PARALYSIES
Le phénomène de la contraction musculaire, déterminé par l'application du courant galvanique, suffit amplement pour expliquer son emploi dans la cure des paralysies. Ce mode de traitement a été utilisé de longue date (1) en pareille circonstance, et les observations abondent où l'on peut nettement constater son efficacité. Mais le courant de pile a été appliqué indistinctement à la thérapeutique de toutes les paralysies, et il ne sera pas inutile de se demander ici si, parmi elles, il en est qui sont directement justiciables de ce procédé de traitement, s'il en est d'autres, au contraire, qui le contre-indiquent.
II y a différentes espèces de paralysies : il y a des paralysies centrales qui, autrement dit, relèvent d'une altération matérielle du centre cérébro-spinal ; il est des paralysies périphériques qui, en général, sont dues à l'intervention du froid, parfois cependant de la chaleur (un fait de Renedikt), d'une compression, d'un traumatisme, etc., etc., et qui sont caractérisées souvent par une dégénérescence des troncs nerveux moteurs ; d'autres fois, au contraire, elles peuvent n'être liées à aucune
(1) Paralysie faciale guérie par le courant voltaïque. — Halle, professeur à la Faculté de Paris, 1801. — Obs. du citoyen Toutiu.
modification de texture apparente : on les dit alors sine materia : telles sont les paralysies hystériques par exemple. On compte enfin des paralysies que l'on appelle dysçrasiques (paralysies diphthériques, paralysies consécutives aux maladies aiguës), en attendant qu'on soit mieux renseigné sur les altérations anatomiquesqui les accompagnent. Nous allons examiner le bénéfice qu'on peut retirer de l'application des courants continus dans chacune de ces trois catégories.
N°l. — Paralysies centrales. On a employé le courant de pile dans les paralysies récentes dues à une lésion cérébrale, bémorrhagie ou ramollissement : on l'a utilisé dans l'espoir de remplir un double but : 1° presque immédiatement après le début de la paralysie, dans l'intention de modifier la circulation cérébrale, et favoriser ainsi la résorption de l'épanchement sanguin (galvanisation du sympathique); i" un peu plus lard, dans celle de réveiller dans les muscles paralysés la contraetilité éteinte. Pour ce qui est de la résorption possible d'un épanchement par la galvanisation du sympathique, nous ne pouvons, malgré les assertionsde Remak, d'Onimus, de Legros et de quelques auteurs anglais, dont principalement Allliaus, admettre une action aussi bienfaisante. Les expériences physiologiques sur lesquelles nous avons tant insisté nous montrent toujours la pression s'élevant dans les vaisseaux sous l'influence de la galvanisation, du sympathique et ce fait suffit à lui seul pour nous mettre en garde contre ces prétendus succès. Non-seulement nous pensons que, dans l'espèce, le courant galvanique est inutile, bien plus nous sommes persuadé que son action est dangereuse ; les symptômes d'excitation cérébrale que nous trouvons notés dans un certain nombre de cas eontre-indiquent formellement cette méthode et nous conclurons avec Russell, Reynolds et M. Jaccoud qu'il faut attendre, avant de recourir la galvanisation dans les hémiplégies, que tout phénomène d'irritation ait complètement disparu. Alors seulement pourra-t-on tenter peut-être la galvanisation du sympathique et l'électrisation du cerveau par l'application des électrodes sur les apophyses mastoi'des.Ce procédé, qui consiste à attaquer la cause de la paralysie dans son siège même
(méthode de Benedikt), semble avoir donné entre les mains de son auteur et dans celles de Remak des résultats encour a géants. Benedikt rapporte môme plusieurs cas d'aphasie heureusement modifiés : nous ne possédons aucune observation personnelle évidente qui nous permette de juger la méthode. Dansson récent mémoire du Der Wiener Klinik, Lewanowski considère ces résultats comme très-problématiques. Quant à la galvanisation des muscles et des membres paralysés, il est certain que les faits sont assez nombreux où, sous l'influence de ce traitement, une amélioration notable a paru se produire ; mais il est loin d'être démontré qu'en pareille circonstance le profit obtenu ait été supérieur à celui qu'on eut retiré de l'emploi des courants induits. Il est même permis de supposer qu'il en eût été autrement dans l'espèce : car si l'on veut faire alors une galvanisation utile, il faut avoir soin d'interrompre souvent le courant (galvanisation labile), de façon à provoquer dans les muscles des contractions fréquentes qui entretiennent leur vitalité et préviennent les dangers de l'inaction. Or c'est précisément à cette sorte de gymnastique qu'est due l'utilité des courants interrompus.
