III. Causes du mouvement respiratoire du cerveau
J'ai dit , en commençant cette Note, que la véritable , la principale cause du mouvement respiratoire du cerveau n'était pas dans les veines jugulaires et vertébrales , comme l'avaient pensé Haller et Lamure, mais dans les deux grands sinus des vertèbres. Je crois devoir reproduire ici quelquesunes des expériences, sur lesquelles je fonde cette assertion.
Évidemment, si le mouvement respiratoire du cerveau tenait aux veines jugulaires et vertébrales, il devrait suffire de lier ou de couper ces veines pour que ce mouvement cessât. Mais il n'en est rien ; on peut lier, on peut couper ces veines : le mouvement du cerveau continue.
J'ai ouvert, j'ai lié, sur plusieurs lapins, les veines jugulaires et les vertébrales : dans tous ces cas, le mouvement du cerveau s'est de plus en plus affiiibli; mais, quoique de plus eu plus faible , il a toujours subsisté *.
< . Du moins, tant que l'animal a conservé assez de sang pour respirer et pour vivre. Et, dans tous ces cas, comme on le verra bientôt, après la mort de l'animal, le thorax ayant été comprimé, le mouvement du cerveau a recommencé.
Voilà ce que j'ai vu, et, chose fort singulière (car cela détruit en effet toute son explication , cette explication qu"Haller et lui se sont si vivement disputée), ce que Lamure lui-même avait vu.
« Ayant coupé , dit-il , les veines jugulaires, ayant plongé « le scapel dans l'intervalle des deux apophyses transverses « des vertèbres du cou pour couper les veines vertébrales, « le mouvement du cerveau subsistait encore aussi sensible « qu'auparavant ^ »
La véritable, la principale source du sang qui, par son afflux pendant l'expiration, meut le cerveau, le soulève, le gonfle , n'est donc pas dans les veines jugulaires et vertébrales, ou du moins n'y est pas uniquement. Où donc cette source est-elle?
Lamure avait déjà remarqué que, si l'on comprime le thorax sur un animal mort, on voit aussitôt les mouvements du cerveau qui renaissent.
« L'animal étant mort, dit Lamure, je lui soufflai dans « les narines, en comprimant en même temps le thorax; « le cerveau s'éleva très-sensiblement, mais je m'aperçus « que la même chose arrivait en ne faisant autre chose « que comprimer et relâcher alternativement les côtes. « Par cette manœuvre, les mouvements du cerveau parais- « salent dans l'animal mort aussi sensibles que dans le « vivant. Lorsque je comprimais les côtes, le cerveau « s'élevait ; lorsque je les abandonnais à elles-mêmes, il « s'abaissait ^ »
J'ai répété l'expérience de Lamure, et c'est en la répétant
i. Recherches sur la cause des muuvemenls du cerveau, etc. 2. Idem.
que je suis parvenu à démêler enfin la vraie cause des mouvements du cerveau.
Si , sur un animal mort, on comprime et relâche alternativement le thorax , le cerveau ayant été préalablement mis à nu, on voit le cerveau s'élever et s'abaisser alternativement.
Il s'élève pendant la compression du thorax , compression qui répond à l'expiration ; il s'abaisse pendant le relâchement du thorax, relâchement qui répond à l'inspiration.
De plus, à chaque compression du thorax , on voit le cerveau se gonfler, et tous ses vaisseaux veineux se remplir de sang.
La compression du thorax produit donc une véritable injection de tonsleivaisseaux veineux ûii cerveau. Et celte injection de louiles vaisseaux veineux du cervcait^st la cause principale du mouvement ou gonflement respiratoire du cerveau.
Mais d'où vient ce sang veineux que la compression du thorax pousse dans lé cerveau?
Voici une expérience qui nous l'apprend.
Je liai les deux veines jugulaires primitives sur un lapin. Le lendemain de l'opération l'animal vivait encore.
Le cerveau était très-tuméfié.
On ne voyait plus les mouvements de ce viscère pendant la respiration ordinaire; et même quand on gênait la respiration, ces mouvements reparaissaient à peine.
J'ouvris les deux veines jugulaires; presque aussitôt le cerveau se dégonfla ; les yeux et surtout les paupières internes, qui étaient sorties de l'orbite, y rentrèrent; la respi-
ration fut plus libre, et les mouvements du cerveau, qui avaient presque disparu, reparurent.
Je laissai l'animal mourir d'hémorragie ; et le mouvement du cerveau, quoique de plus en plus faible , subsista jusqu'aux derniers efforts respiratoires de l'animal.
A peine l'animal fut-il mort, que j'ouvris les deux veines vertébrales : une certaine quantité de sang s'en écoula encore.
Enfin, quand tout écoulement de sang, soit par les veines jugulaires, soit par les vertébrales, fut arrêté, je comprimai les parois du thorax. Les premiers efforts de compression ne produisirent aucun effet; mais bientôt, à chaque compression du thorax, je vis le cerveau s'élever ou se gonfler, et à chaque relâchement du thorax, je le vis s'abaisser.
J'ouvris alors, sur ce lapin même, le canal vertébral dans la région lombaire. Je coupai, je soulevai la moelle épiniére, et j'ouvris les sinus vertébraux. Il s'en écoula aussitôt une grande quantité de sang, quoique l'animal en eût déjà perdu beaucoup par l'ouverture des . veines jugulaires et vertébrales. Je fis suspendre l'animal par la tète, et l'hémorragie des sinus, qui s'était arrêtée, reparut. Enfin quand je supposai les sinus à peu près vides, je fis recommencer la compression du thorax; et cette fois je la fis recommencer en vain : les mouvements du cerveau ne furent plus reproduits.
J'ai répété plusieurs fois celte expérience, et toujours le résultat a été le même.
La véritable source du sang veineux, qui, par son reflux, produit le gonflement du cerveau (pendant la compression du thorax, quand l'animal est mort, et, quand l'animal vit.
pendant l'expiration), est donc dans les deux grands sinus des vertèbres.