lit
Le 24 août, le malade demande à sortir pendant la journée, le soir il rentre à l'hôpital dans un état complet d'ivresse, il nous dit n'avoir bu cependant que deux litres de vin.
Du 25 août au 21 septembre, la quantité et la proportion des boissons et des urines restent à peu près les mêmes ; huit litres de boisson , six litres d'urine et cependant, pendant cette période, on varie le nombre des éléments, ou même on interrompt complètement l'usage
des courants, qu'on ne reprend qu'à la fin d'octobre, et l'on réapplique six, puis huit éléments.
Du 3 au 5 novembre, le malade a chaque jour au moins deux abondantes épistaxis, il no boit alors que six litres de boisson et rend six litres d'urine. On interrompt définitivement l'usage des courants et le malade reste dans le service comme infirmier.
En décembre, le malade, qui continue à boire cinq à six litres de boisson et à rendre un quantité proportionnelle de liquide, est aujourd'hui bien portant. La soif ne le tourmente plus. Lors de son entrée à l'hôpital, en mai 1874, il était maigre, d'un teint jaune, il a repris aujourd'hui ses couleurs et son embonpoint.
Malheureusement, la maladie lui avait l'ait prendre l'habitude de boire du vin, ce qu'il pouvait faire impunément, car, d'après son dire, il pouvait boire huit litres de vin dans la journée sans interrompre son travail et en boire dix litres pendant la soirée. Déjà le 24 août, il était rentré ivre à l'hôpital pour avoir bu dans la- journée deux litres de vin. Au premier jour de sortie comme infirmier, en décembre, il fut rapporté à l'hôpital absolument ivre, et cependant il n'avait bu, dit-il, que deux litres de vin. Malgré cette grave infraction aux règlements, le directeur, à notre demande et en raison de l'intérêt scientifique que présentait la maladie, consentit à le conserver. La guérison relative s'était maintenue ; cinq à six litres de boisson par jour ; mais à la fin de janvier le malade étant sorti de nouveau, fut de nouveau rapporté ivre-mort à l'hôpital. Le lendemain, on fut obligé de le renvoyer de l'hôpital. Depuis il a été perdu de vue.
Nous arrivons maintenant aux laits qui concernent la nutrition locale et la nutrition générale proprement dite :
'fl'ouitles de lu nutrition.
Atrophies musculaires. — Le traitement des atrophies musculaires par l'application prolongée des courants de pile constitue presque à lui seul l'emploi le plus heureux de la méthode qui nous occupe. Quelle que soit, du reste, la cause de l'atrophie, qu'elle soit d'origine périphérique ou centrale, qu'elle dépende d'un traumatisme, d'une intoxication saturnine ou d'une affection chronique de la moelle tephro-myélite et en particulier de la paralysie spinale infantile ou de l'atrophie musculaire progressive, les succès nombreux ne sau-
raient être contestés. Nous exprimerons cependant nus réserves pour ce qui est de l'atrophie musculaire progressive, mais pour les autres catégories de faits, les documents concordent trop bien pour ne pas entraîner la conviction. Sans parler des cas rapportés par M. Le Kort dans son Mémoire à la Société de chirurgie, mars 1872, sans citer ceux qui sont (•(insignés dans la thèse de M. Yaltat (1 ), sans emprunter aussi aux auteurs étrangers (Erb, Eulenburg, Ziemssen, BruchniT, etc.), nous nous bornerons à reproduire ici quelques observations inédites qui nous paraissent absolument démonstratives :
Obs. 1. Pavalysie spinale aiguë de l'adulte. Cvises gastriques. Accidents convulsifs et comateux à répétition. — Observation reccueillie
pur le D r A. Jofïroy et due à L'obligeance de M. le professeur Charcot, — MM... rl'e V.,., 2i ans. — Guérison par les courants continus.
11 n'y a rien à noter du côté de l'hérédité ; M... est fils unique, son père est bien portant, sa mère jouit aussi d'une bonne saute, mais elle est nerveuse et fort émotionnable.
A l'âge de seize ans, M. M... était au collège. Sans cause connue, il l'ut pris un jour subitement de malaises, puis de convulsions généralisées avec perte de connaissance. A la suite de ces convulsions survint une sorte de sommeil comateux qui ne cessaque trois jours après. Quand le malade revint à lui, après ces troisjours, il ne se rappelait rien et ne savait pas combien de temps les accidents avaient duré. Il ressentait une fatigue générale très -marquée, sans aucun trouble intellectuel. Le rétablissement complet fut assez prompt.
Ses études terminées, L... alla en Allemagne, et vécut dans diverses universités d'une vie irrégulière, mais dont il n'est pas possible de connaître les détails, M. M... se contredisant complètement quand on l'interroge sur ce point à des époques éloignées. Mais il semble résulter d'interrogations multiples que le malade prolongeait souvent ses veilles et s'enivrait d'une manière absolue. 11 y a dû aussi y avoir des excès vénériens.
