste démontré que la métalloscopie est un phénomène d'ordre électrique et que tous les résultats dus aux plaques de métaux peuvent être reproduits avec des courants très-faibles. Nous ferons même remarquer de suite que des courants si minimes n'avaient point jusqu'à présent été utilisés en thérapeutique, et que, certainement, les courants les plus intenses employés jusqu'alors étaient au moins mille fois plus forts que ceux dont nous nous occupons.

Quels sont les effets produits par ces courants? Nous l'avons dit : sous leur influence la sensibilité reparaît dans le membre

anesthésié. Avec elle, on voit revenir la vascularisation ; les piqûres faites auparavant et qui n'avaient point laissé écouler de sang se mettent à saigner, en même temps que la peau se rubéfie.

La température monte sensiblement, et le membre anesthésié, qui avait quelquefois un degré de moins que celui du côté opposé, devient plus chaud que lui de plusieurs degrés.

Mais voici un fait inattendu. Laissons agir longtemps la plaque métallique ou le courant électrique ; la sensibilité disparaît de nouveau. Cessons alors l'action électrique, la sensibilité revient de nouveau, puis tout à coup disparaît encore pour ne plus revenir que sous l'influence d'une nouvelle action électrique. Burq avait déjà observé ces faits, il leur avait donné le nom de phénomènes de retour. — Ils sont aujourd'hui bien constatés; quant à leur explication, elle n'est que supposée, et nous ne croyons pas devoir en faire mention ici.

Au cours de leurs expériences, les médecins de la Salpètrière ont constaté un fait bien singulier, mais moins extraordinaire en réalité qu'il ne paraît au premier abord, puisque nombre de phénomènes analogues ont été constatés dans la physiologie des vaso-moteurs. Nous voulons parler du phénomène du transfert. Soit une malade qui a sa sensibilité du côté gauche du corps et qui est aneslhésique à droite. Faisons revenir la sensibilité à droite par le courant électrique : la malade est devenue anesthésique à gauche. Cessons le courant : à mesure que l'aneslhésie droite reviendra, la sensibilité reparaîtra également à gauche. Il y a là quelque chose d'analogue à ce qu'on voit pour les vaso-moteurs dans les expériences connues de Rouget et de Brown-Sequard, et il semble qu'ici ei:core l'action réflexe est le mécanisme par lequel s'opère ce singulier transfert.

Quoi qu'il en soit, on l'observe dans toutes les hémiancsthésies hystériques : et il s'effectue aussi bien pour les sensibilités spéciales que pour la sensibilité générale. Ainsi, sous l'influence du courant, l'achromatopsic cessant dans un des yeux, elle apparaît immédiatement dans l'œil opposé qui, quelques minutes avant, était indemne. Il en est de même pour

l'ouïe, l'odorat cl le goût. Le courant étant cessé, les choses reprennent rapidement leur état primitif.

C'est là un fait physiologique de la plus haute importance, et les études sur les courants faibles n'eussent-elles donné que ce résultat, il n'y aurait pas à regretter qu'elles aient été entreprises.

Puisque le couranj amène à la fois la sensibilité d'un côté et l'anesthésie dû côté opposé, il était rationnel de se demander si I électricité n amènerait pas directement l'anesthésie. On sail que linéiques hystériques ne sont pas anesthésiques. Leur sensibilité cutanée est d'ailleurs assez fragile, et Lien des causes la font disparaître. Le courant électrique est de celles-là et il a été possible de faire complètement disparaître la sensibilité île femmes hystériques qui, quelques instants avant, n'étaient pas anesthésiques. M. Charcot considère même ce fait comme un réactif des traitements contre l'hystérie. Tant qu'une hystérique peut être anesthésiée par l'électricité, un peut dire qu'elle n'est pas guérie et qu'elle est encore sous le coup de la névrose, qui, d'une minute à l'autre, pourra reparaître .

