‹ De la variodermite (variole) et de son traitementChapitre 12 sur 12 · v9. - Touzelin · texte numérisé non relu

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en éprouver une crise; mais ce n'est qu'un accident, après lequel elle reprend sa marche et son développement dans la mesure de ses forces primitives.

Supposez au contraire l'accident survenu à l'enfance de cette société , alors qu'elle n'aura pas encore acquis la force nécessaire pour exister et résister par elle-même : son existence pourra être brisée, interrompue à son origine.

II en est de même dans les choses de l'ordre intellectuel et moral:

Tous ces faits sont exactement comparables et obéissent à la même logique.

Ce sont là des considérations importantes , indispensables à signaler, surtout quand il s ! agit des maladies de l'enfance, qui présentent toutes un rapport commun : le rapport entre la maladie et le développement organique du malade.

Sydenham et Stoll avaient déj'i fait la remarque que 1 , pendant la rougeole, la gingivite et la diarrhée verdâlre arrivent surtout aux enfants qui font des dents.

Le problème pathologique est donc toujours complexe : il y a la maladie et le malade.

La maladie, c'est le type classique; mais le malade s'approprie ce type , le modifie à sa manière , l'abaisse ou l'élève à son niveau.

On pourrait dire que l'individu malade entend , ou mieux saisit , comprend la maladie à sa manière , que ce soit la rougeole ou toute autre maladie, spécifique ou non.

Nous avons remarqué par exemple, pour les fièvres éruptives, et spécialement pour la variole, que la sévérité des éruptions est en général en rapport direct avec les aptitudes fluxionnaires des individus;

Les femmes abondamment menstruées nous ont toujours paru présenter des éruptions varioliques plus intenses.

Mais cette aptitude fluxionnaire traduit le plus souvent une prédisposition constitutionnelle; elle indique en tout cas une certaine instabilité vitale, une grande mobilité dans les phénomènes vitaux.

Nous l'avons vue coïncider bien souvent avec des états morbides qu'on pouvait rattacher à la dialhèse scrofuleuse.

Il en est en effet de la maladie comme de la santé, comme des états physiologiques , chaque individu assimile les aliments à sa constitution, de même il assimile les maladies à sa manière d'être.

Chaque malade forme, pour ainsi dire, une individualité morbide qui a en soi ses conditions de curabililé ou de mort : chaque malade est un problème nouveau , qui nous force à passer par tous les degrés de la méthode scientifique : hypothèses, possibilités, probabilités, jusqu'à la certitude , quand nous pouvons y parvenir.

Le type , la maladie classique est un idéal que la nature ne nous offre jamais ; c'est celte moyenne, ce juste milieu, qui nous fuit d'une fuite éternelle , dans les sciences physiologiques comme dans ia philosophie, la morale, etc.

Voilà pourquoi la clinique et les traités méthodiques nous conduisent souvent à des résultats diamétralement opposés.

Pendant les sept premiers mois de l'année 1856, il nous a été donné d'observer, dans le service de M. Bouchut, notre maître, à l'hôpital Sainte-Eugénie, 58 cas de rougeole, les unes d'une bénignité remarquable, les autres au contraire d'une gravité et surtout d'une complexité qu'on ne retrouve guère dans. les maladies des adultes.

Ce qui frappe en effet chez les enfants, c'est leur effrayante aptitude à prendre des maladies diverses, maladies qui tendent vite à devenir générales, et qui se font remarquer par leurs complications et la multiplicité de leurs lésions ; aussi nous est-il assez rarement arrivé d'observer des rougeoles à l'état de simplicité, des rougeoles primitives.

Lp plus souvent il s'agit de rougeoles secondaires, ou tout au moins de rougeoles qui se compliquent ultérieurement, consécutivement, des troubles les plus graves et les plus variés.

Ajoutons à cela qu'à l'hôpital on opère sur une population de mauvaise race, élevée dans la misère, et qui vient encore subir chez nous tous les inconvénients de l'encombrement hospitalier.

On sait en effet combien se conduisent différemment, à l'hôpital et en ville, les ophthalmies, les muguets, et tous les états catarrhaux.

La contagion vient trop souvent encore ajouter un nouvel élément à la malignité hospitalière, et, à l'hôpital des Enfants Trouvés, la loi de Malthus se trouve largement exécutée.

C'est par cet ensemble de considérations que nous pourrons nous rendre compte du chiffre assez élevé de notre mortalité.

Il en résulte que chaque enfant forme un tout pathologique où les lésions s'enchaînent et se compliquent d'une façon inaccoutumée.

Aussi chaque individu forme une série morbide dont il serait absurde de vouloir distraire quelque chose, sous peine de rendre incompréhensibles les différentes phases par lesquelles est passée la maladie.

Aussi, bien que nous comprenions toute l'utilité de la méthode synthétique, bien que nous sachions les avantages que présente une vaste généralisation, nous croyons devoir., dans les pages qui vont suivre, chercher surtout à donner une idée des individualités morbides, sauf à signaler, chaque fois que nous le pourrons, les résultats généraux, et à essayer, en terminant, de tirer quelques conclusions.

On comprendra facilement en effet combien, au milieu de cette complexité d'états morbides, il est difficile de conclure quelque chose d'absolu, d'arriver à des résultats irréfragables, surtout quand on sent combien sont grandes les lacunes, combien il est difficile d'arriver à connaître tous les termes du problème pour avoir des résultats mathématiques, et d'ailleurs le nombre de nos observations serait insuffisant pour un pareil travail de généralisation.

Et puis nous ignorons partie ou totalité des antécédents de nos malades, et, à la sortie de l'hôpital, ils nous échappent la plupart du temps pour toujours.

Aussi voyons-nous se dresser devant nous une multitude de questions auxquelles nous ne saurions répondre catégoriquement.

Les conséquences éloignées de la rougeole sont donc à peu près impossibles à déterminer, si tant est qu'elles existent.

Nous allons classer nos faits par leurs affinités, et nous établirons pour chaque malade les conditions au milieu desquelles s'est développée la rougeole.

Nous pourrons faire ainsi, jusqu'à un certain point, la part du malade et la part de la maladie, et nous arriverons à établir d'une part l'influence des états antérieurs sur la rougeole, et d'une autre part l'influence de la rougeole sur les états morbides antérieurs euxmêmes.

Les observations qui vont nous servir de guides dans ce travail ont élé prises sous la dictée ou tout au moins sous la direction de M. Bouchut, et nous saisissons cette occasion de témoigner à notre maître toute notre affection pour l'inaltérable bienveillance que nous n'avons cessé un instant de rencontrer en lui.

Et d'abord il n'est pas indifférent de remarquer que la rougeole s'est développée dans nos salles, concurremment avec la scarlatine.

Or les éruptions s'appellent l'une l'autre; ainsi le vaccin est souvent l'occasion d'éruptions diverses plus ou moins tenaces.

Plusieurs fois les éruptions morbilleuse et scarlatineuse se sont compliquées.

D'autres fois elles n'ont fait que se succéder.

D'autres fois enfin, alors même que nos enfants, affectés de rougeole, échappaient à la scarlatine elle-même, ils en subissaient cependant l'influence d'une manière bien évidente.

C'est ce qui rend compte par exemple de la fréquence des angines chez nos morbilleux ; puis, sous l'action d'une constitution médicale calarrhale, les angines et les stomatites morbilleuses ont paru se multiplier.

La rougeole subit donc l'influence d'une multitude de conditions qui viennent souvent se compliquer, se réunir ou se heurter.

Si les formes de la rougeole varient déjà à l'infini dans les cas de maladie primitive, que sera-ce dans les rougeoles secondaires?

Si le malade n'a pas de fièvre, le plus souveut la rougeole sera annoncée par ses prodromes spéciaux ; si au contraire le malade est déjà travaillé par une maladie fébrile , le plus souvent la rougeole lui emprunte ses prodromes, qui ne consistent plus que dans l'exagération des troubles déjà existants, fièvre, diarrhée, etc., et l'apparition subite de cette recrudescence, se rencontrant dans une épidémie de rougeoles, met seule sur la voie du diagnostic.

Enfin il est des sujets profondément cachectiques, profondément épuisés , chez lesquels la rougeole n'apparaît pour ainsi dire que pour donner le dernier coup, le coup de pied de l'âne.

Ou bien l'économie, absorbée par un travail morbide intense, semble ne pas faire attention à la rougeole : tel est le cas de ce n° 7, chez qui l'éruption paraît à peine; elle pâlit bientôt, ne s'accompagne d'aucun trouble général spécial ; l'enfant garde son appétit vorace, et meurt , un morceau de pain à la main.

C'est un fait bien remarquable en effet, et qu'on ne retrouve que chez les enfants, et encore chez les enfants cachectiques, que cette insouciance de l'économie pour des maladies graves, ce défaut de sympathie, ce manque de susceptibilité morbide.

Toutefois il serait étrangement paradoxal de vouloir généraliser ces faits ; le plus souvent les résultats sont tout opposés, et l'apparition de la rougeole retentit péniblement sur les lésions déjà existantes.

Et d'abord il est un fait assez curieux : toutes choses égales d'ailleurs, la rougeole paraît moins grave quand elle se déclare longtemps après l'exposition de l'enfant au virus morbilleux.

Bien entendu que nous en exceptons les sujets épuisés, cacochymes.

Il est certains cas où il n'y a qu'un attouchement épidémique pour ainsi dire, voire même malgré les plus mauvaises conditions antérieures (n os 23 et 24).

A priori, ou comprend difficilement un pareil résultat, à moins

qu'on ne veuille admettre que la rougeole n'a pu faire diversion au travail pathologique qui tient les forces de l'économie absorbées ; ou même que la rougeole, ayant de la répugnance, de l'antipathie pour ce travail morbide, le déplace, s'y substitue, et laisse le malade dans un état meilleur que celui dans lequel elle l'a pris.

Chaque fois, en effet, qu'il s'agit d'étals morbides qui semblent rentrer essentiellement dans les complications, dans les lésions de la rougeole , cette fièvre les exaspère , leur donne une nouvelle intensité ; et cependant (tant il est vrai qu'il faut se défendre de conclusions absolues, avant d'avoir posé toutes les données du problème) nous avons observé plusieurs cas dans lesquels la rougeole , en donnant le caractère aigu à une affection chronique des bronches , par exemple , a paru en activer manifestement la résolution ; et la guérison est arrivée beaucoup plus tôt que ne le faisaient prévoir les antécédents du malade.

Mais, dans ces cas, malgré l'état chronique dont ils étaient affectés , les malades semblaient doués encore d'une certaine énergie vitale, d'une certaine force réactionnelle, bien difficile à apprécier du reste.

De même on voit des érysipèles de la face améliorer d'une façon durable des ophthalmies chroniques , liées à une diathèse scrofuleuse, et qui faisaient le désespoir du médecin.

Toujours est-il que des enfants très-faibles, très-débilités en apparence, peuvent cependant résister à des accidents sérieux suscités par la rougeole.