C'est dans ces conditions que, en 1870, le malade passa à Y... les fêtes du mardi-gras, qui furent pour lui l'occasion de fatigues nouvelles. Par un temps très-froid, il rentra chez lui tort tard, horriblement fatigué, après avoir eu très-chaud, le corps couvert de sueur. La nuit fut calme. Mais le lendemain matin, à sept heures, il lut
(1) Valtat, De l'atrophie musculaire consécutive aux maladies des articulations, étude clinique et expérimentale, Paris 1S77.
pris île vertiges, puis de perte de connaissance. (Y eut-il des convulsions? On ne le sait pas bien). Le malade eut ensuite un sommeil comateux dont il sortit peu à peu en quelques heures, sans trouble del'intelligence. 11 gagna ainsi la nuit suivante, qui semblait ne devoir amener aucun accident, lorsque le malade, se réveillant vers les deux ou trois heures, fut surpris de trouver ses mains inertes et impuissantes. Ses mains étaient tombantes, comme entraînées uniquement par leur propre poids ; les doigts faibles, à demi-fléchis, et presque complètement immobilisés. A peine y avait-il un léger mouvement volontaire d'extension dans l'articulation du poignet. Il n'y avait pas de paralysie des muscles des bras ou des épaules, pas non plus de troubles paralytiques des membres inférieurs. Aucune altération de la sensibilité. Aucune altération non plus dans le lonctïonnement de la vessie et du rect u m .
Le malade était resté dans cet état, il y avait même une légère amélioration, lorsque, un mois plus tard, il ressentit quelques malaises, un peu d'inappétence et de faiblesse, et après quelques jours, il fut pris de crises gastriques, caractérisées par des douleurs exacerbantes au creux épigastrique, avec irradiations très-douloureuses dans tout le tronc et dans les membres, et une sensation très-pénible de faiblesse musculaire. Il y avait aussi un certain degré d'hyperesthésie cutanée. Enfin, à chaque instant les douleurs stomacales devenaient plus intenses, et s'accompagnaient de nausées et de vomissements bilieux.
Ces accidents ne prirent fin qu'après quasi deux jours; et alors le malade était plus affaibli, se servait moins bien de ses bras, et même, pendant les premiers jours, il présentait en outre une teinte jaunâtre des sclérotiques.
En résumé, non-seulement l'amélioration existant avant la crise avait disparu, mais encore il s'était produit une certaine aggravation.
Trois ou quatre crises, séparées par deux ou trois semaines, se sont ainsi produites, détruisant chaque fois l'amélioration de la période du repos, et même augmentant l'impuissance musculaire.
Entre deux crises, on peut compter jusqu'à deux mois de calme.
Au mois de juin 1870 (trois mois après le début), lo malade, ayant les mains pendantes, les doigts en griffe, allaàSpa. Là, il fut soumis à un traitement hydrothérapique, consistant en deux douches froides par jour, d'une durée de une minute, avec un jet excessivement fort.
Au bout de quinze jours, survient une crise, la cinquième environ, analogue aux précédentes, mais beaucoup plus violente. Elle avait été précédée d'un affaiblissement progressif des membres inférieurs. La crise ne consista qu'en douleurs extrêmement vives avec vomissements, mais il n'y eut ni convulsions, ni délire, ni syncope. Après
deux ou trois jours, ces accidents prirent lin, et le malade put reto irner chez lui, mais marchant très-difficilement, traînant les pieds, et b iitant au moindre obstacle: C'est ainsi que. plusieurs fois, il est tombé dans la rue.
A partir de ce moment, le malade a eu environ une crise par mois, crise caractérisée essentiellement par des douleurs excessives, avec nausées et vomissements très-fréquents pendant deux jours, disparaissant petit à petit le troisième ou quatrième jour, et laissant le malade avec un affaiblissement plus grand qu'auparavant.
En février lb77, il eut une crise très-forte, après laquelle il marcha très-difficilement. Il soulevait les cuisses, et la jambe pendait directement, sans être portée en avant par la contraction des triceps cruraux. Le malade étaitobligé de s'appuyer aux meubles, on no se rappelle pas si, pendant la crise, il y a eu perte de connaissance ; mais ce qui est certain c'est qu'a partir de ce moment il y eut une f'aiblessetrès-marquée, des lipothymies fréquentes et même des syncopes, par exemple à la suite d'une course en voiture très-prolongée.
En mars, une crise nouvelle survint, à la suite de laquelle les épaules lurent affaiblies. C'est alors que le malade se décida à venir à Paris. Il consulta M. Charcot, qui prescrivit deux douches courtes chaque jour, et des applications méthodiques d'électricité (faradique et galvanique) trois lois par semaine.
Voici quel était alors l'état du système musculaire. Les deltoïdes sont affaiblis, mais peu atrophiés. Ils répondent à peu près normalement aux différentes excitations électriques. Mais ce n'est que très-lentement et avec effort que le malade parvient a lever ses bras en haut ; alors il arrive presque à lever l'épaule aussi haut que possible. Il n'y a donc qu'un affaiblissement assez marqué, et à peine d'atrophie des deux deltoïdes.
Les muscles des bras ne présentent rien de particulier à noter
A l'avant-bras, au contraire, il y a une atrophie peu marquée des fléchisseurs et des radiaux, mais la diminution de volume est trèsaccentuée pour les muscles de la région postérieure. Cette lésion correspond à la chute de la main, qui est habituellement en flexion légère sur le poignet, et a l'impossibilité où se trouve le malade de mettre cette articulation dans l'extension. Les extenseurs de la main et des doigts répondent très-peu à. la faradisation, mais répondent assez lien à la galvanisation.
A la main, les muscles interosseux et ceux de l'éminence thênar s juttrès-atrophiés, et présentent la même sorte de réaction électrique que les précédents, mais plus faible à la galvanisation, et nulle a la faradisation. Lu reste, l'atrophie de l'éminence thénar est tellement marquée que tous les muscles paraissent avoir complètement disparu à ce niveau. La main est eu griffe, flasque sur le poignet, et
constitue une vraie main de polichinelle. Le malade peut seulement augmenter un peu le mouvement de flexion, et sa main lui sert autant par sa déformation en griffe que par la force musculaire très-affaiblie qui lait encore mouvoir les doigts.
