AVANT-PROPOS. X
partie de la cuisse et du bas -ventre , quelquefois les muscles mêmes. Rien ne réussit à borner ces gangrènes que 1 opium et le quinquina , administrés deux ou
trois fois le jour.
C’est à peu près à la même époque que l’Anglais Turnbull conseille l’opium intérieurement , conjointement avec le mercure , pour garantir l’estomac de l’impression des sels mercuriels , et en topique dans les ulcères vénériens opiniâtres et de mauvais caractère. Il cite entr’autre , une formule espagnole qui consiste à mêler l’opium au camphre ; on dirige sur l’ulcère la vapeur de ce mélange qu’on fait brûler.
Le Docteur Althof , dans ses remarques pratiques sur quelques remèdes , imprimées à Goethingue en 1791 , vante aussi l’opium comme le meilleur moyen contre les affections locales , rebelles au
Xij AVANT-PROPOS,
mercure , contre la gonorrhée , la stran-* gurie spasmodique , les ulcères , les douleurs ostéocopes , etc. etc.
M. Marc , médecin d’Erlang , a donné en 1792, un mémoire sur l’efficacité de l’opium dans les maladies vénériennes ; il y consigne cinq observations concluantes des heureux effets de ce médicament dans la siphilis.
M. Iraient in , que je viens de citer, se trouvant à New-York en 17945 eilt occasion de voir dans un hôpital de vénériens, des matelots affectés d’une gangrène semblable à celle des soldats de Nancy. Il conseilla le meme traitement qu’il avait employé en 1789 ; et ce fut avec le plus heureux succès. Trois ans après, j’obtins, dit ce médecin distingué , les memes succès à A orfolk en Virginie , dans des cas d’ulcères vénériens gangreneux. Il ajoute que par le moyen de l’opium , il a
AVANT-PROPOS. XUJ
constamment évité de donner les robs dits antisiphilitiques ; que dans le cas de ptyalisme causé par le mercure , l’opium en a presque toujours diminué l’abondance; que c’est enfin le meilleur remède qu’il connaisse comme accessoire du mercure. ( M. Valentin ma communiqué ces notes durant le séjour quil vient de faire à Lyon. )
Il résulte du petit nombre de recherches qu’il m’a été possible de faire , que l’opium est un remède héroïque dans les cas de maladies vénériennes invétérées 5 opiniâtres , qui ont paru résister au mercure ; que même dans quelques circonstances , ce médicament a paru seul capable de guérir des symptômes vénériens, sans l’intervention du mercure. Si cette dernière propriété peut encore lui être contestée , c’est peut - être parce quil n’a pas été fait des expériences assez multipliées par les divers médecins
xiv A VATNT - PROPOS,
qui l’ont tenté dans d’autres circonstances ; car s’il n’a pas été possible aux Commissaires de Lille de proclamer ouvertement cette propriété , c’est moins faute d’une conviction intime, que parce que les faits dont ils ont été témoins n’étaient point assez nombreux. On sait d’ailleurs que le Docteur Merlin n’élevait aucun doute sur cette propriété , lui dont l’expérience était bien plus étendue. S’il m’était permis de me citer en témoignage de l’expérience de M. Merlin , je dirais que j’ai déjà en mon pouvoir un
assez grand nombre d’observations qui
justifient pleinement ce dernier point de la pratique du médecin de Lille. Cependant , comme dans des cas semblables notre propre conviction ne suffit pas , et que tant qu’il reste quelque équivoque sur un point contesté , les conséquences ne peuvent pas être admises comme rigoureuses ; que nul , au reste , n’est tenu de s’en rapporter à la parole d’autrui , à
avant-propos. XV
moins que l’assertion ne soit matériellement démontrée, j’attends d’avoir recueilli des observations, et plus nombreuses et plus directement concluantes , pour les publier. J’espère mettre alors dans tout son jour la vertu anti - vénérienne de l’opium , et démontrer qu’il est non-seulement un excellent remède dans les cas de symptômes vénériens qui paraissent avoir résisté au mercure , mais qu’il est de plus capable de guérir la vérole, sans l’intervention de ce minéral. Une longue pratique et des succès multipliés éclairciront, je pense , toutes les équivoques et fixeront tous les doutes à cet égard.
La question de l’efficacité d’un médicament quelconque est une question purement de fait; le raisonnement y a peu de part , quelque ingénieux et savant qu’il soit , et à plus forte raison s’il n’est que défectueux et grossier. Ail reste, il est impossible de bien juger de ce meme