Une question vivement discutée est celle de savoir si le traitement par les courants galvaniques est autorisé dans les cas de paralysies hémiplégiques avec contractures secondaires. Les uns (et Remak en particulier) ont préconisé la galvanisation des muscles antagonistes comme donnant de bons résultats, les autres (Onimus et Legros par exemple) rejettent l'intervention comme inutile en pareil cas. Nous inclinons vers cette dernière opinion, car il nous a été donn é d'observer plusieurs exemples où ce mode de traitement n'a nullement été favorable au malade.
Les paralysies centrales de cause spinale qui s'accompagnent le plus souvent d'atrophie prononcée et de dégénérescence musculaire seront étudiées au chapitre qui traite des troubles de la nutrition ; nous ne nous y arrêterons pas ici. Disons toutefois qu'il en est des altérations de la moelle comme de celles du cerveau, et qu'on ne devra avoir recours à l'emploi de l'électricité galvanique qu'après la disparition de toute
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espèce de phénomène inflammatoire. Seules, les myélites chroniques sont donc susceptibles d'être traitées par les courants de pile, et vraisemblablement il existe des faits où ce procédé thérapeutique n'a pas été employé sans avantages. Mon itère, le professeur Teissier, m'a communiqué un cas de myélite transverse qui semble favorable à cette manière de voir, et le professeur Le Fort nous citait dernièrement l'histoire d'un jeune homme d'une douzaine d'années, paraplégique depuis longtemps, par suite d'un mal vertébral de Pott, qui avait recouvré en partie les mouvements des membres inférieurs, grâce à l'application sur la colonne de courants continus, faibles et permanents.
N 2. — Paralysies périphériques. — Les traités d'éleetrothérapie sont remplis d'observations de paralysies périphériques guéries par les courants continus. Des monographies entières ont été écrites sur ce sujet, et la paralysie a frigore du nerf facial (paralysie de Bell) occupe le rang le plus important parmi les observations. Nous ne pouvons que signaler en passant les intéressantes recherches de Baerwinkel, Ziemssen, Erb (1), EulcnburgOnimussur ce sujet. Il est incontestable que les courants galvaniques rendent de signalés services dans cet ordre de phénomènes. Qu'on ait affaire à une paralysie faciale, à une paralysie du nerf radial a frigore ou d'origine saturnine, à une paralysie du cubital (Ziemssen, Neumann), ou enfin à une paralysie des péroniers, etc., l'emploi de l'électricité favorisera la resiilutio ad inlegrum.
Voici précisément trois exemples où la paralysie portant sur trois nerfs différents, facial, radial, sciatique poplité externe, a été très-heureusement modifiée par les courants galvaniques.
(1) Baerwinkel, Zur electrotherapeutischen Casuistik (Arch.der Heilk, 1868). — Erb, Zur Pathologie itnd pathol. Anatomie der periph. Paralysie (Deutches Archiv fur Min. Medicin., 1868), Eulenburg, zur Therapie der Rheumatismus facial Parahjsis (Deutsches Archiv furkl. Medicin, 1868). — Ziemssen, Compendium et traité de Electricitat. — Erb., (Collection de Velkmann), 1872, n° 46, Erb. — Onimus, France médicale, 1877.
1» Paralysie faciale a frigore. (Observation communiquée par mon père, le docteur Teissier.)
T T n de mes confrères et amis vint me voir au commencement d'avril 1878 et me consulta au sujet d'une déviation de la face dont il était affecté depuis peu de jours et qui l'inquiétait beaucoup. Je reconnus bien vite les signes d'une paralysie de Bell de nature rhumatismale et comme la maladie était tout à fait simple, je lui conseillai de recourir immédiatement à l'électricité. 11 lit venir de Paris un appareil à courants continus et en commença l'application. En moins d'une semaine, tous les mouvements volontaires se sont rétablis dans le côté paralysé. Le seul phénomène persistant est une légère inégalité dans la puissance de contraction des muscles des deux côtés de la face, mais tous les jours cette inégalité tend à disparaître.
2° Paralysie traumatique du nerf radial; traitement par les
courants continus, faibles et permanents. (L. Le Fort.)
Le nommé Bizet, âgé de trente-huit ans, comptable, est entré à l'hôpital Beaujon, le 18 mars 1878, salle Saint-Félix, lit n° 25, dans le service de M. le professeur Le Fort. Il est atteint d'une paralysie des muscles postérieurs de l'avant-bras droit, consécutive à un traumatisme.
