‹ De La Vallière à MontespanChapitre 16 sur 60 · Archives <!<• la Guerre, vol. 807, fol · texte numérisé non relu

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faire sa cour aux belles. Et, sans doute, elles eurent leur large part des cent cinquante mille livres qu'il vendit sa compagnie à M. de Mérinville. Une fois de plus, la faveur royale répara les brèches de sa fortune. Au début de l'année suivante, il était promu mestre de camp du régiment de Dauphin-Cavalerie, créé pour lui. En cette qualité, il joua son petit rôle dans la campagne de 1668 où la moitié de ses hommes furent remontés de frais, peut-être bien encore aux dépens du roi.

Mais voici maintenant que d'année en année, presque de mois en mois, la faveur de Louise déclinait. Voici que s'était ouverte l'ère douloureuse où, de toutes ses fiertés, presque de toutes ses pudeurs de femme, elle pavait la rançon de son bonheur passé; où, par la volonté de son ancien amant devenu le plus tyrannique des despotes, elle ne demeurait à la Cour que pour couvrir par sa présence la passion du roi et de sa rivale. Dans cette situation délicate, il ne fallait pas qu"un brouillon de frère risquât par quelque algarade de troubler le bizarre arrangement qui devait fermer la bouche à M. de Montespan et masquer suffisamment aux yeux du monde le

harem du Roi-Soleil. Ou résolut de l'éloigner. Il fut invité à se dépouiller de son régiment, naturellement moyennant ûnance, au profit de M. de Saint-Gelais. Louvois lui-même s'entremit pour l'indemniser. Le maréchal d'Humières était disposé à se défaire moyennant compensation du gouvernement du Bourbonnais. Le ministre obtint l'agrément du roi, donna au maréchal les assurances nécessaires de paiement et obtint pour son aimable correspondant, qui la pava trois cent soixante mille livres, une charge, honorable sans doute, mais qui décidément l'éloignait de cette Cour autour de laquelle il ne pouvait se tenir de revenir papillonner. Voici le décret qui le nomma gouverneur du Bourbonnais :

« Louis, par la grâce de Dieu... Notre très cher el bien-aimé cousin le sieur maréchal d'Humières, qui était pourvu de la chargede gouverneur et notre lieutenanl général en notre pays de Bourbonnais, s'en étanl démis en faveur de notre cher H bienaimé Jean-François de La Baulme Le Blanc, chevalier, marquis <le La Vallière, nous avons eu d'autant plus agréable ladite démission que nous De pouvons faire un meilleur choix que «le >a

personne pour remplir ladite charge, tant pour avoir les qualités requises et nécessaires pour la dignement exercer que pour la confiance que nous prenons en sa fidélité et en son affection à notre service, outre que nous sommes bien aise d'avoir cette occasion pour reconnaître ceux qu'il nous a rendus dans nos armées, étant capitaine-lieutenant de la compagnie de notre fils le Dauphin, et, en diverses autres rencontres, il a donné des preuves de son courage et de sa vigilance au fait de la guerre, ce qui nous fait espérer que nous aurons toute satisfaction de sa conduite... »

Les appointements étaient « de six mille livres ordinaires par chacun an», chiffre assez modeste eu égard à l'appétit de M. de La Vallière et au prix de sa charge; mais il allait à vingt-trois mille par an si l'on y ajoute les indemnités que touchait notre marquis comme gouverneur de la ville de Moulins et pour l'entretien de ses gardes.

De sa carrière de frère de favorite, un tel emploi était pour M. de La Vallière une retraite plus qu'honorable. Ayant donc réalisé le prix de sa charge et reçu, sans doute pour subvenir à ses frais d'installation, « la confiscation de Claude

Ni vert condamné à mort pour homicide par lui commis», il parti! pour sou gouvernement. Mais le miracle de son ail de courtisan fut do n'y point demeurer confine. Si la faveur de sa sœur l'ut L'occasion de la sienne, il nous faut reconnaître à son honneur qu'il apporta à soutenir celle-ci quelque chose de plus que l'adresse d'un intrigant vulgaire.

