‹ De La Vallière à MontespanChapitre 17 sur 60 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Je me réjouis aAecvous desavantages que Sa Majesté vous l'ait.

[Louvois à M. de Montespan 14 octobre 1667.)

M. de Montespan n'est peut-être pas un personnage dans l'histoire; il en est un à coup sûr dans l'histoire de sa femme. Personnage énigmaliquc, dirait-on volontiers, si le mot n'était ambitieux : singulier dans tous les cas, et dont il n'est pas indifférent d'élucider les traits à qui souhaite apprécier exactement l'étrange combinaison en vertu de laquelle, mademoiselle de La Vallière pendant plusieurs années abrita de sa présence

PREMIÈRE ATTITUDE DE If. DE KONTESPAX. 223

les amours du roi H de la rivale qui l'avail supplantée.

Aux yeux de ses contemporains eux-mêmes, un certain mystère L'enveloppa. De son vivant, il tu l comme mort. Défense lui donnée a la Cour de prononcer son nom. Jl est à peine mentionné dans 1rs lettres qui tirent de son lils un <lii<- et pair cl »Mi furent pompeusement décrits les hauts faits de ses ancêtres. Lui-même n'a mis aucune complaisance à dissiper les voiles qui obscurcissent sa physionomie. Il n'aimait point à écrire, préférant traiter de \ ive voix ou par l'intermédiaire d'un gentilhomme de confiance les affaires -i délicates où il se trouva mêlé.

Les jugements que portèrenl sur lui ses contemporains furent partagés. Si pour la Princesse Palatine il n'était pas quelque chose de bon et si madame de Caylus le traite de « malhonnête homme» et de c< l'on ». d'autres se sont montrés plus indulgents. Mari, il bénéficia des rancunes furieuses que souleva sa femme, la maîtresse du roi. Les historiens moderne- uni volontiers pris parti pour lui. <>n le qualifie homme « d'espril et de courage». <>n nous le représente comme

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une sorte d'Alcesle, incapable de transiger avec l'honneur, de sacrifier aux préjugés de la Cour, un modèle de l'honnête homme, drapé dans sa douleur et dans sa dignité. Quelques pièces d'archives, retrouvées, il y a longtemps et indéfiniment reproduites ont paru confirmer cette opinion.

Jamais il ne fut plus exact de dire que vérité incomplète est erreur. Qu'il nous soit permis d'en appeler du jugement de nos prédécesseurs au lecteur mieux informé. Plus d'un fait nouveau justifie cette revision. Peut-être y aurait-il témérité à promettre de dissiper toute indécision au sujet de notre héros. Nous nous tromperions fort si le simple exposé des événements qui le concernent ne donnait pas à sa physionomie un aspect beaucoup plus voisin de la réalité. Que s'il y perd en grandeur morale et en vertu d'édification, au moins y gagne-t-il en pittoresque. Ce fut un mari d'une espèce rare que ce gentilhomme fantasque et incommode, mi-irrité, mi-goguenard, toujours gascon, capable des lubies les plus inattendues et, par un louable caprice de la justice immanente des choses, Sganarelle si particulier, qu'il fut le plus fâcheux Irouble-fète aux plaisirs du

mi et de sa femme, et aux yeux de tous faillit Les mettre en plus déplaisante posture que luimême.

M. de Montespan ne passa point à Paris l'hiver de 1G66 à 1667. Il se préparait à partir au mois de novembre 1666; au mois de mars il étail encore absent. Nous sommes avertis de son retour linéiques semaines plus tard par les documents de beaucoup les plus nombreux de ceux qui se rapportent à sa personne: à savoir par ses négociations avec ses créanciers. A cette date du •) mai, «M. et madame de Montespan, demeurant rue de Taranne, paroisse Saint-Sulpice, reconnaissent devoir à Jean Le Flament, bourgeois de Paris, cinq mille trois cents livres pour prêt d'argent à eux fait » pour payer leur loyer et entretenir leur ménage. M. de Montespan jugea donc bon de s'absenter au moment où commençait à se dessiner l'intrigue du roi et de madame • le Montespan et il la laissa paisiblement se nouer