Cet homme est tombé d'une voiture, le 28 février, et la chute s'est produite de telle façon que le poids du corps a porté sur la partie postérieure de l'avant-bras droit. Dans la nuit, le malade s'aperçut que la main était paralysée, qu'il lui était impossible de la redresser.
Du 28 février au 18 mars, Bizet ne se lit pas soigner, etpendantces dix-huit jours, il ne se produisit aucun changement dans l'état de sa main; entin il se décida à entrer à l'hôpital, où l'on put constater les lésions suivantes .
Les muscles de la partie postérieure de l'avant-bras sont paralysés, la main est fortement fléchie et le malade ne peut la redresser. Les muscles de la région externe sont intacts et la sensibilité est émoussée sur la face postérieure du pouce et de l'index.
Les lésions traumatiques sont peu appréciables ; il y a eu une légère tuméfaction pendant les deux ou trois premiers jours qui ont suivi l'accident, mais on n'a pas constaté l'existence de fracture, de lésions articulaires; jamais même il ne s'est formé d'ecchymose.
Le 22 mars, M. Le Fort ht appliquer sur le bras malade les courants continus. Le courant galvanique est fourni par trois petits éléments de Trouvé; il est descendant, c'est-à-dire que le pôle positif est fixé sur le bras, et le pôle négatif à la partie dorsale du poignet.
Les rhéophores sont formés par de larges plaques bien enveloppées de linge. Le malade garda son appareil pendant toute la nuit et une grande partie de la journée. Au bout de six jours, Bizet commença à ressentir une notable amélioration; il pouvait redresser un peu la main, il pouvait un peu mieux s'en servir. Le l" r avril, à l'action des courants continus, on ajoute celle de la l'aradisation. Dès la première séance, on reconnaît que les muscles, qui, du reste, ne sont pas atrophiés, sont parfaitement excitables à l'électricité : ils se contractent vite même sous l'influence d'un courant assez faible, et ramènent la main dans l'extension.
On continue ainsi chaque jour, en associant la faradisation aux courants continus. Une éruption acnéiforme se montre bientôt aux points d'application des pôles du courant, et chaque jour le malade a senti une amélioration croissante. Actuellement la main peut être facilement maintenue dans la direction horizontale et même la dépasser. un peu, tandis que quinze jours avant elle était presque complètement fléchie sur l'avant-bras, et faisait avec l'horizon un angle de 60 degrés environ.
Réflexions.
Cette observation constitue une preuve remarquable de l'influence exercée par les courants continus sur les paralysies musculaires. On peuty voir, en effet, que, tant que le malade est resté sans traitement, c'est-à-dire pendant dix-huit jours il n'y a eu aucune amélioration.
Pendant huit jours, au contraire, on applique les courants continus seuls, sans aucune autre médication adjuvante, et alors la force commence à revenir d'une façon appréciable dans les muscles paralysés ; enfin, dans les huit derniers jours, aux courants continus on ajoute les courants induits, et, le 8 avril, on peut constater que les muscles ont repris en partie leur vigueur, et que tout fait présager une guérison prochaine.
3° Paralysie périphérique complète des deux péroniers latéraux, suivie de guérison. Traitement par les courants continus. (Observation due à l'obligeance du docteur F. Muller, de Pratz, traduite par M. Louis Stahl.)
Paralysie périphérique complète des deux nerfs péroniers, suivie de guérison complète.
Stoklasser (Jean), âgé de vingt-deux ans, célibataire, ouvrierdans une fabrique de papier, toujours bien portant jusqu'à présent, sans antécédent de maladies psychiques ou nerveuses, fut reçu le 8 septembre, à la deuxième division médicale (service du docteur Platz).
Le malade déclara que depuis six semaines il ressentait une faiblesse particulière dans les deux pieds, faiblesse qui atteignait peu à peu un tel degré qu'il lui devint impossible de marcher; il ne pouvait plus soulever de terre la pointe des pieds ; il reste constamment attaché au sol avec la plante des pieds. Jamais il n'avait ressenti de crampes dans les muscles du mollet.
Tous les mouvements étaient possibles d'une façon normale dans l'articulation du genou et dans celle de la hanche.
Il accuse de cette paralysie l'état d'humidité constante dans lequel son occupation habituelle, dans le moulin à papier, le force d'avoir les pieds.
Etat présent :
Individu vigoureux et bien développé. Les organes de la poitrine et de l'abdomen sont sains.