Aux membres inférieurs, il y a un affaiblissement général du système musculaire ; mais les biceps cruraux sont particulièrement affaib'is et notablement atrophiés. Les muscles les plus atrophiés sont ceux de la partie antéro-externe de la jambe gauche; et, tandis que tous les muscles des membres inférieurs répondent normalement ou presque normalement à l'électricité, ceux-là ne répondent ni à la faradisation ni à la galvanisation.
En résumé, le malade ne faisait que difficilement les mouvements des épaules, ne se servait presque pas de ses mains ; la marche était lente, pénible, le malade se servant surtout des os iliaques pour soulever les membres inférieurs et détacher les pieds du sol. Voila quelle était la situation au mois d'avril, lorsqu'il commença son traitement par l'hydrothérapie et l'électricité.
Au mois d'octobre , on constatait des progrès considérables. La marche paraissait naturelle, et il fallait être prévenu pour remarquer de la gène dans la jambe gauche, gêne due à la faiblesse encore persistante dans les muscles antéro-externes. Les muscles des épaules étaient revenus à leur état normal, et il y avait dans ceux de l'avantbras et de la main une amélioration telle, que le malade pouvait iouer du piano. L'éminence thénar, en particulier, formait un relief assez marqué. Toutefois, quand le malade faisait le mouvement d'exlension du poignet sur l'avant-bras, il ne pouvait pas encore étendre en même temps les doigts, qui restaient à demi-fléchis.
En un mot, l'amélioration avait permis au malade de reprendre la vie commune, alors que, quelques mois auparavant, il avait besoin d'un aide pour manger, pour s'habiller, etc.
C'est dans ces conditions qu'il retourna chez lui au commencement de novembre. A partir de ce moment, il mena de nouveau une vie très-irrégulière. Il lit si bien, qu'il finit par ressentir de la fatigue, et après sept semaines le malaise augmenta , des vomissements survinrent, et, en prévision d'une nouvelle crise, X... revint à Paris (16 décembre 1S77).
Le jour même de son arrivée, il eut, comme au début de sa maladie, une attaque convulsive avec contracture de lous les membres, surtout à gauche, perte de connaissance et coma prolongé.
C'est alors que je vis le malade.
11 y avait perte absolue de connaissance, et Ton ne parvenait que très-incomplétement à tirer le malade de sa torpeur. Alors il entrouvrait les yeux , regardait un moment dans le vague et marmottait des paroles incompréhensibles. — La peau était très-chaude et le
pouls très-rapide, la respiration irrégulière; la sensibilité fortement émoussée, presque nulle. Il n'y avait pas d'incontinence d'urine ni des matières fécales, mais constipation opiniâtre.
Le lendemain, le malade revint à lui progressivement. Il put d'abord se lever ; mais l'intelligence n'était pas revenue, non plus que la mémoire. 11 ne me reconnut pas, et ne se souvenait de rien. Peu à peu il alla mieux ; mais le soir même une nouvelle attaque (semblable à la précédente) survint, et le malade, après la période convulsive. resta dans un état comateux jusqu'au lendemain dans la matinée. Pendant quelques heures, il y eut, comme la veille, obnubilation de l'intelligence ; puis, peu à peu, le malade revint à son état normal.
Les jours suivants, il ressentit une fatigue considérable. On remarqua un amaigrissement sensible, malgré l'appétit excessif et le besoin fréquent de manger qui se manifesta. Il y eut là une véritable convalescence comme à la suite d'une affection aiguë.
11 y eut une faiblesse un peu plus marquée dans les mains, mais sans nouvelle atropine manifeste. En somme, ces derniers accès trèsviolents ne paraissent pas avoir causé une aggravation sérieuse de l'état antérieur du malade.
A partir de ce temps je le perdis de vue.
Obs. II. — Tephromyèlite aiguë chc; une adulte avec paralysie complète îles quatre extrémités. (Due à l'extrême obligeance du D' Millier, Je Gratz. )
Franciska Griinauer, dix-neuf ans, servante, issue d'une famille qui n'est affectée d'aucune maladie psychique ou nerveuse. Sauf quelques états fébriles sans importance, cette tille a toujours été bien portante jusqu'au 10 octobre 1877.
Ce jour-là elle se plaignit d'un malaise général, d'abattement et de céphalalgie; les jours précédents elle s'était fatiguée à faire la lessive, sans pourtant avoir pris froid.
Les jours suivants survint une fièvre intense avec délire et vomissements; bientôt la malade, en proie à l'insomnie, tomba dans une apathie profonde.
Dans la nuit du 16 au 17 octobre, se produisit une paralysie localisée au membre supérieur gauche. Dans l'après-midi on l'apporta à l'hôpital (2 e section de médecine) où je m'appliquai à établir soigneusement l'anamnèse et l'état actuel de la malade. On constata : fièvre, 39°; somnolence et apathie; elle avait l'aspect d'une typhique. Paralysie absolue de l'extrémité gauche; relâchement musculaire complet: intégrité parfaite de la sensibilité; abolition des réflexes.
Le 18, le membre inférieur droit fut également paralysé; la fièvre continue; la vessie et le rectum fonctionnent régulièrement.