Les hystériques sont-elles les seules malades qui soient modifiées par la mëtalloscopie ? Non : les anesthésies organiques, celles qui tiennent à une lésion cérébrale (hémorrhagie, ramollissement, alcoolisme) relèvent plus encore du courant électrique. Deux malades de la Salpêtrière, les nommées Roncille et Petit, atteintes d'anesthésie post-hémiplégique, ont été traitées par les plaques métalliques. Après une seule séance, la sensibilité était revenue dans tout le corps, et on peut dire à tout jamais, car il y a un an de cela et le résultat dure toujours. Des alcooliques électrisés par M. Magnan ont été améliorés de la même manière; elenlin, dans une observation inédite de MM. Debove et Regnard, un alcoolique de l'Hôtel-Dieu, qui était complètement anesthésique à gauche, a recouvré sa sensibilité en une seule séance d'une heure d'électrisalion. Le malade a été revu treize mois après: le résultat persistait encore.

A côté de ces phénomènes, dus aux courants continus, nous

signalerons quelques faits très-singuliers, obtenus par un mode d'application de l'électricité qui n'avait pas encore été utilisé. Si, au lieu de faire passer le courant à travers le membre anestliésique, nous le faisons passer autour de ce membre, si nous mettons le bras de la malade dans l'intérieur d'un solénoïde, par exemple , nous reproduisons par influence, par induel ion tous les phénomènes dus aux courants continus (Regnard). Mais alors un aimant produira les mêmes résultats, s'il est, mis, à distance, en présence du bras anesthésique. Et, en effet, MM. Charcot, Regnard et Vigouroux ont placé leurs malades contre les branches du puissant électro-aimant de Faraday, animé par quinze grands couples de Bunsen et la sensibilité est revenue presque subitement.

Ainsi l'électricité, sous forme de tension, de courants d'induction, a un résultat toujours le même : elle ramène la sensibilité, la vascularisation, la température et la force musculaire dans le membre préalablement anesthésié.

Il nous semble que nous en avons dit assez pour qu'on demeure persuadé que c'est à elle que sont dus ceux des phénomènes de la métallothérapie aujourd'hui reconnus vrais (1).

Dca courants continus appliques à quelques maladies spéciales du cerveau, et de la moelle.

En étudiant, dans l'exposé rapide qui précède, le rôle du courant constant dans ses rapports avec les troubles de la motilité cl de la sensibilité, nous avons vu passer sous nos yeux un certain nombre d'affections du système cérébrospinal. Bien que nous nous soyons imposé l'obligation de n'apprécier ici la valeur du courant de pile que dans les grandes manifestations morbides et non dans les maladies elles-mêmes, nous tenons à attirer l'attention sur quelques applications plus spéciales du galvanisme, dans la palbloogie des centres nerveux : soit que ces applications méritent une

( 1 ) Les effets produits sont parfois plus accusés encore. Nous avons vu (service de M. Hérard, 1877) une malade chez laquelle les applications de plaques métalliques avaient déterminé des eschares.

discussion plus approfondie par leur diffusion elle-même, ou qu'elles commandent notre intérêt par leur nouveauté.

Dans la première catégorie de ces faits, rentre assurément 'ataxie locomotrice.

Tabès dorsal. — Il semblait au premier abord que le tabès dorsal, qui compte parmi ses symptômes les plus communs les manifestations morbides sur lesquelles nous avons vu le courant de pile avoir habituellement le plus de prise (douleurs, anesthésies, tremblements, parésies musculaires, troubles de la vue, etc.) dût se représenter en quelque sorte la maladie justiciable par excellence de l'action des courants constants.

Remak fut un des premiers à préconiser cette méthode thérapeutique, et dès 18o8 il publia plusieurs mémoires et (il plusieurs communiealions destinées à en vulgariser l'emploi ( 1).

Il eut de nombreux imitateurs. Il était impossible, en effet, qu'un accueil favorable ne fût pas fait à une méthode nouvelle s adressant à la cure d'une maladie dont l'incurabilité était nettement reconnue. Malheureusement, et nous ne craignons pas de l'affirmer, bien qu'il semble démontré cependant que certains des symptômes du mal (douleurs fulgurantes, paralysies vésicales, incoordination même du mouvement) ont été quelquefois temporairement modifiés, le traitement de l'ataxie par les courants continus n'exerce aucune influence favorable sur le cours de la maladie ; bien plus, nous possédons des faits indéniables dans lesquels on a eu à déplorer leur intervention.