Le pied droit pend sans force ; la flexion dorsale, de même que l'abduction dans l'articulation tibio-tarsienne, sont totalement perdues. A l'état passif, chacun de ces mouvements est possible comme normalement. Pas trace de contracture dans les muscles du mollet, La sensibilité est notablement diminuée dans toutes ses qualités sur les faces antérieure et externe de la jambe, de même que sur la face dorsale du pied. En même temps il existe une sensation particulière de fourmillement.
La rapidité de la perception n'a pas souffert.
Tous les réflexes, venant aussi bien de la peau que des muscles et des tendons, ont disparu dans les muscles qui sont animés par le nerf long péronier.
De même il ne se produit pas de mouvements concomitants.
La peau est froide comme dans la cyanose, sans présenter cependant de lésions trophiques essentielles.
Les muscles sont flasques et mous, et indiquent nettement une atrophie.
L'extrémité inférieure gauche présente absolument les mêmes altérations, seulement un peu moins marquées.
Exploration électrique.
Courant d'induction de Stœrer :
Avec les spirales complètement poussées les unes sur les autres (ainsi avec le courant le plus fort), les muscles restent inertes aussi bien après l'excitation directe qu'après l'excitation indirecte.
Le pinceau électrique provoque à peine un léger sentiment de douleur.
Courant constant :
L'excitabilité du nerf est tellement diminuée, que c'est seulement avec vingt-quatre éléments qu'on observe de légères contractions. L'excitation directe des muscles révéla une diminution considéra-
ble de leur excitabilité galvanique, ainsi qu'une altération qualitative de la loi des secousses.
Avec vingt-deux éléments :
Anode S Z Cathode S Z
Les contractions étaient lentes.
On ne put obtenir aucune contraction à l'ouverture du courant, quelle que fût sa force.
En résumé, la dépression se montra au plus haut degré.
Traitement :
Tous les jours, galvanisation des muscles. Application pendant cinq minutes.
Le cathode fut appliqué sur les muscles de la jambe; l'anode resta fixée sur la patella du même pied. En même temps, on établit dans lo conducteur métallique des alternatives voltaïques et des effets de fermeture cathodiques.
Au bout de quatre semaines, on employa davantage la faradisation, après que l'excitation par le courant galvanique fut devenue sensiblement plus forte, et qu'on put aussi amener de légères contractions avec la première.
L'on fit aussi bien des excitations musculaires, tant directes qu'indirectes.
Après six autres semaines, le patientput faire volontairement (à son gré) de légères flexions dorsales dans l'articulation tibio-tarsienne.
Les troubles de la sensibilité avaient presque totalement disparu.
Il est encore à remarquer que la mobilité spontanée parut avant la mobilité électrique.
Après un traitement électrique de trois mois et demi, il ne fut plus possible de constater la moindre trace d'altération. Le malade put monter n'importe quel escalier sans rester accroché avec la pointe du pied.
Le patient fut renvoyé guéri.
On ne saurait donc révoquer sérieusement en doute l'heureux effet des courants de pile appliqués au traitement des paralysies périphériques. Mais ici vient encore se poser cette question difficile à résoudre : Les courants de pile ont-ilsdans l'espèce une action plus favorable que les courants interrompus? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d'établir entre les faits des distinctions importantes, car on devra avoir recours à l'un ou l'autre procédé de traitement, suivant la façon dont les muscles paralysés répondront aux divers
Teissier. Courants continus. *
agents éleetriques . Il est un fait aujourd'hui presque généralement reconnu que, dans toutes les paralysies périphériques, les muselés ailéetés ne réagissent pas de la même manière, suivant qu'on les explore avec les courants induits ou avec les courants constants; et l'on peut dire d'une façon générale que la conlractilité sous l'influence des courants galvaniques augmente en raison directe de la diminution de la conlractilité sous l'influence des courants d'induction. Si cette dernière persiste, au contraire, la contractilité galvanique diminue. On a fait jouer en Allemagne un grand rôle à ces différentes distinctions. Erb, Eulenburg, Baerwinkel, Hitzig ont particulièrement signalé leur importance; ils ont décoré cette réaction (diminution de la contractilité faradique et augmentation de la contractilité galvanique) du nom de réaction dégénérative{i), voulant indiquer par cette dénomination même l'existence d'altérations analomiques, et de la dégénérescence des muscles. — M. A. Joffroy est arrivé à des conclusions analogues (cours de l'École pratique, 1877). — Suivant ces différents auteurs, celte notion commande le choix des divers procédés d'électrisation. Quand la contractilité faradique, en effet, est conservée, c'est que les conditions qui ont déterminé la paralysie n'ont pas été suffisantes pour produire dans le tronc nerveux des altérations bien profondes et susceptibles d'entraîner une dégénérai ion secondaire. La structure du muscle n'est pas changée et il suffit de provoquer de temps à autre dans la fibre musculaire des contractions qui ne la laissent pas tout à fait inactive et lui permettent ainsi d'attendre que le courant nerveux puisse se propager librement. Dans ce cas, les courants d'induction remplissent eel oliiee. L'effet cherché ne peut être obtenu que par des interruptions fréquenles. Mais que. au contraire, le tronc nerveux ait élé sérieusement intéressé, comme cela peut se voir en cas de déchirure ou de compression intense, dans le cas par exemple de paralysie faciale consécutive à une fracture du rocher, ou qu'enfin le nerf ail été altéré dans sa structure comme on l'a noté dans
(1) Voir aussi, Charcot, Mal du syst. ncn\, 2 e édit. , p. 45 et suiv.