Ainsi une enfant chétive (n° 24) a résisté à une broncho-pneumonie avec entérite, accidents typhoïdes et convulsions.

Mais, dans ce cas, la scarlatine, qui a suivi de près la rougeole, a semblé avoir influencé heureusement les lésions si graves produites pendant la rougeole ;

La broncho-pneumonie et l'entérite se sontrapidement améliorées.

Tout à l'heure, nous signalions les complications (angines simples et même ulcéro-membraneuses, pultacées , couenneuses) que

la coexistence de scarlatines dans les mêmes salles pouvait déterminer chez des morbiileux.

Ici . au contraire, il s'agit d'une influence favorable de la part de la scarlatine, ce qui s'expliquerait peut-être par l'incompatibilité de la scarlatine avec les troubles qui l'ont précédée.

Ainsi, plus nous avançons, plus nous voyons se multiplier les éléments dont chaque cas particulier se complique.

Eu effet, dans certains cas, la toux férine persiste, ainsi que la broncho-pneumonie, malgré l'invasion de la scarlatine; peut-être aussi, dans ces cas , l'œdème survenu à la suite de la scarlatine pouvait-il rendre compte de la persistance de la congestion broncho-pulmonaire.

Du reste, d'une manière générale, d'après ce que nous avons observé , les cas où la scarlatine succède à la rougeole sont moins graves que ceux dans lesquels la rougeole succède à la scarlatine ; c'est là un fait brut, dont certaines données nous échappent encore.

C'est ce que vient confirmer encore le n°26, dont le catarrhe suffocant , d'origine morbilleuse, a guéri malgré l'apparition de la scarlatine.

Il s'agit d'une enfant de mauvaise race; il y a eu des convulsions, des fièvres cérébrales, chez les frères et sœurs, et l'enfant a emprunté à cette hérédité nerveuse les convulsions prodromiques de celte rougeole.

Au n° 27, ce n'est plus seulement une scarlatine qui vient améliorer les troubles produits par la rougeole ; il s'agit d'une scarlatine subintrante, arrivant en pleine éruption morbilleuse, supprimant les catarrhes morbiileux, et imposant bientôt à l'éruption elle-même les caractères de l'éruption soarlalineuse. Dans ce cas, la rougeole a été absorbée , a disparu, et la scarlatine seule reste (1).

(1) On sait que M. Bouchut a douué, pour distinguer les deux éruptions, un signe, utile surtout à la période de déclin de ces éruptions.

S'il est une influence de la rougeole qui semble bien démontrée, c'est la pernicieuse influence qu'elle exerce sur les sujets tuberculeux ou héréditairement prédisposés à la luberculisation.

Sans doute, il est loin de notre pensée de vouloir nier d'une manière absolue l'influence de la rougeole sur la luberculisation déjà existante ou du moins en puissance; car plusieurs éléments nous manquent, ce qui nous force à plus que de la réserve, quoique maintes fois il se soit agi d'individus héréditairement prédisposés à la tuberculisation, sinon déjà tuberculeux.

M. Rufz pensait déjà que la tuberculisation ne se montre pas pius fréquemment à la suite de la rougeole qu'à la suite de toute autre maladie fébrile ;

La rougeole aurait de la tendance à provoquer des étals morbides aigus plutôt que chroniques, superficiels plutôt que profonds.

Nous allons donc citer un certain nombre de faits qui ne nous paraissent pas dénués d'intérêt. Avant de citer ces faits , disons tout de suite que la rougeole semble avoir tellement respecté les tuberculeux , que tous ceux qui en ont été affectés ont guéri de la rougeole, et que, sur 15 autopsies d'enfants morts pendant ou après la rougeole, nous n'avons trouvé qu'une seule fois de la matière tuberculeuse dans quelques ganglions mésentériques (je n'ai pas besoin de dire que toutes les autopsies ont été faites avec le plus grand soin et aussi complètement qu'on peut le désirer).

Ce fait paraîtra d'autant plus surprenant, que chacun sait combien la tuberculisation est fréquente dans l'enfance, combien, à cet âge de la vie, elle a de tendance à se généraliser et à prendre la marche aiguë. Une singulière coïncidence , c'est qu'aucun de nos malades atteints et en convalescence de fièvre typhoïde n'a été pris ni de rougeole ni de scarlatine.

Mais j'ai hâte d'arriver aux faits , tout en réservant nos conclusions.

Eh bien ! ces faits nous montrent une étrange bénignité , une terminaison favorable, dans les cas en apparence les plus graves.

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Le n° 28 est une enfant issue de parents phthisiques; au moment de l'invasion delà rougeole, elle est affectée d'ophthalmie, de bronchite et d'entérite chroniques ; tous les accidents antérieurs s'exaspèrent, prennent l'état aigu ; l'enfant paraît devoir succomber; et cependant la rougeole , au lieu d'accélérer, de hâter ou de développer la diathèse tuberculeuse , semble exercer une action révulsive, substitutive, plutôt sur l'état chronique ; et , au moment de la sortie du service, les yeux de cette enfant sont en bon état, la matité thoracique a disparu, plus de râles, plus de toux, et l'enfant a repris des forces et un peu d'embonpoint.

Il s'agit, il est vrai , dans ce cas, d'une enfant scrofuleuse, et l'on sait que, chez les enfants scrofuleux, les parenchymes ont peu de tendance à se prendre de tuberculisation aiguë.

Au n° 32, est une enfant scrofuleuse, qui nous offre un nouvel exemple de l'innocuité de la rougeole dans la scrofule. Cette enfant est issue d'un père tuberculeux en ce moment, mais chez lequel la tuberculisation ne se traduisait encore par aucun symptôme , lorsque cette eufaut est venue au monde.

La rougeole détermine une broncho-pneumonie très-intense , mais qui se résout bien, et elle laisse les accidents scrofuleux dans l'état où ils étaient lors de son invasion.

Au u° 38, autre enfant scrofuleuse; la rougeole affecte chez elle un très-grand degré de bénignité; pas de prodromes catarrhaux; et, s'il survient une angine, il faut l'attribuer à la constitution médicale, qui était alors aux angines.

Du reste, la bénignité de cette rougeole , ainsi que de celle du n° 43 , s'expliquerait encore, parce qu'elle apparaissait à la fin de l'épidémie morbilleuse, alors que la maladie semble épuisée, et ne paraît plus se manifester que par un simple attouchement.

C'est encore là une considération dont il faut tenir grand compte dans toutes les maladies épidémiques.

Le n° 39 est affectée d'accidents invétérés de scrofule ; la diar-

rhée et la bronchite, qui ont persisté après la rougeole , guérissent sans laisser de traces.

Au n° 53, encore une enfant scrofuleuse, avec carie des os de l'avant-bras, abcès scrofuleux, impétigo chronique.

La rougeole , qui avait amené quelques complications bronchopulmonaires, a été, somme toute, légère, et n'a pas fait marcher la scrofule.

Au n° 54, est une enfant de mauvaise race, avec toux chronique et glandes au cou.

Comme prodromes, l'enfant est prise d'abattement , de toux intense, rauque, avec ophthalmie et diarrhée.

Pendant l'éruption, il survient de la leucorrhée avec ulcération grisâtre d'une grande lèvre.

L'éruption prend une teinte livide, hémorrhagique; tous ces états, si graves en apparence , ont guéri rapidement.

A propos de cette observation , notons un ensemble de phénomènes morbides , que nous retrouverons souvent par la suite chez les enfants de mauvaise race, qu'ils aient survécu ou qu'ils aient succombé à ces complications :

Etat hémorrhagique de l'éruption , avec catarrhes multiples et apparition d'ulcérations gangreneuses.

Len° 55 est une enfant issue d'un père phthisique; elle porte au genou une tumeur blanche. Au début , elle est affectée de toux et d'ophthalmie chroniques.

La rougeole est chez elle de la dernière bénignité : exanthème précédé d'un énauthème à la voûte palatine et d'une gingivite intense, tenant au mauvais état des dents, et qui cède au chlorate de potasse au milieu même de l'éruption.

Plusieurs fois déjà, nous avons vu les gingivites qui se déclarent pendant la rougeole céder au chlorate de potasse.

Si les accidents du côté de la bouche reconnaissent le plus souvent comme cause prédisposante l'état de la dentition (n° 29) , il faut

— M — avouer aussi que souvent on est forcé de les attribuer directement à l'influence morbiileuse.

La gingivite ulcéreuse peut se développer dans la période prodromique même (n° 8,) ; elle est susceptible de revêtir différentes formes, et peut s'accompagner de lésions plus ou moins graves , ainsi que les observations suivantes vont nous le démontrer.

Au n° 42 , les accideuts survenus du côté de la bouche ne sauraient être attribués à un mauvais état des dents. L'enfant a toutes ses dents, qui sont en parfait état ; cependant elle prend une gingivite intense, qui amène une nécrose partielle du maxillaire supérieur droit.

Mais cette affection n'a pas marché isolément ; elle était évidemment sous une influence générale , manifestée d'ailleurs par de l'angine ulcéro-membraneuse, par de la diarrhée, par des tournioles multiples , survenues pendant la convalescence de la rougeole.

On pourrait peut-être considérer ces dernières lésions comme des phénomènes critiques qui ont jugé favorablement la maladie.

Au n° 58, est une enfant appartenant à une race décimée par les influences épidémiques.

Du reste, l'état général de cette enfant est assez satisfaisant; il ne persiste de sa rougeole qu'un peu de bronchite , de pneumonie catarrhale. Pas d'œdème, ni de diarrhée, ni de purpura ; cependant il survient un état gangreneux de la gencive supérieure et une nécrose de tout l'os intermaxillaire.

C'est le seul cas où nous ayons de la gangrène sans hémorrhagies; il est vrai que nous n'avons vu l'enfant , pour la première fois, qu'au moment où la gangrène s'était déclarée : la rougeole avait disparu.

L'enfant a guéri de ces accidents, si graves en apparence.

Nous croyons peu ici à l'influence du chlorate de potasse, d'autant plus que pendant le traitement, alors que le chlorate de potasse était donné à l'intérieur et à l'extérieur, il se développait un véritable produit pseudo-membraneux sur la surface ulcérée.

Il semble s'agir ici d'une stomatite développée sous l'influence de la rougeole et terminée par gangrène ; la longue durée de la stomatite , l'apparition d'aphthes, d'un herpès labialis, nous confirment encore davantage dans cette idée.

Joignez à cela l'absence presque complète des signes locaux qui caractérisent la gangrène primitive; cependant, chez cette malade , les dents étaient en parfait état.

Au n°33, au contraire, il apparaît une stomatite à laquelle on peut reconnaître au moins, comme cause prédisposante, le mauvais état des dents.

Avec celle stomatite, coïncide une amygdalite ulcéro-membraneuse, il y a eu une épislaxis; il existe donc là une altération du sang, que nous chercherons à déterminer tout à l'heure.

