PREMIERE PARTIE
DU COURANT CONSTANT. — PROPRIETES PHYSIQUES. — PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES.
Envisagé en dehors de toute action thérapeutique, le courant continu mérite d'être étudié au point de vue de ses propriétés essentielles :
■1° Grâce à sa tension (1), il peut vaincre d'énormes résistances;
2° Grâce à la constance de son action, il peut faire pénétrer dans l'organisme des quantités d'électricité considérables; et cela sans secousses, sans ébranlement notable, si l'action chimique de la pile est véritablement constante.
Ces deux avantages du courant de pile sont- reconnus par tous les électro-physiologistes; c'est ce qui faisait dire à Hemak : « Le courant continu possède une action plus intense el beaucoup plus bienfaisante que les autres courants; il doit cette supériorité à la facilité avec laquelle il permet d'introduire
(1) Voir à F Appendice les notions de physique générale et la technique relative à l'emploi de* instruments.
une grande quantité d'électricité dans le corps, sans secousses et sans douleurs. (Conférence de la Charité, 18(ii.)
Il permet surtout d'agir sur les organes profondément situés, et ceci a une grande importance, puisque, comme les expériences de Schiff et d'Hitzig Font démontré, les organes centraux, principalement le cerveau et le cervelet, ne répondent à l'excitation électrique que si elle est longtemps prolongée. (Communication personnelle du 8 avril 1878.)
Ceci dit sur les qualités propres, inhérentes à la nature du courant de pile, examinons quelles sont les réactions que ce courant provoque dans l'organisme vivant, lorsqu'il est mis en rapport avec lui.
Ces actions sont de différents ordres ; il est en effet des influences spéciales qui sont liées au passage même du courant; il en est d'autres qui se produisent au moment où on l'établit, comme au moment où on le suspend. (Ces dernières s'expliquent facilement par le changemenl brusque provoqué par l'ouverture on la fermeture <\u circuit.) Mais là probablement ne s'arrêtent pas les effets du courant de pile sur nos tissus, cl il est fort possible que ce courant ait des effets tardifs qui se manifestent encore après sa suspension; nous voulons parler de ces courants secondaires qui peuvent prendre naissance par suite delà polarisation des électrodes ou de l'action électrolytique qui a pu se produire au niveau même où ces électrodes ont été appliquées.
Nous allons passer successivement en revue les divers effets du courant constant sur les principaux systèmes de l'économie.
1° Action sur les nerfs et. sur les muscles. — Cl. Bernard avait remarqué depuis longtemps qu'un muscle correspondant à un nerf excité par un courant galvanique de faible intensité se contractait seulement à la fermeture du circuit. Mais, c'est à l'école allemande, aux travaux de Du Bois-Reymond,Pflûger, de Bezold, Erb, Eulenburg que 1 on doil la connaissance des lois presque mathématiques qui règlent la contraction musculaire sous l'influence de l'excitation galvanique. Dans cette école, on tient grand compte de l'intensité du courant et
surtout de sa direction. On connaît ces formules presque célèbres que posait Pfliiger dans sa thèse de 1 8(30 et qui aujourd'hui encore fout presque force de loi en Allemagne.
Voici les quatre lois de Pfliiger :
1° Pour les courants faibles (aussi bien dans le courant ascendant, que descendant) : à la fermeture, secousse; à l'ouverture, pas de réaction.
2° Pour les courants de moyenne intensité (ascendant ou descendant) : secousse à la fermeture et à l'ouverture.
■i° Pour les courants forts: si ascendants, repos à la fermeture, secousse à l'ouverture ; si descendants, secousse à la fermeture; à l'ouverture, repos.
4° Pour les courants très-forts : à la place de la secousse à l'ouverture, il y a tétanos à l'ouverture (1).
