‹ De la valeur thérapeutique des courants continusChapitre 8 sur 24 · SPASMES · texte numérisé non relu

SPASMES

Si l'on se rappelle les quelques expériences que nous avons signalées pour démontrer l'action paralysante des courants continus (expériences d'Hiffelsheim sur la patte d'une grenouille tétanisée, deVulpian sur les grenouilles stryehnisées, etc.), on aura un point d'appui suffisant pour reconnaître que l'application des courants continus dans un certain nombre d'affections spasmodiques était loin d'être irrationnelle. Aussi voyons-nous les courants de pile préconisés tour à tour dans le tic douloureux de la face (Niemcyer, Remak, E. Stich) , la tétanie (Pierson), le tétanos (Mendel, LeFort, etc.); la crampe des écrivains (Benedikt), les blépharospasmes, le nystagmus (W. Strelin, 1874), les contractions, les convulsions de l'épilepsie etde l'hystérie, etc., etc. Lç,modusfaciendL variait naturellement suivant la cause anatomique présumée de ces mouvements spasmodiques.

Assurément les données de la physiologie justifient ces différentes tentatives. Reste à savoir, cependant, si les succès enregistrés répondent complètement à ces prévisions.

Parmi ces affections , il en est sans doute qui se sont amendées sous l'influence du traitement, Les faits de Nie-

meyer(deux cas) de Benedikt (trois cas), deE. Stieh, pour le tic convLilsif de la face, de Giraud-Teulon, pour le blépharospasme et le nystagmus viennent à l'appui de cette assertion. Les résultats sont beaucoup plus douteux, pour ce qui est de la tétanie, surtout du tétanos.

Quant à ce qui est de la contracture hystérique, les résultats sont absolument nuls (Le Fort, Charcot, communication verbale). Beard et Rockwell, qui ont eu l'occasion de traiter un grand nombre de contractures hystériques, sont arrivés aux mêmes conclusions.

Seules les contractures douloureuses, qui tiennent à des spasmes fonctionnels, peuvent être heureusement modifiées, et dans ce nombre il faut compter le tic de la face, à condition toutefois qu'il ne soit pas de date trop ancienne. Disons cependant que dans ce cas Frommhold et Benedikt ont eu des succès plus marqués avec les courants induits. Suivant Pierson, ia contracture essentielle des extrémités serait presque toujours améliorée par remploi du courant de pile.

Enregistrons aussi les guérisons bien constatées de contractures du grand pectoral (Remak, conférence de la Charité, 1864), et de ces sortes de lombago, vulgairement appelés tours de reins, auxquels le professeur Gubler a donné le nom de cinesialgie (Onimus, Rosenthal). Toutefois, M. Gubler préfère la faradisation en pareil cas.

Les faits de crampes des écrivains, de spasmes des sternocléido-mastoïdiens, consignés par Benedikt, rentrent dans celle catégorie de faits

Tétanos. — Il était naturel de rechercher dans une affection où les médications internes les plus énergiques échouent presque constamment, si l'action sédative des courants de pile ne donnerait pas par hasard de meilleurs résultats. Quelques observations rares, il est vrai, mais authentiques, semblent prouver que si dans la presque totalité des cas où la galvanisation a été employée, la marche irrévocablement fatale de la maladie n'a pu être enrayée, le phénomène spasme a été notablement atténué. C'est ce qui est arrivé chez le malade de Dubreuil, Lavaux et Onimus qui éprouvait une détente complète

lors du passage du courant ; chez celui traité de la même façon par le professeur Le Fort, et qui fut même à un moment tellement amélioré qu'on put presque espérer la guérison. Les choses se passèrent de même pour un opéré de M. Verncuil, qui éprouva lui aussi un soulagement immédiat. Mais le mal n'en continua pas moins son cours, et le malade finit par succomber. Dans les observations de Le Fort et de Verneuil, il est noté que l'action sédative du courant n'était nullement modifiée par sa direction (1).

Les deux faits de Mendel sont peut-être moins défavorables : le premier a trait à une jeune fille de quatre ans qui, atteinte de tétanos traumalique, aurait guéri complètement dans l'espace de dix jours, grâce à l'application des courants continus. Mendel avait essayé la faradisation, mais avait dû l'abandonner, car elle avait déterminé une aggravation du mal. Lu se servant du courant de pile, il plaça le pôle positif d'un courant de huit éléments Danicll sur les muscles antagonistes de ceux qui étaient contractures; le pôle négatif fut appliqué sur la colonne vertébrale; chaque séance durai! environ quinze minutes.

