‹ De La Vallière à MontespanChapitre 28 sur 60 · Archives de la Guerre, vol» 236, fol · texte numérisé non relu

Archives de la Guerre, vol» 236, fol

En envoyant cet ordre, le ministre commandait à l'intendant de L'exécuter aussitôt: qu'il veillât à ce que tout ce qui pourrait avoir quelque valeur dans la troupe de M. de Montespan passât dans l'autre compagnie.

Sournoisement incité, sans doute, par l'intendant jaloux de contenter entièrement le ministre, M. de Montespan mettait le comble aux vœux de celui-ci en se dérobant par la fuite au jugement qui l'attendait et dont, sans doute, on lui grossit, les conséquences possibles.

Tandis que, seul, son lieutenant M. d'Espalion était arrêté, il passait, disent les lettres de grâce, « dans les terres et pays du roi Catholique, non seulement sans notre permission, mais encore au préjudice des défenses expresses que rions lui avions fait faire de ne point sortir de nos provinces de Guyenne et Languedoc sans notre ordre ». Et, en sûreté quant à sa personne, il regardait la tournure que prenaient ses affaires.

D'Espalion, incarcéré, implorait inutilement la protection du ministre, prenant pour prétexte d'une lettre des dispositions relative» à la soldéde ses hommes.

« Monsieur, lui répondait Louvois, les deux lettres que vous avez pris la peine de m'écrire m'ont été rendues. Il est juste de faire payer les cinquante maîtres commandés par M. le marquis de Montespan de ce qui peut leur être dû et j'ai écrit à Perpignan afin qu'il y soit pourvu. Mais à l'égard de votre emprisonnement, il faut que vous vous pourvoyiez par devers le Conseil souverain de Roussillon qui a décrété contre vous et je ne puis en cela autre chose que souhaiter que vous vous justifiiez des charges qu'il y a contre vous. »

De même le ministre continuait à encourager le Conseil souverain dans sa procédure contre M. de Montespan.

« J'ai reçu, écrivait-il le 22 janvier 1670, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le premier de ce mois, par laquelle vous me faites savoir que, nonobstant la requête présentée à votre compagnie par le procureur de M. le marquis de Montespan, vous avez donné arrêt par lequel vous ordonnez qu'il sera passé outre. J'en ai rendu compte à Sa Majesté qui a d'autant plus approuvé ce que vous avez fait que rien ne l'empêche de se

rendre à Perpignan pour se mettre en état de purger le décret décerné contre lui '. »

Il n'y a pas à douter cependant que, tandis que les procédures légales se poursuivaient contre M. de Montespan, des négociations officieuses étaient reprises avec lui. Il y avait, en effet, pour le ménager, des raisons sérieuses : si, poussé à bout, il profitait de l'impunité qui lui était assurée par son séjour en Espagne pour donner plus de retentissement à ses plaintes, il pouvait porter grande atteinte au prestige du roi Très Chrétien; d'autre part, ayant emmené son fils avec lui, il se trouvait en possession d'un otage capable de peser sur l'esprit de madame de Montespan et par suite sur celui du roi. Effrayé par ailleurs des mesures rigoureuses prises contre lui et sans doute fort gêné à mesure que se prolongeait son séjour à l'étranger, il ne tardait pas, par un nouveau revirement de son esprit fantasque, à se montrer disposé à venir à résipiscence. Au mois d'avril 1670, sa grâce lui fut accordée, qui naturellement entraîna celle de ses complices.

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