Et, du reste, les résultats statistiques fournis par ceux-là même qui ont le plus vanté la méthode sont-ils si brillants, qu'il soit besoin d'apporter beaucoup d'observations originales pour appuyer notre façon de penser? Que sont les quelques succès de Remak, deBenedikt et de Richter(2), comparés au nombre certainement important d'observations qu'il

(1) Remak; voir : Deutsche Klinik , 1857. Extrait du procès-verbal de la Société d'Hufeland, 24 mars 1858. — Deutsche Klinik, 1S5S.

(2) Richter, Zeitschrift f. prat. Med., 1874, n° 48.

leur a été donné de recueillir? Que sont les deux exemples de guérison rapportés par Mendel (1), après six mois à un an et demi de traitement opiniâtre, à côté des trente -trois autres faits, parmi lesquels onze malades n'ont pas retiré le bénéfice de la plus petite amélioration? Beard et Rockwell, tout en présentant la statistique suivante (8 cas) : 2 guérisons presque complètes, 3 améliorations prononcées, 2 légèrement améliorées, 1 sans amélioration, finissent par confesser que les résultats, « sans être tout à fait défavorables, ne sont pas très-brillants ».

Les résultats négatifs abondent, et les hommes qui ont eu le plus souvent l'occasion d'appliquer ce mode de traitement et que nous avons interrogés sur ce point, nous ont invariableblement répondu que leur espérance avait toujours été déçue. (Charcot, R. Tripier, de Lyon, etc.). M. Onimus (2), tout en reconnaissant quelques avantages à la méthode (la cessation des douleurs et la diminution des troubles de la locomotion), n'en a pas non plus retiré grande utilité.

Mon père, le professeur Teissier, a renoncé à son emploi depuis plusieurs années ; les accidents qu'il a eus à enregistrer dans deux occasions successives, lors de ses premiers essais, constituaient des motifs suffisants pour commander l'abstention.

Les faits sont instructifs et méritent d'être rapportés avec quelques détails.

Ous. XV. — Ataxie locomotrice.— Traitement par les courants continus. — Action stimulante grave 'produite par les courants ascendants et descendants dans le sois de la sortie. (Professeur Teissier.)

M. de U..., propriétaire du département de laDrOme.âgé de quarantecinq ans environ, d'une forte constitution, d'un tempérament nerveux prononcé, atteint depuis dix ans d'une ataxie locomotrice des mieux caractérisées (troubles de coordination, douleurs lancinantes et fulgurantes dans les membres inférieurs, constrictions en forme de ceinture, anesthésies sur les pieds et les jambes, etc.), après avoir été

(1) Mendel, Zeitsch f. pr. Med., 1874, n° 39, p. 448.

(2) Onimus, Gazette des hôpitaux, 1868, et Traité d'Electricité, 1872.

soumis successivement aux traitements les plus variés (iodure et bromure de potassium, azotate d'argent, phosplmre de zinc, hydrothérapie, eaux de Lamalou et de Néris) sans succès réels, bien qu'il ait éprouvé quelquefois des améliorations momentanées, fut soumis a l'électrisation galvanique en décembre 1872 et janvier 1873.

Le traitement fut appliqué avec le plus grand soin par le docteur Bergeon, aujourd'hui professeur agrégé de la Faculté de médecine de Lyon, pendant deux mois, deux à trois fois par semaine, 10 à 15 minutes chaque fois, à l'aide d'une petite pile de 20 éléments, dont 10 à 12 seulement furent appliqués. Voici ce qui fut bien nettement constaté : toutes les fois que l'on a appliqué les courants descendants, c'est-à-dire le pôle positif ou d'entrée, en haut de la colonne vertébrale, et le pôle négatif ou de sortie au niveau du sacrum ou du coccyx, ou a déterminé une congestion très-pénible des vaisseaux hémorrhoidaux, caractérisée par une saillie plus considérable des paquets hémorrhoïdaires ( 1 ), un sentiment de pesanteur dans la région anale, l'impossibilité

d'aller à la selle sans l'introduction des doigts pour faciliter la sortie des matières, et en même temps douleur vésicales et dysurie, augmentation des douleurs fulgurantes et pesanteur des membres inférieurs.