Chez sa seconde malade, petite fille de neuf ans, atteinte de tétanos idiopathique, le traitement fut appliqué de la même manière et produisit les même résultats.

Ces deux succès ne suffisent pas évidemment pour ériger le traitement par les courants de pile à l'état de traitement spécifique du tétanos, mais il renferme au inoins cet enseignement que les courants constants diminuent l'excitabilité réflexe de la moelle et cette notion formulée par Matteucci après ses nombreuses expériences sur la grenouille et la première application qu'il en fil chez l'homme, en 1838, n'en subsiste pas moins toute entière.

Nous pourrions répéter la même chose au sujet de la rage, maladie dans laquelle les courants constants ont semblé diminuer aussi l'intensité des contractures sans pouvoir pourtant

(1) Voir Hichelot, Revue sur le Tétanos. — (Revue des sciences médicales d ' Hayem , 1 877 . )

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conjurer l'issue funeste. (Voir Plinio Sclhvardi , Traité d' électro-thérapie, et Jaccoud, la Commission permanente de Milan, Gazette hebdomadaire, 1864, Traité de pathologie, cours de la Faculté, 1878.)

Àlaiîn du siècle dernier et au commencement du nôtre, on a cherché à modérer par l'intervention du galvanisme l'intensité des crises d'épilepsie. Ce mode de traitement est tombé de lui-même et a été abandonné jusque par ceux-là même qui font ce que l'on pourrait appeler de l'électro-thérapie à outrance. Il n'en est pas ainsi de l'hystérie ou plutôt des grandes manifestations spasmodiques et de l'hystéro-épilepsie. Il semble incontestable, en effet, que le passage du courant galvanique suspend quasi comme par enchantement les grands mouvements convulsifs. Les quatre observations suivantes, recueillies dans le service de M. le professeur Charcot et qui nous ont été obligeamment transmises par sou interne M. Hicher, viennent confirmer cette assertion.

Witmax, hystéro-épileptique à ses grandes attaques. — Sorte d'état de mal pendant lequel les attaques se succèdent sans interruption, composées chacune des trois périodes décrites par M. Charcot : 1° Période épileptiforme ; 2" grands mouvements et cris; 3° délire et hallucinations.

On applique les électrodes de l'appareil à courants continus de Trouvé, l'un au front, l'autre dans la région de l'ovaire droit. On use de quarante éléments. L'attaque est modifiée aussitôt. La période épileptique s'amoindrit, les grands mouvements sont supprimés, et survient un sommeil qui parait calme. Quand on enlève les pôles, l'attaque reprend avec toute sa violence. Plusieurs fois l'attaque est modifiée, comme nous avons dit, par la réapplication des électrodes, soit au front et à l'ovaire droit , soit au front et à la jambe droite, soit aux deux jambes. L'emploi d'un courant faible (dix éléments) les deux pôles étant appliqués aux deux tempes, produit un effet analogue.

L'application de l'électricité n'a pas été prolongée et les attaques ont repris leur cours.

Il nous a été donné d'assister nous-mènie à une de ces grandes attaques le samedi avril. Les courants continus ont été appliqués de nouveau. MM. Charcot et Wesphal étaient présents. Que ce fut dans la période épileptique ou dans la phase des grands mouvements convulsifs, le passage du courant arrêtait brusquement la crise.

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La malade avait deux ou trois secousses générales et tombait comme sidérée. Fait important à noter, le sens du courant était indifférent, au point de vue du résultat obtenu.

Un sommeil profond s'établit et persiste durant tout le temps que passe le courant. Il s'interrompt avec la rupture du courant.

Geneviève, hystéro-épileptique. — Accès épileptiformes , séparés par une phase d'agitation, de contorsions et de délire.

Application de la pile Trouvé. — Vingt éléments, l'un des pôles à la tempe gauche, l'autre à la jambe du même côté.

Presque aussitôt, les accès épileptiformes diminuent de violence, ils sont plus espacés, et bientôt n'apparaissent plus de loin en loin que très-atténués ; au heu de durer de une à deux minutes, ils ne sont plus que de quinze à trente secondes, la période de stertor est supprimée. Dans l'intervalle, la malade demeure eu proie à un délire loquace, relativement calme. Quand on supprime le courant, l'accès épileptiforme reparaît aussitôt avec toute sa violence.