Pour que ces effets se produisent, l'excitation doit être faite suivant un sens déterminé; les électrodes doivent se trouver appliquées dans deux plans horizontaux différents, car si l'excitation portait à l'extrémité du même diamètre transversal, la contraction musculaire n'aurait pas lieu (Funke, Du Bois Reymond, Ranke, Wintrebert) (2).
(1) Voici la notation allemande que nous reproduisons, parce qu'elle se retrouve dans plusieurs observations :
1° Bei schwachen Strœmen £ S — Oe R
2° Bei Mittel starken St S — ^ h ^
n „ • i , c. 2 ycl1 K o — SchZ
3° Bei starken Si : e = i0e z V — Ce R
4° Bei sehr starken St 0=T
Sch. — Fermeture.
Oe — Ouverture.
X — Convulsion.
R — Repos. — T — Tétanos.
Nous joignons à cela l'explication des signes suivante ;
An — Anode ou pôle positif.
Ka — Cathode ou pôle négatif.
Les expressions ont été imposées par Faraday. (21 Wintrebert. Des courants continus. Th. Pans, J866.
Pif Ajoutons enfin que la contraction do fermeture est toujours plus forte que la contraction d'ouverture, quel que soit le sens du courant (Onimus).
Ainsi donc un nerf moteur est excitable par l'application d'un courant galvanique; et la contraction d'un muscle qui lui correspond trahit cette excitabilité à la fermeture ou à la rupture du circuit. Or il reste à se demander si pendant tout le temps que le courant passe, ce nerf et son muscle congénère sont absolument silencieux.
Remak prétend que pendant toute la durée du passage du courant, existe un léger degré de contraction musculaire tonique se traduisant par un faible raccourcissement dans la longueur du muscle, fait qui indiquerait que le nerf ne cesse pas d'être impressionné. C'est là la contraction galvanotonique de Remak. Un de ses caractères essentiels, c'est qu'elle peut être vaincue par l'effort volontaire.
Cet état particulier de la tonicité musculaire n'a pas été admis par lous les électro-physiologistes : Duclienne la niait ; Onimus l'admet au contraire et la considère comme un phénomène réflexe prenant naissance sous l'influence de la douleur. Pour lui, elle ne se produit qu'avec le courant descendant et est surtout appréciable (comme l'avait, du reste, avancé Remak) sur les muscles du larynx. (Onimus rapporte le fait d'une malade observée dans le service de M. le professeur G. Sée, à la Charité, où la chose était extrêmement nette, p. 537.)
Nous ne pouvons pas affirmer que la contraction galvanotonique soit un fait constant. Ce que nous pouvons dire seulement, c'est que le courant galvanique peut, pendant son passage, impressionner vivement les nerfs moteurs dans certaines conditions déterminées. Ainsi, dans les cas de fatigue musculaire prononcée, on peut voir la tétanisation musculaire se produire durant le passage du courant constant. Il nous a été donné récemment d'observer très-nettement le phénomène chez une grenouille dont le scialique ne répondait plus aux excitations du courant d'induction, et dont l'excitation par le courant galvanique entraînait la
tétanisalion des muselés de la patte correspondante (1).
La raison de semblables phénomènes, dus apparemment à la persistance de l'action du courant de pile, a été peu étudiée; il n'en est pas de même pour les contractions qui ont été signalées au moment, soit de l'ouverture, soitdc la fermeture du circuit. On s'est depuis longtemps demandé la cause de leurcxistence, on a cherché surtout à découvrir le pourquoi des différences inhérentes à la direction du courant.
C'est ici qu'il faut faire intervenir celle fameuse théorie de ïëleclrolonus qui a eu pour père Du Bois-Reymond, et qui aujourd'hui est presque universellement acceptée en deçà du Rhin. Cette théorie, très-compliquée en apparence, et qui constitue à elle seule presque toute une" science, peut cependant être résumée en quelques propositions relativement simples.