C'est, en effet, au moment ou l'indifférence du roi pour la favorite déchue va jusqu'à l'insulte,

• pie nous retrouvons son Uvvc en pleine faveur auprès du ministre et correspondant avec lui sur le même ton d'affectueuse familiarité. Bien qu'il

• •fit vendu son régiment et que ses fonctions de gouverneur ne lui valussent point de commandement dans l'armée, ses relations amicales avec les puissants lui permirent, en L673, de faire la campagne de Hollande aux côtés du (\uc d'Enghien, iils du grand Condé, et du (\uc de Luxembourg, et même de JOUer auprès de ce dernier le

rôle d'une sorte d'aide de camp de confiance. Il

profita de plus de cette situation pour entrer en tiers dans sa correspondance avec le môme ministre. Bien qu'il y eût estime réciproque et amitié entre Louvois et Luxembourg, leurs caractères, assez difficiles, n'étaient pas sans soulever entre eux de menues difficultés. M. de La Vallière s'attribua le rôle, non seulement d'expédier certaines affaires de service, mais de tourner en plaisanterie leurs différends, et de mander au ministre, à demi à l'insu de son chef, à demi à sa connaissance, sur ce ton mi-respectueux mibadin dont il usait avec les puissants, une foule de détails personnels fort irrévérencieux sur la personne et les occupations de M. de Luxembourg. « Je le surpris hier, conte-t-il avec complaisance, dans le plus vilain flagrant délit que l'on ait jamais trouvé un homme: sa maîtresse est à peu près aussi grosse, aussi grande et aussi vieille que madame de Toussy; en récompense, elle a le plus beau Ici ut du monde et je ne peux mieux vous en dépeindre la perfection qu'en vous disant qu'il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de madame Colbert. » Ces gauloiseries et d'autres où il est impossible de suivre le conteur

LA FIN I) IN COURTISAN. 20o

étaient les bienve - auprès du ministre qui

s'empressait d'entrer dans la plaisanterie : « J'ai vu ce que vous me mandez de la maîtresse de M. de Luxembourg, j'ai eu envie de l'aller voir, ne trouvant rien de plus extraordinaire qu'une créature de cette figure : puisque cet homme-là est de si méchant goût, je ne veux de ma vie avoir commerce avec lui ; ne manquez pas de le lui dire et tout ce qui pourra le tacher, sur quoi je vous donne un très ample pouvoir. » La Vallière s'acquittait à souhait du message.

Une série de lettres plaisantent M. de Luxembourg de son mécontentement de ne pas « servir son quartier », c'est-à-dire d'avoir à renoncer à son tour de commandement en chef à cause de l'arrivée du prince de Coudé, qui établissait audessus de tous les officiers généraux une autorité supérieure. Le ministre H son correspondant s'égayèrent à l'envi sur le désappointement du duc qui avait forl mal pris naguère un froissement d'amour-propre du même genre cl fini, en cette occasion encore, goûta médiocrement son aventure : «Je ne savais pas, décoche-t-il à Louvois, que .M. de La Vallière lui votre espion dans celle

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armée, mais je viens d'approfondir qu'il y sert dans ce noble emploi, l'ayant surpris en vous écrivant mille gentillesses sur mon chapitre; mais tant s'en faut que je lui donne un démenti sur le chagrin que j'ai de ne pas servir mon quartier. » A quoi Louvois répondait en badinant que jamais le roi n'aurait pu y consentir, ayant appris « qu'il avait un commerce particulier avec M. de Lorraine et qu'il se prétend souverain de Luxembourg ».

