‹ De la vertu de l'opium dans les maladies vénériennesChapitre 7 sur 11 · I.re Observation · texte numérisé non relu

I.re Observation

Un gentilhomme est le sujet de cet événement. 11 avait passé, pour une vérole confirmée, par ce qu’on appelle les grands remèdes. Il les supporta bien , ce qui lui donnait l’espoir d’une parfaite guérison. Mais une cruelle céphalée ayant succédé aux longues souffrances qu’il avait déjà éprouvées, donnait lieu d’appréhender que malgré le calme qui régnait dans toutes les autres parties du corps, il ne subsistât encore quelque reste du vice principal porté à la tète.

Le malade prenait de I’Opium pour calmer ce nouvel accident ; on tentait l’impossible pour le vaincre , mais inutilement. Il restait donc à revenir aux frictions. Mais , soit timidité , soit répugnance de la part du malade, soit que la saison ne fût pas favorable , soit encore d’autres raisons, nous détournèrent de cette nouvelle entreprise. Cependant on continuait 1’ Opium , pour satisfaire du moins au besoin permanent de procurer un calme qu’on

ne pouvait obtenir par aucun autre moyen. On suspendit même , par rapport à l’aversion du malade , tisanes, bains, purgations et tous les autres secours accessoires qu’on avait coutume d’employer. L’Opium resta donc le seul et unique remède. On en porta la dose si loin , parce que la céphalée le tourmentait vivement , qu’il parvint à en prendre jusqu’à trente, et même quelquefois jusqu’à quarante grains par jour.

Le malade prit de ces doses variées d’OPiUM pendant environ cinquante jours , au bout desquels il se trouva guéri ; et à peu près dix ans se sont écoulés depuis , sans qu’il ait rien éprouvé qu’on puisse attribuer à une origine vénérienne.

Calcul fait de la quantité d’OpiUM employé , il résulte qu’elle s’élève à huit cents grains.

Je me crois obligé d’avertir que l’OPlUM dont il est ici question est le véritable Opiu?æ des pharmacies , je veux dire I'Opium tel qu’il nous arrive de l’Egypte , de la Perse , de l'Arabie , de l’Anatolie ou des autres pays chauds de l’Asie. 11 est indifférent que nous le tenions de l’une ou de l’au tre de ces con trées , puisque les naturalistes et les voyageurs nous assurent qu’il y est également bon. Ainsi l’épithète de thébaïque qu’on était dans l’usage de lui ajouter, est inutile aujourd’hui; il suffit que I’Opium soit de bon choix. Il sera tel,

comme le dit Kempfer , si ce n’est pas le méconium des anciens , -c’est-à-dire , le suc exprimé et condensé des tètes , des tiges et des feuilles de pavots, contuses et pilées, mais bien la larme de ces mêmes pavots , c’est-à-dire , le suc qui découle spontanément des crevasses naturelles ou des incisions pratiquées aux têtes de ces plantes, et qui s’y est condensé et épaissi. 11 doit être dense , un peu mou , lisse , brun , amer, et, comme le dit le formulaire de Florence , faire venir le sommeil en le flairant , et se fondre facilement dans l’eau. Qu’il soit le produit du pavot blanc ou du noir , peu importe ; Alston nous assure que ces deux pavots

donnent un suc qui ne diffère nullement ni en

saveur , ni en vertu.

C’est donc de cet Opium choisi que j’ai fait usage , soit dans l’observation précédente , soit dans les cas suivans.

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