De la vanité des institutions fondées par le sophisme
Des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ont pas permis de faire imprimer ces Mélanges en même temps que les Ruines de la monarchie française. Nous le regrettons, car ils sont comme l’appendice ou plutôt le complément du premier ouvrage.
Dans ce dernier l’auteur développe et discute avec plus d’étendue certains systèmes, certaines théories dont l’application et surtout la glorification ont fait sortir la France des voies qui lui étaient tracées par son génie, par son histoire et par les traditions tutélaires de son antique et glorieuse monarchie : véritables traditions nationales celles-là, elles ne consistent pas dans l’instabilité perpétuelle proclamée parmi des oracles du parti républicain comme l’idéal du gouvernement d’un grand peuple. Il est donc vrai : tant qu’on n’en aura pas fini avec la légende de la Révolution, c’est en vain qu’on aura travaillé à l’œuvre de la reconstitution de la patrie, et cherché à lui rendre et ses forces et son ancienne splendeur.
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Ici M. Revelière signale et combat les hommes, ou mieux, les enseignements écrits et parlés des hommes qui représentent plus particulièrement ces systèmes et en sont comme la personnification. Il expose le principe et le développement des institutions dont ces mêmes hommes ont altéré la source et perverti le sens.
C’est ainsi qu’il fait voir en quelques lignes à quoi se réduit la révolution de 1830. Vainement l’imagination surexcitée des vainqueurs, cpii s’affublaient du titre de héros, s’est-elle efforcée de transformer en gloi'ieuses ces néfastes journées. En abaissant le caractère national chaque jour amoindri sous le joug de la prétendue alliance anglaise, la révolution de Juillet a façonné la France à toutes les humiliations qu’elle a subies depuis sans en avoir conscience; car, perdant la mémoire avec le patriotisme, elle ne s’est pas souvenue que la grandeur britannique était faite des débris dé la grandeur française.
Comme ce Frédéric II que Voltaire, dans son épître à Horace, appelle 7non Frédéric, était sûr de la connivence de nos philosophes, un autre audacieux, qui n’est Y>as non plus de nos amis (il l’a bien prouvé) et dont le diagnostic scrutait avec une ruse et une patience teutoniques le mal dont nous souffrions, ne put-il pas lui aussi compter longtemps sur la faveur d’une certaine coterie de nos politiques ? Hélas ! il est bien loin de nous le temps où Turenne, écho vivant du patriotisme national, s’écriait : « Tant qu’il y aura des Allemands de ce
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coté cki Rhin, pas un homme d’armes dans louLe la France ne doit demeurer en repos. »
Mais revenons à cette fatale révolution de Juillet; n’a-t-elle pas été reniée publiquement par certains de ses auteurs et des plus avoués? Le conseiller Madier de Monljau, sollicité par sa conscience inquiète et troublée, demandait continuellement jiardon à Dieu et aux hommes d’y avoir coopéré, et cela partout, en pleine cour de Cassation même, au grand déplaisir du procureur général Dupin, lui que le repentir n’a jamais visité. Le célèbre banquier Laffitte, inspiré parmi pareil mouvement de contrition, faisait avec humilité une confession semblable à la tribune de la Chambre des députés. Enfin pour n^’être pas exprimés si haut ces sentiments n’étaient-ils pas ceux d’un grand nomlire d’honnêtes gens fourvoyés et désenchantés qui, avec bien plus de raison qu’un ministre de Louis-l^hilij^pe parlant de la Restauration, auraient pu s’écrier que le gouvernement de Juillet leur faisait mal au cœur ? Quel souvenir reste-t-il donc de cette monarchie contrefaite, comme l’apjielait M. de Chateauliriand, de ce gouvernement qualifié par La Fayette la meilleure des républiques? Rien, sinon la honte de l’indemnité Pritchard et l’humble clause d’un testament par laquelle l’héritier du roi des barricades, le père du comte de Paris, recommande à son fils d’être le serviteur de la Révolution!
Abandonnant au plus vite ce sujet attristant, l’auteur a voulu explorer les livres qui, par leur action directe
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et funeste sur la Restauration, ont le plus contribué à la dépopulariser, puis à la renverser pour fonder à sa place le règne dépravé des sophistes.
Tel est le but dés trois études successives dans lesquelles il examine tour à tour et dissèque pour ainsi dire d’un scalpel délicat et sûr, avec autant de sagacité que de pénétration ;
lo Les écrits historiques et politiques de M. Guizot;
2'’ Histoh^e de la Révolution de M. Thiers ;
3° Le Mémorial de Sainte-Hélène .