Toutes les fois, au contraire, que l'on pratiquait le courant inverse ou ascendant, il y avait de l'amélioration dans la marche, disparition des phénomènes congestifs du rectum et de la vessie ; mais chaleur, rougeur, pesanteur de la tête, excitation cérébrale, loquacité, gaieté désordonnée, état que la femme de M. de (}..., comparait aux effets d'une ingestion trop considérable de vin de Champagne.

11 y a eu à plusieurs reprises de véritables accès maniaques.

2° M. M..., ingénieur des ponts et chaussées, âgé de cinquante ans, atteint également d'ataxie locomotrice, c'est-à-dire de sclérose spinale postérieure avec ses phénomènes ordinaires, et de plus avec chute de la paupière supérieure et toux convulsive, fut soumis par MM. Teissier et Bergeon à l'électrisation par les courants continus. Le traitement, dirigé de la même manière et dans les mêmes conditions, produisit des effets entièrement, identiques, à savoir ■ une grande stimulation de la tête à la suite de l'application des courants ascendants, et au contraire une aggravation des douleurs des cuisses et des jambes par les courants descendants. Le résultat fut le même que dans le cas précédent.

Mon père me communique, en outre, le fait d'un jeune

( 1 ) Ce fait n'est point exceptionnel et nous le retrouvons précisément signalé dans une des observations de Benedikt (voir Traité d'électricité médicale d'Onimus, p. 448).

médecin qui fut traité par le docteur Joseph Faivre, de Lyon, et chez lequel les courants continus ne furent pas seulement inefficaces , mais produisirent une excitation nerveuse prononcée et une fâcheuse augmentation de ses douleurs lancinantes.

Les enseignements qui rassortent de tout ceci, c'est que remploi du galvanisme, dans le traitement de l'afaxie, nés appuie pas sur des faits assez probants pour constituer une véritable méthode thérapeutique. Nous nous rapprochons donc en cela du jugement porté déjà par le professeur Jaccoud dans son article du Dictionnaire : « Malgré tout, il faut reconnaître, que la sclérose postérieure est une des lésions les plus rebelles à l'action de l'électricité, qui ne peut guère plus qu'en atténuer momentanément les symptômes. » (Jaccoud, tome XII.) Heureusement, il nous est permis d'être moins sévère pour ce qui concerne d'autres affections chroniques de la moelle (méningite chronique, méylife transverse, etc.).

Nous avons déjà abordé succinctement ce point de notre sujet en nous occupant des paralysies; et nous aurons à y revenir à propos des atrophies, surtout de celles qui dépendent d'une altération de l'axe spinal (paralysie infantile, paralysie spinale de l'adulte, atrophie musculaire progressive). Bornons-nous à énoncer ici ce simple fait que, dans la majeure partie de ces différents cas, la galvanisation de la moelle est appelée à rendre des services. Du reste, les observations relatives à cette catégorie de faits ne sonl point rares, et le docteur Jofïroy nous rappelait, dernièrement encore, l'histoire d'un oflicier russe, qu'il avait vu avec M. Charcot, malade complètement paraplégique, et qui fut tellement amélioré par ce mode de traitement, que les exercices du cheval lui étaient redevenus possibles après quelques mois de galvanisation, et qu'il put faire toute la campagne dernière de Turquie.

Aliénation mentale. — Le champ des applications du courant de pile à la cure des affections du cerveau a été beaucoup moins exploré. A part les quelques tentatives qui nul élé faites (sans grand succès, il est vrai), dans l'espoir

de favoriser la résorption de Pépanchement sanguin dans l'hémorrhagie cérébrale, nous n'avons rien de bien important à signaler. (Voir page 42.)