On donne le nom d 'électrotonus à ['état électrique du nerf impressionné par le passage d'un courant galvanique; le segment intra-polaire se trouve divisé en deux parties distinctes, l'une qui correspond au pôle 'positif (anode) et dont l'excitabilité est diminuée (anelectrotonus) ;. l'autre qui se trouve dans le domaine du pôle négatif (cathode), dont l'excitabilité au contraire est augmentée (cathélectrotonus). Les changements ne se limitent pas exactement au segment intra-polaire: ils s'étendent dans toute la région contigué au point d'application des électrodes, même au territoire extra-polaire.
Ces états spéciaux tiendraient, suivant la théorie allemande, à une orientation particulière et nouvelle des molécules électriques constituant le tronc nerveux. Nous ne saurions entrer ici dans la discussion de cette interprétation, qui a été presque toujours combattue en France, et que les différents rapporteurs appelés à jugera l'Académie des sciences les questions d'électrophysiologie ont toujours considérée comme hypothé-
(1) Cette expérience réalisait en quelque sorte l'ensemble des phénomènes électriques que l'on note dans la paralysie faciale en général où les muscles, ne se contractant plus par l'excitation laradique, donnent souvent, par l'excitation galvanique, des contractions trèsprononcées.
Tkissieii. Courants continus. *2
tique. Qu'il nous suffise de dire qu'on y trouve en Allemagne l'explication des contractions d'ouverture ou de fermeture du circuit, contractions qui sont déterminées par la situation des potes. C'est ainsi que. pour donner un exemple, le cathélectrotonus provoquerait la contraction de fermeture toutes les fois que, se trouvant à la périphérie, l'excitation qu'il détermine peut librement se transmettre à la fibre musculaire, ou bien encore lorsque, dans le cas de courant ascendant, mais très-faible, la production de V anélectrotonus (modification tenant à l'application du pôle positif et créant alors à la périphérie une zone d'inexcitabilité) est insuffisante pour faire obstacle à sa transmission, etc.
La loi suivante, énoncée par Pfliiger, résume les résultats obtenus dans les différentes conditions d'exploration : Un segment de nerf est excitèparla production du cathelectrotonus et par la disparition de V anélectrotonus ; il n'est pas excité par la disparition du calhelectrotonus ni par la production de V anélectrotonus .
Ces différents phénomènes n'ont pas été observés seulement sur l'animal en expérience: Erb les a retrouvés chez l'homme sain (1); Eulenburg (2) aussi (1867) les a constatés en appliquant les électrodes sur les téguments intacts (méthode percutanée de l'auteur).
Mais l'excitation galvanique d'un nerf moteur ne peut pas se perpétuer indéfiniment. Le nerf se fatigue et finit par devenir inexcitable : il suffit alors d'intervertir le sens du courant pour reveiller son excitabilité : ce phénomène a reçu le nom ^alternative vollaïque.
Jusqu'ici nous avons vu le courant continu déterminant la contraction musculaire ; mais le courant de pile peut agir en sens inverse, il peut faire cesser cette contraction. L'action paralysante du courant continu mise en relief pour la pre-
(1) Ueber Electrotonische Erseheiuungen am lebenden Menschen (Deutsches Arch. fur klinische Mfâ. 1807).
(2) Eulenburg. Ueber die electrisirenden Wirkungen bei perçatirer Anwendung des constanten Stromes. {Archiv. fur Réuni. 1867.)
mière fois par Valentin a été confirmée par les recherches de Matteucci, Du Bois-Reymond, Eckhard, Pflùger. On peut la démontrer par des expériences bien nettes.
1° Qu'on soumette, comme l'a vu Hitï'elsheim, un nerf de grenouille à l'excitation d'un courant induit, on déterminera immédiatement une contraction dans le muscle auquel ce nerf correspond ; mais si entre le point excité par le courant induit on fait passer un courant galvanique, on aura beau continuer l'excitation, la contraction ne se produira plus.
2° Qu'on empoisonne une grenouille avec de la strychnine, il suffira de faire traverser l'animal par un courant pour voir cesser les secousses tétaniques (Vulpian, Cl. Bernard).