Ces œuvres et leurs auteurs M. Revelière les a déjà plus d’une fois pris à partie dans le cours de son premier ouvrage, notamment M. Guizot, à raison du rôle prépondérant qu’il a joué dans la doctrine. Mais cette fois %
il no craint pas d’aborder en face et de prendre corps à corps les écrits et les enseignements de cet homme si renommé; il en tire les plus ingénieusès déductions et résume ses observations critiques et philosophiques, tant sur le politique et l’écrivain que sur la secte tout entière.
En discutant et combattant de toutes ses forces la thèse historique imaginée et soutenue par M. Guizot, il est amené à parler incidemment des œuvres d’Augustin Thierry. Tout en rendant un juste hommage aux grandes qualités du consciencieux historien, il montre combien son opinion sur 1e tiers état, opinion qu’il partage d’ailleurs avec M. Guizot, manque absolument de solidité et de vraisemblance. De cette fantasmagorie
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est sortie toute une école historique dont se sont aveuglément et passionnément éprises et inspirées les nouvelles générations.
Après M. Guizot, M. Thiers : dans le sentiment de l’auteur, M. Thiers n’a pas fait l’histoire de la Révolution; c’est son panégyrique qu’il se proposa et qu’il eut mission d’écrire pour combattre la Restauration. Sans méconnaître la supériorité de l’homme d’État, et les heureux dons qui le distinguent, il reproche à l’historien, dont le talent méritait une plus noble inspiration et le jugement plus d’indépendance, il lui reproche de s’être laissé imposer un rôle que sa passion ambitieuse et peut-être aussi ses préjugés personnels n’ont pas tardé à prendre au sérieux, et qu’il s’est approprié pendant toute sa carrière.
Arrivé à un âge avancé, alors que depuis longtemps il était éloigné du maniement des alTaires publiques, M. Thiers s’est trouvé activement mêlé à de grandes catastrophes et à de grandes douleurs, et bien que sou ardeur, son talent et sa robuste vieillesse se soient montrés souvent à la hauteur d’une tâche immense et cruelle, sa conduite a été diversement appréciée. Sans doute quelques-uns l’ont exaltée outre mesure, mais d’autres peut-être lui ont mesuré trop parcimonieusement l’éloge; car si dans maintes circonstances une personnalité ambitieuse et souvent mesquine a été le principal mobile de ses actions, on ne saurait oublier ni son zèle ardent, ni les services réels rendus par lui,
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OU du moins qu’il s’est efforcé de rendre à la France agonisante.
Nous ne voulons rien dire (aurions-nous qualité pour cela?) contre le patriotisme et l’habileté de cet homme remarquable qui apparemment n’a pu faire mieux qu’il a fait. Toutefois ce qu’on pourra peut-être un jour reprocher à sa mémoire n’est pas précisément ce qu’il a fait, mais pourquoi ne connut-il pas l’abnégation personnelle? et qui donc l’empècba de mettre la patrie avant lui-mème? Alors il eût été vraiment illustre. Peutêtre pour sa gloire eût-il été désirable que M. Tliiers quittât la vie en même temps que le dernier soldat allemand quittait le sol do la France démembrée. Cependant gardons-nous d’anticiper sur le jugement de l’histoire ’ .
A un autre point de vue que V Histoire de la Révolution^ mais avec le même succès, le Mémorial de Sainte- Hélène porta un coup fatal à la monarchie légitime en réveillant tous les souvenirs de gloire de l’Fmpire, et en présentant comme une légende la vie et par-dessus tout les derniers moments du héros idéalisé, offert à la piété et à 1 exaltation des fidèles comme un martyr de son amour pour la ïi’ranco 2 ,
1. A la suite du jugement de l’auteur sur V Histoire de la Révolution l>ar M. Thiers nous avons cru pouvoir insérer son opinion suvV Histoire du Consulat et de l htnpu'c, Lien que cette étude plus récente n’entre pus dans le cadre des livres qui ont nui à la Restauration.
2. Léranger, le célébré chansonnier, dont les chansons, souvent charnuintes, grimacent aussi trop souvent le pamphlet, pourrait à bon droit revenditfuer une bonne part dans le réveil napoléonien. N'a-t-ü
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c< La publication des Mémoires de M. de Las-Gases, dit l’auteur, et l’apothéose devenue populaire du prisonnier de Sainte-Hélène ont plus contribué que les hostilités et les complots eux-mêmes à l’affaililissement et au mépris de l’autorité royale. »
Ce livre fut inspiré surtout dans le Imt d’atténuer certains détails délicats, certains actes injustifiables de l’histoire du héros en jetant quoique doute dans les esprits même les plus prévenus : ce but fut complètement atteint 1.