II semblerait pourtant que, depuis quelque temps, on ait une certaine tendance à rechercher si dans la folie il ne pourrait être utilement employé. Nous trouvons dans le London medic. Record, 1874, le relevé de onze cas appartenant à Williars, où, sous l'influence de l'action d'une batterie Storez de quarante couples, l'auteur aurait obtenu nue importante amélioration. M. Luys (1) nous a entretenu récemment d'un fait qui lui est personnel : il a vu, chez un maniaque qui depuis cinq mois n'avait pas eu de véritables intervalles de lucidité, les accidents s'amender considérablement. Depuis quinze jours (au moment de la communication de M. Luys), l'amélioration ne s'était pas démentie (quatre couples Trouvé appliqués sur les tempes d'une façon un peu prolongée).

Les faits sont encore trop peu nombreux pour oser conclure dès à présent. Disons toutefois que cette application faite du galvanisme au traitement de la folie n'est point antiscientitique; nous savons, en effet, que la galvanisation du cerveau y rétrécit le champ de la circulation capillaire, et peut ainsi considérablement modifier la circulation cérébrale, et provoquer le sommeil (Onimus (2), Vigouroux (3), de sorte que de nouveaux essais ne sauraient être répréhensibies.

Baillarger, du reste, a depuis longtemps mentionné des cas

(1) Notre ami le docteur Joffroy a pensé, de son côté, qu'on pourrait retirer quelque bénéfice de la galvanisation du cerveau dans le cas de certains troubles cérébraux caractérisés par de la paresse intellectuelle, de la perte de la mémoire, de la difficulté de la parole, etc., etc. Il nous a cité à l'appui l'observation d'un malade (M. S. Banquier, 57 ans qui se trouvant dans des conditions analogues et dans l'impossibilité absolue de marcher seul et de diriger ses affaires, put au bout de 3 mois (galvan. de cerv. et de la moelle de 10 à 15 éléments, séance de 5 m.) reprendra la direction de sa maison.

(2) Onimus, Journal de Panaiomie de Ch. Robin, 1869.

(3) Vigouroux, Action hypnotique des courants continus (Journal des Connais, rnéd. 1877).

d'hallucinations chroniques de l'ouïe traités par Hiffelsheim

avec succès : « Une des malades a été complètement guérie d'hallucinations qui duraient depuis plus d'un an et qui entretenaient chez elle les conceptions délirantes les plus tristes et la réduisaient à l'état le plus misérable. »

Les faits toutefois qu'a eu l'occasion d'observer M. Cotard ne seraient point tout à fait aussi encourageants.

1° Chez une hystérique hallucinée de l'ouïe et délirante par persécution, M. Cotard n'a obtenu aucune modification, soit des hallucinations, soit de l'état mental. Pas plus de résultat, dans le délire de persécution vulgaire, avec hallucination de l'ouïe.

2° Une malade atteinte de mélancolie avec hallucinations terrifiantes (détonation d'armes à feu) :

« Coups de canon, bruits de fusillade, vision de flammes, etc. et crainte d'être conduite à Téchafaud, étant peu de temps après son entrée dans un état de profonde stupeur, paraît au contraire avoir été heureusement influencée par les courants continus ; après chaque séance (application du courant de quatre ou cinq éléments de la nuque à la région frontale pendant quelques minutes) la malade se mettait à rire et prononçait quelques paroles ; elle s'est réveillée peu à peu et est sortie dans un état satisfaisant ; la guérison s'est maintenue plusieurs mois après la sortie, et depuis, ajoute M. Cotard, n'ayant pas eu de nouvelles de la malade, je suis porté à croire que son état continue à être satisfaisant.

Il est bon de noter que la stupeur mélancolique dans la grande majorité des cas, se termine spontanément, soit par guérison, soit par transformation en une autre forme de trouble mental. Il est donc difficile d'apprécier dans quelle mesure l'électricité a pu contribuer, ou même, si elle a réellement contribué à la guérison de cette maladie. »

3° Dans un autre cas de stupeur aucun résultat.

(Cotard, communication personnelle.)

Donc, jusqu'à plus ample informé, on n est pas autorisé à formuler des conclusions sur ce point délicat de la pathologie mentale.

Troubles <lc la circulation.