A certains jours, le due d'Enghien lui-même faisait les frais de la chronique du marquis. Travaillant à l'occasion sous ses ordres, M. de La Vallière se trouvait bien placé pour donner de ses nouvelles. >"ul doute que Louvois n'apprît avec le plus vif intérêt « qu'il arrive lout présentement une voiture de deux très belles personnes que monseigneur le duc a fait venir de Paris; il y en a une blonde fort jolie et une brune qui ressemble comme deux gouttes d'eau à l'Espagnole qui était venue dans un caisson de Douai a Lille». .Mais que Louvois gardât pour lui un secret de telle importance ; « Si monseigneur le duc savait ce que je vous ai mandé, il me dévisagerait. »

Au milieu de ces gentillesses, M. de La Vallière,

fidèle à ses habitudes, n'oubliait point ses propres intérêts. Dans la même lettre où sont décrites ces deux aimables personnes, il trouve le temps de -lisser un post-scriptum relatif aux convenances de sa bourse. Décrivant ailleurs l'aspect florissant d'Utrecht et de sa garnison : « J'ai un fort grand regret, dit-il mi-plaisamment, de n'y avoir point commandé en la place de M. de Luxembourg : ce qui me peut consoler, c'est que si la paix se fait, peut-être le rendra-t-on, que si la guerre continue nous en prendrons tant que vous m'aiderez pomme placer quelque part. » C'est du même ton, dont la bonne grâce l'ait passer l'intention peu dissimulée, qu'il témoigne son envie d'aller au siège de Maëstrichl :

« En peu de paroles, je vous dirai, monsieur, que j'aurais eu fort grande envie d'aller au siège (!.• Maastricht, mais qu'élani parti de Paris comme devant être toujours avec .M. de Luxembourg, je n'ai ni équipage, ni chose au monde pour être -m- oies crochets et qu'ayaai trente ans passés je n'ai pu me résoudre à aller camper sous la tente d'un vivandier, ce qui nie fait demeurer ici, à moins, monsieur, que vous ne me conseilliez au-

DE LA VALLIEKE A MOXTESPAN

trement...; s'il y a quelque circulation dans ce qui peut vaquer, vous vous souviendrez que j'ai un gouvernement à jeter à la tête de quelqu'un, qu'il y a douze ans que vous me croyez votre serviteur et que je m'appelle

» LA VALLIERE. »

C'étaient là des sollicitations assez vagues. L'insatiable marquis en hasardait de plus précises. D'Artagnan, capitaine de la deuxième compagnie de mousquetaires venait de mourir. M. de La Vallière prenait la plume aussitôt :

« J'ai tant besoin que le roi me fasse du bien et j'ai une si forte envie de m'approcher de sa personne que je crois que vous ne condamnerez pas la liberté que je prends de vous rappeler très humblement de m'}7 aider de votre protection ; si j'étais assez heureux pour être jugé digne de remplir la place de M. d'Artagnan, j'essayerais de si bien faire mon devoir qu'on serait content de moi. C'est une grâce que je n'oserais pas prétendre tout entière et pour récompenser quelqu'un, s'il ne faut que cent mille francs ou cinquante mille

«eus, ma femme ne m'en laissera pas manquer, car pour moi je n'ai rien ; et cela ne m'empêcherait pas de garder mon gouvernement. »

.Malgré l'assiduité de cette correspondance, malgré le soin qu'apportait M. de La Vallière à n'être point importun, malgré la bonne volonté <ln ministre, dont font foi ses réponses et les notations marginales des lettres de son correspondant, notre héros eut le chagrin de ne point aller à Maastricht et d'apprendre que la place de .M. d'Artagnan était accordée au chevalier de Forbin. Ne doutons point qu'il n'acceptât sa déconvenue avec la même bonne grâce qu'il apportait à formuler ses vœux. Il se consola de son échec en remettant à plus tard ses espérances el en voyant se resserrer d'utiles relations avec Louvois, avec le duc de Luxembourg et avec son chef supérieur le prince de Condé,

De ces dernières nous avons en témoignage particulier la correspondance assez suivie qu'il lui adressa l'année suivante de Franche-Comté, où nous le retrouvons faisant campagne sous les ordres du duc d'Enghien, à « j 1 1 i incombait la tâche

délicate de préparer la capitulation des places lbrtes devant Louis XIV en personne.