Cette enfant est affectée d'une hémichorée , qui reconnaît probablement une cause organique ; aussi les mouvements désordonnés ont-ils persisté pendant toute la durée de la fièvre éruptive , ce qu'on n'observe jamais quand on a affaire à des chorées essentielles.

Le n° 40 est encore une choréique, mais déjà guérie au moment de l'invasion de la rougeole.

Cette enfant est chélive, de mauvaise race; en même temps que l'éruption devient hémorrhagique, noire, les gencives sont boursouflées, saignantes, scorbutiques; il se déclare de la bronchopneumonie assez intense, et il apparaît une gangrène de la vulve.

Des bains prolongés ont paru produire le meilleur résultat; l'enfant est sortie guérie , ayant subi une perte de substance considérable à la vulve.

Cet état gangreneux de la vulve semble être sous la dépendance d'un état général , d'une altération particulière du sang, qui a produit un purpura hémorrhagique et une disposition gangreneuse.

Il est un état qui se rapproche beaucoup de celui que nous venons d'essayer de caractériser, c'est l'état diphthérilique.

On pourrait croire a priori que la rougeole doit toujours aggraver cet état.

Nous n'en avons observé qu'un seul cas.

Le n° 30 était affectée de diphlhérite parfaitement caractérisée, sur un vésicatoire , avec diathèse suppuralive (abcès, tourmoles, etc.). '

Eh bien , !a rougeole n'a pas empêché l'état diphthéritique local de disparaître rapidement par les seules applications de glycérine, et elle n'a apporté aucune complication grave.

Cependant nous verrons des diphlhérites graves de la gorge survenir dans les mêmes circonstances et entraîner la mort des malades.

La rougeole amenant une manifestation considérable au tégument externe, on pouvait et on devait se demander si elle exerçait une influence sur les affeclions chroniques de la peau.

Au n° 35, est une enfant dartreuse , affectée de diarrhée, qui guérit malgré l'invasion de la rougeole ; mais l'influence de la rougeole sur l'affection chronique de la peau a été nulle , et nous devons dire que c'est là le résultat général auquel nous sommes arrivé.

Nous ne voulons pas nier l'influence possible de la rougeole sur les affections cutanées chroniques , seulement il ne nous a pas été donné d'en observer des cas bien évidents.

Si le favus du n° 31 a été suspendu par la rougeole, l'influence n'a pas été plus radicale que pour l'eczéma, l'impétigo; la rougeole n'a eu aucunement une action définitivement curative , car, la rougeole passée, le favus a reparu aussitôt, alors même que la persistance de la toux férine attestait encore l'influence morbilleuse.

Mais c'est surtout aux muqueuses que la rougeole semble s'attaquer : d'où les catarrhes si fréquents et si multiples chez les enfants avant, pendant et après l'éruption morbilleuse.

Ces symptômes sont surtout fréquents du côté des voies respiratoires. 11 peut y avoir simplement de la dyspnée, dyspnée intermit-

tente, prononcée surtout la nuit (n° 52) ; cette dyspnée peut précéder, accompagner ou suivre l'éruption.

Il en est de même de la toux quinteuse , sonore , férine , qui pourrait suffire quelquefois, avec des taches cuivrées, à faire reconnaître une rougeole qui a disparu.

Quant à l'expectoration, dans certains cas, elle est caractéristique : expectoration nummulée, épaisse, verdâlre.

Il est rare que le catarrhe bronchique soit seul ; le plus souvent il y a diarrhée.

Chaque fois que des symptômes catarrhaux graves précèdent l'éruption, broncho-pneumonie, diarrhée, l'éruption présente peu d'intensité, ou plutôt elle est relardée par suite de cette gravité de l'état général.

II semble y avoir une éruption muqueuse qui transpose et supplée l'exanthème ; en général ces cas sont graves, mais ils sdnt loin d'être toujours mortels.

Ainsi, au n° 44, il s'agit encore d'une enfant de mauvaise race ; la rougeole a été précédée chez elle de prodromes catarrhaux intenses, broncho-pneumonie et diarrhée. Un vomitif a déterminé l'apparition de l'éruption ; mais la convalescence a été indécise, traînante, comme la période prodromique même.

II est survenu de l'angine , de la conjonctivite intense , et de la diarrhée , de la gingivite, que le chlorate de potasse a fait disparaître en pleine éruption.

Ces affections catarrhales multiples peuvent se montrer avant ou pendant la rougeole, et persistent très-souvent alors que la rougeole a entièrement disparu ; elles peuvent même passer à l'état chronique : otorrhées, ophlhalmies, coryzas, leucorrhées, broncho-pneumonies, entérites, etc. (n° 48).

Au n° 56, enfant de mauvaise race : la rougeole a été extrêmement bénigne; mais cette enfant, habituellement souffreteuse, a conservé de la toux et de la leucorrhée.

Il peut persister une simple blépharile chronique fn° 51), les paupières deviennent et restent croùteuses.

Dans certains cas, la rougeole s'annonce par des prodromes insolites (n°57): points de côté, vomissements, lipothymies: plus tard, broncho-pneumonie, qui paraît d'abord simplement catarrhale, mais il survient une épistaxis et de la toux ferme, qui sont vile suivies de l'éruption caractéristique.

D'autres fois l'éruption est précédée de vomissements avec épistaxis (n° 56).

Une autre irrégularité dans le début de l'éruption consiste dans l'apparition d'un énanthème palatin, avant l'exanthème qui, par exemple, au n° 57, n'est apparu qu'au seizième jour des prodromes, qui avaient consisté en abattement, toux, broncho-pneumonie, diarrhée. Ces phénomènes avaient fini par détourner tout à fait l'attention de la possibilité d'une rougeole, et dans ce cas, comme dans bien d'autres, la lenteur du rétablissement, de la convalescence, a parfaitement correspondu à la lenteur avec laquelle l'éruption s'est montrée. La convalescence ne s'est franchement établie qu'à l'apparition d'un herpès critique.

Jusqu'ici nous n'avons passé en revue que des cas qui se sont tous terminés par la guérison, et bien souvent nous avons pu suivre nos malades après la sortie de l'hôpital, pour mieux assurer la portée des résultats obtenus.

Nous allons prendre maintenant les cas qui se sont terminés par la mort.

Nous nous demanderons d'abord si la rougeole a une anatomie pathologique propre, si elle a .des lésions caractéristiques par leur siège et leur nature, comme la fièvre typhoïde, par exemple; mais, il faut bien le dire, ce que nous avons observé sur le vivant, alors que la rougeole empruntait ses symptômes aux maladies préexistantes, nous l'observerons sur le cadavre même, où le plus souvent elle emprunte aussi ses lésions aux états antérieurs.

Cependant il ne faudrait pas trop exagérer dans ce sens.

Non, sans doute, la rougeole n'a pas de lésions constantes, toujours les mêmes; mais cependant elle a bien un certain nombre de lésions qui, si elles appartiennent, à la vérité, à la plupart des fièvres graves, semblent cependant avoir une certaine prédilection pour la rougeole.

Quand nous aurons passé en revue les différentes autopsies que nous avons pu faire , il nous sera mieux permis de chercher à préciser et à catégoriser ces états morbides pour lesquels la rougeole montre une fâcheuse préférence.

La rougeole ne se traduit pas par des lésions qui soient toujours identiques, et qui , par leur constance même, paraissent être mises au rang de lésions pathognomoniques.

La multiplicité des lésions chez les sujets qui succombent pendant une rougeole ou à la suite de cette fièvre éruptive vient encore ajouter à la confusion du sujet.

D'ailleurs la rougeole amène rarement la mort en tant que rougeole; elle emprunte surtout sa gravité à l'état antérieur du malade, et ceci est vrai surtout quand elle vient à se manifester dans une salle d'hôpital.

Alors, parmi les lésions qu'on trouve sur le cadavre, il faut faire la part de ce qui appartient à l'état morbide primitif du sujet et de ce qui appartient à la rougeole même ou du moins de ce que la rougeole est venue ajouter en étendue et en intensité. u L'anatomie pathologique de la rougeole est donc essentiellement complexe et difficile à apprécier.

Pour ne pas séparer les lésions de l'ensemble qui leur donne leurs caractères, nous les décrirons pour chaque cas, en les groupant autour des lésions qui ont paru avoir la prédominance, afin de mieux faire comprendre les différentes phases qui ont amené la terminaison fatale.

Aussi , tout en cherchant à montrer le génie de la rougeole, tout en insistant sur les lésions qui sont bien de son fait , il faut voir comment ces lésions s'agencent avec l'état du malade.

1859. -Touzelin. 7

Séparer la maladie du malade, abstraire la lésion du sujet qui la porte, c'est ignorer toutes les lois de la logique pathologique.

C'est alors que l'anatomie pathologique devient une fantasmagorie, un idéal sans base.

Les lésions du côté de l'appareil respiratoire étant les plus fréquentes, nous commencerons par elles.

Si la lésion broncho -pulmonaire apparaît pendant l'éruption même, et surtout en amène la rétrocession, l'affection est souvent mortelle, et l'on trouve à l'autopsie une congestion broncho-pulmonaire intense, avec mucosités abondantes dans les petites bronches.

Concomitamment, congestion de l'encéphale, des intestins, du foie, etc., n° 1.

Chez une autre enfant, rachitique, n° 2, il y a tous les degrés des affections catarrhales des voies respiratoires, depuis la simple congestion jusqu'à l'hépatisalion et aux vacuoles purulentes; foyers apoplectiques dans les poumons et le foie.

Une autre malade nous présente également de petits foyers apoplectiques sur certains points des poumons, et surtout de nombreux abcès parenchymateux.

Mais ici encore la suppuration pulmonaire ne marche pas isolément; elle est manifestement sous l'influence d'un état général de l'économie qui a déterminé des suppurations profondes des ganglions et du tissu cellulaire du cou, et jusqu'au devant de la colonne vertébrale. ,

L'éruption a été accompagnée de purpura ; il y a eu en outre une ophlhalmie et une gingivite intenses, une angine et une coryza pseudo-membraneux.

Ainsi, dans les trois faits que nous venons de mentionner, les accidents broncho-pulmonaires ont été très-prononcés et nous ont présenté tous les degrés possibles.

Mais rarement ces lésions marchent isolément.

II s'agit d'enfants peu développes, sous l'influence d'un rachitisme bien prononcé, chez qui l'évolution dentaire est en relard.

La rougeole a dû prendre tout d'abord chez eux une intensité particulière, elle n'a pas seulement fait irruption à la peau et aux muqueuses; elle a produit un empoisonnement irrémédiable, se traduisant par une fatale tendance aux suppurations rapides.

Ici donc plusieurs influences ont agi concuremment : jeune âge des enfaiits, dont la plupart avaient de 2 ans à 2 ans et demi, l'état peu favorable de la santé antérieure ; chez aucun de ces enfants, nous n'avons trouvé traces de tubercules. Une autre enfant nous a offert, outre de la congestion des bronches, de la congestion du tissu pulmonaire, des granulations purulentes, de l'exsudation pleurale, signe d'une pleurésie évidente, un ramollissement des ganglions bronchiques.