Le sens du courant, ascendant ou descendant, n'a pas paru avoir d'effet spécial. — Quel que soit le sens du courant, le résultat a toujours été le même, mais à chaque interversion brusque du sens du courant, la malade est prise de secousses généralisées, son délire est suspendu un instant, pour reprendre bientôt, mais dans un ordre d'idées tout différent.

Geneviève. — Grandes attaques, avec les trois périodes complètes: 1° période épileptiforme; 2° grands mouvements, contorsions; 3° délire.

L'application des courants continus a été maintenue pendant près de quatre heures.

Les effets obtenus oui été les mêmes que dans l'observation précédente : phase épileptique très-amoindrie, ne survenant plus que de loin en loin; grands mouvements supprimés; le délire loquace persiste.

Secousses à l'interversion du sens du courant.

Au début, quarante éléments ont été employés ; mais ensuite le même effet a été obtenu avec vingt et même dix éléments.

L'électrisation a été maintenue tout le temps de l'attaque. Elle en a considérablement amoindri la violence ; mais elle ne paraît pas en avoir diminué la durée. Elle a été sans effet sur la contracture qui a persisté dans la jambe droite; mais elle a ramené la sensibilité sur tout le corps. Le lendemain, la sensibilité avait disparu.

Makcillet. — Grandes attaques avec leur trois périodes : Epilepsie, grands mouvements et délire avec attitudes passionnelles.

Application de l'appareil à courants continus (Trouvé). L'une des plaques est placée sur le front, l'autre à la jambe gauche.

Au début, quarante éléments.

Atténuation subite de l'attaque, qui cependant présente encore ses trois phases, mais à peine esquissées.

Secousses à l'interversion du sens du courant.

La secousse, provoquée au début d'un accès, l'arrête subitement et complètement. La malade, au milieu d'une convulsion épileptiforme, s'arrête instantanément et demeure interdite.

Le même effet a été obtenu avec vingt éléments. Avec dix éléments il a fallu provoquer plusieurs secousses consécutives, pour produire un effet analogue.

Burrow et Donders n'ont-ils pas observé que les vaisseaux pendant le sommeil sont rétrécis, remarque M.Onimus; et il se demande si ce ne serait pas à une modification de la circulation cérébrale, sous l'influence du courant, qu'il faudrait attribuer ces heureux résultats. Déjà, en 1869, il avait rapporté lui-même dans le Journal de l'Aaatomie de Robin, l'histoire de deux faits fort intéressants. Dans le premier, il s'agissait d'une jeune fille prise depuis dix-huit mois de crises stryclmoïdes et qui. sous l'influence de la galvanisation encépbalique, était invinciblement entraînée au sommeil. Les eboses se passaient identiquement de la même manière chez une autre malade atteinte d'bystérie cataleptique grave, et qui s'endormait d'un profond sommeil après la galvanisation du cerveau (un électrode sur le front, l'autre sur la nuque). Chez les malades de M. Cbarcot, les électrodes représentées par des plaques larges comme le creux de la main étaient appliquées l'une sur le front, l'autre au niveau du mollet. Les effets étaient identiques, quelle que fût la direction suivie par le courant.

Point important à signaler : la galvanisation pratiquée pendant l'attaque d'bystérie suspend immédiatement la crise, mais la malade ne se réveille pas. elle reste dans un état de somnolence profonde, tandis que parla compression de l'ovaire, elle se réveille et reconnaît ceux qui l'entourent. Pour celle raison, nous croyons qu'il y a là plutôt un fait intéressant à relever qu'une métbode générale de traitement à préconiser alors même que de nombreuses observations viendraient définitivement confirmer ces premiers essais : le praticien ayant

dans les mains un moyen plus simple d'arriver à un meilleur résultat.

Nous ferons, pour cette étude des spasmes, ce que nous avons fait pour celles des paralysies et après les spasmes des muscles de la vie de la relation, nous dirons quelques mots de ceux de la vie organique. On a utilisé le traitement galvanique dans une série de troubles fonctionnels en apparence spasmôdiqûes et localisés dans le système des fibres lisses. Les observations favorables ne sont pas très-rares. M. Onimus a fait cesser une contracture tenace des muscles du pharynx et de l'oesophage chez une hystérique traitée à la Charité dans le service du professeur Sée. Dans une lettre très-intéressante que Semmola écrivait le mois dernier à Plinio Schivardi, il est rapporté l'histoire d'une jeune malade atteinte de vomissements incoercibles chez laquelle on pensa à un ulcère perforant de l'estomac et qui était arrivée à un état de maigreur squelettique. Semmola crut à la possibilité de vomissements hystériques, il employa les couranls continus, et après la première application quelques aliments furent tolérés; au bout de deux mois la guéri son était complète.