3 Ù Les choses se passeront d'une façon analogue si c'est sur le pneumogastrique que fou agit. L excitation du bout périphérique de ce nerf détermine, on le sait, l'arrêt du cœur. .Mais si entre le point excité et le cœur on fait passer un courant de pile, le cœur continue h battre malgré l'excitation (Frank, de Tarcanoff).
i° On pourrait encore citer, à l'appui de cette assertion, l'expérience pratiquée par M. Onimus chez les chiens Choréiques ; l'application d'un courant descendant sur la moelle épinière diminue notablement l'étendue de ces contractions presque rhythmiques. La lecture du tracé ci-joint démontre surabondamment ce fait intéressant (fig. 1).
i ig. i.
en A et iunt <
Toutefois cette expérience est mi peu moins probante que
les autres, puisque l'application d'un courant a>eciula
dnit un effet inverse et exagère les contractions, comme cela du reste peut se voir dans ce second tracé ( 1 1.
Quoi qu'il en soit, les faits expérimentaux que nous venons de rapporter sont incontestables. // existe donc des conditions dans lesquelles le courant de pile exerce une action paralysante sur le système moteur.
En Allemagne, on l'ait encore intervenir ici la théorie de X èlecteotonus et l'on n'éprouve aucune difficulté pour expliquer le phénomène : c'est la production de Vanelectrotonus qui constitue l'obstacle qui vient s'interposer entre le point excité et le muscle qui, parsa contraction, doit être le réactif révélateur de l'excitation. Il est probable que les choses ne sont point aussi simples, et mieux vaut, ne pas chercher à interpréter le fait (pie de s appuyer sur des hypothèses. C'est qu en effet, malgré sa grande diffusion, la théorie de l'élec- Irotonus attend encore sa démonstration rigoureuse, et les influences attribuées à la direction du courant restent encore problématiques. Nous aurons, du reste, à montrer dans un instant que le rôle attribué à ces influences tend à perdre du terrain de jour en jour, pour céder le pas à la théorie des actions polaires, que les expériences de Chauveau ont déjà si nettement mises en relief (2).
Les nerfs sensitifs ont été soumis, comme les nerfs moteurs, à l'exploration galvanique et, comme à propos de ces
(1) Ces tracés sont dus à l'extrême obligeance de M. Onimus et sont empruntés à son Traité d'électricité médicale, Paris, 1872, Germer Baillière.
[2) Nous laissons intentionnellement de coté les phénomènes relatifs
derniers, on a cherché à' établir des formules générales indiquant leurs principales réactions. Mais ces formules sont beaucoup moins nettes que celles qui ont trait aux réactions des nerfs moteurs. D'après Marianini, la sensation douloureuse par laquelle se trahit l'excitation se produit à l'interruption du courant direct ou bien au commencement du courant inverse Pour Matleucei, c'est tantôt àl'ouverture, tantôtà la fermeture qu'elleapparaît. Longet l'a notée soit au moment où le courant • inverse commence à s'établir, soit à son interruption; mais jamais à l'interruption du courant direct.' Pfliiger admet qu'un fort courant descendant ne produit aucune sensation de fermeture, mais seulement une sensation à l'ouverture. M. Jaccoud (1), n'accepte pas la loi de Pfliiger : avec les courants ascendants et descendants, il a toujours déterminé une forte sensation de fermeture.
Notons, en passant, que c'est au niveau de leurs points d'émergence que les nerfs sont le plus excitables, et que celle excitabilité est d'autant plus grande que le point excité est plus près de l'encéphale (Remak.)
De plus, fait très-intéressant à relever, contrairement à ce qui se passe pour la contraction qui suit l'excitation d'un nerf moteur, la douleur se produit consécutivement à l'excitation d'un nerf sensitif, alors même que les deux rhéophores sont appliqués sur lui transversalement et au même niveau (Grapengiesser).