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en son absence. Or il en était averti à coup sur. Nous avons vu que le duc d'Enghien la signalait à la reine de Pologne dès le 1er novembre 1666, par conséquent avant le départ de M. de Montespan. Put-il ignorer que sa femme était de toutes les fêtes, et que beaucoup se donnaient pour elle? Put-il ne rien savoir de ce qui soulevait tant de jalousies et faisait l'objet de tous les commérages, et dans ce cas est-il admissible qu'une dénonciation sournoise ne fût pas venue lui ouvrir les veux ? Au moins faut-il bien reproduire deux témoignages récusés, on ne sait pourquoi, par des historiens de valeur. Ils sont d'accord pour affirmer que M. de Montespan avait été prévenu et par sa femme elle-même ; Saint-Simon est revenu à deux reprises sur ce point dans ses Mémoires; madame de Caylus parle comme lui. La chute de madame de Montespan, dit Saint- Simon, fut « la faute de son mari plus que la sienne. Elle l'avertit du soupçon de l'amour du roi pour elle, elle ne lui laissa pas ignorer qu'elle n'en pouvait plus douter, elle l'assura qu'une fête que le roi donnait était pour elle; elle le pressa, elle le conjura avec la plus forte insis-

tance de l'emmener dans ses terres de Guyenne el de l'y laisser jusqu'à ce que le roi l'eût oubliée et se fût engagé ailleurs. Rien n'y put déterminer Montespan, qui ne l'ut pas longtemps sans s'en repentir ».

Et voici tout au long l'opinion de madame de (\;\\ lus :

« Je sais peu le détail de ce qui se passa au sujel de M. de Montespan; tout ce que j'en puis dire, c'est qu'on le regardait comme un malhonnête homme et un fou. Il n'avait tenu qu'à lui «l'emmener sa femme, et le roi, quelque amoureux qu'il fût, aurait été incapable dans les commencements d'employer son autorité contre celle d'un mari; mais M. de Montespan, bien loin d'user de la sienne, ne songea d'abord qu'à profiter de l'occasion pour son intérêt et sa fortune, et ce qu'il fit ensuite ne fut que par dépit de ce qu'on ne lui accordait pas ce qu'il voulait. Le roi se piqua à son tour et même empêcha madame de Montespan d'être exposée ;'i ses caprices, la fit surintendante de la maison de la reine, laissant faire en province à ce misérable Gascon toutes ses extravagances. »

Dans quelle mesure la conduite de M. de Montespan juslifie-t-elle ces jugements? c'est ce que va nous permettre d'apprécier le récit de ses exploits, tel qu'il ressort d'une foule de documents inédits.

Et tout d'abord, une fois de retour à la Cour et témoin de tout ce -qui s'y passait, M. de Montespan ne manifesta nul' désir d'emmener sa femme; bien plus, à ce moment décisif, tandis que la Cour et l'armée partaient pour la Flandre en grande pompe, il acceptait de s'en aller à l'autre bout de la France, clans le Roussillon ; qu'eût-il pu faire de plus s'il eût .souhaité laisser le champ libre . à l'intrigue qui effectivement acheva alors de se nouer et dont madame de Montespan elle-même l'avait averti ?

A ce moment le duc de Noailles commandait en Roussillon. La guerre qui s'y faisait n'avait rien de glorieux : c'étaient, entre les petites garnisons françaises et espagnoles, de menues«escar-

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mouches. Le pays, réuni depuis peu à la France, lui était, en mande partie, hostile; sous le nom de mitpielets et d'angelels, des partisans rebelles le parcouraient.