Sachant avec quelle anxiété le prince de Condé suivait cette expédition décisive pour la carrière de son fds dans l'armée et dans les faveurs du roi, M. de La Yallière se fit le courrier empressé de ses exploits ; et il apporta dans cette tache cette aisance déférente, ce ton à la fois respectueux et familier, qui lui réussissaient si bien auprès des grands. Passant assez lestement sur les opérations militaires et tactiques, matières où il reconnaît de bonne grâce n'avoir point grande compétence, il n'en donne qu'un résumé rapide où il intercale quelques détails propres à intéresser son illustre correspondant. La personne du roi l'arrête, comme t le juste, davantage : « Il fait assez voir qu' il a un bon corps pour la guerre, car il se porte bien, Dieu merci, et fatigue plus lui seul que tout le reste de son armée, étant à cheval tout le jour et dehors toute la nuit à la vue des attaques, d'où il donne les ordres nécessaires. » Ce sont des réflexions plaisai i tes sur le temps épouvantable qui sévit, sur les difficultés de faire campagne dans deux ou trois pieds de crotte et d'eau, tant et si bien qu'il faut croire

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que ce sont les sorciers du pays qui effectivement font pleuvoir; des nouvelles des uns et des autres; la liste des blessés et des morts; quelques bous mots, d'ailleurs dépourvus de toute méchanceté — notons cela chez un courtisan — sur telle Mésaventure qui tit pire un jour, ou sur « l'air grave de .M. de Navailles qui ne se déconcerte jamais dans la longueur de ses raisonnements ». Mais c'est la santé de monseigneur le <h\<- et ses exploits qui sont le thème préféré de l'adroit courtisan: « Tout a roulé jusqu'à présenl sur la prévoyance et la vigilance de monseigneur le duc et vous voulez bien que je vous dise que le roi en est très content et que tout le monde a approuvé, la critique n'ayant pas trouvé de quoi mordre; vous savez, monseigneur, que c'est une chose fort rare à la Cour et à la guerre unies ensemble et qu'un courtisan oisif et un homme de guerre chagrin sont Ire- difficiles a contenter... .M. I<' dur est l'homme du monde le plus soigneux et le plus prévoyant... Il joint à sa capacité l'esprit que le bon Dieu et fous lui ont donné; tout le monde se loue de -on honnêteté; c'est un Fort joli homme et digne d'être ce qu*il tous est. »

•21-2 DE LA VALLIERE A MOXTESPAN.

S'agit-il de passer une rivière, chacun découvre qu'il est bon marinier et dispose toute chose « tout aussi bien que si vous Paviez destine à être amiral ». En toute occasion, son courage est tel qu'il faut se féliciter de son départ, « car, outre la consolation et le soulagement que sa présence vous apportera, j'appréhendais tous les moments du jour pour lui ». Pouvait-on attendre moins du fils d'un tel père, à qui, ajoutait le flatteur, faisant allusion à une plaisanterie du grand Condé, on peut se demander comment il demeure un cheval valide, « car, à la quantité de chevaux qu'on a tués sous vous, il n'est pas possible, monseigneur, que vous en ayez un de reste ». Comment se défendre de sympathie pour un si aimable correspondant? Comment ne pas lui répondre sur un ton badin et affectueux qui l'autorisait à traiter de « gasconnade » telle phrase du grand Condé et comment ne pas tenir compte de post-scriptums de ce genre dont, à défaut de la signification particulière, le sens général ne nous échappe pas : « Vous voulez bien, monseigneur, que je vous recommande la négociation de M. de Gourville, car je ne rattra-

LA FIN n'i'.N COURTISAN. i> 1 -ï

perais de ma vie une affaire < ] n i me fût si avantageuse et c'esl une fortune à quoi je me flatte que vous soyez bien aise de contribuer. » Soyons assuré que si, peut-être, cette fois encore, M. de La Vallière n'eut pas gain de cause, la faute n'en fut pas à son illustre protecteur.