Il y avait chez cette enfant une véritable inflammation pleurale, avec exsudation peudo-membraneuse, fait remarquable dans une pyrexie franche.

Sydenham avait déjà dit que la péripneumonie après l'éruption est très-dangereuse , et ne cède qu'à là saignée, qui doit être employée même chez les plus jeunes enfants.

Le même observateur préconise encore la saignée dans la diarrhée, dont il trouve la cause dans une inflammation du sang. Pour Sydenham, en effets il y a, dans ces cas, maladies véritablement inflammatoires.

On sait d'ailleurs que le médecin anglais saignait également des enfants de 9 à 10 mois pour les convulsions de la dentition, et dans la coqueluche il préférait la saignée à tous les autres remèdes; ces idées n'ont plus guère cours aujourd'hui dans la pratique médicale.

Chez notre enfant du n° 4, la pneumonie catarrhale a débuté le second jour dé l'éruption, qui a pâli aussitôt; mais il y avait en même temps congestion intense des intestins, l'enfant avait eu une diarrhée abondante.

Elle était habituellement d'une mauvaise santé,. et elle avait une ophthalmie et des glandes au moment où elle a été prise de rougeole.

Ici encore la rougeole est secondaire, elle atlaque une mauvaise constitution; aussi les lésions sont multiples et irrémédiables.

Nous pouvons déjà conclure de tout ceci, qu'un mauvais état de santé antérieur prédispose à des complications multiples et fatales. Plus les enfants sont jeunes, plus ils sont disposés à ces complications; quant à la forme de ces complications, elles sont essentiellement de nature congeslive, inflammatoire ou suppuralive.

Elles sont surtout prononcées dans l'appareil broncho-pulmonaire; cependant les autres organes n'y échappent pas, et sont le siège de lésions de même ordre que celles rencontrées dans l'appareil respiratoire.

Le n° 5 va nous présenter une lésion nouvelle, que nous trouverons souvent ensuite ; je veux dire des taches de purpura à la surface des poumons. 11 s'agit d'une enfant scrofuleuse, chez qui il se déclare une broncho-pneumonie dès le début de la rougeole; les différents foyers de suppuration se tarissent, et l'enfant meurt le cinquième jour de l'éruption. Je laisse de côté les lésions profondes des os, la tuberculisation des ganglions mésentériques (la seule fois que nous ayons constaté des tubercules), elles ne font qu'attester la diathèse scrofuleuse ; congeslion de l'intestin.

Dans d'autres cas, la rougeole semble n'apparaître que pour donner le dernier coup à un organisme profondément épuisé.

Tel est le cas du n° 6 affectée d'enléro-colite chronique. Outre les lésions propres à cette affection , l'enfant a présenté de la pneumonie catarrhale et un véritable croup, qui ne s'était traduit, et dans les derniers moments de la vie, que par l'extinction de la voix, sans accès de suffocation.

L'éruption était devenue hémorrhagique, l'enfant avait de l'œdème depuis longlemps et était leucocylhémique.

Ce fait, ajouté à bien d'autres qu'il nous a été donné d'observer, prouve la tendance des affections secondaires à rester latentes.

Le croup n'a été ici qu'un épiphénomène, et il s'est effacé devant l'état général si profondément débilité et si grave.

Je n'oserais dire non plus que cette enfant soit morte par la rougeole, elle est morte avec la rougeole.

La malade suivante va nous offrir de nouvelles difficultés à faire la part de l'état antérieur et la part de la rougeole n° 7.

Cette enfant leucocythémique était affectée de diarrhée chronique, avec œdème, purpura et ecthyma cachectique.

L'autopsie ne nous a fourni aucune lésion qu'on pût rapporter à la rougeole, qui n'a fait qu'apparaître la veille de la mort ; les lésions ne sont imputables qu'à l'étal antérieur.

C'est le type de l'état cachectique : gangrène d'un orteil, purpura général, congestion broncho-pulmonaire chronique, congestion et ramollissement chroniques de la surface de l'encéphale; ramollissement de la muqueuse intestinale; congestion chronique du foie; toutes ces lésions sont sous l'influence de la cachexie, de l'état chronique ; aucune ne relève de la rougeole.

La rougeole n'a fait que hâter le terme fatal ; elle n'a rien ajouté aux lésions antérieures.

Chez d'autres enfants, nous trouverons les mêmes lésions à l'état aigu , purpura , anasarque, etc. , déterminées par la rougeole, agissant sur de mauvais terrains, sur de mauvaises constitutions.

Le n° 8 a été prise de catarrhe pulmonaire deux jours avant l'éruption; elle a eu une gingivite intense, une angine couenneuse et une éruption hémorrhagique. La mort est arrivée le quatrième jour de l'éruption.

A l'autopsie, congestion pulmonaire, intestinale, hépatique et encéphalique intense avec léger ramollissement. L'enfant était rachitique.

Du reste, le caractère de toutes les lésions nées sous l'influence de la rougeole ou du moins modifiées par elle, c'est l'état congestionnel , actif, presque inflammatoire; seulement l'inflammation y prend le plus souvent un caractère bâtard.

Le n° 9 présente un rare exemple d'une anasarque inflammatoire avec albuminurie, suite de rougeole. Les reins présentaient un corn-

mencemeut d'anémie, partout ailleurs congestion intense; les poumons offrent un œdème inflammatoire avec ramollissement du tissu pulmonaire ; toutes les séreuses splanchniques présentent des épanchements troubles, dans lesquels nagent des flocons albumineux; il est remarquable de trouver celte série d'états inflammatoires à la suite d'une pyrexie; il y avait aussi leucocylhémie.

Les faits qui nous restent à étudier présentent tous un point commun, l'état gangreneux, qui s'est montré tantôt à la bouche, tantôt à la vulve. Nous allons surtout chercher l'ensemble des lésions qu'on trouve concurremment avec cet état gangreneux.

Au n° 10, il s'agit d'une enfant réduileau dernier degré du marasme, affectée depuis longtemps de carie vertébrale; eh bien, cette enfant résiste à la rougeole, elle ne succombe qu'à une gangrène de la bouche avec nécrose du maxillaire supérieur; ou trouve en outre de la congestion pulmonaire, du purpura à la surface des deux poumons.

Au n° 11, il s'agit encore d'une enfant qui a été presque toujours malade ; ici les lésions sont infiniment curieuses. Je laisse de côté les gangrènes des parties molles et la nécrose du maxillaire supérieur, d'autres lésions sont plus dignes de nous arrêter.

Pendant la vie, l'enfant nous avait présenté de la diarrhée fétide, de l'œdème, des plaques gangreneuses et du purpura; il s'agissait donc là d'une affection générale.

A Y autopsie, ramollissement du cerveau, épanchement considérable de sérosité, foyers apoplectiques dans les parois des ventricules latéraux; purpura sur les poumons, un peu de pneumonie catarrhale , noyaux d'apoplexie parenchymateuse ; taches ecchymotiques sur les ulcérations du gros intestin , foie gras ; purpura sur tout le corps et œdème des membres.

Ce qu'on doit rapporter à l'état antérieur, ce sont les ulcérations intestinales , c'est l'état gras du foie.

Au n° 12, c'est encore une enfant qui a presque toujours été malade, elle a eu presque toujours de l'humeur partout.

La rougeole a été accompagnée de muguet avec diarrhée abondante ; nous pouvons négliger la nécrose, l'engorgement squirrhoïde , l'entérite; sang à l'état liquide, congestion^encéphalique, pneumonie calarrhale avec emphysème pulmonaire; rate très-dure, très-ferme; entéro-eolite chronique, décoloration du foie; deux plaques de purpura. L'état gangreneux ne s'est jamais manifesté que chez des enfants très -jeunes.

Ici nous passons à une autre série d'enfants; avec le n° 13, commencent les gangrènes de la vulve. Le n° 13 est affectée depuis longtemps de lésions scrofuleuses , elle a paru succomber à une diarrhée intense. L'intestin présente de la psorentérie et des ulcérations assez nombreuses dans le côlon ascendant; le foie est gras; la rate est très-dure et présente un état tout particulier, elle est granuleuse, à grains fermes, presque chatoyants, séparés par des cloisons fibreuses très-denses.

Il y a un peu de congestion pulmonaire et d'épanchement encéphalique; gangrène de la vulve et de l'anus.

Le n° 14 est scrofuleuse; elle présente de la diarrhée dès les prodromes de la fièvre éruptive, broncho-pneumonie, éruption violacée , teinte asphyxique générale.

A Y autopsie, pneumonie calarrhale, dilatation très-marquée des bronches ; dégénérescence graisseuse du foie ; vascularisation intense de l'intestin , psorentérie ; ulcérations du gros intestin.

Nulle part il n'y a de tubercules; reste la gangrène de la vulve, qui est superficielle et ne dépasse pas la membrane tégumentaire.

Quant au mode de développement de la gangrène, il présente quelque intérêt. Il s'est développé d'abord des plaques rouges avec tuméfaction au niveau des follicules de la vulve; puis ces follicules sont devenus violacés, noirs au centre, et la plaque noirâtre a gagné de proche en proche; toutes ces plaques ont fini par se confondre

par leurs bords, de manière à former une seule plaque gangreneuse, comprenant toute !a peau des grandes lèvres, la muqueuse vulvaire et le clitoris.

Le n° 15 est une enfant de mauvaise race, ayant eu des convulsions, à dentition tardive; elle a pris une scarlatine avec angine couenneuse et bouffissure; la rougeole survient au moment de la desquamation scarlatineuse, avec coryza, diarrhée, mais l'ophlhalmie a disparu rapidement, et il s'est montré de la gangrène à la vulve. L'enfant meurt d'épuisement, un mois après être entrée dans le service.

A V autopsie, congestion pulmonaire et intestinale intense, dégénérescence graisseuse du foie, aphthesà la bouche, et quelques taches de purpura sur les membres inférieurs.

II nous reste à parler maintenant de six enfants chez qui la rougeole a déterminé la mort, soit à l'hôpital, soit à la sortie de l'hôpital, mais dont l'autopsie n'a pas pu être faite. Tous ces enfants avaient de 3 à 5 ans.

Le n° 16 toussait déjà depuis longtemps et elle avait eu des ophthalmies; la rougeole a amené une recrudescence des accidents thoraciques et une diarrhée intense. L'enfant a succombé rapidement.

Le n° 17 était affectée d'un état catarrhal chronique de toutes les muqueuses.

Surexcité par la rougeole, cet état catarrhal, dont la recrudescence seule a marqué l'invasion de la fièvre éruplive, a déterminé promptement l'état cachectique dans lequel l'enfant a été emportée du service.

Au n° 18, la rougeole, se développant chez une enfant affaiblie, a eu de la peine à sortir; il y a eu de longs prodromes catarrhaux; ces catarrhes ont primé l'éruption et amené rapidement la terminaison fatale.