Nous abordons maintenant un des chapitres les plus importants de l'histoire clinique des courants cpnstants. Là, en effet, la théorie et l'observation se trouvent d'accord; l'une et l'autre

se prêtent un mutuel appui. Les faits cliniques que nous allons exposer reçoivent, pour la plupart, une explication satisfaisante.

Nous avons vu que l'excitation galvanique produit deux ordres de phénomènes dans les actes de la circulation vasomotrice : 1° la constriction capillaire, quand l'excitation porte sur le tronc du sympathique ; 2° des dilatations vaseulaires d'ordre probablement réflexe, lorsque l'excitation porte sur uuc région richement pourvue de nerfs sensitifs, la peau par exemple

' Nous allons retrouver en clinique deux catégories de faits pratiques répondant à cette double action physiologique.

1° Voici une observation très-intéressante d'exorbitis lié très-probablement à la dilatation des vaisseaux profonds de la cavité orbitaire et que le traitement par les courants continus a fait facilement disparaître. Nul doute qu'en pareil cas la guérison ne puisse être attribuée à l'action des courants galvaniques sur le système vaso-constricteur.

Ors. — Escophthalmos de l'œil gauche.

M. de M..., âgé de dix-huit ans, vint me consulter le 25 novembre 1872. Depuis deux ans, après une bronchite et des accès d'oppression auxquels le malade est encore sujet, l'œil gauche présente une saillie anormale : je lui prescris de mettre chaque soir un bandeau compressif.

26 mai 1873. L'œil gauche offre toujours la même saillie; les mouvements sont peu gênés : il n'existe pas de diplopie, mais l'excursion horizontale de l'œil est limitée en dehors et en dedans de 2 millimètres. Il existe sur cet œil une myopie légère : — 1/16" (2,25 dioptries) l'acuité = J3- = 1/2. L'œil n'a qu'une myopie de — 13/48" (/4 dioptrie) avec une acuité excellente = g = 1. Je lui prescris l'électricité par les courants continus.

26 décembre 1873. M. le docteur Tcissier, que j'ai fait appeler en

consultation, constate avec moi la même différence de saillie entre les deux yeux. Nous sommes d'avis de continuer les courants continus.

20 février 1874. Après une série d'électrisations, l'œil est réduit tout a fait au volume du droit. La myopie de cet œil (2,25 dioptrie) et son acuité (1/2) n'ont pas changé. La conformation myopique de l'œil n'était donc pour rien dans la saillie anormale de cet organe.

3 avril 1874. Après une bronchite plus forte que la précédente, l'œil est redevenu saillant : je fais reprendre le traitement par les courants continus.

20 mai 1876. A la suite de vingt-cinq séances d'électricité, l'œil a repris son volume normal.

20 mars 1878. La guérison s'est maintenue malgré de nouvelles bronchites et de nombreux accès d'asthme.

La maladie de l'œil de M. de M... peut être attribuée à ces troubles circulatoires qui se passent au fond de l'orbite, derrière le globe oculaire, troubles signalés ces temps derniers par Donders lors des arrêts de la respiration pendant l'effort.

Dans le cas (lue nous venons de citer, l'effort était occasionné par es accès d'asthme et l'emphysème ancien. (Obs. due à l'obligeance de mon beau-frère, le docteur Bergeon.)

Encouragé par celle observation, nous avons pensé que cette maladie singulière, cette névrose cardiovasculaire que l'on appelle le goitre exopbthalmique devait plus que toute autre se prêter au traitement par les courants de pile. Nous avons donc recherché avec soin les faits de maladie de Graves qui avaient pu être soumis à ce genre de médication, mais nous avons été considérablement surpris de ne pas trouver de documents convaincants.

Le récent Mémoire de Rodolph Lewandowski formule le manuel opératoire que l'on doit adopter dans l'espèce (méthode de Chvostek), niais il ne cite aucun fait à l'appui. Beard et Rokwell passent presque la maladie sous silence, et Picrson n'enregistre que des déceptions à ce sujet.

Nous n en restons pas moins persuadé qu'il ne faut pas y renoncer d'une façon absolue, et que peut-être de nouveaux essais donneront des résultats plus favorables.