Rentré peu après dans son gouvernement, M. de La Vallière dut reprendre ses fonctions officielles dont pendant quelques semaines la principale fut l'organisation de L'arrière-ban. On sait ce que fut cette levée assez désordonnée, remise en usage d'une vieille coutume féodale, et dont Louis XIV parut attendit' moins un secours réel qu'un effet moral sur l'imagination de l'Europe, étonnée de voir le roi de France convoquer sa noblesse. L'attitude (\r> possesseurs de fiefs sous les drapeaux fut déplorable et l'on n'en eùl pas plutôl encombré le maréchal de Turenne qu'il s'empressa de demander et d'obtenir leur renvoi.

Il ne parait pas que le gouverneur du Bourbonnais ait apporté d'ardeur particulière à celle levée dont, sans doute, il ne s'exagérail poinl l'importance. Il se ûl même rappeler à l'ordre en raison de sa négligence. « Je ne puis m'empô-

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cher de vous dire, lui mandait Louvois, qu'il aurait été à souhaiter que vous eussiez fait partir plus tôt l'arrière -ban des provinces de Bourbonnais et de Nivernais afin que Sa Majesté put en tirer un plus prompt service. » D'ailleurs le ton de la correspondance est fort changé ; il n'y est plus guère question que d'affaires de service; visiblement l'intérêt du ministre pour son ancien camarade s'est infiniment relâché, et M. de La Vallière est obligé de s'ingénier pour trouver des moyens de rendre à cet échange de lettres le caractère personnel qu'il s'efforce de lui conserver. Il n'y a guère qu'une histoire de perdreaux rouges, tour à tour offerts et négligés, que La Vallière avait promis à Louvois, grand chasseur, où l'on retrouve quelque chose de l'ancienne familiarité. Les éternelles demandes de faveurs trouvaient un accueil de plus en plus froid : « Je ne puis m'empêcher de vous dire que je ne comprends pas comment la mort de M. le marquis de Castries pourrait servir en quelque chose pour faire réussir ce que vous désirez...; j'ai vu tout ce que vous me mandez sur la charge de M. de Yardes. Je ne manquerai pas de lire votre lettre

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au roi et d'appuyer vos intérêts autant qu'il me sera possible. Mais je crois être seulement obligé de vous dire qu'il ne paraît pas que Sa Majesté soit en disposition d'entrer dans le tempérament que l'on vous a t'ait appréhender. »

Toujours attiré par l'éclat de la Cour et la proximité des faveurs royales, M. de La Vallière sollicita, en 1675, un congé qu'il comptait venir passer à Versailles. Son protecteur ne l'avisa pas sans sécheresse de s'adresser ailleurs. « J'ai reçu, écrit-il, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 4 de ce mois sur la promotion de M. le maréchal de Luxembourg et sur votre congé. Je n'ai rien à vous dire sur le premier point que pour me réjouir avec vous de la satisfaction que vous en avez, et à l'égard de l'autre, comme votre gouvernement est du département de M. de Ghàteauneuf, c'est à lui qu'il vous faul écrire pour votre congé que je souhaite de tout cœur (pie le roi vous accorde. »

La corresp lance, cependant, se termine sur

un ton plus affectueux. .M. de La Vallière envoya «les truffes. Il envoya les fameuses perdrix rouges. Il vint se montrer lui-même. Le ministre lui lit

accueil et montra de l'intérêt pour sa santé.