Iliffelsheim a vu la colique de plomb améliorée par le galvanisme. Remak a rapporté des faits analogues, mais ici le mode d'action du courant est incertain, car on ne peut savoir si le bénéfice de la guérïson doit être attribué à la sédation produite dans la contracture des fibres lisses, ou bien à l'effet purgatif que la galvanisation de l'intestin semble devoir assez facilement déterminer. (Humboldt, Grapengiesser, Leroy d'Etiolles, Iliffelsheim, Althaus, Duchenne).

L'état spasmodique créé au niveau de la vessie ou des uretères par la présence d'un calcul, peut être vaincu par l'emploi d'un courant continu. A deux années de distance M. Reliquet a rapporté deux observations remarquables relatives à cet ordre de faits (Union médicale, avril 1870. — Revue photo gr. des hôpitaux de Paris, avril 1870).

Iliffelsheim, aurait aussi enregistré quelques succès.

II n'est pas jusqu'à l'asthme qui n'ait été considéré comme justiciable d'un traitement analogue. Beard et Rockwell,

insistent suc ce fait et racontent que Wilson Philipp,en faisant circuler le courant galvanique de la nuque au creux de l'estomac quatre fois dans sa pratique civile, dix-huit fois à l'hôpital de Worcester, a obtenu une amélioration marquée. Beard et Rockwell n'auraient pas sur le fait d'expérience personnelle et se bornent à dire qu'en théorie il est indiqué de galvaniser le pneumogastrique et le sympathique. Benedikt n'aurait pas toujours été aussi heureux et, dans un cas d'asthme violent, il n'aurait obtenu aucun résultai.

Nous ne quitterons pas les troubles de la motilité sans dire quelques mots de ces états intermédiaires à la paralysie et aux spasmes qui constituent la grande classe des tremblements et à propos desquels nous signalerons les résultats du traitement galvanique dans la chorée et la paralysie agitante. Nous pourrons en rapprocher les troubles d'incoordination motrice, qui représentent une des manifestations de l'ataxie.

Bien que la galvanisation de la moelle ait été encore fréquemment utilisée dans la chorée, nous ne sommes pas en mesure de formuler une appréciation nette. Sans doute les faits rapportés par Gasparini {Nuova Liguria med., décembre 1873; par Giovanini (Annaliuniv. d'Omodei, 1872); ceux que M. Onimus relate dans son traité plaident en faveur de ce genre de traitement, les conclusions de Ziemssen sont tout opposées, et notre ami le docteur Joffroy nous rappelait dernièrement le fait d'une jeune malade chez laquelle nonseulement l'emploi des courants continus n'avait pas guéri la chorée. mais chez laquelle il l'avait déterminée. Nous sommes plus embarrassé encore pour émettre une opinion au sujet de la paralysie agitante et nous n'avons entre les mains aucune observation démontrant absolument l'efticaeité du courant galvanique, bien que Fieber, Benedikt, Remak, Reynolds aient enregistré des succès.

A lire les nombreuses observations qui concernent l'ataxie locomotrice, il est permis de penser que les troubles de coordination sont favorablement influencés par les courants

TwssiEn, Courants continus. ^

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Constants. Il n'est pas rare en effet de voir des malades marcher plus faeilement après la séance de l'électrisation (Remak, Benedikt, Richter, Mendcl, Joffroy), mais ce ne son! là que des améliorations fugaces. Le traitement galvanique en général est inutile dans l'ataxic. Nous aurons plus loin à insister longuement sur ce point. Ici nous nous bornerons à ces indications sommaires.