Le 19, survint encore une paralysie complète des extrémités supérieure droite et inférieure gauche, avec relâchement total des muscles et conservation parfaite de la sensibilité. La fièvre avait disparu; l'intelligence recouvre toute sa lucidité. La malade est couchée dans son lit comme une bûche de bois, absolument incapable d'exécuter le moindre changement de position. Seuls, les mouvements de la tête n'étaient aucunement diminués. Il fallut coucher, soulever, nourrir la malade.
L'histoire de la malade a été prise avec le soin le plus minutieux; ce qui la rend surtout intéressante, c'est l'exactitude avec laquelle ont été faites, de deux jours en deux jours, les explorations électriques; aussi sera-t-elle publiée plus tard, in extenso, dans un journal spécial allemand.
Pour le moment, nous nous contenterons de dire que l'affection continua à suivre une marche apyrétique, et qu'on n'observa aucun trouble du côté de la vessie, du rectum ou de la menstruation.
La malade présentait le type d'une névrose, affectant purement la motilité, caractérisée à partir de la fin de la deuxième semaine par une atrophie musculaire à marche rapide.
Au neuvième jour après le début de la paralysie, l'excitabilité faradique des nerfs et des muscles était, ou abolie, ou colossalement diminuée. L'excitabilité galvanique des nerfs se comportait d'une manière analogue; elle aussi était perdue ou trôs-affaiblie.
L'excitabilité galvanique des muscles se montra nettement exagérée dans la troisième semaine. En même temps le An SZ était devenu Ka SZ.
Quant à. leur caractère, les secousses étaient paresseuses, prolongées. Cette augmentation de l'excitabilité galvanique des muscles ne dura que six jours ; puis elle se mit à baisser rapidement, mais sans perdre la perversion caractéristique dans la secousse. C'est dans cet état que je présentai ma malade, le 26 novembre, à la société des médecins de Styrie, en faisant en mémo temps une conférence sur la téphromyélite aiguë des adultes.
Traitement. —Pendant les deux premières semaines, de fortes doses quotidiennes d'iodure de potassium à l'intérieur. Avec la troisième semaine on commença le traitement galvanique, et ce, en mettant à profit les effets catalytiques du courant.
Le cathole (représenté par un électrode de 0"\12 de long sur 0"\0G de large) fut placé au-dessus du renflement cervical, pendant que l'anode était appliqué sur le sternum.
Ensuite, le cathode fut placé au-dessus du rendement lombaire, et l'anode au-dessus du renflement cervical. Ce traitement fut répété journellement, chaque application durant 5 minutes. Ce traitement galvanique central fut combiné encore avec la galvanisation individuelle des muscles et des nerfs périphériques. On plaçait toujours le cathode
sur les muscles paralysés et l'anode sur les vertèbres cervicales ou lombaires. Ensuite on faisait des effets de fermeture cathodique ou de changement de courant. Le courant faradique ne fut jamais employé que pour l'exploration.
Le résultat actuel (commencement de mars) de cette médication est que notre malade a recouvré de la façon la plus complète l'usage des deux membres inférieurs et du bras droit.
L'extrémité supérieure gauche commence également à présenter des mouvements volontaires des doigts, et l'exploration électrique nous fait espérer que les mouvements du coude et de l'épaule se rétabliront également.
(D'après mes observations, la guérison commença toujours par les parties périphériques, suivant ensuite une marche irrégulièrement centripète.) (1)
Dus. III. — Atrophie du deltoïde, consécutive à une luxation de l'épaule.
— Réparation du muscle et guérison par les courants continus. — (Communiquée par M. Bergeon, professeur agrégé à la Faculté île médecine de
Lyon.)
M. J. 13. a été atteint, le 25 janvier 1873, d'une luxation scapulohumérale, sous-glénoïdienne complète, gauche.
Voici dans quelles circonstances :
M. B. faisait une promenade sur une voiture de dresseur, lorsque, à nu tournant, l'une des deux roues rencontra une petite barrière en fll de fer; la roue fut immédiatement soulevée par l'obstacle, mais le fil de fer faisant ressort, imprima à la voiture une secousse tellement violente, que M. B. fut lancé sur la route, aune distance qu'il n'évalue pas à moins de 10 mètres.
La chute eut lieu sur le moignon de l'épaule gauche, qui eut ainsi à supporter, dans cette projection, tout le poids du corps. M. B. put se relever, mais lorsqu'il voulut ramasser son chapeau, il s'aperçut que son bras gauche était tout à fait inerte. Les doigts saisissaient parfaitement l'objet et exécutaient tous les mouvements, mais le coude et l'épaule étaient immobiles, et ce fut avec l'aide de la main droite que M. B. put opérer la flexion de l'avant-bras sur le bras.
Placé dans une voiture, M. B. regagna son domicile, non sans éprouver pendant le trajet d'assez vives souffrances; 8 heures 3/4 après l'accident, voici ce que l'on constatait :
Le bras était placé dans l'abduction, Lavant-bras un peu lléchi, et 1 1 main soutenue par la main droite ; le moignon de l'épaule était flas-
(1) On peut rapprocher de ces deux observations le fait intéressant de paralysie spinale de l'adulte publié par M. Charcot dans son livre (Maladies du système ntrveux, 3'' édit. 1877, t. II. p. 173.)
que, aplati; la voûte acromio-coracoïdienne saillante, et enfin, on pouvait percevoir là tête de l'humérus dans le creux axillaire au-dessous du bord inférieur du muscle pectoral.