Du reste, en ce moment nombre de nos enfants succombaient à la même forme catarrhale.

Au n° 19, est une enfant de mauvaise race, qui, à la suite d'un refroidissement, a été prise d'anasarque aiguë au moment de la desquamation, qui était abondante. Il est survenu de la diarrhée, de Ja broncho-pneumonie, un épanchement pleural, et de l'albuminurie. L'enfant est morte.

Le n° 20 est une enfant profondément débilitée, affectée d'une pleurésie heureusement modifiée par la scarlatine, malgré de l'œdème et de la leucocythémie consécutifs.

Mais l'enfant a pris de la leucorrhée, une ophthalmie purulente ; deux piqûres de sangsues se sont ulcérées; il est survenu aussi une ulcération grisâtre aux grandes lèvres : c'est à ce moment que s'est montrée une rougeole à éruption pâle, qui n'a fait que paraître et disparaître.

La rougeole est donc passée presque inaperçue et a laissé la diathèse suppurative et ulcérative suivre sa marche; elle n'a fait qu'ajouter de la diarrhée, et l'enfant a succombé d'épuisement.

Enfin, au n° 21, une enfant malingre a été prise d'une éruption rubéolique qui a pris le caractère hémorrhagique, et il est survenu une gangrène de la vulve, qui a été précédée d'accidents ataxiques très-intenses.

Ici encore les accidents généraux précèdent les lésions locales, et l'état gangreneux coïncide avec le purpura.

Cette enfant avait une sœur qui a été affectée de la rougeole en même temps, rougeole aggravée des mêmes complications.

Nous en avons fini avec l'analyse des faits; nous allons chercher maintenant à faire sentir les conclusions qui ressortent naturellement de tous les faits que nous avons exposés.

Nous avions affaire à une fièvre dite essentielle; nous avons cherché quels étaient les caractères de cette fièvre, quelle était son influence sur l'économie. Mais cette fièvre s'offrait à nous dans des conditions spéciales; il s'agissait d'enfants dont chacun présentait des conditions particulières, indépendantes de la rougeole, et relevant.

1859. - Touzelin. S

les unes de l'hérédité, les autres des milieux dans lesquels ils étaient nés et avaient dû subir leur développement.

Le plus souvent nous trouvions dans leurs antécédents une hérédité suspecte, des maladies antérieures ou encore existantes, trèsfréquemment la misère. C'est au milieu de toutes ces données que nous avons dû chercher le rôle de la rougeole, ses résultats, je ne dirai pas définitifs, mais du moins immédiats. A ces données déjà si complexes, nous avions à ajouter encore, pour entrer en ligne de compte, l'état de la constitution médicale, et enfin la période de l'épidémie. En effet, ce n'est pas là une considération indifférente, et soit que le virus s'épuise, soit que les malades s'habituent à son influence, les rougeoles perdent de leur gravité, à mesure que l'épidémie vieillit; aussi il nous a semblé que toutes choses égales d'ailleurs, une rougeole prise par un enfant depuis longtemps exposé à la contagion était moins grave.

Pendant quelque temps, les malades qui se succédaient aux mêrhes lits, alors même que la literie avait été complètement changée chaque fois, étaient pris de rougeole; la rougeole semblait attachée aux lits, et il faut bien reconnaître que cette accumulation de morbilleux dans une même salle y concentre le virus, qui, malgré tous les soins hygiéniques possibles , s'y perpétue et n'attend que des conditions favorables pour faire irruption.

Ce sont là des conditions qu'on ne retrouve pas en ville , et dont l'absence explique l'extrême bénignité de la rougeole hors des établissements hospitaliers.

Les prodromes ont été bien variés: tantôt spéciaux, souvent empruntés aux accidents déjà présentés par le malade; toujours nous les avons vus en rapport étroit soit avec la durée, soit avec la gravité de la maladie.

Quant à l'éruption, ses caractères se lient aux autres phénomènes présentés par les malades ; il est rare par exemple de rencontrer une éruption hémorrhagique qui ne soit pas accompagnée de phénomènes de même ordre.

La desquamation nous a manqué dans la grande majorité des cas, qu'ils soient bénins ou graves.

Quant aux complications, elles nous ont paru se rattacher soit à la coexistence d'une autre fièvre éruplive, la scarlatine,, soit à la constitution médicale régnante, soit à l'état antérieur du malade; d'autres fois au contraire elles nous ont paru spéciales à la rougeole et inhérentes au génie même de cette fièvre.

Un point qui a été assez débattu est l'anatomie pathologique de la rougeole; la rougeole a-t-elle une anatomie spéciale caractéristique ?

Or il nous a semblé que la rougeole, quoique toujours identique de sa nature, réagit différemment sur les différents organismes.

Elle peut emprunter ses lésions aux différentes formes morbides; elle se les assimile. Cependant nous croyons qu'il n'est pas absolument impossible de catégoriser tous les genres d'altération.

Et d'abord il y a évidemment une altération du sang, qui peut d'ailleurs se traduire par différents états : plusieurs fois nous avons trouvé de la leucocythémie, deux fois de l'albuminurie ; mais ce qui nous a semblé caractériser surtout ces états graves , c'est un état scorbutique.

On pourrait établir trois degrés dans la rougeole ou plutôt trois formes. Nous ne croyons pas en effet qu'une forme grave ne soit que la maladie montée à un degré plus élevé; ce qui constitue la gravité, c'est l'association de nouveaux éléments morbides. Mais je renvoie cette discussion au moment où je m'occuperai de la malignité dans la rougeole.

Il y a évidemment une forme catarrhale qui peut envahir les différentes muqueuses.

D'autres fois la rougeole s'accompagne d'une véritable dialhèse suppurative, et c'est déjà une forme plus grave.

Enfin il y a cet état scorbutique que nous avons mentionné plus haut, et qui se traduit par une éruption hémorrhagique, des épistaxis, de la gangrène soit à la bouche, soit à la vulve, soit à l'anus.

D'autres fois, concurremment avec ces lésions, nous avons trouvé une affection couenneuse soit de la gorge, soit du larynx.

Quant à la dépendance de ces lésions avec la rougeole, nous pouvons établir trois degrés :

1° Les lésions viennent de la rougeole, elles sont sous sa dépendance immédiate et sont inhérentes au génie de cette maladie.

2° La rougeole n'a été que la cause occasionnelle des lésions.

3° Les lésions sont dans la plus complète indépendance de la rougeole, qui n'est venue que hâter la terminaison fatale du malade.

Il est certains cas où les lésions qui ont amené la mort ont débuté assez longtemps après la disparition de l'éruption pour qu'on se demande quel est le rôle de la rougeole dans ces cas.

Ainsi la gangrène de la bouche a débuté plusieurs fois un certain nombre de jours après la rougeole, ce qu'on ne rencontre jamais pour les gangrènes de la dothiénenlérie, quand l'enfant paraissait en pleine convalescence.

On serait presque tenté de croire qu'il s'agit alors d'une affection locale ou du moins localisée, enfant perdue de la rougeole, qui réagit à son tour sur l'économie et l'empoisonne.

Ces accidents seraient imputables à l'encombrement des hôpitaux, aux miasmes qui régnent habituellement dans les salles d'hôpital ; la rougeole n'aurait fait qu'affaiblir l'économie et faciliter l'action de ces miasmes.

Quant à nous, nous croyons que les affections gangreneuses sont plus immédiatement sous la dépendance de la rougeole.

Nous regrettons sans doute de nous trouver ici en désaccord avec MM. RillietetBarthez.

Ces estimables auteurs pensent que la gangrène est exceptionnelle dans la variole et la fièvre typhoïde hémorrhagiques, et, selon eux,, ce n'est pas dans les cas où elle s'accompagne d'hémorrhagies que la rougeole donne naissance à la mortification des tissus. On a vu que toutes nos observations, prises avec le plus grand soin, ten-

draient à faire admettre une opinion diamétralement opposée à celle de MM. Rillielet Barthez.

La rougeole attaque presque tous les enfants ; il serait utile de savoir quelle peut être son influence sur leur santé ultérieure.

Nous l'avons vue améliorer certains états morbides; mais les malades sont vile perdus de vue.

La rougeole a-t-elle quelquefois de l'influence sur l'évolution organique, sur la croissance, sur les forces de l'économie? C'est une question que la clinique des hôpitaux ne permet pas de résoudre.

C'est là une lacune regrettable pour la science et pour la pratique ; mais enfin nous, nous devons nous arrêter au seuil de l'hôpital.

Cependant il nous est arrivé plusieurs fois d'avoir l'occasion de suivre ou devoir des enfants qui avaient qui une ophlhalmie, qui un impétigo, qu'on faisait remonter à la rougeole.

On ne peut guère juger des résultais d'une maladie par les suites immédiates, pas plus qu'on ne peut juger des résultats d'une révolution industrielle, scientifique ou politique, par les événements qui la suivent immédiatement.

La tâche du médecin n'est pas finie, selon nous, le jour où le malade recommence à manger et se trouve en état de reprendre ses anciennes habitudes.

Une maladie peut imprimer à l'organisme une nouvelle manière d'être ; bien entendu que nous ne voulons pas parler des pertes de substance, des nécroses, des infirmités, mais bien du nouveau mode suivant lequel s'accomplissent les grandes fonctions de l'innervation, de la nutrition, de la calorification, etc.

On conçoit d'ailleurs que les modifications imprimées pourront être plus ou moins profondes , suivant que la maladie agira sur un organisme en train de fonctionner ou en état d'enfantement d'une nouvelle fonction.

La maladie en effet comprend l'ensemble des troubles fonction-

nels qui résultent de l'influence d'un agent perturbateur sur un organisme donné.

Stoll, comparant la mortalité de la variole et de la rougeole, dit : «S'il meurt plus de monde dans la petite vérole que par ses suites, il en meurt davantage des suites de la rougeole que dans le cours de cette maladie même , et peut-être autant dans celle-ci que dans l'autre. »

Aussi Stoll recommande-t-il de n'inoculer la rougeole qu'aux sujets qui sont dans de bonnes conditions, bien que la rougeole inoculée ne donne qu'une petite fièvre; avec très=peu de toux, sans péripneumonie, et sans les effets qui ont coutume de suivre la rougeole naturelle.

Stoll signale en effet, à la suite de la rougeole, de petits mouvements fébriles, continuels, avec une toux catarrhale, tenace, susceptible de se terminer en phthisie.

Or il faut savoir distinguer, après chaque maladie, les phénomènes anormaux qui indiquent une altération grave de la santé, persistant après la maladie qui l'a occasionnée, de ceux qui ne sont que l'effet d'un travail de restitution organique, de reconstitution de l'économie à son état habituel de sauté.

Et maintenant, si je voulais comparer la rougeole à d'autres espèces du cadre norologique, je prendrais les affections catarrhales, les fièvres catarrhales, et en particulier la grippe, qui, l'éruption morbilieuse exceptée, présente tant de points de contact avec la rougeole, par les conditions extérieures qui en favorisent le développement, par ses symptômes, et souvent par ses conséquences ultimes.

