‹ De la vie et de l'intelligenceChapitre 23 sur 229 · IV. — Conséquences pliilosophiques · texte numérisé non relu

IV. — Conséquences pliilosophiques

Une philosophie a dit : Penser c'est sentir.

Penser est si peu sentir (même matériellement parlant) que le cerveau est insensible, impassible; on peut le blesser, le piquer, le couper par trancheSj sans produire aucune douleur.

La sensibilité est dans les nerfs et la moelle épinière, où n'est pas l'intelligence ; et l'intelligence est dans le cerveau où n'est pas la sensibilité.

La ïîensibilité et l'intelligence sont donc deux faits distincts, et si distincts qu'ils ne résident pas môme dans le même organe, qu'ils résident dans

deux organes trcs-disliiicts, très-différents, trèsindépendants l'un de l'autre.

L'indépendance entre les organes est telle que l'un (le cerveau) peut être enlevé sans que cela nuise à l'autre (la moelle épinière).

L'indépendance entre les fonctions est telle que l'une, rintelligcnce, disparaît tout entière avec le cerveau, et qu'alors la sensibilité reste tout entière parce que la moelle épinière reste.

C'est encore ici une opposition admirable. La sensibilité est où n'est pas l'inteUigence ; l'intelligence est où n'est pas la sensibibté* L'organe qui pcHse n'est pas celui qui sent ; l'organe qui sent n'est pas celui qui pense.

Preuve absolue de la distinction de la sensibilité et de l'intelligence, et la première qui le soit à ce point.

On a dit penser c'est sentir ; sentir n'est pas même percevoir. Le cerveau seul perçoit.

Ici les fonctions, les facultés, les forces sont séparées par les organes, nouvelle analyse, et tout expérimentale.

Je dis que tout ce qui réside dans un même organe est de même nature, et que chaque fait qui réside dans un organe à part est un fait distinct.

Je distingue les forces par les organes.

Qu'opposer à cette analyse, h ces distinctions?

Tout ce qui est de même organe est de même nature, tout ce qui est d'organe différent est de nature différente.

J'analyse par les organes.

T. — Unité de l'intelligence.

L'intelligence tout entière est-ce une faculté une? Réside-t-elle dans tout le ceneau? Le cerveau tout entier (le cerveau proprement dit, bien entendu), est-ce un organe un?

Ou bien l'intelligence n'est-elle que la collection de différentes facultés? Le cerveau n'est-il qu'une collection de différents organes ?

Remarquez que si l'intelligence est une faculté une, est une faculté, l'intelligence est un fait et non un nom; elle doit avoir son siège, son organe.

Au contraire, si elle n'est qu'une collection de facultés, ce n'est pas elle qui est le fait ; ce sont les facultés ; et alors il ne faut plus chercher le siège de l'intelligence en général, mais le siège particuher de chaque faculté '.

Voyons d'abord l'expérience. Le cerveau propre-

1. C'est ce que fait la Phrémlogie. — Voyez mon livre intitulé : Examen de la Phrénologie.

ment dit est le siège de l'intelligence : en l'enlevant tout entier, toute intelli-gence est perdue ; mais cela peut tenir à ce qu'on a enlevé un organe collectif, l'organe multiple d'une collection de facultés. Or, on peut enlever, sur un animal, soit par devant, soit par derrière, soit par côtés, une portion assez étendue des lobes ou hémisphères cérébraux, sans qu'aucune faculté intellectuelle soit perdue : toute l'intelligence subsiste.

Mais, passé une certaine limite, dès qu'une faculté disparait, toutes disparaissent.

Et il y a plus. On peut conduire l'expérience de manière que la lésion puisse guérir, et les fonctions renaître. Eh bien encore, dès qu'une faculté renaît, foules renaissent. Tout se perd, tout renaît donc à la fois, tout n'est donc qu'un; l'intelligence est donc essentiellement une faculté une.

Voilà la preuve physiologique de l'unité de l'intelligence; la preuve philosophique est bien plus forte sans doute ; mais il faut parler à chacun son langage, et aux mauvaises philosophies qui prétendent appui sur la physiologie, il faut montrer que cet appui n'est pas, et que la physiologie ne dément pas le sens intime.

Le cri le plus fort du sexs lmime est celui de Vunité de V intelligence, de Y unité du moi.

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