Après nous être assurés qu'il n'existait pas de fracture, nous pratiquâmes, M. le docteur Marduel et moi, la réduction. Grâce au peu d'ancienneté de la lésion, à l'absence de gonflement inflammatoire, et aussi à la docilité de M. B. qui laissa ses muscles dans la résolution absolue, nous parvînmes facilement à établir la coaptation. qui fut maintenue par des circulaires. Sauf un peu de prurigo sur toutes les parties soumises à la compression, et une large ecchymose occupant toute la partie supérieure et antérieure du moignon de l'épaule, il ne survint aucune complication; le gonflement articulaire et les menaces d'arthrite furent combattus par des compresses imbibées d'alcool vulnô raire, de teinture d'arnica et enfin d'eau blanche laudanisée. L'immobilité, et une petite pilule de thridaceet extrait de thébaïque 0,03°: tel fut le traitement des deux premiers septénaires. L'épaule ayant repris sa forme normale, et aucun phénomène inflammatoire ne se manifestant, on se borna à maintenir le repos de l'articulation, soit avec une serviette convenablement disposée, soit avec des circulaires.
Quarante jours après l'accident, 5 mars, l'articulation scapulohumérale permettait d'accomplir tous les mouvements do circumduction et de rotation que l'on voulait imprimer au bras, mais ce membre était impuissant, trôj-lourd, souvent violacé dans la partie inférieure et à la main, les masses musculaires flasques affaissées avaient perdu leur tonicité et l'on constatait un amaigrissement se chiffrant par 0,03 r de moins dans la circonférence du bras au niveau du biceps. On pouvait sentir, en outre, dans le tissu cellulo adipeux de l'interstice musculaire, entre le deltoïde et le biceps, au niveau de l'empreinte deltoïdienne, un empâtement dû sans doute à une infiltration séro-sanguine, suite de la déchirure capsulaire.
En présence de cet état, nous avions prescrit des frictions excitantes, notamment avec le baume de Fioraventi; mais la lenteur du retour du mouvement volontaire nous décida à intervenir plus énergiquement. L'humidité de la saison, et aussi la disposition rhumatismale de M. B., nous fit rejeter l'usage des douches, du moins pour le moment. On appliqua alors, de concert avec MM. docteurs E. Coutagne et Marduel, l'électricité par les courants directs, continus. Sous l'influence d'un courant faible labile, musculo-nerveux, le pôle positif placé dans la main, le négatif promené dans les régions scapulaires et sus-épineuses, on obtint une amélioration considérable, d'abord caractérisée par une circulation capillaire plus active, ensuite par le retour de la tonicité musculaire et des mouvements volontaires.
Après huit séances pratiquées dans un intervalle de onze jours (15 mars), on constate que l'amaigrissement a diminué de moitié, que
tes muscles ont repris leurs saillies naturelles. Enfin M. B. trouve son bras moins lourd, plus souple, et peut exécuter des mouvements beaucoup plus étendus.
M. B. a présenté cette observation à M. Nélaton, le 2T> mars IR73, c'est-à-dire deux mois après l'accident. M. Nélaton a constaté le parlait rétablissement de l'articulation, mais la persistance de la bosse sanguine et d'un peu d'amaigrissement qui était encore de m ,015. Par le fait de la suspension de l'électricité, l'amaigrissement revint très-rapidement et au mois de mai 1873, il existait m ,03 de différence entre tes deux bras, mesurés à 0"',10 environ de l'acromion.
Le bras était également redevenu plus lourd, plus violacé, se refroidissant plus facilement.
Il fallut environ quarante séances d'électrisation, et te bras reprit son volume primitif, tandis que la bosse sanguine disparaissait complètement.
Aujourd'hui, 25 mars 1878, les deux bras n'offrent qu'une différence mperceptible, et la pression exercée sur le dynamomètre de Mathieu, placé dans la main, est à peu près la morne à droite et à gauche.
Ohs. IV. — Arthrite du genou clic; une hystérique ; suivie de fausse ankylose et à" atrophie des muscles de la cuisse et de la jambe. — Heureux effets de l'électrisation par courants continus. (Prof. Teissier.) Claudine-Antoinette Saint J..., âgée de vingt-deux ans, d'une constitution éminemment lymphatique et d'un tempérament extra-nerveux, entre à la Clinique médicale de Lyon, service de M. le professeur Teissier, le 28 mai 1877. pour une affection complexe dont il est inutile de décrire ici tous les détails, mais qui se traduisait surtout par des phénomènes do nervosisme protéiforme, gastralgie, parésie et contracture des membres inférieurs, anestésie, et hypérestésie, arthralgie, etc., etc.
L'état de cette malade fut beaucoup amélioré pendant l'été par un traitement hydrothérapique, mais, au mois de septembre, une arthralgie violente se manifesta dans le genou droit, et a dater de cette époque la pauvre ïille se trouva condamnée à garder le lit pendant plusieurs mois. Pendant six semaines l'arthralgie ne s'accompagna d'aucun gonllement bien appréciable, mais en novembre la tuméfaction se manifesta et atteignit d'assez grandes proportions. Les frictions avoc la pommade iodurée, les vésicatoires volants furent inefficaces et il fallut recourir aux boutons de feu qui arrêtèrent le mal.
Les douleurs disparurent, mais le genou resta volumineux, et en janvier 1878, on pouvait constater à la fois une augmentation de 3 centimètres de la circonférence du genou, l'impossibilité défaire exécuter le moindre mouvement à la jointure qui était comme anky-
losée, et une atrophie prononcée des musc'.es de la cui-so et delà jambe.