Nous ne parlerons pas des reclierclies qui ont été faites dans ces derniers temps, au sujet de l'influence des courants continus sur la température fébrile. Gluk, cependant, a publié

dans ces derniers temps un Mémoire sur l'emploi des courants de pile dans la fièvre typhoïde. Ses résultats, évidemment sont des plus favorables (Annali d'Omodei, 1875, p. 128). Il en est de même de ceux publiés par Burgraeve sur l'usage du galvanisme dans le choléra (Ann. d'élect. méd., 1873-74), qui aurait pour but d'activer la production des phénomènes de réaction, mais ces faits sont trop hypothétiques pour que nous nous permettions de les discuter longuement.

Une autre application importante des courants de pile à la thérapeutique est le parti qui en a été tiré dans le traitement de l'asphyxie locale des extrémités. Voici en résumé les principales observations qui ont servi de base au Mémoire de M. Maurice Raynaud {Archives de méd., 1874).

Obs. I. — Apparition simultanée, développement en quelque sorte parallèle, d'une asphyxie locale des extrémités, bien caractérisée, troubles de la vue manifestement liés à des modifications dans la circulation du fond de l'œil, intermittence de ces deux ordres de phénomènes qui alternent l'un avec l'autre.

A partir du 18 mai, traitemment par les courants continus descendants, pôle positif sur l'apophyse épineuse de la septième cervicale, négatif sur la région lombaire.

Le nombre des éléments employés est augmenté progressivement jusqu'à 64 éléments.

Le traitement est interrompu du 7 au 12 juin, puis continué jusqu'au 22. Sous son influence, les extrémités reviennent à l'état physiologique : sensibilité et mouvement rétablis, vision distincte. L'examen ophthalmoscopique par Galezsowski ne révèle rien d'anormal.

Obs. II. Les doigts des deux mains sont livides et violacées aux extrémités des phalanges ; pertes de substance terminées par cicatrices, hyperesthésie, œdème remontant jusqu'au dos de la main, ongles tombés à la plupart des doigts.

Courants continus depuis le 17 juillet jusqu'au 5 août : dix minutes chaque jour, pôle positif sur la cinquième cervicale, négatif vers la queue de cheval, amélioration, à partir du 26 juillet, diminution du nombre des éléments, mais en même temps application locale de courants continus centrifuges. Le 5 août, la malade sort parfaitement guérie.

Obs. III. Asphyxie des extrémités. Accès survenant tous les jours et

durant une grande partie de la journée ; impossible au malade de se servir de ses mains.

Au bout de six semaines de traitement, courants descendants sur la colonne vertébrale, 28 éléments; il peut se servir de ses mains pour les usages ordinaires, sans reprendre ses travaux. Il n'y a plus que trois ou quatre accès par jour, d'une heure chacun.

Comme on peut en juger par la lecture, la galvanisation de la moelle ou même des extrémités a fourni des avantages sérieux. M. Raynaud pense que le courant doit agir en diminuant le pouvoir excito-moteur de la moelle, d'où atténuation corrélative des contractions musculaires réflexes.

L'hémicrànie dont nous avons parlé, à propos du symptôme douleur, aurail pu tout aussi bien figurer à côté des troubles morbides qui précédent; car, dans les observations encouraeantes que nous avons pu produire, nous ne saurions douter que ce ne soit, par l'intermédiaire de l'innervation vasomotrice que ce résultat ait été obtenu.

Depuis longtemps les observateurs avaient remarqué que le courant galvanique pouvait déterminer des hémorrhagies (voir Woblrob, Thèse. Leipzig, 1796). Plus tard, on reconnut que le pôle négatif seul était susceptible de produire cet effet: de là aux applications thérapeutiques il n'y avait qu'un pas. Aussi voit-on dans la plupart des traités d 'électro-thérapie l'action congestive du cathode être préconisée pour combattre l'aménorrhée. (Voir les observations de Mojon (1802) (l)dllif- Eelsheim; Molle, Onimus, Traite d'électricité, de Gasparinei, Nova Liguria, 73.) (R. Lewaudowski, et Schultze, cités parce dernier). De Solowief (Archiv fur Gynèkologie, 1873).

