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BICHAT EXPÉRIMENTATEUR

Du cœur et du cerveau passons aux poumons.

Les poumons sont le siège de deux sortes de phénomènes : mécaniques el chimiques. Les phénomènes mécaniques, c'est-à-dire la dilatation du thorax^et des poumons, ne sont que le moyen ; la fin est le phénomène chimique, c'est-à-dire Faction de Tair sur le sang, la transformation du sang noir eu sang rouge ^ ; et Bichal le prouve par une expérience admirable que nous verrons tout à l'heure et qui, entre ses mains ^, nous a donné la véritable théorie de Y asphyxie.

Enfin, le cerveau agit sur le poumon, sur le thorax, sur le mécanisme respiratoire; mais quel est le point du cerveau par où cette action s'opère? Bichat n'a point trouvé ce point; il Ta toutefois

1 . « Le poumon est le siège de deux espèces trèsnlifférentes de « phénomènes. Les premiers, entièrement mécaniques, sont rela- « tifs aux mouvements d'élévation ou d'abaissement des côtes et « du diaphragme, à la dilatation ou au resserrement des vési- « cules aériennes, à. l'entrée ou à la sortie de Tair, effet de ces mou- « vements. Les seconds , purement chimiques , se rapportent aux « altérations diverses qu'éprouve Tair, aux changements de com- « position du sang, etc., » p. 213. « Quelle que soit la manière « dont s'interrompe l'action pulmonaire, que les phénomènes chi- « miques ou que les mécaniques cessent les uns avant les autres, « toujours ce sont les premiers dont l'altération jette le trouble « dans les fonctions, » p. 278.

2. Je dis entre ses mains, parce que l'expérience, prise en ellemême, avait déjà été faite par t^ower, comme on le verra plus loin.

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cherché; il Ta même judicieusement cherché; et c'est là un mérite dont, aujourd'hui surtout que ce point est trouvé, il faut savoir lui tenir compte. Je dis plus. Les deux parties essentielles, les deux parties vraiment neuves du travail expérimental deBichat sont, à mes yeux, celle par laquelle il a achevé la théorie de l'asphyxie, et celle par laquelle il a commencé la recherche du point de Tencéphale d'où part la première impulsion du mécanisme respiratoire. Arrêtons-nous un moment à l'examen de ces deux parties.

n — De la théorie de l'asphyxie.

Les anciens n'ont pas connu la théorie de l'asphyxie ; Haller lui-même n'en a rien su ; il s'en tenait aux causes mécaniques et ne soupçonnait pas encore les chimiques. Il ignorait tout ce que la chimie moderne nous a appris : que l'air est composé de deux gaz, qu'un seul de ces gaz, le gaz oxygène, est capable de transformer le sang noir en sang rouge, et que le sang rouge seul est capable d'entretenir la respiration et la vie.

Pour Haller, l'asphyxie n'était que l'interruption de la circulation pulmonaire , interruption causée par un éisii d'expiration prolongée (c'est l'expression même dont il se sert : In expiratione, quant poni-

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mus stabilem superesse), par raffaissement du poumon , que produit cette expiration , par l'obstacle mécanique que des vaisseaux repliés sur euxmêmes, dans un poumon affaissé, opposent au cours du sang*.

Haller se trompait. Ni l'affaissement du poumon, ni les replis de ses vaisseaux, ni Y expiration pro^ longée par conséquent, n'empêchent la circulation pulmonaire «; et la véritable cause. la cause effective de l'asphyxie n'est point mécanique.

Goodwyn est le premier qui ait vu la cause chimique. On venait de découvrir et de séparer l'un de l'autre les deux gaz distincts dont l'air se compose; déjà même, on avait remarqué ce que je rap-

1. « In expiratione verùm pulmo undique urgctur, et in multô a minorem molem comprimitùr... Vasa ergô sanguinea breviora « qnidem fiunt,... eademqae angustiora nunc sunt... Sanguis « ergô quidem in pulmone undique comprimitùr... Quare ab « expiratione , quam ponimus stabilem superesse, pulmonis pro « sanguine immeabilitas oritur^ quam neque absque palpitatione « et vitioso conatu, neque demùm omninô ullis suis viribus, cor « vincere queat. » (Elementa physiologxœ, lib. VIII, sect. IV, § XXV.)

2. « J'ai prouve que Tétat de plénitude ou de vacuité de l'es- « tomac et de tous les organes creux, en général, n'apporte dans

a leur circulation aucun changement apparent » (Bichat,

p. 241 .) « Ouvrez des deux c6tés la poitrine d'un animal vice vaut, le poumon s'affaisse aussitôt;... cependant la circulation « n'éprouve point Tinfluence de ce changement subit; elle se « soutient encore quelques minutes au même degré.... » p. 243.

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pelais il n'y a qu'un instant, savoir, que l'un de ces gaz, Vair dèphlogistiquè , Yair vital, camme on disait alors, ou, comme on dit aujourd'hui, Y oxygène, a seul la propriété de transformer le sang noir en sang rouge *.

Goodwyn en conclut que ce sang rouge pouvait bien avoir seul aussi la propriété d'exciter ou d'entretenir le mouvement contractile du cœur, et particulièrement celui du cœur gauche *.

Et, ce point admis, tout semblait trouvé : le cœur gauche cessant d'agir, la circulation s'arrête, les parties ne reçoivent plus de sang; c'est faute de sang qu'elles meurent; et, telle est, pour Good^^jn, la cause de l'asphyxie '.

1. « .... Ne pourrait-on pas induire des expériences précédentes « que la couletir rouge du sang est due à la combinaison de « Tair éminemment respirable avec le sang?.... » (Lavoisiei, Mém. de VAcad. des sci., an 1777, p. 192.) « Le docteur Priestley « a démontré que l'air atmosphérique change la couleur du sang, « même à travers les membranes d'une vessie... » (Goodwyn: fji connexion de la vie avec la respiration, traduction française^ p 39. Paris, 1798. La publication du livre original est de 1789.j

2. « La qualité chimique que le sang acquiert en passant par « les poumons est nécessaire pour entretenir l'action du cœur... » Ibid., p. 50.

3. « Lorsque la respiration est interceptée, l'éclat de la couleur « du sang diminue par degrés, et les contractions de l'orelUette « gauche s'arrêtent bientôt... La cessation des contractions de « roreillette vient du défaut de qualité stimulante «lans le san^' « lui-même... » Ihid., p. 50.

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Cet homme habile venait de faire un pas; il en fallait faire un autre : le contact du sang noir n'arrête point le mouvement du cœur gauche, ni la circulation, par conséquent; et j<j viens, sans plus larder, à cette expérience de Bichat que j*ai annoncée *, et qui montre à Toeil comment tout se passe.

« Adaptez, dit Bichat, un tube à la trachée-ar- « tère, mise à nu et coupée transversalement sur « un animal;... ouvrez ensuite et fermez alternac( tivement le robinet, et vous ferez changer, à « volonté, le sang noir en sang rouge ou le sang « rouge en sang noir, en ouvrant le robinet ou en « le refermant -.

«Si on bouche, dit-il encore, la trachée d'un «animal, une artère quelconque étant ouverte, on « voit le sang qui en sort s'obscurcir peu à peu, et « enfin devenir aussi noir que le veineux. Or, mal- « gré ce phénomène qui se passe d'une manière « très-apparente, le fluide continue encore quelque « temps à jaillir avec une force égale à celle du « sang rouge ^... »

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