Du fond de sa province, d'ailleurs, M. de La Vallière n'épargnait rien pour faire sa cour. Quand un personnage de marque, Seignelay ou le prince de Condé, passait à proximité, il était à leur dévotion. Au mois de mai 1(376, des deux femmes de qualité qui firent conduite jusqu'à Essonnes à madame de Montespan allant prendre les eaux à Bourbon, Tune était la marquise de La Vallière, la belle-sœur de la femme qu'elle avait évincée. Et quand elle fut arrivée au terme de son voyager c'est le frère de Louise lui-même « qui donna ordre qu'on la vint haranguer de toutes les villes de son gouvernement». Madame de Montespan refusa cet honneur, se souvenant peut-être de la visite qu'elle avait faite un mois plus tôt à un couvent de Carmélites d'où elle était sortie embarrassé*1.

D'ailleurs, n'interprétons pas comme un manque de cœur l'empressement du marquis auprès de la nouvelle favorite. C'était chez lui simple manie de courtisan. Rien ne nous autorise à douter que, jusque dans la retraite où elle s'était réfugiée, il n'ait porté à sa sœur une affection qui était plus qu'une reconnaissance méritée. Dans ses séjours

à Paris il allait la voir à son couvent. Vw> fois même, selon un récit du temps — et ce ne serait pas la moindre preuve du crédit i|u*il sut se conserver— la peine Marie-Thérèse voulut s'entremettre afin qu'il fût autorisé à entrer dans le monastère. Ce fut Louise elle-même qui refusa celte suprême entrevue, contraire à la règle de la maison.

Elle n'eut pas à réitérer ce refus. Peu de mois après avoir fait sa cour à madame de Montespan, le brillant marquis de La Vallière vil prématurément terminer ses jours. Les périphrases les plus enveloppées ne sauraient décemmenl exprimer le caractère du mal qui l'emporta. A ses lecteurs un historien aujourd'hui doit plus de ménagements que madame de Sévigné écrivant à sa fille. Qu'il nous suffise de déplorer, si ses renseignements étaienl exacts, que .M. de La Vallière ait eu des goûts plus « singuliers » encore que sa vertu. Il expira à Paris le 13 octobre 1(37(3, âgé de moins de trente-cinq ans. Le roi fil dire à mademoiselle de La Vallière « que. s'il (Hait assez homni i de bien pour voir une carmélite aus>i sainte qu'elle, il irait lui dire la pari qu'il prend a -;i perte ». Il fui pleuré. « .Mon

frère, écrivait la pénitente au maréchal de Bellefonds, est mort très promptement et dans un âge où Ton peut vivre encore selon les apparences. Que vous dirai -je là-dessus des bontés du Seigneur? Il m'a fait faire le sacrifice pleinement, ne comptant pour rien ce que je lui offre, comme en effet ce n'est rien, et me sentant par la miséricorde du Tout Puissant prête, dans ce momentlà où la nature se montre très vive, à lui sacrifier de ma propre main ce que j'ai de plus cher au monde, si c'était sa sainte volonté. »

Dans « le monde », M. de La Yallière ne fut pas moins regretté : « Je vous avoue, écrivit Luxembourg à Louvois, qu'il y a longtemps qu'aucune mort ne m'a touché à l'égal de celle du pauvre M. de La Yallière. C'était un ami bien sûr pour moi et quoique ce fût une chose bien inutile, ce vous était aussi un servi leur bien fidèlement attaché que ce pauvre homme-là, dont la famille a grand besoin que le roi lui fasse quelque grâce «l si quelque chose est digne de la charité et de la compassion de Sa Majesté, c'est assurément l'étal dans lequel il la laisse » '. Le langage de Luxem-

1. Luxembourg à Louvois, 18 ocIoIjio 1676 Archives de la Guerre).

bourg a un accent de sincérité. Il devait bien ce témoignage d'amitié au défunt, l'ayant peu auparavant mêlé à ses démarches auprès de Lesage, La Dufontet et autres marchands de poison, où sans doute le pauvre marquis eût achevé de perdre ce qui pouvait lui demeurer de faveur auprès des puissants. f.

