‹ De la vie et de l'intteligenceChapitre 48 sur 163 · Voyez les Comples-Bendus, t. XUII, p · texte numérisé non relu

Voyez les Comples-Bendus, t. XUII, p

a dence, et sans laisser de place à un doute raisonnable : « je les crois suffisantes pour démontrer que la dure-mère ff est insensible '. »

A la suite de ses propres expériences, il cite celles de ses élèves, Zinn, Zimmermann, Lœber, Walstorf, etc., toutes conformes aux siennes; mais il est obligé de citer aussi celles de Lecat, Whytt, Laghi, Lorry, etc., qui toutes leur sont contraires.

Quoique Haller se vante du nombre de ses expériences sur la dure-mère, il est probable que j'en ai fait beaucoup plus que lui, non, à la vérité, pour la dure-mère elle-même, mais pour arriver, par la dure-mère , jusqu'au cerveau ; et voici le résultat général de ce que j'ai vu.

Jamais, ni sur les oiseaux, ni sur les lapins ou les cochons d'Inde, je n'ai trouvé la dure-mère sensible. Sur les chiens, ' je l'ai trouvée tantôt sensible, et tantôt insensible; et je ne suis pas le seul physiologiste à qui cela soit arrivé. « J'ai « souvent vu, dit M. Magendie , la dure-mère d'une sensia bilité très-vive, particulièrement au voisinage des si- « nus '. »

Ainsi, la dure-mère, à la différence des tendons , est quelquefois sensible, du moins dans certains animaux, même à l'état normal.

A l'état d'irritation ou d'inflammation, elle l'est toujours, comme les expériences suivantes vont le faire voir.

1. Mém. aur les parliet sens, et irril. du corps animal^ 1. 1, p. 156.

2., Voyez son édition du Traité des membranes de Bichat, p. 153. Un des élèves d'Haller avait été témoin d'nn fait semblable. « On a cité avec em- « phase, s'écrie Haller, la conversion d'an de mes élèves...; c'est M. Ram- « speck... Il croit avoir vu effectivement nn chien marquer dn sentiment, « quand on lui attaquait la dure-mère 1... ■ [Mém. sur les part, sens, et irrit. du corps animal, t. IV, p. 65. )

J'avouerai d'abord que je n'ai pas réussi tout de suite à provoquer un certain état d'inflammation dans la dure-mère. De simples excitations mécaniques, des piqûres, des déchirures, des incisions, etc., n'y suffisaient pas. Enfin, j'ai imaginé de recourir à l'emploi d'une poudre épispastique i ; et bientôt l'inflammation a paru , et , avec l'inflammation , une sensibilité constante et très-vive.

Après avoir fait trépaner plusieurs chiens, j'ai fait appliquer immédiatement sur la dure-mère une couche de pommade épispastique.

Au bout de 20 ou 24 heures, la dure-mère a paru rouge, épaissie, enflammée : on l'a très -légèrement piquée, ou plutôt à peine touchée , et l'animal s'est agité ; on l'a piquée plus rudement, et l'animal a poussé des cris très-vifs.

Sur quelques-uns de ces animaux, la dure -mère a été ouverte et le cerveau mis à nu : on a piqué la dure-mère enflammée et Tanimal s'est violemment agité; on a piqué le cerveau et l'animal est resté immobile : contraste curieux et profondément instructif! D'une part, la sensibilité trèsvive de la dure -mère aux moindres excitations, et, de l'autre, l'impassibilité absolue du cerveau, même sous les excitations les plus fortes , tant qu'on ne dépassait pas certaines limites, bien entendu : limites que j'ai, le premier, marquées à l'impassibilité de cet organe *.

Sur un de ces chiens en particulier, à côté de la première couronne de trépan, qui m'off'rait la dure-mère enflammée,

*1. De la poudre de canth arides.

2. Voyez, sur ce point, mon livre intitulé : Recherches eTpérimentales sur les propriété» et les fonctions Au système nerveux, et la première partie de ce Tolume-ci.

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j'en ai fait pratiquer une seconde, qui m'a offert la duremère à l'état sain.

On pouvait alors piquer, à côté l'une de l'autre , la portion de dure-mère enflammée et la portion de dure-mère à l'état sain ; «t selon qu'on piquait l'une ou l'autre, ou Tanimal soufi'rait, criait et s'agitait, ou l'animal ne sentait rien : sous l'une et l'autre des deux portions, le cerveau était également impassible.