Passant ensuite aux institutions dont les fruits amers ont démontré la dangereuse influence, l’auteur consacre deux autres articles, l’un à l’enseignement, l’autre à la presse.
Il montre l’enseignement surpris et enchaîné par
pas chanté Napoléon presque autant que Frétillon ? N\a-t-il pas poétisé et popularisé la légende napoléonienne ?
L’humble toit dans cinquante ans,
Ne connaîtra pas d’autre histoire.
Béranger a fait une guerre perfide et populaire à la royauté. Les refrains de ses chansons se répétai-ent dans tous les rangs de la société, mais surtout dans l’atelier, où les Hommes noirs et la ^[arquise de Pretintailles étaient sur les lèvres de tous les ouvriers.
1. Pour ne citer qu’un fait à l’appui de cette opinion, nous prions le lecteur de se reporter à un article de M. le comte d’Haussonville sur r Eglise romaine et le premier empire inséré dans la Revue des Deux Mondes du 1 er août 1868, page 628.
Tl rapporte une scène de violence incroj’able faite par l’empereur, en plein conseil d’État, à M. Portalis, au sujet de l’abbé d’Astros.
Dans \e, Mêmoydal de Sainte-Hélène cette scène est représentée comme une sorte d’admonition paternelle.
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r Université après avoir été séparé de l’éducation et de rinstruction religieuse, ses sœurs aînées ou plutôt ses tutrices naturelles. C’est l’esprit révolutionnaire qui fatalement poursuivait la corruption systématique de l’éducation, et c’est au monopole universitaire qu’il confiait cette tâche. Mais en empruntant à Napoléon l’Université, cette arme redoutable, la Révolution en altéra la pensée pour la façonner à ses desseins. En effet, comme le dit ]M. Revelière, « le restaurateur du culte n’entendait pas rendre son bienfait stérile en écartant l’enfance du sein maternel de la religion «. D’ailleurs l’intention de l’empereur de confier l’Université à une congrégation religieuse paraît clairement démontrée. On trouve une preuve éclatante de cette opinion dans un ouvrage de M. Rendu. C’est un saisissant monologue de l’empereur Napoléon P'' posant, avec M. deFontanes, les premières bases de l’Université.
«... Il (l’empereur) venait de parler de la nécessité de donner un lest à l’âme des jeunes gens par l’éducation. Il faut, disait il, me faire des hommes... Et vous croyez, s’écria-t-il tout à coup en élevant la voix et comme s’adressant à un adversaire invisible, vous croyez que l’homme peut être homme s’il n’a pas Dieu l Sur quel point d’appui posera-t-il son levier pour soulever le monde, le monde de ses passions et de ses fureurs? L’homme sans Dieu je l’ai vu à l’œuvre depuis 1793. Cet homme-ià on ne le gouverne pas, on le mitraille.
« De cet homme-là j’en ai assez. Ah! et c’est cet
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homme-là que vous voudriez faire sortir do mes lycées? Non, non, pour former l’homme qu’il me faut, je me mettrai avec Dieu ; car il s’agit de créer, et vous n’avez pas encore trouvé le pouvoir créateur apparemment ! »
Quoique traitée il y a longtemps déjà par l’auteur et particulièrement au point de vue du gouvernement do la Restauration, jamais question ne fut plus actuelle que celle de l’enseignement. Jamais peut-être ce problème ne passionna autant les esprits et ne ht déborder un tel déluge de paroles et verser de tels flots d’encre. C’est que jamais non plus la liberté du père de famille ne fut menacée avec une telle audace, une telle passion et de tels artiflces, dans ce qu’elle a de plus cher et de plus précieux, sa religion et l’avenir de ses enfants. L’État seul désormais doit être maître d’école à tous les degrés*.
Quant à la presse, selon M. Revelière, la dilFérenco est grande et doit être grande entre la liberté du livre et celle du journal, la liberté de l’imprimerie et celle de la presse proprement dite. Les ministres de la Restauration ou n’ont pas compris ou n’ont pas voulu comprendre cette distinction. De là tant de mécomptes.