Les phénomènes relatifs à l'excitation des nerfs de la sensibilité spéciale ont été, dans ces derniers temps, l'objet d'études fort importantes.
à la galvanisation des muscles lisses. Ils sont, du reste d'un ordre à peu près analogue. Chez l'animal, la galvanisation de la gueule au rectum fait cesser les mouvements péristaltiques de l'intestin; de sorte que, pendant le passage du courant continu, les muscles lisses cessent de se mouvoir. C'est ainsi'qu'on a pu déterminer chez une chienne en parturition l'arrêt des contractions utérines (Onimus et Legros).
(1) Jaccoud, article Électricité du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, t. XII.
On avait bien noté depuis longtemps les modifications les pins frappantes survenues dans les divers sens de la vue, de l'odorat, du goût, de l'ouïe, sous l'influence d'un courant de pile appliqué à proximité de la tète. C'est ainsi qu'on avait enregistré les sensations lumineuses (phosphènes), les bourdonnements d'oreille, l'odeur acide, le goût d'encre que les malades explorés accusent d'une façon générale. On avait même vu que ces sensations se produisent avec plus d'intensité au moment delà fermeture du circuit, et persistent même pendant toute la durée de l'occlusion. L'influence des deux pôles n'avait même pas échappé à Purkinje el Huete, puisqu'ils avaient remarqué qu'en plaçant le pôle zinc sur la paupière fermée, et le pôle enivre dans la main, la lumière dans la région de la tache jaune a une teinte bleue intense qui s affaiblit peu à peu vers la périphérie; mais qu'on renverse la situation des pôles, la lumière devient jaune rougeâtre, s'éteint au centre, et s'accentue davantage à la périphérie
Plus récemment, les recherches de Ziemssen, Althaus, Benedikl. Brenner, Helmholtz ont imprimé à cette étude un caractère de rigueur inconnue jusque-là.
C'est surtout sur le nerf optique el sur l'acoustique que ces recherches ont porté. Nous les résumerons le plus brièvement possible.
Nerf acoustique. — Des expériences persévérantes et consciencieuses oui appris à Brenner (1 ), comme premier résultat, qu on peu! obtenir sur le nerf acoustique l'effet individuel de chaque pôle; il a reconnu, de plus, que, sur ce nerf, ['exploration cathodique (avec le pôle négatif) ne produit que des effets de fermeture et {'exploration anodique (avec le pôle posilif) seulement des effets d'ouverture. Brenner a traduit cette réaction par la formule suivante :
K« S K / — Sensations subjectives (sifflement, sons de
cloches).
KaD K /—Ces sensations disparaissent graduellement.
(1) Brenner, Untersùchungen mut Beobachtungen, Leipzig, 1868.
K" Absence de toute sensation auditive.
An S Id.
Ah D Id.
kn K / — Sensation très-courte et très-faible.
Chez l'homme sain, cette formule paraît se reproduire d'une façon constante pour une même intensité de courant. La réaction K a S — (ou au pôle négatif et de fermeture) se produit toujours la première — La réaction d'ouverture par action du pôle positif, ou A n 0, se produit la dernière et se trouve toujours moins intense.
La dérogation à cette loi indique, toujours suivant Brenner, un état pathologique du nerf auditif. On conçoit alors l'importance du symptôme au point de vue du diagnostic.
Nerf optique. — La sensibilité du nerf optique et de la rétine est vivement sollicitée par l'application du courant de pile; il suffit, pour s'en convaincre, de mesurer son champ visuel avant de se soumettre à l'action du courant. Immédiatement après l'application, on refait les mensurations, et l'on constate sans peine que le champ visuel s est notablement élargi : ceci se voit nettement surtout chez les hystérique? (Landolt).
Helmholtz et Ziemssen (1) pensent que ces manifestations optiques sont provoquées par l'action directe du courant galvanique sur les expansions du nerf optique (et non par voie réflexe). Cette excitabilité particulière est due à la conductibilité spéciale du globe oculaire (voy. p. 1G6) et des tissus ambiants.