Les faits d'hémorrhoïdes provoquées par l'application du pôle négatif au niveau de la région lombaire de la moelle, et signalés dans les observations d'ataxie dues au professeur Teissier, sont des phénomènes de même ordre. Nous en dirons autant pour les épislaxis, les hémoptysies, survenues à la suite de la galvanisation du sympathique cervical.

Les troubles des sécrétions supposent presque fatalement

(1) Cité par Clavel, thèse de Paris, 1837.

Teissier, Courants continus, '

l'existence de modifications circulatoires, et il est fort probable que c'est eu agissant sur la circulation qu'on a pu arriver dans certaines circonstances à influencer les sécrétions. Les données relatives à ce point de thérapeutique sont encore très-incomplètes : nous serons donc forcé de les passer presque sous silence; nous nous bornerons à faire remarquer qu'il existe deux ou trois exemples de disparition du symptôme glycosurie chez des diabétiques (Le Fort. Gazette hebdomadaire, 1862), et un exemple très -remarquable de guérison presque complète de diabète insipide traité par la galvanisation de la colonne vertébrale. Nous publions in extenso la relation de ce fait curieux tel que le professeur Le Fort a pris la peine de le rédiger lui-même (1).

Polyurie sans diabète datant tic Venfance, guérie par les courants continus faihlcs et permanents. — Hôpital Beaujon. il. le professeur Léon Le Fort.

Le nontmé Aubert (Sylvain), ;'igé de quarante ans, homme de peine, entré à l'hôpital Beaujon, salle Saint-Edmond, n" 57, le 7 mai 1874, pour une plaie contuse légère, siégeant à la région occipitale. Cette plaie peu importante se guérit en quelques jours ; mais ce qui attira surtout l'attention, ce fut la demande que lit le malade d'un supplément extraordinaire de tisane. Interrogé au sujet de la soif qu'il dit éprouver, il nous répond que le besoin de boire existe depuis son enfance et qu'il aurait succédé à une coqueluche dont il aurait été atteint à l'âge de quatre ans. Il se rappelle nettement que, dés ses plus jeunes années, il éprouvait une soif presque incessante, et il raconte que cette soif était telle, qu'ayant été privé d'eau par sa mère, qui voulait lui faire perdre ainsi « cette mauvaise habitude », il s'était une fois désaltéré en buvant l'eau de la mare au fumier et qu'une autre fois il avait bu toute l'urine que contenait son vase de nuit. Ce besoin n'a jamais cessé de se faire sentir. Etant entré en 1864 dans le service de Trousseau, à l'Hotel-Dieu, salle Sainte-Agnès, pour s'y faire traiter d'une pneumonie et l'attention ayant été de suite appelée sur sa polydipsie il fut traité sans aucun succès, au moyen de l'extrait de valériane à

(1) On range habituellement la spefmatorrhée, parmi les troubles st'Crétoircs.— A ce propos donc, nous pourrions mentionner ici les succès obtenus dans cette maladie par la galvanisation de la moelle lombaire et du périnée. — Le même manuel opératoire a été recommandé contre l'impuissance. (Julius Drechsfeld, The Practitioner, 187i).

haute dose. Après l'avoir traité pendant deux mois, Trousseau lui conseilla de changer d'air et de climat. Le malade se mit à voyager, mais son infirmité ne fut pas modifiée et il continua à boire et à uriner démesurément. Interrogé sur la manière dont il supporte les alcooliques, il nous dit pouvoir boire impunément de six à dix litres de vin par jour; nous nous proposions de vérifier ce fait en lui fournissant le vin nécessaire, mais cette vérification n'a pas été faite.

A partir du 20 mai, le malade est soumis à une observation rigoureuse. On lui donne les pots de tisane qu'il demande, mais on en tient le compte exact et on lui donne comme urinoir plusieurs grands bocaux dont on a établi la graduation par litres et demi-litres.

Le 20 mai, il prend 18 litres de tisane, et rend 21 litres d'urine. 22 — 25 22

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