1. Nous ne croyons pas sans intérêt de citer à ce propos le passage suivant d’un discours prononcé par M. Guizot à la Chambre des députés en 1837 :
Avant 1789 il y avait en France en fait d’éducation une grande et active concurrence entre tous les établissements particuliers, toutes les congrégations, toutes les fondations savantes, littéraires, religieuses qui s’occupaient d’instruction publique. Cette concurrence était très active, très efficace, et c’est à cette concurrence qu’ont été dus en grande partie les bienfaits du système d’éducation de cette époque. »
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C’est qu^’on est ici en présence d’une grande puissance qui est à la tête d’une armée véritable, fortement organisée, maîtresse de toutes les positions et dont les conquêtes s’étendent chaque jour davantage. L’imprimerie est l’artillerie de la pensée, a dit Rivarol. S’il s’agit de la presse périodique, c’est bien en effet l’artillerie, mais l’artillerie avec tous ses perfectionnements meurtriers, ses engins à longue portée et toujours en batterie. Ne dispose-t-elle pas aussi, cette presse, de l’arme perfide et non moins dangereuse des muets du sérail, et ne peut-elle pas étrangler un homme dans l’ombre et l’impunité ? N’est-ce pas ce qu’on a coutume d’appeler la conspiration du silence?
Vient ensuite un travail plein de fine critique et de haute philosophie sur la littérature considérée comme expression de la société. L’auteur expose les rapports delà littérature avec les idées et les mœurs; estimant la qualité bien supérieure à la quantité, il croit pouvoir affirmer que l’abus des lettres n’en est pas la renaissance. Le trafic de la propriété littéraire, les privilèges que s’attribuent les gens de lettres, sont aussi à ses yeux un signe manifeste de décadence et non point de progrès. Il en est de même de la multiplicité des académies : il n’y voit que leur dégénération.
Mais ne s’expose-t-il pas à être traité comme un blasphémateur par certains idolâtres, j’allais dire hugolâtres, pour avoir osé mettre en doute la divinité d’un grand poète et contester son apothéose ?
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Lorsque en 1878 nous puliliiimes les Ruines de la monarchie française^ cette explosion virile d’une âme avide de vérité et de justice, cette voix qui sortait d’un tombeau pour révéler tout un monde d’idées et de pensées nouvelles, nouvelles tant elles sont loin de l’esprit du jour, nous disions qu’il s’agissait d’une œuvre do bonne foi et de conscience. C’était demander le concours des gens de bien, des esprits éclairés, et, déclarons-le sans détour^ des hommes courageux, de ceux que le désespoir n’a pas gagnés : ce livre s’adressait à ceux-là seulement qui aiment et cherchent la vérité malgré ses périls. Eux seuls en effet peuvent la compléter, interpréter ce qu’elle aurait d’obscur et suppléer à son insuffisance. Or ce concours, il ne nous a point fait défaut
Aujourd’hui encore, à propos de ces Mélanges^ véritable complément, nous l’avons dit, des Ruines de la monarchie française^ nous faisons le même appel au même public qui, applaudissant aux profondes et énergiques convictions de l’auteur, a su accueillir comme elles le méritaient ces hautes et fermes vérités dont le siècle présent a conçu le dégoût et l’aversion. Nous lui demandons son concours persévérant et éclairé pour répandre et faire goûter ce dernier livre qui, à l’instar
1. Nous ne laisserons pas échapper cette occasion (rexprimer ici tonte notre gratitude à MM. Coquille, Barbey d’AurevilU', de la Gournerie, etc..., à tous ceux en un mot dont la plume vaillante s’est associée généreusement à l’auteur des Humes de la monarchie française pour comhattre avec lui et aussi pour lui le hon comltat.
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du premier, plutôt que de chercher à prodiguer de nouvelles connaissances, s’efforce de déraciner ce nombre infini d’idées fausses ou dangereuses enseignées aussi bien du haut de la chaire professorale et de la tribune aux harangues que sur la place publique; idées fausses désormais gravées dans les esprits, faisant pour ainsi dire partie de la constitution des générations successives issues de la Révolution, et pour lesquelles, c’est le cas de le redire, il n’y a plus de Pyrénées.
On prétend que dans une lettre adressée à sa femme avant de mourir, Moncasi, celui qui avait osé attenter à la vie du roi d’Espagne, recommande à celle-ci de dire à sa fille, quand elle aura l’âge de raison, que son père n’était pas un criminel, bien qu’il soit mort sur l’échafaud.
Où trouver une preuve plus manifeste, mais aussi plus triste et plus désespérante des profonds ravages exercés dans les esprits et dans les consciences par les doctrines dont nous signalions le danger? Assassiner un roi n’est pas un crime : tant s’en faut, c’est une action louable, héroïque même dans la pensée intime de Moncasi, aussi bien que dans les conséquences logiques des théories et des préceptes révolutionnaires.