Helmholtz fait l'expérience intéressante qui suit :
Il place le pôle négatif au cou, le pôle positif est représenté par un fragment d'épongé imbibé d'eau salée à l'angle externe delà paupière; le champ visuel s'obscurcit du côté nasal, paraît clair du côté de la tempe ; l'entrée du nerf optique qui se trouve dans la zone claire paraît obscur. Si on tourne l'œil de manière que le point de fixation corresponde à la limite des
(1) Ziemssen, Die Electricitât in (h;- Medicin, Berlin, 1872.
zones claires et obscures, il se produit un faisceau lumineux clair du côté obscur et inversement.
Helmholtz explique ce phénomène par la loi d 'électrotonus de Pfliiger. Quand l'électricité positive pénètre dans le globe oculaire par le côté externe et sort du côté interne, l'excitabilité de la rétine est diminuée du premier côté, augmentée de l'autre, de sorte que la moitié interne du champ visuel qui correspond à la partie externe de la rétine est obscure et inversement.
Brenner a répété pour le nerf optique les mêmes explorations que sur l'acoustique, et il a conclu de ses recherches que la direction du courant n avait point d'influence marquée sur la production des phénomènes, el qu'en pareil cas les effets perceptibles de la galvanisation ne sont encore que des actions polaires.
Une question assez difficile à résoudre s'est élevée au sujet de la nature ou du point de départ de l'excitation. Est-elle le résutrat de l'excitation directe de la rétine, ou d'une excitation réflexe, par suite de l'excitation des branches du trijumeau.'
Noua avons déjà vu que Ziemssen et Helmholtz penchent pour l'action directe, Benedikt (1) et Althaus (2) croient à la réflectivité. Ce dernier cite, entre autres arguments, l'observation d'un malade atteint de double anesthésie du trijumeau chez qui le passage d'un courant de dix à douze couples de la batterie Daniell-Muirhead ne produisait ni douleurs, ni vertiges, ni phénomènes optiques.
Nerfs du goût. — On a cherché à se rendre compte de la nature de la sensation bizarre éprouvée pendant le passage du courant (goût salé, goût d'encre). S. H. WebeiTattribueàl'électrolyse des liquides buccaux (formation d'acide azotique, aux dépens des gaz de l'air). — Rosenthal (3) a combattu cette
(1) Benedikt, Electrothérapie, Vienne, 1868. — Nervenpathologie uni Electrothérapie, Leipzig, 1874 et 1877.
(2) Althaus, Atreatise on médical Electricité, Londres, 1874.
(3) Rosenthal, Electrothérapie, Vienne, 1870.
théorie, et admet l'excitation directe du nerf qui manifeste son
activité spécifique par une sensation spéciale.
L'excitation des sensations guslatives se produit à la suite d'application du courant sur des régions Irès-éloignées, fait qui constitue une objection importante à la théorie de l'électrolyse.
i" Cerveau et moelle épinière. — Nous ne nous étendrons pas longuement sur la galvanisation du cerveau et de la moelle, car, outre que plusieurs électro- physiologistes de renom (Ziemssen par exemple) doutent encore que le courant électrique puisse pénétrer jusqu'à leur niveau, ce que nous avons déjà dit sur la galvanisation delà moelle, à propos des contractions tétaniques et les faits que nous avons exposés au sujet des organes des sens, tout cela nous permet d'être bref. De plus, les particularités que nous aurons à ajouter encore au sujet de la galvanisation du grand sympathique et sur les effets des courants de pile sur la circulation, compléteront les notions sommaires que comporte le sujet.
Les expériences bien connues d'Erb semblent prouver que la masse cérébrale, comme la substance médullaire, sont traversées par le courant. Erb trépane le crâne d'un cadavre, il applique les électrodes au niveau des deux apophyses mastoïdes; le nerf d'une patte de grenouille absolument isolée est mis au contact de la surface cérébrale et dénote par une contraction le passage du courant.