Ici encore, troubles fonctionnels considérables sans lésions organiques stables.

Quand les parenchymes se prennent, ce sont des inflammations bâtardes, et dans le traitement, on doit se laisser guider par l'état général bien plutôt que par l'état local.

L'appareil f -brile n'est pas uue réaction contre une lésion locale,

mais a sa cause dans un état morbide général, comme dans les pyrexies.

Un au fond, l'état catarrhal peut revêtir bien des formes, avec ou sans localisation morbide ; il y a désaccord complet entre la fièvre et les lésions locales.

Les affections catarrhales, en effet, semblent obéir à un génie caché ; elles sont dominées par l'état épidémique, par les constitutions médicales ; il y a multiplicité enfin des actions morbides et marche insidieuse des différents actes pathologiques. L'état général dominant les états locaux mal accusés, il y a bien affection tolius substantiœ.

La fièvre catarrhale peut aussi faire passer à l'état chronique des états catarrhaux aigus, mais je n'ai pas le temps d'examiner ici les conséquences dernières des fièvres catarrhales.

L'érysipèle se rapproche de ces fièvres; et puis voilà le rhumatisme, affection relevant d'un état diathésa', constitutionnel, qui est soumis aux lois, aux oscillations des affections catarrhales.

Le rhumatisme semble tenir le milieu entre les phlegmasies franches et les phlegmasies catarrhales.

A mesure qu'on avance ainsi dans l'étude de la pathologie, après s'être exclusivement appliqué à distinguer les différences, on voit des analogies apparaître ; des affections , disparates au premier abord, se rapprochent pour venir se confondre dans une même classe.

Ces affections une fois rapprochées les unes des autres, voyons quelles sont les conditions qui vont leur imprimer des caractères de gravité insolites.

Il est des affections dans lesquelles le malade est subitement prostré, comme foudroyé; un organisme robustement constitué en apparence est abattu avec une rapidité insolite.

Les anciens, frappés de ces faits, disaient que ces individus étaient sous le poids d'une affection maligne.

Pour ne pas remonter plus loin, nous demanderons à Stoll une définition de la malignité :

« La faiblesse vitale, au commencement d'une fièvre née spontanément, sans causes affaiblissantes connues (pertes, etc.), s'appelle malignité, laquelle s'associe à toute espèce de fièvre. La fièvre putride toutefois est la fièvre maligne par excellence : U y a prostration vraie des forces vitales. »

Stoll distingue ensuite la malignité vraie, première, au début de la maladie, et la malignité secondaire, soit spontanée, soit factice.

L'irritabilité du cœur et des vaisseaux artériels, et par conséquent la vie même, est attaquée directement; c'est la cause prochaine de la malignité protopathique.

Les causes éloignées de la malignité protopathique ou deutéropalhique sont des évacuations excessives, alimentation insuffisante, mauvais état des humeurs, vice épidémique ou endémique.

La fièvre maligne se rencontre plus souvent sous une constitution putride que sous le règne des autres fièvres; elle ne guérit pas sans le secours de l'art.

Puis Stoll établit une différence radicale, essentielle, entre la faiblesse des actions animales et la faiblesse vitale , dans laquelle l'action musculaire du cœur, des artères, des poumons, et la circulation des humeurs qu'ils meuvent , sont diminuées au delà du point auquel la santé se soutient communément.

A la fin de la vie, la faiblesse vitale et la faiblesse des forces animales se trouvent fréquemment réunies dans le même sujet, dépendant des mêmes causes éloignées et prochaines.

On conçoit d'ailleurs qu'il faille un traitement varié et souvent opposé contre un symptôme en apparence le même ; la lassitude prolongée est souvent le signe précurseur de la malignité (anthrax malin chez des individus fourbus, surmené

Et Stoll se demande s'il n'y aurait pas un miasme volatil et contagieux qui produirait la fièvre maligne.

Il est des pathoiogistes , en effet, pour qui !a malignité apparaît dans les maladies comme attachée à un élément constant.

Zimmermann , dans le Traité de la dysenterie, se plaint du sens peu déterminé qu'on attache à l'idée des maladies malignes, et surtout à celle des symptômes de malignité ; il le regarde comme un mal aussi grand que l'incertitude par rapport à la chose même.

« Les routiniers et les charlatans, ajoute-t-il , appellent maligne une maladie qu'ils ne connaissent pas, et sans doute qu'une maladie doit être maligne pour ces gens dont tous les malades périssent par leur ignorance; le plus souvent la malignité doit être mise sur le compte d'un mauvais traitement plutôt que sur celui de la maladie. »

Aussi l'auteur du Traité de l'expérience est loin de regarder la malignité comme un état univoque de l'économie , état toujours identique à lui-même , et réclamant toujours des cordiaux , des stimulants.

Le mot malignité a eu à subir toutes les vicissitudes des doctrines médicales, ça été un champ de bataille où se sont donné rendezvous les défenseurs de tous les systèmes : vitalistes, organiciens, solidistes, humoristes, physiologistes, spécificistes , etc., chacun a entendu à sa manière la malignité, et faire l'histoire complète de la malignité, ce serait faire l'histoire complète de toutes les doctrines médicales , ce que nous ne saurions nous permettre en ce moment.

Barthez attribue les maladies malignes à la résolution des forces, qu'il cherche à distinguer de l'oppression des forces. Il paraît, dit Barthez, que les forces radicales de tout le système sont résoutes dans une maladie aiguë, lorsque les causes manifestes qui l'ont préparée et produite ont affecté profondément ces forces et lésé directement les fonctions de plusieurs organes; et qu'elles sont seulement opprimées, lorsque les lésions particulières des organes qui constituent les divers symptômes de cette maladie sont entièrement dépendantes de la lésion principale d'un seul organe. Puis Barthez

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veut réduire les maladies malignes à leurs éléments constitutifs, et appliquer à chacun de ces éléments ses moyens appropriés. C'est ainsi qu'on peut trouver dans une fièvre maligne des éléments périodiques, putrides, etc.

Pour Broussais, la forme dite maligne est un résultat de la vive irritation qui existe dans les grandes masses de matière nerveuse, désordonné l'innervation et menace de l'abolir; dans certains cas, elle dépendrait d'une susceptibilité exagérée de celte matière, et semble moins la preuve d'une atteinte profonde reçue par elle, que d'une idiosyncrasie particulière. Les causes qui affaiblissent avec le plus d'efficacité produisent presque toujours l'inflammation des organes irrités.

Nous voilà donc bien loin de l'indication des cordiaux, des analeptiques, des spiritueux ! Broussais, en effet, ne veut encore faire reposer les indications dans les affections malignes que sur les organes malades et sur la nature physiologique des aberrations qu'ils éprouvent.

Loin de répondre à un élément morbide spécial, le mot malignité ne servirait qu'à indiquer le caractère grave et insidieux d'une maladie quelconque.

Si nous insistons sur la détermination de ce mot malignité , c'est qu'il est le pendant des termes constitutions médicales, constitutions épidémiques, dont nous avons cherché à déterminer le sens d'après les auteurs qui nous ont précédé.

Ces mots renferment les idées qui les dirigeaient dans leur thérapeutique, et ils représentent plusieurs siècles d'idées médicales ; c'est donc à tort qu'on les rejetterait « priori, sans chercher ce qu'il y a au fond , et ce que les idées modernes peuvent et doivent y modifier.

C'est là une question pratique de la plus haute importance ; chaque jour, le médecin se trouve en face d'affections à forme maligne.

Dans ces derniers temps, on a étudié, avec un soin particulier, l'ictère malin, le rhumatisme à forme maligne, etc.

Mais on n'a peut-être pas assez déterminé les conditions diverses de la malignité.

Le mot malignité indique déjà qu'il y a là une inconnue, un quelque chose qui se meut à l'insu du médecin, qui rampe dans l'ombre; c'est ce formidable inconnu qui, au jour marqué, se dresse devant le médecin, au lit du malade , et lui annonce une terminaison irrévocablement fatale.

Le malade a été frappé d'un anéantissement profond alors que rien ne faisait présager ces accidents formidables ; à ce moment même, rien en apparence ne les explique : la vie va disparaître, et rien peut-être dans les rouages de l'organisme ne trahira la cause de cette issue imprévue.

Il est des maladies qui sont malignes par nature. Sans doute la malignité n'accuse ici que notre ignorance; chaque conquête médicale amoindrit le domaine de la malignité, en restreint les limites.

Cependant le charbon, la peste, etc., semblent des maladies de nature essentiellement maligne ; il y a là une intoxication inconnue du sang.

Dans un mémoire intéressant sur la peste, lu à l'Académie de Médecine le 12 juillet 1831, M. Pariset a essayé de dégager le quid divinum qui tendait à faire de la peste une maladie mystérieuse , «châtiment infligé à l'humanité,» diraient les partisans de la déchéance originelle.

L'auteur est allé sur les lieux mêmes étudier les causes de la peste , et c'est d'après les renseignements pris sur les lieux qu'il a composé son charmant mémoire.

Voici les conclusions auxquelles il est arrivé :

Affection contagieuse , la peste naît spontanément en Egypte ; elle n'est pas toujours et nécessairement contagieuse;

Apparue pour la première fois l'an 542 de l'ère chrétienne, elle ne s'est pas modifiée avec le temps , et elle a trouvé la raison de son origine dans les conditions physiques de la population.

Il faut donc bien avouer que le quid dwinum des épidémies ne

saurait représenter qu'une série de données qui nous échappent encore ; mais tôt ou tard on devra trouver la raison de ce quid dh'inum dans des conditions parfaitement déterminées et déterminables.

Le Delta est le foyer de la peste : terre étendue, égale, unie, chaude, humide et saturée de matière animale;

Pour anéantir la peste à jamais , il faut soustraire la matière animale à la chaleur et à l'humidité.

M. Pariset nous montre la civilisation ancienne ruinée par une religion nouvelle qui , faisant renoncer toute une population à ses anciennes habitudes, transforme une contrée prospère et florissante en un foyer pestilentiel : ubi soliludinem facinnt , pacem appellant !

La malignité peut tenir certainement aux constitutions épidémiques, aux constitutions médicales, et nous avons vu, avec Stoll, que la rougeole, maladie de sa nature bénigne , peut prendre la forme maligne par l'adjonction de la fièvre épidémique. Beaucoup d'affections puerpérales sont certainement dans le même cas. Les milieux dans lesquels se trouvent les malades, le séjour prolongé dans les milieux qui ont amené les maladies (surtout pour les affections d'origine palustre), le régime actuel des malades : voilà autant de conditions qui peuvent imprimer à certaines affections des caractères de malignité.

On sait, par exemple, aussi combien la dépression morale imprime de gravité au scorbut et à tant d'autres maladies.

L'encombrement hospitalier donne souvent un caractère sévère à des affections bénignes dans la pratique civile : muguets, ophthalmies, etc.