A la fin de janvier, M. Teissier prescrivit de chercher à imprimer deux fois par jour de petits mouvements artificiels à l'articulation enraidie, et de pratiquer en même temps de légers massages.
Quinze jours après, il fit ajouter à ces moyens l'électrisation du genou à l'aide des courants continus. — ■ Pendant deux mois, on a appliqué chaque jour pendant dix, quinze et vingt minutes autour de l'articulation des courants transversaux ascendants et descendants qui produisaient constamment une rougeur plus marqués à l'électrode positive qu'à l'électrode négative.
Ce traitement, continué avec prudence et persévérance, a donné des résultats on ne peut plus satisfaisants. L'engorgement du genou a diminué de semaine en semaine et a fini par disparaître. Les mouvements du genou sont devenus plus faciles. Ils sont encore imparfaits, mais la jambe peut se fléchir sur la cuisse à 45°. Enfin les muscles de la cuisse et de la jambe sont beaucoup moins amaigris et ont repris une partie de leur puissance motrice.
Aujourd'hui, après cinq mois de séjour forci' 1 au lit, la malade peut se lever et commence a faire quelque pas sans douleur et sans raideur de la jambe atl'ectée.
Obs. V. — Atrophie deltoïdienne gauche, suite de rhumatisme articulaire
subaigu. — Traitement pur les courants confinas. — Amélioration trèsnotable au bout de cinq semaines.
Marie L..., dévideuse, âgée de vingt-six ans, entre à l'IIotel-Dieu dans la salle Saint-Roch (service de M. le professeur Teissier), le 28 janvier 1878, pour un rhumatisme articulaire subaigu datant de quinze jours, qui a envahi successivement les genoux, les coudes et les épaules et qui est localisé spécialement, le jour de son entrée, sur le coude et l'épaule gauche.
Ces articulations sont gonflées, très-douloureuses à la pression, surtout si on cherche à leur imprimer quelques mouvements. Le p :>uls esta 100 pulsations, et la température axillaire à 38°.
Le salycilate de soude à la dose de 5 grammes d'abord, puis 3 grammes par jour diminua les douleurs, mais ne put être continué plus de cinq jours, à cause des malaises qu'il produisit du côté de l'estomac et de la tête.
Au bout d'une semaine (5 février), le rhumatisme a abandonné le coude, mais reste ri xé sur l'épaule gauche qui est notablement tuméfiée et ne peut accomplir le moindre mouvement.
A dater de ce moment, la raideur de la jointure va toujours eu augmentant, et trois semaines plus tard on s'aperçoit que l'épaule
est moins arrondie, que le deltoïde s'est atrophié et que le bras ne peut être détaché du tronc. D'ailleurs, il n'y a plus de douleur.
Le 1 er mars. M. Teissier prescrit de pratiquer deux fois par jour un massage léger et de petits mouvements artificiels, et de faire sur les muscles de l'épaule, chaque matin, principalement sur le deltoïde une électrisation de quinze à vingt minutes, avec les courants continus à l'aide d'une petite pile chargée seulement à cinq ou six éléments.
Ce traitement, qui a été continué pendant cinq semaines, à l'exclusion de tout autre médication active, a produit graduellement les meilleurs résultats. Les mouvements, même spontanés, sont devenus progressivement possibles, puis de plus en plus faciles. L'atrophie du deltoïde s'est arrêtée et même on a eu la satisfaction devoir ce muscle se réparer, si bien que, le 3 avril, l'épaule avait presque repris sa forme naturelle. Le mouvement de projection du bras en arrière était toutefois encore très-limité.
Uns. VI. — Athrophie musculaire d'origine saturnine. — Amélioration ■notable en six semaines par les courants continus. (Prof. Le Fort.)
Le nommé Chapelier Louis, âgé de cinquante-cinq ans, peintre en bâtiment, est, entré le 23 novembre 1877, à l'hôpital Beaujon, salle Saint-Félix, lit n° 23, dans le service de M. le professeur Le Fort.
Cet homme a eu en 1867 une première attaque de coliques de plomb qui durèrent une quinzaine de jours; la guérison fut complète et le malade put, au bout de quelques jours, reprendre ses occupations
En 1872 les coliques saturnines se montrèrent de nouveau, durèrent trois semaines et guérirent encore complètement sans laisser à leur suite aucune trace.
En 1875 survinrent des douleurs peu violentes, occupant les membres ou les articulations et ayant le caractère erratique : ces douleurs, qui n'empêchaient pas le malade de se livrera son travail, furent suivies au bout de deux mois d'un commencement de paralysie.
Chapelier remarqua qu'il ne pouvait plus que difficilement redresser les doigts de la main droite, puis bientôt ce fut le poignet ; la main gauche fut prise à son tour. Les symptômes allèrent en augmentant ; au bout de quelque temps la main ne pouvait plus tenir les objets que laiblement et les laissait échapper.
Cet homme resta ainsi chez lui pendant deux mois dans l'impossibilité complète de travailler et finit par se décider à entrer à l'hôpital de la Pitié, chez M. Lasègue, dans le courant de janvier 1876.
Pendant trois mois le malade fut soumis à un traitement hydrothérapique; tous les deux jours on faradisait ses membres au moyen d'une bobine d'induction. Trois bains sulfureux étaient également administrés chaque semaine.
A la suite de ce traitement, une légère amélioration fut obtenue,
Teissier. Courants continus. 8
et les mains qui avaient été pendantes, pouvaient être ramenées, mais avec beaucoup de peine dans la direction horizontale.