— Si —
iin certain nombre de paralysies saturnines; sous l'influence des dégénérations secondaires qui se produisent en pareille occurrence, la libre musculaire souffrira dans sa nutrition, il y aura atrophie ou imminence d'atrophie, et c'est à remédier aux dangers de cette complication que s'adressera le traitement galvanique.
Voilà ce que dit la théorie; bien que dans certain nombre de faits, l'observation clinique semble lui apporter son contrôle, il en est d'autres qui paraissent un peu en désaccord avec cette façon relativement simple d'envisager l'ensemble des faits.
Les deux observations suivantes que M. le professeur Vulpiau a eu l'extrême obligeance de nous communiquer mettent suffisamment en lumière cette contradiction entre les données fournies par la théorie et les résultats cliniques.
Ces observations ont un véritable intérêt et renferment d'utiles enseignements. Dans ces cas, en effet, où il s'agit de paralysie des extenseurs d'origine saturnine portant sur les deux bras avec une intensité à peu près égale, on a institué, de façon à établir le contrôle, d'un côté, le traitement par la faradisation, de l'autre, le traitement par les courants galvaniques. Or les résultats obtenus ont été, à peu de chose près, identiques des deux côtés.
l re OBS. — Maximilien L... quarante ans, peintre en bâtiments. — Paralysie saturine des avant-bras. — Hôpital de ta Charité, salle Saint-Jean de-Dieu. — Service du professeur Vulpian.)
Mère morte d'apoplexie. Père, peintre, paralysé par le plomb.
Atrophie d'une jambe. — Hémiplégie gauche. Faiblesse des deux jambes. La paralysie est venue d'une façon progressive sans attaques.
Pas de rhumatisme. — Pas de maladie jusqu'à trente ans.
Quoique peintre, depuis onze ou douze ans, il n'a pas eu d'accidents plombiques avant treate ans; depuis lors, il compte une vingtaine de coliques très-fortes, et sa paralysie des deux bras qui a débuté il y a trois ans et demi environ.
Ce furent d'abord des fourmillements et des douleurs occupant tout le département compris au-dessous de la moitié inférieure de l'humérus; après quoi les poignets tombèrent, et la force fut nota-
blement diminuée; néanmoins il a toujours continué son travail. Cette paralysie n'a jamais été plus forte ni plus faible qu'aujourd'hui, si ce n'est quand il avait des coliques.
Etat actuel. — État général bon, cependant le malade annonce par la teinte blafarde de sa peau, l'intoxication saturnine ; liséré bien marqué.
Rien aux autres portions de la muqueuse buccale.
Avant-bras diminués de volume, ce qui tient surtout à ce que la face dorsale est aplatie.
Conservation du long supinatcur, appréciable surtout si on fait résister le malade à l'extension.
Impossibilité pour le malade de relever la main, son bras étant horizontal dans la pronation.
Le petit doigt et l'index sont paralysés au même degré que les autres doigts.
Tumeur dorsale du poignet assez accusée (bilatérale).
La main droite amène au dynamomètre 38 en pronation,' 25 en supination.
La main gauche amène : 38 en pronation, 34 en supination.
Sensibilité fortement diminuée, émoussée au bras. C'est à peine si le contact est perçu à l'avant-bras, du côté de la flexion. Anesthésie plus marquée à la face dorsale du bras qu'on peut piquer et pincer, en ne donnant que la sensation du contact simple -, il en est de même pour la main.