Ti-oulilc* <lc la sensibilité

IIYPERESTHÉSIE

Les fonctions de sensibilité trahissent leur état de souffrance suivant une double modalité; par de la douleur, par de l'anesthésic : dans l'un cl l'autre cas, l'électricité galvanique a pu y porter remède. Quelle qu'ait été la cause de la douleur, quel qu'en ait été le siège, le calme semble avoir indistinctement suivi l'application des électrodes. Qu'on ait eu affaire à une névralgie faciale, intercostale ou sciatique, qu'on ait eu à traiter les crises douloureuses qui accompagnent le spasme de la septième paire (Niemeyer, Benedikt, Daily, Onimus); que la méthode ait été dirigée contre les douleurs atroces de la névralgie dentaire, contre celles de l'épididymite blennorrhagique (Cheron, Picot, Soi-, méd. d'Indreet-Loire, 1874), ou encore dans les douleurs fulgurantes do l'ataxie locomotrice (A. Tripier, Vigouroux) et les arthralgies d'origine diverse ; que ce soit enfin contre la douleur nauséeuse de Phémicrânie qu'on l'ait employée, on peut dire en général que l'élément douleur a été singulièrement atténué. Il est intéressant de rechercher ici quelles sont les causes, quel peut être le mécanisme de celte influence calmante qui nous semble être un bénéfice des moins discutables de l'emploi des courants continus. Le phénomène au premier abord peut paraître quelque peu singulier. Comment l'électricité, que l'on considère à juste titre comme un excitant puissant, puisqu'elle peut réveiller la sensibilité depuis longtemps éteinte, est-elle capable dans d'autres circonstances d'en atténuer l'excès?

Ces phénomènes pourtant peuvent recevoir une explicalion

— li' —

relativement satisfaisante. Si on lit avec soin les faits les pins récents publiés sur le traitement des névralgies et en particulier ceux qui appartiennent à la névralgie dentaire (Bouchod, Bulletin de thérapeutique, 1873 ; Althaus, Gazette des hôpitaux. 1871), on note dans tons les cas un manuel opératoire identique: l'application de l'anode (pôle positif) au niveau des points douloureux. Ceci rapproché des données que nous avons fournies sur les influences polaires, doit nous indiquer le sens suivant lequel La question peut être résolue. Rappelons-nous, et même sans recourir aux enseignements de la physiologie pure, la vieille expérience de Humboldt faisant au niveau des deux épaules une double plaie avec un vésicatoire. appliquant au niveau de chacune d'elles un des pôles de la pile, et constatant que la plaie en rapport avec le pôle positif pâlissait, se tarissait, etc., tandis que l'autre plaie (dans le territoire du pôle négatif) se recouvrait de bourgeons charnus exubérants, que l'exsudation plastique y devenait plus abondante et qu'il s'y développait une vascularisation active. N'y a-t-il pas dans cette expérience, si ingénieuse et si simple, une preuve suffisante qu'une constriction capillaire s'opère au niveau du pôle positif, et ce phénomène lui-même ne permet-il pas de comprendre l'atténuation de la douleur, puisque la physiologie expérimentale nous a appris que l'excitabilité des éléments anatomiques augmente avec la richesse de leur irrigation sanguine (Brown-Sequard, Gubler in Renaut. thèse de coucours, 1875, page 6S).

Nous ne pouvons pas entrer dans tous 1rs détails que comporterait une étude approfondie du traitement des névralgies par les courants continus, ni tracer le manuel opératoire auquel il convient de se conformer dans chacune d'elles. Nos notions sur les effets polaires nous indiquent la marche à suivre. Les effets calmants doivent être recherchés dans l'application de l'anode locodolenti; la place à faire occuper au cathode est alors presque indifférente. Le degré d'intensité du courant sera fixé parla tolérance du malade, mais il est bonde savoir que dans les névralgies des nerfs avoisinant la tête, on ne doit pas dépasser 10 éléments (Rudolph Lewandowski).

Nous ne pouvons parler des névralgies sans noter en passant que Uubener (Deutsches Arch. f. Klin. MecL, XII, 5>, Cordes (Dess Arch., VIII, 1), Fhuebueh (Deutsches Archiv., 1873) auraient guéri plusieurs cas d'angine de poitrine par le courant constant. Il existe dans la science un assez grand nombre de faits d'hémicrânies guéries aussi par les courants continus; nous citerons principalement ceux de Benedikt (Electrothérapie, 1868), ceux de Frommann (die Migraine Heilung durch Electricilaet pech, 1868), d'Eulcnburg et Gutman (die Pathologie des Sympathicus), enfin de Rosenlhal. de Bergeret de Holst qui a institué une méthode qui porte son nom. (Voir Pierson, Compendiufn der Electro-thérapie, p. 145. Leipzig, 1878.) II emploie une pile de douze à quinze éléments et place le pôle positif dans la région du sympathique, taudis que le pôle négatif est fixé dans la main. L'action utile des courants constants ne saurait nous surprendre, si nous admettons avec Du Bois-Reymond, Berger, Mollcndorf que l'hémicrânie est un trouble de l'innervation vaso-motrice.

Le docteur Huchard nous a obligeamment transmis la relation de deux faits qui lui sont personnels et où le traitement dans un cas surtout a été complètement couronné de succès.