Chez l'homme sain, le courant appliqué dans de pareilles conditions détermine des sensations subjectives du côté des organes des sens, puis des vertiges, de la somnolence, quelquefois même, si le courant est trop fort, de la syncope, des convulsions, des nausées ou des vomissements (Pierson). Les personnes ainsi galvanisées vacillent même quelque temps encore après l'application ; on a noté l'inclinaison de la télé du côte du pôle négatif '. Cyon (1) déconseille la galvanisation du cerveau et la trouve dangereuse.
(1) Cyou, Principes cTElectrothérapie, Paris, 1873.
La galvanisation de la moelle lombaire détermine des contractions à la fermeture ou à l'ouverture du circuit, suivant que c'est le pôle négatif ou le positif qui est appliqué à ce niveau (Brenner) ; l'excitation cathodique de la moelle lombaire détermine des sensations de picotement et de cuisson dans les membres inférieurs (Brenner).
3° Les effets de l'excitation galvanique portée sur le sympathique sont encore loin d'être complètement élucidés; l'accélération du pouls a été observée par plusieurs patholo- ;istes; mais tandis que Eulenburget Sclunidt prétendent avoir observé la diminution de la tension artérielle, les expériences qu'on va lire dans quelques instants et qui sont dues h M. le professeur Ghauveau prouvent assez nettement que l'augmentation de la pression carotidienne est directement liée à cette excitation.
Un ne possède aucune donnée précise et constante au sujet des modifications qui surviennent dans la circulation rétinienne et dans l'état de la pupille sous son influence; Gerliardt a edlistannnent observé de la dilatation pupillaire, Eulenburg et Schmidt ont noté au début une légère dilatation, puis une contraction. Atbaus a obtenu des résultats contradictoires.
Nous avons observé chez un chien, en plaçant les électrodes sur les deux tempes, des dilatations pupillaires à chaque changement brusque dans l'intensité du courant, que ce soit à l'ouverture ou à la fermeture.
Un a vu chez les sujets dont on galvanisait le sympathique une tendance à la somnolence ou des vertiges qui persistaient après l'application; on a noté aussi une sensation de chaleur générale accompagnée parfois de transpiration manifeste.
4° Ceci nous conduit à dire quelques mots de la circulation. Elle est certainement influencée par l'action du courant de pile L'expérimentation physiologique et les faits cliniques sont là pour le montrer.
Les différents observateurs ont vu des modifications dans le calibre des troncs vasculaires sous l'influence de l'action directe du courant galvanique. Mais leursobservations ne sont
pas absolument concordantes. Weber, Kôelliker et Monoyer (1) admettent la construction. Onimus a obtenu le resserrement îles vaisseaux du cerveau en galvanisant deux points opposés de la masse encéphalique (Expériences sur le chien). Au contraire. Remak et beaucoup d'autres physiologistes ont vu la dilatation vasculaire. Pour M. Onimus enfin (Société de biologie), la circulation est activée par le courant descendant, elle est ralentie par le courant inverse. Les contradictions sont peut-être plutôt apparentes que réelles, car ù est nécessaire d'établir entre les faits certaines distinctions : il faut toujours compter avec la richesse en filets sensilifs de la région explorée, condition qui rend toujours possibles les dilatations vaso-motrices réflexes.
C'est sans doute de cette façon qu'il faut expliquer la rougeur cutanée qui se produit au niveau des électrodes et surtout du pôle négatif, — ces effets sont assez intéressants pour que nous nous y arrêtions quelques instants.
5" Action sur la peau, — Elle est différente aux deux pôles, ainsi que l'ont bien fait ressortir surtout Remak, Boltinger son élève (2), Erb (3), Ziemssen, etc.