Je passe à mes expériences sur les ligaments.

J'avais déjà fait, il y a longtemps, quelques expériences sur le ligament de la rotule, ou tibio-rotulien.

Ce ligament est parfaitement insensible à l'état normal , comme le tendon d'Achille^ dont je parlais tout à l'heure ; et, comme le tendon d'Achille , il prend ou manifeste une sensibilité très-vive^ lorsque, par des excitations prolongées (piqûres, déchirures, incisions, etc.), on l'a porté à un certain degré de rougeur et d'inflammation.

J'ai imaginé de faire appliquer une couche de pommade épispastique sur ce ligament. Vingt ou vingt-quatre heures après, ce ligament a manifesté une sensibilité extrême.

J'ai fait appliquer une pareille couche de pommade épispastique sur le tendon d'Achille; et vingt ou vingt -quatre heures après, la sensibilité de ce tendon a été également excessive, extrême.

Dans ces deux cas , je n'agissais que sur un ligament , que sur un tendon^ et pourtant qui n'en eût pas été averti aurait certainement pu croire, aux cris de l'animal, que j'agissais sur les parties les plus sensibles du corps vivant , sur les parties sensibles par excellence, et les seules qui le soient par elles-mêmes, c'est-à-dire sur les nerfs.

J'arrive au périoste.

Tout ce que je venais de voir m'avait singulièrement étonné^ et certes en avait bien le droit : ce que m'a offert le périoste m'a plus étonné encore.

S'il est une partie, une inembrane, qui soit naturellement, constamment, continuellement insensible, que chacun sache être insensible, c'est, sans contredit, le périoste.

J'ai fait découvrir, sur plusieurs chiens * , le périoste à la face antérieure et interne du tibia , là où le périoste est seul. J'ai fait ensuite appliquer immédiatement sur ce périoste, mis à nu, une couche de pommade épispastique.

Quinze, vingt ou vingt-quatre heures après, l'épispastique a été enlevé, et le périoste s'est montré rouge et un peu gonflé.

On l'a piqué alors, on l'a incisé;' et, à chaque piqûre, à chaque incision, l'animal a poussé des cris aigus.

Toutes ces expériences sont nettes et décisives. Toutes parlent. Toutes accusent la sensibilité des parties fibreuses et tendineuses , latente ou cachée à l'état sain , et manifeste, patente, excessive à l'état malade. Une grande contradiction de la science disparaît donc enfin ! Ces mots : douleurs de la goutte, des rhumatismes articulaires, des os, etc., ont enfin un sens; je dis un sens physiologique,' car tant que les parties, siège de ces douleurs, passaient pour être absolument insensibles , ces mots n'en avaient pas. Comment expliquer l'existence de la douleur, et des plus cruelles douleurs , avec des parties insensibles?

1 . Toutes ces expériences ont été faites et répétées bien des fois, quoique je n'en cite ici, selon ma coutume, que quelques-unes.

Haller n'a donc vu que l'état normal, que l'état sain*. Toutes ses expériences ne se rapportent qu'à cet état. Au fond, et quoi qu'il en ait dit, lui et son école, laquelle, sur ce point, domine depuis un siècle, il n'y a point de partie absolument insensible dans le corps vivant.

La sensibilité est partout; et, dans les parties môme (les tendons, les ligaments, la dure-mère, le périoste) où, habituellement, elle est le plus obscure, il suffît d'un degré d'irritation ou d'inflammation donné, pour la faire passer aussitôt de l'état latent et caché à l'état patent et manifeste.

i. Je ne parle point ici du périoste interne ou membrane médullaire, parce qn'HalIer déclare ne l'avoir point soumis à Texpérience (Voyez ses Ifem. sur les pari, tetuib. el irritab. du corps animal, t. IV, p. 87). Pour moi, je Ta! toujours trouvé très-sentible, je dis très-sensible à Tétat normal; et, bien longtemps avant moi, Davemey, le père de Tauatomie comparée moderne, avait vu et dit tout ce qu'on peut en voir et en dire : ■ Quant au sentiment de la a moelle, dont on a fort douté, on voit, par les expériences que j'en ai faites, • qu'il est très-vif et très-exquis. » {Mém. de l'Acad, des sciences, an. 1700, p. 15.)

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