Dès le premier jour, ton le chose fut facilitée à M. de Montespan. Jusque-là, à ce qu'il semble, il s'était contenté de servir comme volontaire. En cette circonstance, il leva une compagnie de chevau-légers. M. Macqueron, intendant du Roussillon,la passa en revue et, le 28 août, s'empressa de rendre compte à Louvois des dispositions de son capitaine :

o Nous avons vu en passant, écrit-il, la compagnie de M. de Montespan, laquelle est composée de quatre-vingt-quatre maîtres bien montés, outre son équipage qui est fort leste et dans lequel il y a plus de trente chevaux ou mulets. Il dit qu"él.inl fils de famille il ne peut faire beaucoup d'avance pour l'entretien de cette troupe. Je crois (|u*il y aurait de la justice à lui envoyer au plus toi quelque somme d'argent* à bon compte de la subsistance de sa compagnie. »

.M. Macqueron n'eut pas à réitérer sa requête. I > 1 1 premier coup il trouva en Louvois, à l'égard

du jeune capitaine, une bienveillance assez inaccoutumée et dont il allait donner le témoignage le plus significatif en se faisant lui-même le correspondant presque familier de M. de Montespan. Pour que le jeune ministre se départît de l'allure hautaine et quelque peu cassante que , sous le couvert du roi, il s'exerçait à prendre avec les plus grands personnages, il fallait des raisons bien particulières. C'étaient en grande partie des raisons de ce genre qui avaient amené, les années précédentes, son intimité avec le marquis de La Yallière. Une pareille attitude, et aussi subite, avait donc lieu de surprendre un simple capitaine d'une compagnie de chevau-légers comme Montespan. Cependant, si les lettres de celui-ci ne nous ont pas été conservées, on voit, par les réponses qui lui sont faites, que non seulement il répondit aux avances du ministre, mais qu'il n'hésita pas à aller au-devant, vantant ses mérites, réclamant un traitement de faveur, qui ne lui est pas marchandé. Compliments réitérés, brillantes promesses d'avenir lui sont prodigués, à une seule condition à peine déguisée : qu'il ne quitte pas le service du roi et reste où il est.

A la date <lu 1 i octobre, le ministre écrivait à .M. de Montespan :

« Monsieur,

>■> J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27e du mois passé et quoique j'eusse déjà assuré le roi que votre compagnie (lait une des plus belles qui aient été levées, je n'ai pas laissé de lui rendre compte de ce que vous me mandez. Nonobstant la résolution que Sa Majesté a prise de faire régler le traitement des compagnies de cavalerie au nombre de soixante maîtres au plus, elle m'a toutefois commandé de vous faire savoir qu'elle veut bien entretenir la vôtre sur le pied des cavaliers effectifs dont elle est composée, en considération de la dépense que vous avez faite pour la mettre sur pied; c'est ce que ji' lais présentement savoir de la part de Sa Majesté a M. Macqueron, afin qu'il s'y conforme, et a M. Ii' dm' de Noailles : que Sa Majesté désire; qu'il mette votre compagnie dans un quartier du I !i m— il Ion où elle puisse subsister et où il y ait li' plu- souvent des occasions de rendre vos services au roi, afin que, par ce moyen, vous puissiez

mériter un régiment dans la première occasion qui s'en présentera. Cependant je vous dirai que le roi a incorporé votre compagnie dans celui du Commissaire général de la cavalerie légère, qui s'en va présentement hiverner proche du Roussillon et je me réjouis avec vous des avantages que Sa Majesté vous fait, vous assurant que je prendrai toujours beaucoup de part en ceux qui vous arriveront et que je suis véritablement, etc.1 »

Effectivement, le même jour, les lettres annoncées étaient expédiées au duc de Xoailles et à l'intendant Macqueron :

Au duc de Noailles :

« Monsieur,

» La disposition dans laquelle se trouve M. le marquis de Montespan de servir le plus utilement qu'il lui sera possible pendant l'hiver et le bon état où est sa compagnie ont donné lieu au commandement que j'ai reçu de vous faire savoir que

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