Electrisation :
Courants interrompt':;. — Les courants les plus forts ne donnent aucune contraction dans les muscles extenseurs de la main, et la faradisation à la face dorsale de l'avant bras provoque des mouvements de flexion, peut-être cependant, quelques mouvements d'extension à droite se passant dans les muscles, mais ne faisant pas bouger la main.
Sensibilité électrique très-diminuée. C'est à peine si les plus forts courants propagés par le pinceau sont perçus sur la main ; la sensibilité est moins diminuée aux avant-bras et presque intacte aux bras.
Courants constants. — Quarante éléments ne produisent aucun effet sur la motilité des extenseurs de la main, mais ils provoquent une douleur extrême : déjà vingt suffisent à produire une sensation de piqûre.
Urines assez fortement albumineuses, pâles, louches, abondantes.
Rien aux poumons, rien au cœur.
8 décembre. — Traitement.
Faradisalion au bras (fauche, courants constants au bras droit. — En appliquant ces courants avec vingt éléments d'une boite nou-
vellement chargée pendant quatre ou cinq minutes, on a obtenu des eschares superficielles très-légères, mais très-manifestes, et à côté, d'autres points modifiés à un degré moindre ressemblent à de l'urticaire (ampoule avec un sommet ombiliqué). Quelque temps après cette sorte d'éruption disparaît, moins les eschares qui sont bordées d'un liséré blanchâtre et entourées d'un zona rougeâtre.
10 décembre. — Les eschares subissent leur travail de modification, et leur contour un travail d'inflammation lente; néanmoins on continue le traitement électrique.
15 décembre. — Le bras qui a subi les eschares est œdématié; on cesse la galvanisation dans ce membre. La sensibilité est un peu revenue.
17 décembre. — Cataplasmes sur le bras droit qui est très-douloureux.
20 décembre. — Pansement au cérat.
4 janvier. — On recommence l'électrisation.
15 janvier. — Le malade relève la main jusqu'à l'horizontalité.
19 janvier. — Depuis le commencement du traitement, on applique sur le bras droit le courant continu. La pile nouvellement rechargée étant très-forte, le malade ne peut appliquer pendant une heure et demie ou deux heures que deux éléments, un nombre plus grand lui donne des eschares.
Depuis le début du traitement, il s'est formé sur r avant-bras une série d'esehares arrondies, qui ont laissé après elles des ulcérations superficielles, mais atoniques et très-lentes à se cicatriser. En quelques points il y a des élevures pustuleuses ou vésico-pustuleuses qui rappellent un peu une éruption de zona.
Sur le bras gauche, on applique le courant faradique. Les deux mains reprennent peu à peu leurs mouvements d'élévation, la droite cependant semble plus forte au malade que la gauche. L'index droit se relève mieux que les autres doigts de cette main.
Force au dynamomètre :
Main droite : en pronation, 13; en supination, 15 ;
Main gauche : en pronation, 15 ; en supination, 16.
22 janvier. — Il reste toujours dans l'urine une notable proportion d'albumine, pas de bruit de galop, pas d'œdômc, la vue est un peu brouillée.
Le 22 février. — Le malade sort de l'hôpital considérablement amélioré; les poignets se relèvent incomplètement, il est vrai, mai beaucoup plus qu'au début. Ils s'élèvent à peu près de 30 IJ au-dessus de l'horizontale aussi bien d'un côté que de l'autre.
2° Obs. — Théodore /., vingt-sept ans, serrurier. — Paralysie complète des txtenses des deux avant-bras. — Entré le 28 novembre 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, n" 11. (Service du prof 'esseur Vvlpian.)
Pas d'antécédents scrofuleux, rhumatismaux, syphilitiques ou héréditaires.
Point de maladies pendant l'enfance. Vers l'âge de dix-neuf à vingtun ans, deux blennorrhagies, toutes deux accompagnées d'orchites monotesticulaires.
Vers décembre 1876, il a ressenti sa première colique, après avoir travaillé avec des peintres. Il a été traité chez lui par des purgatifs répétés; deux mois plus tard, une deuxième attaque se faisait sentir, moins forte cependant que la première. Puis de nouvelles attaques se succédaient à intervalles réguliers de deux mois en deux mois. Le dernier médecin qui l'a traité lui avait prescrit tous les quatre ou cinq jours, une cuillerée à bouche de magnésie calcinée, et de l'eau de Vichy à tous ses repas.
Depuis un mois, ses mains ne peuvent plus serrer fortement les objets. Il ne peut faire usage de ses doigts pour quoi que ce soit. Il va alors à la consultation de M. le docteur Hardy, où on lui prescrit des bains sulfureux et de l'électricité. Voyant que sa maladie ne tendait pas à s'amender, il se décide à entrer à l'hôpital.
