I. — De Borden et de sa théorie de la sensibilité
Lorsque Bordeu présenta, en 4742, à la Faculté de médecine de Montpellier sa thèse physiologique sur la Sensibilité en général — De sensu genericè considerato, — il était à peine âgé de vingt ans; mais ce jeune auteur de vingt ans avait déjà ce tour d'esprit heureux, qui a reçu le nom à' esprit philosophique AdJi^ Voltaire et dans Montesquieu.
Trois systèmes régnaient alors dans l'école: celui des esprits animaux ^ qui touchait à son déclin^ ou plutôt dont le déclin était déjà fort avancé; celui de Stahl^ qui expliquait tout par l'ame, par Y âme pensante; et celui deBoerhaave, qui expliquait tout par le mécanisme. Que fait Bordeu? Il se moque des esprits animaux ; il prouve facilement que Xâme ne gouverne point un corps qu'elle ne connaît pas '^ et, quant au mécanisme de Boerhaave, qu'il prend plus au sérieux, il le combat par des expériences.
1° Des esprits animaux. — Haller, encore fort
jeune, et commentant son maître Boerhaave, n'avait
pas craint de dire que l'opinion de ceux qui doutent
tes BORDEU.
des esprits était somniantis animi crassissimus error. « Ne faut-il pas être bien convaincu de l'existence c( des esprits, s'écrie Bordeu, pour avancer de pa- « reils paradoxes, ou pour dire ainsi des injures à « des auteurs respectables * ?
« On a soutenu à Montpellier, continue Bordeu, « une thèse » (la sienne, bien entendu) « où Ton « examinait les preuves qu'on donne ordinaire- « ment sur l'existence des esprits ; et il semble « qu'on ait établi qu'il n'y a aucune de ces preuves a qui ne soit réduite au rang des présomptions ou c( des conjectures ^...
« D'ailleurs, ajoute-t-il, ceux qui admettent les a esprits sont Bussi embarrassés pour expliquer les « fonctions des nerfs, que ceux qui ne les admettent c< pas... En est-on plus avancé lorsqu'on a suivi les a détails infinis de Boerhaave et de ses commenta- « leurs sur cette question? Ne vaut-il pas mieux c< l'abandonner pour une bonne fois, et la mettre « au rang de ces questions ennuyeuses par les- « quelles les anciens commençaient leurs physioloa gies? Ne profiterons-nous jamais des bévues de « ceux qui nous ont précédés^? »