Le malade fut envoyé par M. Lasègue dans le service de M. Le Fort, à l'hôpital Beaujon, pour y être soumis à l'action des courants continus.
Du mois d'avril au milieu de juillet 1876, on appliqua sur les membres un courant continu de faible intensité et tous les deux jours on faradisa les membres. Au bout de ces trois mois, le malade sortit presque complètement guéri, pouvant redresser complètement les mains et n'ayant qu'une sensation de faiblesse générale dans les deux bras. A sa sortie de l'hôpital il put de nouveau reprendre son métier.
La guérison se maintint pendant une année ; mais les symptômes de paralysie se montrèrent de nouveau et graduellement comme dans la première attaque du mois d'août 1877. Dans le courant d'octobre, Chapelier était obligé de cesser son travail et entrait à l'hôpital Beaujon le 23 novembre 1877.
On put constater alors les lésions suivantes :
Il existait une paralysie des extenseurs de la main des deux côtés, mais elle était plus prononcée à droite qu'à gauche : le long supinateur du côté droit était aussi paralysé. — En exerçant des pressions le long de la face interne de l'humérus et sur l'avant-bras on provoquait des douleurs assez vives.
La sensibilité cutanée se trouvait affaiblie dans toute la longueur du membre.
Enfin si l'on venait à exciter la peau en la pinçant ou la chatouillant, on déterminait la production d'un mouvement rétiexe marqué, surtout dans le membre supérieur droit.
Traitement : Vers le milieu de février, le manque d'appareils ayant empêché de le faire plus tôt, on applique les courants continus sur l'avant-bras du côté droit, un des rhéophores étant placé sur la main droite, l'autre sur la nuque. Le courant, très-faible, est fourni par quatre petits éléments de Trouvé, les plaques rhéophores sont larges et bien enveloppées de linge, de façon à éviter les eschares. Le malade conserve son appareil en moyenne quinze heures par jour, plaçant de temps à autre un des rhéophores sur la main gauche, mais le gardant de préférence sur la droite qui est plus atteinte.
Quelquefois au bout d'un certain nombre d'heures, des picotements se font sentir au niveau des plaques; on les change alors de place pour éviter la production de lésions cutanées, cependant on voit bientôt une éruption de forme acnéique se produire sur la nuque et la face dorsale du poignet aux points d'application des rhéophores.
En même temps ou faradise les membres tous les jours pendant une dizaine de minutes.
Depuis six semaines que ce traitement a été institué, une amélioration notable s'est produite. Les extenseurs du côté gauche sont de-
venus assez forts pour amener le redressement presque complet du poignet sur l'avant-bras; du côté droit le malade ne peut encore atteindre que la direction horizontale. Les muscles extenseurs de l'avant-bras droit sont encore faibles, ils tendent à recouvrer la sensibilité qu'ils avaient perdue à l'excitation faradiqtie, leur énergie commence à reparaître et leur volume à s'accroître.
Si nous voulions multiplier les fails, nous citerions à côlé d'eux un cas très-remarquable d'atrophie musculaire saturnine presque généralisée que nous avons vu l'année dernière dans le service du professeur Lépinc, à l'hôpital temporaire. Le malade couché dans son lit était dans ("impossibilité complète de faire un mouvement, même de se nourrir. M. Lépine eut recours à la galvanisation prolongée, et au bout de quelques mois le malade quittait l'hôpital temporaire considérablement amélioré, sinon guéri et apte presque à reprendre la vie commune. (Communication orale de M. Straus, qui prit le service après le départ deM. Lépine). Le malade, il est vrai, fut aussi soumis aux préparations de strychnine. Peut-être ce mode de traitement a-t-il été un adjuvant utile dans l'espèce, mais nous croyons que cette circonstance n'enlève au fait rien de sa valeur.
Nous sommes loin d'être aussi affirmatif pour ce qui touche à l'atrophie musculaire progressive. Sans doute, les recueils d'électro-thérapie renferment des observations importantes. Althaus a rapporté un succès qui paraît indiscutable. (Voir Beard et Rockwell, Traité pratique d électricité.)
Les observations de Remak, de Benedikt, d'Onimus paraissent aussi favorables à la méthode. Néanmoins nous ne saurions manifester pour elle un enthousiasme exagéré. On sait la marche irrégulière de l'affection, les rémissions qu'elle présente, et les interprétations fautives qui en peuvent résulter au sujet de l'importance du traitement alors mis en usage. Nous avons [gardé le souvenir d'un malade que nous avons vu à l'Hôtel-Dieu de Lyon, et /mez lequel ni la faradisation, ni la galvanisation ne réussirent à enrayer le mal (1).
(1) Dans la paralysie labioglosso -laryngée les résultats sont peut être encore moins satisfaisants, (Joft'roy, communication orale.)
C'est assurément par les effets utiles des courants galvaniques sur la nutrition des muscles qu'il faut expliquer l'usage de l'électricité de pile dans le rhumatisme articulaire et en particulier dans le rhumatisme chronique. L'action calmante qu'exerce sur la douleur le courant continu action sur laquelle nous avons assez insisté pour n'y pas revenir ici. doit entrer aussi en ligne de compte dans cette influence salutaire que plusieurs auteurs s'accordent à reconnaître. C'est sans doute à cette action qu'on doit surtout attribuer les succès quasi surprenants mentionnés par Lewandowski dans le rhumatisme musculaire tenace.