Ai-je besoin de répéter ce qui a été dit sur le développement des typhus ?

Un jour viendra certainement où l'on découvrira les altérations spéciales qui donnent à telle ou telle constitution épidémique ses caralères malfaisants, où le microscope et la chimie viendront à bout de trouver les lésions intimes produites sur les tissus et sur les humeurs de l'économie; mais je doute encore que les malades aient

beaucoup à gagner à celle précision affectée , à cette rigueur, que ne comportent pas toujours les phénomènes de la vie.

Voyons enfin le rôle qu'on peut attribuer au sujet lui-même dans les affections dites malignes. Nous avons déjà vu un physiologiste éminent nous montrer l'influence énorme exercée par l'état actuel d'énergie vitale sur le résultat ultérieur de l'influence des agents morbides.

Tout à l'heure encore nous parlions du défaut d'énergie morale, défaut qui indique presque toujours une faiblesse originelle de la constitution.

Nous allons examiner successivement l'individu à l'état dit de santé et à l'état de maladie.

La maladie n'existe pas sans substratum , avons-nous déjà dit; mais comment juger des qualités de ce substratum?

On se tromperait étrangement, si l'on voulait juger des choses par les apparences; il s'en faut que la force réelle soit en rapport constant avec le développement physique.

Voici une femme brune, aux cheveux bruns, au système osseux bien développé; vous pensez trouver en elle les attributs de la force.

Ici encore nous sommes obligé de répéter ce que nous avons déjà dit à propos de la vie, de la santé et de la maladie : la force n'est pas une chose absolue, ayant une commune mesure invariable.

Non, la force est une chose toute relative à l'individu, toute personnelle.

L'individu fort est celui dont toutes les différentes parties de la constitution s'équilibrent assez bien pour offrir une grande capacité de résistance aux diverses actions qui pourraient nuire à la régularité des fonctions.

Chez lui, les différents actes de la vie persistent en séries continues , sans avoir besoin de stimulants insolites pour persévérer dans leur activité.

Il y a encore un autre élément, c'est la durée de la résistance;

sustine, disaient les stoïciens; nous nous abstiendrons bien du second terme de la formule : abstine.

Le mot force, expression tout à fait relative à l'individu, à la constitution de cet individu, comprend donc deux termes : la résistance instantanée, éphémère, et la durée du temps pendant lequel cette résistance peut se maintenir; il est des colosses qui sont susceptibles à un moment donné de développer une grande vigueur, mais c'est un feu de paille.

Eh bien ! ces femmes brunes, à organisme si bien développé en apparence, elles n'ont pas de résistance vitale, la calorification se fait mal cbez elles ; il y a atonie, allanguissement des actions organiques.

La vie n'est pas assez puissante chez elles pour animer d'un souffle énergique ces grands corps, qui sont trop exigeants pour se conserver dans un état de santé à peu près parfaite. On dirait que le volume de ces organismes n'est dû qu'à la Iaxité des tissus, qu'à l'atonie, au défaut d'énergie.

En vertu même de cette dépression de Ténergie vitale, ou plutôt de cette dépressibililé toujours imminente, ces sujets, espèce d'êtres à température variable, subissent avec plus de facilité l'influence des conditions extérieures à l'organisme; si ces conditions sont défavorables et si leur action se prolonge, si certaines fonctions acquièrent une prédominance marquée, ces personnes deviennent plus susceptibles de contracter des affections chroniques.

Il y a plus, elles seront peut-être plus aptes aussi à sentir les atteintes de la maladie et à en traduire plus vivement les premiers attouchements, par un retentissement vital non en rapport avec la superficialité de la lésion; ce sont des balances folles que le moindre veut d'aventure fait trébucher.

La maladie, en tant qu'impression douloureuse, paraîtra plus forte qu'elle ne l'est réellement; il y a désaccord entre les troubles fonctionnels, dynamiques , et les lésions.

Ces individus peuvent paraître forts , mais ils ne peuvent sup-

porter la faim sans se trouver mal; ils sont pris de défaillance,, à la vue d'une goutte de sang; la moindre perte de sang les jette dans une prostration profonde ; forts, quand ils ont bien bu et bien mangé, ils sont incapables du moindre effort à jeun : ce sont des machines qui ne marchent qu'à force de combustibles. Il y a là un défaut d'harmonie, de consensus, de réciprocité d'action, qui doit toujours faire craindre que le jeu de la machine vienne à s'arrêter brusquement.

Ne vous y trompaz pas, il y a là un vice originel qui , tôt ou tard , se traduira par des lésions plus ou moins manifestes.

Cherchez dans les ascendants, dans les collatéraux , les descendants, et vous arriverez à trouver des traces non équivoques de ce vice originel.

On s'étonne que des individus de cette force procréent des avortons, et ceux qui ne voient qu'avec les yeux du corps d'être surpris !

La malignité peut encore tenir un quelque peu au siège principal de l'affection : ainsi l'altération des fonctions si importantes du foie doit jouer certainement un rôle considérable dans la malignité de certains cas d'ictère. Il ne m'appartient nullement de traiter de l'ictère malin, un de nos bons collègues (M. Genouville) s'est chargé de ce soin ; mais nous pensons qu'il y a là une affection complexe.

Morgagni (lettre 37) rapporte plusieurs cas d'ictère avec d'élire et convulsions; mais, s'il range ces cas à l'article Ictère, c'est que l'ictère est le premier symptôme qui s'est présenté. Il s'agit d'ictères survenus à la suite d'émotions morales vives, et Morgagni semble attribuer l'état malin , le délire et les convulsions, à l'état du sang.

L'ictère malin serait à l'ictère simple ce que la fièvre pernicieuse est à la fièvre intermittente simple , ce que sont aux accès fébriles simples les accès fébriles pernicieux, symptomatiques de lésions chroniques de l'appareil génito-urinaire : dans ce dernier cas aussi ,

l'économie s'intoxique d'elle-même, et l'intoxication prend la forme maligne.

Des cas d'ictère grave se sont montrés chez des femmes après la suspension des règles causée par des influences morales : eh bien ! la rétention du sang des règles produit aussi une intoxication sui generis ; témoin la chloro-anémie, qui suit si souvent la rétention du sang menstruel.

Nous trouvons encore parmi les autres causes de l'ictère grave des intoxications alcooliques à long terme, des excès de fatigue, une alimentation insuffisante, des émotions vives entées sur une maladie chronique du foie, etc.

L'altération primitive du sang va augmentant, ce liquide nourricier n'étant plus convenablement élaboré par le foie, dont les fonctions sont profondément troublées;

11 y a là un cercle vicieux.

N'a-t-on pas voulu aussi, dans ces derniers temps, attribuer les symptômes de la fièvre typhoïde à la résorption des matériaux altérés de la bile?

N'a-t-on pas aussi attribué la fièvre puerpérale à une intoxication , à l'urémie?

Dans l'ictère malin, l'altération du sang se traduit par l'état typhoïde , par des hémorrhagies, des parotides, ramollissement de la rate, albuminurie, etc., et enfin par une altération du foie; mais quelle est la cause de la destruction des cellules hépatiques? existet-elle constamment? quelle en est la signification , la portée?

Quant à nous, plus nous réfléchissons à celte question, plus nous pensons qu'il y a là association d'éléments complexes, et nous ne saurions croire qu'on trouvât dans le foie le mot de l'énigme.

Toutefois nous ignorons à quelles conclusions est arrivé M. Genouville.

On a cité, dans ces derniers temps, des cas de glycosurie se terminant par un état gangreneux.

Enfin une question qui devrait être du plus haut intérêt pour la

science, serait l'étude de l'influence du traumatisme sur les affections viscérales anciennes; la solution de ce problème rendrait compte de bien des complications qui amènent la mort à la suite de traumatismes presque insignifiants, dans certains cas du moins.

Voici un homme taillé en athlète , tout respire chez lui la santé la plus florissante; mais il fait depuis longtemps abus d'alcooliques. Il prend une fracture des deux malléoles avec plaie pénétrante, phlegmon diffus et mort rapide. A l'autopsie, altération profonde du foie. Et puis ce sont des malades retenus dans un service de chirurgie et qui prennent des érysipèles plus ou moins rapidement mortels, et l'on trouve à l'autopsie des lésions variées, restées latentes jusque-là.

Eh bien, dans d'autres cas, une intoxication légère, bénigne d'ordinaire, agit à la façon de ces traumatismes.

Deux enfants affectés de diarrhée chronique prennent la varicelle , et la varicelle présente la forme hémorrhagique et amène la mort; ailleurs ce sera une varioloïde hémorrhagique tuant un convalescent de fièvre typhoïde.

Je n'en finirais pas, si je voulais énumérer tous les cas possibles de la malignité.

Dans ces derniers temps, le rhumatisme malin a été mis à l'ordre du jour; des faits intéressants ont été cités par MM. Vigla, Trousseau, etc. Dans certains cas, le délire a été purement sympathique, on n'a pas trouvé trace d'altération dans l'encéphale.

Dans d'autres cas au contraire , il y a eu réellement transport de l'affection rhumatismale sur l'encéphale et ses enveloppes, à la suite d'émotions morales vives, etc.

A mesure que la science avance , le mot malignité perd donc le mystérieux dont il avait été environné jusqu'ici. •

La malignité n'est plus ce quid divinum insaisissable, une espèce d'entité qui devrait échapper toujours à nos irrévérentieuses recherches. Aujourd'hui donc, le mot malignité ne semble plus expri-

1859. - Touzelin. !0

mer qu'au état de l'économie dans lequel il y adésharmonie profonde, dans lequel la force de résistance est vaincue , et l'organisme livré sans défense aux agents de destruction, mais état pouvant se rencontrer dans presque toutes les maladies , pouvant revêtir presque toutes les formes pathologiques, et tenant à des conditions variables à l'infini , mais appréciables le plus souvent. Toutefois il est certaines formes que la malignité semble affectionner, ainsi la forme gangreneuse.

Si nous considérons maintenant que les affections nerveuses graves peuvent suffire à déterminer cette tendance à la gangrène, nous ne serons pas loin d'attribuer souvent les affections malignes à un état particulier du système nerveux, produit, la plupart du temps, par une altération du sang, que cette altération du sang soit d'ailleurs sous l'influence d'un virus, d'un miasme, d'une substance excrémentitielle résorbée et accumulée dans le sang ; sous l'influence d'une constitution épidémique , ou encore que le système nerveux ait été impressionné profondément par une émotion morale.

L'altération du sang peut encore provenir de cause ayant agi d'une manière chronique et ayant d'ailleurs amené des lésions chroniques de certains viscères importants de l'économie.

Zimmerman a déjà sigualé la gangrène des orteils dans la dysenterie maligne , et il pense que dans cette espèce de dysenterie la corruption des humeurs est différente , et en degrés et par son caractère , de la corruption qui a lieu dans la dysenterie ordinaire.