N’est-ce pas rendre un service signalé à la société en péril que de combattre un système qui, après avoir corrompu les esprits et les cœurs, égaré les consciences en bannissant Dieu, renversé ou plutôt interverti les notions du bien et du mal, enfante de telles monstruo-
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sités? JL’écrivaiii qui enlrG[)reiid courageusement celle lutte vraiment patriotique ne mérite-t-il donc pas d’étre applaudi, et ses écrits ne doivent-ils pas être propagés?
On ne saurait nous reprocher, ce semble, les termes respectueusement sympathiques et partant louangeurs qui naissent naturellement sous notre plume lorsque nous avons à parler des Ruines de la monarchie française et du livre qui vient aujourd’hui compléter cette œuvre si justement appréciée, ne sommes-nous pas autorisé à le dire aujourd’hui? Il y aurait en vérité injustice, ou tout au moins inconséquence à nous adresser ce reproche dans un temps où la plupart des publicistes et de nos représentants à tous les degrés, et ils sont nombreux, semblent ne pouvoir trouver d’expressions assez hyperboliques pour publier leur mutuelle admiration.
Tantôt c’est le si remarqual)le discours de l’honorable, du très honorable M. X..., tantôt l’éloquent, le très éloquent M. Z..., ou bien encore l’éminent homme d’Etat..., etc,.., et cela précisément lorsque, de l’aveu confus et attristé du plus grand nombre, hommes d’État et hommes éminents font, hélas ! absolument défaut. La place n’est-elle pas conquise par le positivisme et le réalisme, deux vilains mots aussi bien que deux vilaines choses, qui régnent partout en maîtres, dans la politique et dans les arts, dans les mœurs et dans le langage?
Mais si nous n’éprouvons qu’admiration sympathique et respectueuse pour l’œuvre saine et vaillante à laquelle
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d’aucmis no manqueront pas d’attribuer les épithètes sacramentelles de clé?^icale et de 7'éactionnaire ^ nous ne pouvons résister à la tentation de citer ici, en l’accentuantaussi d’unpointd’admiration, le passage d’unelettre fort curieuse de feu Lanfrey dont les sentiments sincèrement républicains ne sont mis en doute par personne. Cette lettre est adressée à un écrivain contemporain peu révolutionnaire sans doute.
« — J’ai trouvé dans vos ouvrages, monsieur, ce que j’ai cherché en vain dans la plupart des œuvres contemporaines, un accent lier et viril, une volonté généreuse et forte, révoltée contre le joug de la foule imbécile ; un homme enfin.
« En France il n’y a plus d’hommes. On a systématiquement tué l’homme au profit du peuple, des masses, comme disaient nos législateurs écervelés. — Puis un beau jour on s’est aperçu que ce peuplé n’avait jamais existé qu’en projet, et que ces masses étaient un troupeau mi-parti de moutons et de tigres. C’est une triste histoire. Nous avons, monsieur, à relever l’Cime humaine contre l’aveugle et brutale tyrannie des multitudes. C’est une noble tâche où je vous crois appelé à jouer un beau rôle — »
Les pensées et les termes énergiques de cette lettre ne semblent-ils pas à l’adresse de l’auteur des lUiines de la nionarclde française? Aussi n’hésitons-nous pas à les retenir pour les invoquer à l’appui de nos sentiments, car ils nous sont un encouragement à persister dans
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nos convictions sur rulilité incontestable de la publication que nous avons entreprise et que nous complétons aujourd’hui-
Oui, si M. Revelière a pu édifier un tel monument, écrire ce livre qui fut sa vie... avec cette largeiu' de vues hist07Ûques , cette iwodigieuse abondance de détails, cette implacable impartialité , ainsi que l’a dit excellemment un célèbre et brillant critique * , c’est qu’il était bien doué : il avait dans l’esprit une pénétration, une étendue et une force rares. Mûri par la saine et robuste éducation qu’on recevait alors dans les maisons religieuses d’instructiou, non moins que par les événements inouïs qui se précipitaient chaque jour, chaque heure, il a vu se développer la Révolution; il a su, quoique jeune encore, se former une opinion vraie, indépendante, sur les hommes et sur les choses de cette époque à jamais néfaste. IN’avait-il pas acquis môme le triste privilège de pouvoir s’écrier avec le héros de V Enéide :
quæque rpse yniserrima vieil,
Et quorum pars viagna fui ?
Puis plus tard, témoin attristé, souvent aussi acteur courageux, mais toujours clairvoyant, il assistait à toutes les péripéties de ce drame sans lin, dont la Restauration n’a été à ses yeux qu’un épisode douloureux et décevant. N’était-on pas en droit d’espérer alors que la France conquise, humiliée, sur le point de périr, mais