PREFACE. III
nient elle portait en elle-même les causes de sa disgrâce. Si elle ne doit nous apparaître ni moins aimable, ni moins touchante, nous devrons bien reconnaître, à des titres divers, l'incapacité qu'elle montra à tenir l'emploi de maîtresse royale.
Peut-être notre exposé modifiera-t-il encore davantage le portrait traditionnel de madame de Montespan. Si mademoiselle de La Yallière a attendri la reine Marie-Thérèse elle-même et après elle tous les historiens, si beaucoup, comme Louis XIV, se sont laissé prendre au charme insinuant de la « veuve Scarron », madame de Montespan n'a pas bénéficié de la même indulgence. Il n'entre pas dans notre plan de reviser dans ce volume l'ensemble de son procès. Nous nous contenterons de mettre sous les yeux les pièces nouvelles qui permettent de préciser les causes de sa chute. Peut-être nos lecteurs eux-mêmes lui accorderont-ils le bénéfice de circonstances atténuantes, dont la plus incontestable fut son mari.
Les physionomies des deux rivales se complètent en effet par l'histoire de deux hommes qui respectivement leur tinrent de près. Les personnages de MM. de La Yallière et de Montespan ont un autre mérite historique que celui de nous faire
IV PRÉFACE
connaître comment au grand siècle deux nobles seigneurs crurent pouvoir tenir les emplois scabreux de frère et de mari de favorite.
La carrière surprenante du marquis de La Vallière nous présente une aimable et impertinente figure de courtisan et nous fait en même temps toucher du doigt quelques-unes des causes secrètes de la disgrâce d'une maîtresse qui, isolée dans une Cour où elle n'avait pas su se ménager d'appui, laissait aussi outrageusement exploiter sa faveur.
Le caractère particulier du marquis de Montespan, fantasque et lunatique, peut-être plus gascon que déséquilibré, nous explique en grande partie la chute de sa femme, et la variété déconcertante des attitudes qu'il adopta. S'il y eut à un moment trois reines à la Cour de France, si, selon le mot de Saint-Simon, elle fut le théâtre de « cet épouvantable fracas qui retentit avec horreur chez toutes les nations et qui donna au monde le spectacle nouveau de deux maîtresses à la fois », ce fut en grande partie par crainte de l'intervention de ce personnage dont la physionomie ambiguë n'achèvera de se préciser pour nous qu'à la condition de le suivre jusqu'à une date bien postérieure.
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Les documents pour la plupart inédits qui forment la matière de cet ouvrage sont de nature diverse et ont été empruntés aux sources les plus différentes.
Il convient de citer en premier lieu les lettres mêmes de Louis XIV, dont une faible partie seulement a été publiée et qui jettent parfois des lumières inattendues sur les relations du roi et de tel de ses sujets. Nous avons eu la bonne fortune d'en retrouver un certain nombre.
La correspondance de Le Tellier et de Louvois a'est guère moins précieuse. Partageant avec Colbert et quelquefois accaparant la faveur du monarque, ils traduisent, avec la différence de leurs caractères, la pensée du maître sur les matières parfois les plus privées et souvent la laissent transparaître en toute limpidité; ailleurs, C*est leur propre personnalité, celle de Louvois surtout, si vigoureuse et si significative, qui fait la valeur de leur témoignage. A ce dernier nous levons en particulier de connaître quelques-uns des épisodes les plus piquants de la carrière de
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M. de La Vallière et de M. de Montespan. Nous offrons à M. Félix Brun tous nos remerciements pour l'amabilité et l'empressement qu'il a mis à nous communiquer ces pièces.
Nous avons également trouvé à Chantilly les renseignements les plus abondants dans les nombreuses lettres que, de 1663 à 1667, le prince de Gondé et le duc d'Enghien son fds adressèrent à Marie de Gonzague, reine de Pologne. Cette correspondance dont Mgr le duc d'Aumale a signalé l'intérêt et dont M. Maçon, l'aimable et distingué conservateur du musée Condé, a bien voulu nous donner la plus large communication, constitue l'une des sources les plus importantes pour l'histoire de la Cour de Louis XIV pendant les premières années du règne. Témoins placés au premier rang, de trop haute condition pour se laisser absorber par l'esprit de coterie, doués, d'ailleurs, d'un jugement bienveillant, le père et le fils apportent dans leurs récits une exactitude et une autorité qui font le plus souvent défaut aux mémoires du temps.
La correspondance des ambassadeurs d'Angleterre auprès de Louis XIV, conservée au Public Record Office, à Londres, nous a aussi fourni des relations souvent intéressantes sur les intrigues