Ce dernier étudie tantôt l'effet simultané des deux pôles dans des conditions aussi semblables que possible, tantôt il considère isolément l'action de chacun d'eux : il emploie des électrodes impolarisables.
m La flaccidité des muscles de la peau et des fibres circulaires artérielles se produit plus vite au pôle négatif et dure plus longtemps. »
A V anode, la chair de poule est de plus longue durée, seulement dans le voisinage du pôle. — Au point de contact même il y a parfois une dépression peu profonde, avec pâleur extrême de la peau; bientôt après, une hypérémie intense avec un grand nombre de petites papules, au centre desquelles
(1) Monoyer, Société Médicale de Nancy, 1N77.
(2) Symbolœ ad effectmn catalyticum rici galwnici constantis demonstrandum. Diss. Berolini, 1863.
(3) Deutsches Arch. F. Klin. Medicin., Band 111,274.
est un poil et <jui ont pour origine le réseau vaseulaire des follicules pileux.
Avec une excitation moyenne, on voit persister ces élevures granuleuses.
Avec une excitation forte et prolongée, les papules deviennent cohérentes et forment une grosse plaque plus ou moins ischémique à la périphérie de laquelle sont un certain nombre de papules isolées et une zone rouge plus ou moins étendue.
Au cathode, mêmes actions physiologiques d'une manière générale. — Période d'excitation plus courte. — Phénomènes paralytiques plus intenses et plus étendus.
Ces phénomènes ne se constatent qu'au moyen des électrodes impolarisables et avec la durée et le repos nécessaires. »
En résumé : Aux deux pôles, action physiologique qualitative semblable. — quantitative quelque peu différente en ce sens que les modifications se développent plus vite, avec plus d'intensité et dans une grande étendue au pôle négatif.
La peau peut devenir le siège de phénomènes d'un autre ordre; il se produit parfois à son niveau de véritables eschares. Mais ici, le courant continu n'intervient plus par ses propriétés physiques, ce sont ses propriétés chimiques qui, entrent en jeu et en particulier sa puissance électrolytique qui, en décomposant les tissus et les liquides qu'ils renferment, conduit au niveau du pôle négatif les alcalis, qui, mis alors en liberté, agissent en vertu de leurs propriétés caustiques. Qui dit modification de la circulation dit possibilité de modifications secrétaires et calorifiques : c'est en effet ce qui s'observe aussi en pareil cas (1 ). Mais nos connaissances sont
(1) Les courants continus, en général, augmentent la température. — M. Onimus a noté 1°,G de différence entre le côté électrisé et le côté sain. — Nous-raème, dans diverses expériences, avons noté cette élévation de la température dans le côté électrisé. ( Voir Expér., page 149.)
Cette augmentation de la température , pour Robin , Remak , Hiffelslieim, tient aune suractivité de la circulation capillaire.
Nous avons cherché aussi, dans une expérience, à constater si la
encore trop incomplètes sur ce point pour que nous nous y arrêtions ici.
Nous ne sommes guère plus avances en ce qui concerne la nutrition générale. Les recherches précisés manquent aussi à ce propos. Toutefois, il est impossible qu'elle ne soit pas influencée, car s'il est vrai que l'état de nutrition est en rapport avecl'intensilé des actions physico-chimiques qui se passent au niveau de nos tissus, en favorisant les phénomènes d'endosmose (Dutrochet, Porret), en activant les eourants électro- capillaires, cl modifiant la circulation et la température, le courant galva-
direction du courant inlluait sur la température du membre électrisé. Voici les résultats que nous avons obtenus :
Exp. : Cliien loulou opéré lundi l'' r avril. — Les électrodes sont fixés sur la palto droite : l'un au niveau du pli de l'aine, l'autre sur la. jambe, la peau ayant été préalablement rasée. — Un thermomètre très-sensible, isolé dans de la ouate, est fixé entre le premier et le deuxième orteil.
1. A3 li. 34, le thermomètre marquant 20", on fait passer un courant descendant jusqu'à h., en tout li m. On ferme le circuit. — La température = 20°.