L'utilité de la galvanisation dans le rhumatisme chronique est aflirmée par Beard et Rockell, Jackson, Althaus, etc. Ils insistent sur la disparition de la douleur, de la raideur articulaire et de l'atrophie des muscles qui entourent la jointure (1). Il est fort difficile de porter un jugement exact sur cette méthode; évidemment elle est rationnelle et conforme aux faits physiologiques. Nous n'avons pas d'observations en France qui soient concluantes, et les médecins anglais, qui ont pourtant occasion d'étudier de plus près le rhumatisme chronique, et auxquels nous nous sommes adressé n'ont pu nous fournir aucun renseignement important à ce sujet.
Nous ne saurions terminer la partie de ce travail qui a trait aux atrophies, sans signaler au moins brièvement les règles principales qui doivent guider dans le mode d'application du courant galvanique.
Il doit remplir un double but : modifier d'une part la nutrition de la moelle, qui en pareil cas est presque toujours intéressée ; d'autre part, solliciter celle des masses musculaires en voie de dégénérescence en cherchant en même temps à y réveiller ou à y entretenir la contractilité. Le premier de ces résultats sera obtenu par la galvanisation de la moelle, le second par celle des muscles en dégénérescence. L'électrisation de la moelle devra être prolongée, et l'intensité des courants utilisés peu
(1) Lelorain, (thèse 1872. Paris) nie en partie cette influence salulaire de la galvanisation dans le rhumatisme,
élevée. On pourra employer des courants plus forts pour la galvanisation des masses musculaires ; celle-ci, comme pour la moelle, pourra être prolongée longtemps, ainsi que cela doit se faire toutes les fois que l'on cherche à modifier profondément la nutrition (courants stabiles de Remak). Mais on devra aussi utiliser la galvanisation interrompue (méthode labile), afin d'agir sur la contraetitité musculaire. Ce dernier procédé revient, en d'autres termes, à une sorte de faradisation localisée, et c'est pour cela qu'aujourd'hui on conseille habituellement dans ces cas une méthode mixte : la galvanisation et la faradisation.
A propos de troubles nutritifs, nous devons indiquer les résultats obtenus par Beard et Rockwell dans le traitement de certaines dyscrasies constitutionnelles et entre autres de la chlorose et d'autres anémies auxquelles ces deux auteurs ont consacré plusieurs pages de leur long traité. Les effets obtenus en pareille circonstance sont assez favorables. Sur quatorze malades ainsi traités, ils comptent trois guérisons complètes, trois guérisons presque complètes, quatre améliorations notables, deux améliorations médiocres et un seul insuccès ; dans un cas le résultat reste inconnu. Il n'est pas jusqu'aux anémies d'origine organique qui n'aient été aussi améliorées, et ils citent un cas de maladie bronzée d'Addison vraiment des plus favorables (p. 278, Obs. 23). Ce qu'il y a d'intéressant dans l'article de Beard et de Rockell c'est la façon dont ils appliquent la galvanisation. Ils l'emploient sous forme de bains salés ; un pôle est placé dans l'eau, l'autre dans la main du malade. Ce dernier procédé appartient au D r J.-M. Schweig (1), de New- York (1877), procédé que Fiebera introduit à Vienne e que Beard et Rockell ont contribué à répandre largement.
Voici, suivant ces deux derniers auteurs, quels en sont les principaux avantages: « Elle est dans certains casplus active que l'électrisation localisée, elle est plus agréable au malade, elle produit une notable et parfois rapide augmentation de la
(1) Voir aussi Gustave S.Weisflog. , Corresp. Blutt fur Schweizer. Aer:te, n° 14, p.£413, 1877.
musculature, elle améliore le sommeil, augmente l'appétit, régularise la digestion ; par la réglementation des fonctions intestinales, elle favorise les conditions de la circulation, procure un soulagement au nervosisme et à la tristesse morale, une augmentation du volume et de la fermeté des muscles. Elle accroît la tendance et la capacité des muscles et du cerveau au travail. » Nous ne voulons point apprécier ici les nombreux avantages que nous énumèrent Beard et Rockell ; notre inexpérience à ce sujet ne nous le permet pas, mais nous ne pouvons nous défendre en relisant ces lignes d'y trouver comme un regain de ces exagérations contre lesquelles nous avons eu déjà à nous mettre en garde et qui ont failli perdre la galvanisation au commencement du siècle.
Nous terminerons ici ce que nous voulions dire de l'emploi thérapeutique des courants continus.
Plaies et ulcères. — Il nous resterait sans doute, si nous voulions être complet dans ce chapitre, à les étudier encore dans leurs rapports avec les phénomènes de la cicatrisation de plaies : applications thérapeutiques utilisées depuis de longues années dans une but réparateur, ainsi que les observations d'Alibert sur les ulcères scorbutiques ; les tentatives de K. Grussel sur les ulcères variqueux, en font foi, et telles que les publications plus récentes de Golding Bird(Guy s Hospital Rep. p. 231, 1876) d'Arnold (thèsede Paris, 1877)et la communication d'Onimusà la Société de biologie (octobre 1877) ont remis la chose en honneur. Nous passerons ces faits sous silence ainsi que d'autres rapportés par Chéron et relatifs au traitement des ulcères du col utérin, car, outre qu'il nous faudrait entrer sur le terrain chirurgical, nous n'aurions à répéter ici que ce que nous avons dit déjà plusieurs fois sur la nutrition générale et sur les influences polaires (1).
(1) A propos de nutrition cutanée, rappelons les observations de R. Reynolds qui aurait vu les taches pigmentaires, les éphélides pigmentaires disparaître sous l'influence du passage des courants.