État actuel. — Visage pâle, teinte subictérique, liséré noirâtre. Dents pour la plupart déchaussées ; ni insomnies, ni inappétence . Selles régulières jusqu'à son entrée à l'hôpital, puis constipation opiniâtre. Jamais de céphalalgie, de vertiges, ni de troubles de la vue. Les mains déviées en dehors forment un angle obtus avec le bras; abandonnées à elles-mêmes, les avant-bras étant en pronation, elles sont pendantes et inertes ; le malade ne peut les porter ni à droite ni à gauche. Paralysie complète des extenseurs des doigts. Fléchisseurs intacts. Pas d'anesthésie cutanée. En certains points, sensibilité exagérée.
Électricité . — En faisant agir les courants interrompus, on remarque :
1° Qu'avec le minimum d'excitation, le deltoïde se contracte; le même courant ne produit rien sur les extenseurs des avant-bras- Intégrité farado-musculaire du long supinateur ;
2° Avec un courant plus fort, appliqué sur la région des extenseurs, on n'obtient pas la contraction de ces muscles à gauche , mais bien celle des fléchisseurs ;
3' Le bras gauche est plus atrophié que le droit. Il mesure 22 centimètres de circonférence dans le point où il a le volume le plus considérable ; le bras droit en mesure 23 ;
4° Lî bras droit conserve une certaine excitabilité par l'action des courants sur les muscles. Les courants continus provoquent quel-
ques contractions dans les muscles extenseurs des avant-bras, contractions faibles d'ailleurs, et qui ne se produisent qu'après un certain temps.
Les courants interrompus ne produisent pas de douleurs musculaires.
Poumons, rien.
Cœur, rien.
Urines normales.
Traitement. — Dès l'entrée du malade, on institue ainsi le traitement :
Courants interrompus (séance de S à 10 minutes l au niveau des extenseurs de la main gauche, et courants continus au niveau des muscles de l'avant-bras du côté droit (machine de Chardin) (séance de 10 à 15 minutes).
Au bout de sept ou huit jours, on modifie le traitement, au moins pour les extenseurs de l'avant-bras droit, en appliquant des courants continus pendant plusieurs heures. Au début , on a employé un courant trop fort qui a déterminé des eschares dans les points d'application des plaques. Plus tard, on n'emploie que quatre couples.
4 décembre. — On commence à observer la tumeur dorsale du métacarpe aux deux mains.
6 décembre. — La contractilité par les courants faradiques est tou jours abolie, dans les extenseurs seulement. La sensibilité musculaire électrique dans la région dorsale de l'avant-bras a augmenté depuis quelques jours. Par les courants continus on obtient îles contracr tions très-nettes clans les extenseurs de V avant-bras droit, qui ne répondent pas aux courants interrompus.
1" janvier. — La contractilité des extenseurs par les courants tara diques commence à reparaître, mais faiblement. Les cuurants continus donnent toujours des contractions très-nettes.
Circonférence de l'acant-bras droit ( mesurée à 15 centimètres audessus de l'apophyse styloïde du cubitus , l'avant-bras étant dans l'extension), 21 centimètres.
Circonférence de l'avant-bras gauche (mesurée au môme point), 21 centimètres.
L'atrophie musculaire a donc encore augmenté, malgré la persévérance du traitement.
15 janvier. — Main droite au dynamomètre. ... 16. — gauche — .... 18.
Les extenseurs commencent à relever légèrement les mains sous l'intluence de la volonté.
Le même effet se produit avec l'électricité galvanique pour la main droite, mais assez faiblement. Quant à la main gauche; traitée tou-
jours par les courants interrompus , non-seulement elle ne se relève pas sous l'influence de la faradisation; mais c'est à peine si l'on observe quelques légères contractions dans les extenseurs.
10 février. — Le même traitement (courants interrompus pour l'avant-bras gauche, continus pour l'avant-bras droit) est toujours continué, et la contractilité est à peu près dans l'état indiqué plus haut. Néanmoins, les poignets se relèvent assez bien, surtout le droit, sous l'influence de la volonté.
A titre d'essai, les extenseurs du côté gauche, qui ordinairement donnent à peine quelques faibles contractions avec les courants interrompus , sont électrisés aujourd'hui avec les courants continus. Les contractions sont beaucoup plus marquées avec cette forme d'électricité.