« Une femme de trente-neuf ans était atteinte depuis dix ans d'accès demigraine très-violents, qui revenaient très-fréquemment, deux fois au moins par semaine. Elle me demandait en grâce de la débarrasser de ce mal, et après avoir épuisé tous les moyens, j'ai pensé à employer les courants continus ascendants sur le trajet de la colonne cervicale. La migraine était de la variété angio-paralytique admise par Mollcndorf, c'est-àdire qu'il y avait chez elle des signes de paralysie du grand sympathique, rougeur delà face, contraction de la pupille, etc.. par opposition à la migraine angio-fonique de Du Bois-Reymond, c'est-à-dire à la migraine par excitation du grand sympathique. Au bout de deux mois de traitement, cette femme, qui souffrait tellement qu'elle parlait de se donner la mort, fut absolument guérie, et depuis trois ans elle n'a éprouvé qu'à de Irès-rares intervalles quelques légères douleurs de tète qui ne méritent plus le nom de migraine. »

J'ai vu un autre cas de migraine avec éphidrose localisée à la moitié correspondante de la face (migraine angio-paralytique) et qui fut heureusement modifiée par les courants continus, mais qui ne fut pas complètement guérie.

Tantôt je place les pôles sur le front, mais en employant peu d'éléments (six à dix pour commencer), tantôt, et le plus souvent, j'électrise la région cilio-spinale de la moelle en employant un plus grand nombre d'éléments. » (Huchard.)

Ainsi donc il semble résulter de ces faits que le symptôme douleur, quelle qu'en soit la cause du reste, est généralement très-atténué par l'application de l'électricité galvanique et de l'anode en particulier.

A ce titre, les courants de pile ont véritablement leur place marquée dans la thérapeutique. C'est là pourtant une conclusion à laquelle nous ne nous sommes rendu que tardivement: considérant comme fort inutile de recommander un procédé coûteux et incommode, quand on a à sa disposition des moyens beaucoup plus simples, et peut-être plus sûrs d'atteindre le but. Mais l'intérêt des deux faits suivants nous a justement frappé

Le premier concerne un malade de M. Maurice Raynaud atteint de zona des plus douloureux. Le patient, en proie à des crises fort pénibles, avait eu recours à tous les moyens habituellement mis en usage en pareil cas.

Rien n'y avait fait, pas même les injections sous-cutanées de morphine à dose assez élevée : M. Raynaud eut l'idée de tenter la galvanisation appliquée loco dolent /. Le malade éprouva un véritable soulagement, qui se reproduisit, du reste, après chaque séance d'électrisation. (Communication orale.) Le second cas n'est pas moins convaincant: il appartient à M. Luys. Il s'agit d'une femme de la Salpèlrière, de trente à trente-cinq ans, syphilitique, qui, depuis plusieurs annéespresque, éprouvait des douleurs de la plus extrême violence, une hyperesthésie tellement prononcée que le poids du drap du 'il était insupportable. On épuisa à son endroit, cela s'entend, toutes les ressources de la thérapeutique, sans pouvoir produire aucune amélioration-. M. Luys pensa un jour

que la galvanisation peut-être pourrait modifier cet état.

La malade fut donc conduite, un matin, à l'infirmerie, soutenue par des porteurs et s'aidant de deux bâtons.

Elle fut soumise pendant vingt minutes à l'influence d'un courant de faible intensité (quatre élément s Trouvé) un pôle sur le front, l'autre au mollet ; l'amélioration immédiate fut telle que la malade put regagner son dortoir sans le secours de personne et sans s'appuyer sur un bâton (voir Comptes rendus delà Société de biologie ou Gazette médicale de Paris, rapport de Dumont-Pallier, 1877).

Nous avons eu l'occasion de voir cette malade et de lui faire raconter le récit de ce qu'elle appelait volontiers sa délivrance. Aussi, tout en faisant la part d'une exagération de langage bien excusable, chez une femme qui a éprouvé de cruelles souffrances, et chez laquelle, de plus, il était permis, à cause des antécédents, de supposer un léger fond d'hystérie, ou tout au moins de nervosisme,onn'cn reste pas moins persuadé que dans ce cas les courants galvaniques ont rendu un succès signalé.

Sans doute la guérison n'est pas complète, l'excitabilité réflexe est toujours notablement augmentée, mais il n'en estpas moins vrai que la malade a trouvé dans la galvanisation un soulagement que nulle autre médication n'avait pu lui procurer,

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