De la poudre de cantharides
2. Voyez, sur ce point, mon livre intitulé : Ueclierehes erpérimentales lur les propriétés et tes fonctions du système ncrveujc, et la première partie de ce volume-ci.
j'en ai fait pratiquer une seconde, qui m'a offert la duremère à l'état sain.
On pouvait alors piquer, à côté l'une de l'autre, la portion de dure-mère enflammée et la portion de dure-mère à rétal sain; et selon qu'on piquait Tune ou l'autre, ou l'animal souffrait, criait et s'agitait, ou l'animal ne sentait rien : sous l'une et l'autre des deux portions, le cerveau était également impassible.
Je passe à mes expériences sur les ligaments.
J'avais déjà fait, il y a longtemps, quelques expériences sur le ligament de la ro'ule, ou tibio-rotulien.
Ce ligament est parfaitement insensible à l'état normal, comme le tendon crjchille, dont je parlais tout à l'heure ; et, comme le tendon d'Achille, il prend ou manifeste une sensibilité très-vive, lorsque, par des excitations prolongées piqûres, déchirures, incisions, etc.), on l'a porté à un certain degré de rougeur et d'inflammation.
J'ai imaginé de faire appliquer une couche de pommade épispastique sur ce ligament. Vingt ou vingt -quatre heures après, ce ligament a manifesté une sensibilité extrême.
J'ai fait appliquer une pareille couche de pommade épispastique sur le tendon d'Achille; et vingt ou vingt-quatre heures après, la sensibilité de ce tendon a été également excessive , extrême.
Dans ces deux cas, je n'agissais que sur un lignmfnt , que sur un tendon, et pourtant qui n'en eût pas été averti aurait certainement pu croire, aux cris do l'animal, que j'agissais sur les parties les plus sensibles du corps vivant , sur les parties sensibles par excellence, et les seules qui le soient par elles-mêmes, c'est-à-dire sur les nerfs.
J'arrive au périoste.
Tout ce que je venais de voir m'avait singulièrement étonné, et certes en avait bien le droit: ce que m'a offert le périoste m'a plus étonné encore.
S'il est unt' jiartie, une membrane, qui soit naturellement, constamment, continuellement insensible, que chacun sache être insensible, c'est, sans contredit, le périoste.
J'ai fait découvrir, sur plusieurs chiens ', le périoste à la la face antérieure et interne du tibia, là où le périoste est seul. J'ai l'ait ensuite appliquer inmiédiatement sur ce périoste, mis à nu, une couche de pommade épispastique.
Quinze, vin.^tou vinj;t-quatre heures après, l'épispastique a été enlevé, et le périoste s'est montré rouge et un peu gonflé.
On l'a piqué alors, on l'a incisé ; et, à chaque piqûre , à chaque incision, l'animal a poussé des cris aigus.
Toutes ces expériences sont nettes et décisives. Toutes parlent. Toutes accusent la sensibilité des parties fibreuses et tendineuses, latente ou cachée à l'état sain, et manifeste , patente, excessive à l'état malade. Une grande contradiction de la science disparaît donc enfin ! Ces mots : douleurs de la goutte, des rhumatismes articulaires, dfs os, etc., ont enfin un sens; je dis un sens physiologique, car tant que les parties, siège de ces douleurs, passaient pour être absolument insensibles, ces mots n'en avaient pas. Comment expli(iuer l'existence de la douleur, et des plus cruelles douleurs, avec des parties insensibles?
1. Tontes ces expériences ont été faites et répétées bien des fois, quoique je n'en cite ici, selon ma coutume, que qnelqnes-unes.
ae NOTE s.
Haller n'a donc vu que lélat normal, que l'état sain '. Toutes ses expériences ne se rapportent qu'à cet état. Au fond, et quoi qu'il en ait dit, lui et son école, qui , sur ce point, domine depuis un siècle, il n'y a point de partie absolument iu.seiislhle dans le corps vivant.
La sensibilité est partout; et, dans les pariies même (les tendons, les ligaments^ la dure-tnère, le périoste) où, habituellement, elle est le plus obscure, il suffit d'un degré d'irrilation ou d'inflammation donné, pour la faire passer aussitôt de l'état latent et caché à l'état patent et manifeste.
1. Je ue parlp point ici du péricste interne ou tnembrane médullaire, parce qu'Haller déclare ne l'avoir point soumis à l'eipérienceiVoyez ses.Uem sur les part, sensib. et irritab. du corps animal, t. IV, p 87). Pour moi, je l'ai toujours trouvé Irès-sensible, je dis très-sensible à l'état normal; et, bien longtemps avant moi, Duverney, le père de l'anatomie comparée moderne, avait vu et dit tout ce qu'on peut en voir et en dire : « Quant au sentiment de la « moelle, dont on a fort douté, on voit par les expériences que j'en ai faites, a qu'il est très-vif et très-eiquis. « {llém. de l'Aïad. des sciences, an. 1700 p. 15.)
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