21 février. — C'est à peu près dans cet état que le malade quitte l'hôpital. Il viendra se faire électriser tous les matins. Il amène au dynamomètre :
Main droite 23; main gauche 20.
L'état s'est certainement un peu amélioré.
Quoi qu'il en soit, si l'on voulait adopter une formule générale, nous croyons qu'il est bon de s'en tenir aux règles posées par les électro-thérapeutes allemands et qu'accepte lui-même Russell Reynolds, quand il écrit dans ses leçons: « Dans le cas de paralysies périphériques, l'agent électrique que l'on doit adopter dans le traitement est celui qui détermine dans les muscles paralysés les réactions les plus nettes. » Quant au manuel opératoire à suivre, nous ne'saurions entrer dans de longs développements à son sujet: nous nous bornerons à indiquer qu'il est utile de chercher à réveiller l'excitabilité nerveuse dans les points où elle est le plus accessible, c'est-à-dire au niveau des points d'émergence des nerfs (Ziemsscn a tracé avec le soin le plus minutieux la table de ces différents points que l'on désigne souvent, du reste, sous le nom de points moteurs de Ziemssen). Si nous nous fondons sur les données physiologiques que nous avons exposées, il sera plus avantageux d'avoir recours pour cela à l'excitation par le pôle positif à laquelle les nerfs moteurs répondent le plus activement (voir Chauveau, Excitations unipolaires,]). 30), Si l'atrophie s'accentue, il sera bon de prolonger les séances, et comme dans ce dernier cas, ce sont surtout les fonctions nutritives qu'on
cherche à stimuler, on emploiera les courants faibles et permanents qui sont facilement tolérés.
Paralysie hystérique. Les courants continus ont été plusieurs fois employés avec succès (Onimus, Th. Lebreton) dans le cours de cet ordre de paralysies ; mais les résultats obtenus varient un peu suivant le siège de la maladie. Benedikf insiste sur la ténacité des paraplégies de cette nature. Pour arriver à bonne fin, il faut employer des courants d'une énorme intensité, si intenses même que pour être supportés, la chlorofornrisation a été plusieurs fois nécessaire et encore a-l-on dû poursuivre pendant de longs mois le traitement. Il est même permis de se demander si, dans ces conditions, la guérison peut rigoureusement être imputée à L'électricité ; la mobilité des manifestations hystériques est trop connue pour ne pas faire pensera la possibilité d'une simple coïncidence. Il n'en est pas de même des paralysies du larynx (aphonie nerveuse), qui peut être très-rapidement guérie par les courants galvaniques. M. Poyet rapporte dans sa thèse (1877; plusieurs observations de ce genre. Les courants galvaniques ne paraissent pas avoir cependant une supériorité marquée sur les courants induits, tels que les employaient Morell-Mackenzie et Duchenne.
N° 3. Paralysies diphthériques. — Lesparalysies diphthériques traitées par les courants constants sont rares, — on en a cependant relevé quelques exemples, — mais ce qu'il y a de plus intéressant dans ces faits, ce n'est pas tant l'amélioration obtenue que la constatation de la loi de dégénération que nous avons mentionnée plus haut (Ziemssen, Brùclmer). C'est là un argument de plus en faveur de la généralisation de la formule (I).
(1) Ceci s'applique exactement aux paralysies des muscles du globe de l'œil, et ces cas eux-mêmes ne f-out pas les moins propres à faire reconnaître l'utilité du galyanisme. — Nous avons sous les yeux dans ce moment plus do vingt observations de paralysie portai) l. sur les différents muscles de l'œil et appartenant a Giraud-Teulon, Erb, Driver, Benedikt, etc., où les résultats de l'application galvanique sont des plus évidents.
M. Galezowski cependant, recommande exclusivement en pareil cas les courants d'induction.
Le retour de la eontractilité sous l'influence des courants galvaniques ne s'observe pas seulement dans le domaine de la fibre striée. Elle s'observe encore dans le système des fibres tissus, et cet avantage peut en thérapeutique trouver de nombreuses applications, une des plus importantes sans doute est le traitement de paralysies vésicales, qui compte de nombreux succès. On se rappelle, d'autre pari, que Leroy d'Etiolles purgeait ses malades en leur plaçant le pôle d'une pile sur la nuque, l'autre au niveau du rectum. Cette mise en jeu, de la eontractilité sous l'influence du courant de pile pourrait même s'observer dans là profondeur des organes parenchymateux. Lé professeur Teissier a rélevé deux cas d'hypertrophie de la rate notablement améliorés par le passage du courant galvanique (deux observations inédites).