Dans les cas de rougeole qui ont revêtu une forme grave, nous avons presque constamment vu les formes hémorrhagique et gangreneuse s'associer. On comprend du reste que non-seulement les formes pathologiques peuvent s'associer, mais aussi que les éléments morbides, les causes pathologiques, pourront se réunir et se compliquer de différentes façons: constitution épidémique, milieux ambiants, régime, état de santé habituel , maladies antérieures et actuelles, etc.

C'est donc avec raison que Zimmermann s'élève contre ceux qui seraient tentés d'ordonner toujours le même traitement dans tous

les cas, et qu'il pense que le traitement doit toujours être approprié au cas particulier que l'on a actuellement sous les yeux.

En terminant cette thèse , je regrette d'avoir été aussi long ; mais le défaut de temps ne m'a pas permis d'être plus court.

Cette thèse a dû être improvisée avec mes souvenirs, et je n'ai eu le temps nécessaire ni pour les coordonner ni pour leur donner une forme qui convînt aux grands problèmes que j'abordais.

Car enfin ces questions sont des questions vitales pour la médecine, et il importe très-fort au médecin de savoir ce qu'il eu est, comme dit Pascal.

Quand notre génération aura épuisé tout ce que peut lui fournir de matériaux sérieux le positivisme actuel, force sera de regarder en arrière, et d'étudier ce passé si plein de grandes et utiles choses.

Et cependant l'évocation des noms de Sydenham , deStoll, de Barthez, de Broussais, n'est pas une menace pour le temps présent.

Nous aussi, nous avons nos découvertes, nos conquêtes, et les progrès accomplis, de nos jours, dans les sciences médicales ne le cèdent en rien à ceux des siècles passés ; et d'ailleurs, en fait de sciences comme en fait de civilisation , les époques ne se recommencent pas plus que la jeunesse ne revient au vieillard.

Si ou ne conteste pas les progrès actuels , chaque jour encore on fait aux médecins un crime du peu d'accord qui règne dans leurs opinions scientifiques.

Sans doute il est plus d'un sceptique qui est de l'avis de Montaigne, que l'incertitude de la médecine autorise toutes les envies :

«L'art de la médecine n'est pas si résolue, que nous soyons sans auctorité, quoy que nous facions ; elle change selon les climats et selon les lunes, selon Fernel et selon L'Escale. Si vostre médecin ne treuve bon que vous dormez , que vous usez de vin ou de telle viande, ne vous chaille; je vous en trouveray un aultre qui ne sera pas de son advis.

« La diversité des arguments et opinions médicinales embrasse toutes sortes de formes. »

Dans un chapitre intitulé De la Ressemblance des enfants aux pères, Montaigne cherche à prouver la nocuité de la médecine, comme il suit : «Depuis ces anciennes mutations de la médecine, il y en a eu infinies aultres iusques à nous; et le plus souvent, mutations entières et universelles, comme sont celles que produisent de notre temps Paracelse, Fioravanti et Argenterius ;

«Car ils ne changent pas seulement une recepte, mais, à ce qu'on me dict, toute la conlexlure et police du corps de la médecine, accusants d'ignorance et de piperie ceulx qui en ont faict profession iusques à eulx; ie vous laisse à penser où en est le pauvre patient. »

On dirait, par moments, que Montaigne est tenté d'attribuer l'existence même des maladies à la médecine; ainsi il rend les médecins responsables de la mort d'Estienne de la Boëtie (mort de la dysenterie en 1563), l'illustre auteur du traité de la servitude volontaire :

«Ils me tuèrent, dil-il, un amy qui valoit mieulx que tous tant qu'ils sont» (t).

Voici sa conclusion, elle est digne d'être rapportée intégralement :

«Je laisse faire nature, et présuppose qu'elle se soit pourveue de dents et de griffes, pour sedeffeudre des assaults qui lui viennent, et pour maintenir cette conlexture de quoy elle fait la dissolution. Je crains, au lieu de l'aller secourir; aussi, comme elle est aux prinses bien estroites et bien ioinctes avecques la maladie, qu'on secoure son adversaire au lieu d'elle , et qu'on la recharge de nouveaux affaires. »

Mais aussi sur quoi l'art de la médecine reposait-il alors? Écoutons le sage Montaigne nous parler de l'expérience:

(1) Combien de gens, par le temps qui court, aiment mieux attribuer leurs maladies aux médecins plutôt qu'à leurs excès, à leur mauvaise constitution, etc., et seraient presque de l'avis du cboliqueux philosophe, si acoquiné à sa triste position !

«Il n'est désir plus naturel que le désir de cognoissance. Nous essayous tous les moyens qui nous y peuvent mener ; quand la raison nous fault, nous y employons l'expérience, qui est un moyen de beaucoup plus faible et plus vil. » L'expérience un moyen vil!

Mais bientôt Bacon allait venir proclamer qu'il faut se garder de donner trop au jugement, et pas assez à l'expérience.

La médecine aujourd'hui semble marcher dans les voies que lui traçait le chancelier de Verulam, et les médecins sont encore loin de s'entendre.

L'accord absolu dans les sciences serait la négation de leur avenir, de tout progrès: il n'est pas plus possible, pas plus désirable, que dans les sociétés politiques.

Quand vous voyez un enfant en bonne santé, vous est-il jamais venu à l'idée de l'empêcher de grandir, sous prétexte de lui éviter bien des chances de maladies, d'arrêter le développement de son organisme, d'enfermer son intelligence dans un cercle infranchissable ? Mais vos efforts seraient impuissants. Empêchez donc l'humanité de marcher, de croître, et de poursuivre le développement matériel, intellectuel et moral, qui est dans son essence ; essayez de barrer la route au progrès. Quos ego!

Et cependant, chaque effort que l'homme fait pour s'affranchir, pour augmenter son bien-être physique et moral, il ne le fait qu'en s'exposanl à des périls incessants.

Son organisation plus délicate met trente ans à prendre tout son développement; les phases d'évolution se multiplient, et ce sont autant de portes ouvertes à la maladie.

Avec les progrès de la civilisation, la vie prend chez lui une magnificence insolite ; mais , à mesure que la vie croît en intensité et en splendeur, elle devient plus vulnérable. Pour être heureux, que de besoins à satisfaire, que de chances qu'ils ne soient pas satisfaits, et ciue la civilisation n'ait apporté que cuisantes déceptions!

Comparez l'homme de nos cités modernes au vieillard dont parle Virgile:

Regum œquabat opes animis, seraque reverlens. Nocte domum, dapibus mensas ouerabat inemptis.

Oui, la fréquence et l'intensité de la maladie croissent avec l'intensité et la magnificence des manifestations de la vie, comme les chances d'erreurs croissent avec la liberté; et cependant l'homme ne renoncera pas à la civilisation : Malo pericutosam libertatem qnam quietum servitium.

Si tout ce qui vit est justiciable de la maladie, la maladie cependant n'est pas le résultat fatal de l'organisation, mais bien plutôt une conséquence de l'usage qu'on fait de la vie.

La maladie apparaît comme le frein imposé par la nature pour empêcher la dégénérescence illimitée des types, les variations légitimes du type ne pouvant se faire qu'entre certaines limites, au delà desquelles la capacité de résistance vitale est vaincue.

Par l'extinction des individus, des familles, des races, la nature met un terme aux dégénérescences physiques, intellectuelles et morales. Au milieu de ces luttes douloureuses , le médecin apparait comme l'homme destiné à émousser les pointes aiguës de la douleur, à aplanir les voies.

Ce n'est pas sans raison que Gœthe a personnifié les luttes de l'humanité dans la figure d'un disciple d Hippocrate.

Le prêtre a son problème résolu de toute éternité , la moindre velléité de pensée lui est interdite; le slatu quo doit êtrelenec plus ultra de ses aspirations ; il s'en remet, pour tous les événements du monde, à la sagesse de la Providence.

Mais l'homme ne relève que de lui-même , il se doit la santé et le bonheur.

Choses éternellement mobiles, la santé et le bonheur changent avec l'âge, le sexe, le tempérament, etc.

Le médecin consacre sa vie à l'étude de ces problèmes sans cesse

renaissants, il cherche !a loi suivant. laquelle s ra régit la santé et la maladie; tout ce qui souffre est de son domaine, personne plus que lui n'a le droit et le devoir de dire : Homo sum, et nihil Jmmam a me alienum puto (1).

Mais la science marche lentement au gré des impatients, et d'ailleurs dans quelle position inégale place-t-on chaque jour le médecin en face du malade ?

L'homme emploie le tiers de son existence au moins, sinon la moitié, à arriver à son développement complet; il a reçu souvent de ses ascendants des prédispositions morbides, qui se développent avec lui; un mauvais régime a détérioré sa constitution, il épuisera en vains efforts jusqu'aux derniers restes d'énergie vitale; et alors seulement que la douleur l'aura cloué sur son lit, il appelle l'homme de l'art.

Son passé, il refuse de le dire; son médecin n'a le droit de connaître que le présent, et encore ! On sent que le malade voudrait imposer à l'homme de l'art ses opinions, ses préjugés :« le leur donne loy de me commander , de m'abrier chauldement , si ie l'ayme mieulx, ainsi que d'aultre sorte, » disait Montaigne. Que de malades agissent encore aujourd'hui comme Montaigne! Et cependant ils voudraient être délivrés rapidement d'une maladie dont les éléments se sont amassés petit à petit pendant de longues années, maladie à laquelle nous n'avons à opposer que l'hygiène d'un jour, la thérapeutique d'un moment !

C'est que les malades pensent, avec La Rochefoucauld, que c'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa santé par un trop grand régime.

Oui, il y a, pour le médecin, des jours de défaillance, de sombre

(1) L'art de la médecine, dit Bacon, est des plus nobles, et rien de plus illustre par son origine, si nous en croyons les poëtes.

découragement, quand il se voit condamner à ce travail stérile des Danaïdes.

Investi, attaqué de tout côté par les préjugés, par des obsessions de toutes sortes, le jeune homme, malgré ses efforts, retombe dans la médiocrité, où l'oppression des préjugés le retient, a dit Zimmermann.

Mais l'histoire est là qui veille à ses côtés : elle lui montre le progrès se poursuivant d'une façon continue à travers les phases plus ou moins douloureuses que la science a dû parcourir; elle le fait contemporain de tous les siècles, de tous les savants , et lui permet d'échapper aux préjugés, aux pressions qui nous enserrent de toutes parts, et qui sont la mort de l'intelligence et du cœur.

L'homme n'occupe qu'un point imperceptible dans l'espace et dans le temps, mais la vérité est éternelle et finit toujours par se faire accepter.

Rappelons donc , en finissant, ces paroles d'un illustre disciple d'Hippocrate : «La joie ou |a tristesse que nous ressentons du bonheur public est comme une pierre de touche par laquelle nous pouvons nous connaître nous-mêmes et juger si nous sommes gens de bien ou méchants. »

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Accession no.

Author Collin, P.L.

De la variodermit; (variole) „. 1860.

Call no.

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