Au surplus les suppositions du maréchal sur la situation de fortune de son ami étaient bien fondées. Mais son espoir ne fut pas déçu.

La protection de Louvois qui, deux ans auparavant, avait dû déjà tirer le marquis d'embarras, s'étendit sur lui encore après sa mort. Le roi laissa à son fils la survivance de son gou versement

De sa femme, qui axait tenu si peu de place dans sa vie, on rencontre dans les documents du temps des mentions assez fréquentes qui attestent

1. Le marquis de La Vallière semble avoir écrit, sous la dictée de Luxembourg, u ne lettre que celui-ci adressait au diable, par l'intermédiaire de Lesage. Suivant Lesage, Luxembourg demandait dans cette lettre des choses abominables, comme la mort <b' ^a femme. D'après un autre témoin, la principale demande était a si M. de Luxembourg n'aurait point quelque maladie en cas qu'il commerce avec une fille ». La mise en liberté du maréchal, peu de temps après, semble autoriser cette Beconde supposition. Elle décharge dn même coup la mémoire de M. de La Vallière.

220 DE LA VALLIERE A MOKTESPAX.

qu'elle jouit auprès du roi (Tune faveur persounelle qu'elle ne devait qu'à elle-même. Elle survécut de longues années à son mari puisqu'elle ne mourut qu'en 1707. Saint-Simon nous a laissé d'elle un joli portrait. «C'était, dit-il, une femme de beaucoup d'esprit, gaie, extrêmement aimable, qui avait de l'intrigue et beaucoup d'amis, et qui par là sut se soutenir à la Cour et dans le monde avec beaucoup de considération, après la retraite de sa belle-sœur. Elle était devenue infirme et dévote et ne venait presque plus à la Cour, mais toujours, quand elle y paraissait, fort recherchée. Le roi, qui s'était fort amusé de sa gaieté et de son esprit, la distinguait toutes les fois qu'il la voyait et conserva toujours de l'amitié pour elle. » M. de La Yallière avait eu de cette aimable femme deux fils: Charles-François et Maximilien- Henri. L'aîné fit une assez belle carrière militaire et hérita de mademoiselle de Blois, la fille légitimée (pie Louis XIY avait eue de madame de La Yallière. Le marquis avait également deux filles: l'une épousa M. de Choiseul et l'autre le marquis de Brossa y. Toutes deux firent parler d'elles plus qu'il n'eût fallu. Là encore sœur Louise dut inter-

venir. Elle étail décidémenl ce qu'il y avail de

meilleur en son frère.

Telle fut la carrière de Jean-François de La Baulme Le Blauc. marquis de La Vallière. Sans doute, il n'eut rien d'un héros. Frère d'une illustre sœur il fut: tel il demeurera dan- l'histoire. C'est un titre qu'il sut largement monnayer. Gardonsnous toutefois d'une sévérité exagérée. Élevé à être eourtisan. M. de La Vallière le fut passionnément mais, avec bonne humeur et sans basse— 1\ S'il eut des vices et exploita ceux de son roi, il eut d'aimables qualités. Son mérite, sans être (''datant, put justifier de quelques faveurs. Louvois, Turenne, Luxembourg et Coudé le traitèrent avec amitié. Il fut insousciant, léger et brave. Il mourut jeune. Accordons à sa mémoire un peu de l'indulgence que les prières de sœur Louise de la Mi-éricorde implorèrent de Dieu pour ce frère qui l'aimait et qu'elle pleura. Peut-être même est-il permis de préférer l'aimable et légère impertinence du marquis de La Vallière à l'humeur grincheuse • ■t >u>pe<-tc du personnage qui dans notre histoire forme pour ainsi dire son pendant : à savoir le marquis de Montespan.

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