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prodiges de la science et de Tart des brahmes s'anéantir dans la corruption et la décadence de l'Inde. Voyez, à cette heure, la civilisation de la Chine ne couvrir de son vernis factice qu'un cadavre de peuple. Voyez l'Egypte, où tout disparaît et s'engloutit à la suite et comme conséquence de l'essor prodigieux d^ son industrie, de sa science et de ses beaux-arts. Voyez surtout la Grèce : l'époque si éblouissante de ses philosophes et de ses artistes n'est-elle pas celle de ses Laïs et de ses Aspasie? règne de prostituées, où'i*'gi|jg|§ïiÇ' morale atteintjusqu'aux dernières fibres de ce
sens dépravé » que Rome aux mâles vertus, dès que la science, les arts et l'industrie envahissent ses murs, se dissoudre en engrais humain dans l'égout de ses saturnales sans nom, précisément au moment où la littérature atteignait sa dernière perfection. Voyez le siècle de Léon X, voyez la Renaissance, où les raffinements de l'art et de la science ne servent que de décors de théâtre aux raffi-f nements de la débauche. Voyez la Régence, ou plutôt non , détournez la tête de tant d'horreurs, et passez de suite à notre époque. Les progrès de ce qu'on nomme la raison et la science n'y donnent-ils pas la main au progrès de la dé- (îadence et de la perversité humaines? Les merveilles tant célébrées de l'industrie y marchent-elles à pas plus pressés qu^ Tinvasion toujours croissante du paupérisme matériel et moral? La dissolution de tous les liens religieux, intellectuels et sociaux n'y suit-elle pas ce que vous nommez M pompeusement le progrès des lumières? Sous l'éclat éblouissant d'un luxe qui cache mal l'idolâtrie de l'orgueil .et le culte de la chair et du sang, on demeure stupéfait d'^ouvante devant cette tranquille prostitution des âmes
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et des corps, pour laquelle on a trouvé tous les noms qui peuvent en imposer aux consciences. Partout la raison se traduit dans Tampur forciSHéde soi-mémei la fièvre convulsive du gain, la passion d'une vanité qui ne çait pas même être de l'orgueil , Tadoration de Tor en fout et toujours ; Tart ne sera plus bientôt qu'une forme de la débauche, un raffinement de la prostitution, un vêtement doré pour toutes les misères, les corruptions, les ignominies.
Tous ces faits dupasse, tous ces faits du présent, toutes ces grandes leçons de Thistoire et de l'expérience ne donnent-elles pas raison au philosophe qui le premier signala la science, l'art, l'industrie comme l'élément le plus pui^ sant de la corruption de l'homme et des nations, et qui osa dire, sous sa forme paradoxale : « L'homme qui pense esj, un animal dépravé ! » Serait-il vrai que la science fût synonyme de mal et la pensée synonyme de perversité ? L'histoire tout entière de l'humanité n'en rend-elle pas un éclatant témoignage ? Notre siècle ne vient-il pas lui-même déposer assez haut que la" corruption est en raison du progrès des lumières? Osons donc aborder de front cet immense problème, et dût ce sphinx dévorer l'imprudent qui tente de luî arracher son secret, au moins son exemple servira-t-il peut-être aux générations qui s'agitent, pleines de doute et d'angoisse, dans ce fatal impasse.
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INI TA la science smntt «moiir ?
Oui, la science humaine, telle qu'on Ta conçue de nos jours, est profondément et radicalement corruptrice. Qu'estce, en effet, que la science prise en elle-même, isolée de Dieu, et abstraite de tout sentiment et de toute pratique morale ? C'est la vision de l'esprit. Or, l'esprit voit tout ce qui est, le mal comme le bien, les prodiges de la dégradation humaine comme les merveilles de la sainteté ; il voit tout au même titre comme des faits incontestables, indifférents par eux-mêmes à tout caractère moral qui les distingue, comme à toute conclusion pratique qui les sépare. Quand le soleil vient exhumer des ténèbres tout ce que frappe sa lumière, il éclaire également les corps vivants et les cadavres, les êtres parfaits et les monstres, le serpent comme la fleur, le tigre comme la colombe. Ne lui demandez pas de distinguer entre Thyène et l'agneau , lui qui illumine du même rayon le fer de Tassassin et le sang de la victime. Ainsi la science , prise en soi et abstraite de toute charité et de toute pratique morale, impassible comme la Parque, fatale comme le destin, n'est qu'un registre ouvert où tout vient s'inscrire ; elle ne connaît que ce qui est, et en tant que cela est, peu lui importe à quel titre , de crime ou de vertu. Pour elle, savoir, c'est voir ; et de même que les yeux du corps voient l'horrible comme le beau, les yeux de l'esprit voient le mal comme le bien, et c'est cette indifférence de la science qui constitue sa nature corruptrice.
Nous n'avons pas à rechercher ici jusqu'à quel point la science peut réellement se séparer ainsi de tout amour et
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de tofute pratique. C'est là au.ïond une pure abstraction ; eiy lorsque vous semblez poursuivre la science uniquement pour elle, si vous descendiez aux dernières profondeurs de la conscience humaine, vous verriez bientôt que la science a toujours pour mobile un sentiment et pour fin une pratique, tous deux puisés dans l'un ou l'autre de ces deux ordres, le fini et Tinfini, Dieu ou la création.
Or, la science dont nous parlons, et telle qu'elle est conçue aujourd'hui, n'est que la science du fini. Elle a deux objets, le monde matériel et le monde métaphysique. Etude du monde physique, elle constitue les sciences naturelles ; étude du monde intellectuel, les sciences philosophiques. Qu'est-ce que les premières? Une simple constatation des phénomènes, ainsi que les savants le proclament eux-mêmes . Mais le phénomène n'est qu'une apparence dont ils ne saisissent nulle part la cause intime et efficiente, un signe dont l'essence leur échappe. Le caractère fondamental de la vérité étant la permanence, et celui du phénomène la muabilité, il s'ensuit que le fait variable, que seul ils atteignent, est précisément l'inverse de l'immuable vérité. Aussi, quoi que vous en puissiez dire, n'étudiez-vous le monde visible que par amour de vous-mêmes, soit que vous vous serviez de cette connaissance des phénomènes pour les jouissances de la vie animale, soit que votre curiosité y puise les satisfactions de l'orgueil. Toujours est-il que vous ne savez rien ; en effet les causes originelles et finales échappent à vos recherches de la manière la plus absolue, et la seule chose que vous constatez et sériez mathématiquement, c'est l'apparence phénoménale, dont la muabilité est le contraire de l'immuable vérité. Comment cette science ne serait-elle pas doublement corruptrice, puisque, telle que vous l'avez
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faite, elle n*a popr objei que le fini qui paw, %i n'iAoutit m définitif qu'aux jouissances de la chair et de Torgueil?
Vos sciences philosûphiques sont peut-être plus profondément corruptrices encore. La raison en tôt simple, elles ne sont que la formule même de Tégoïsme e tde l'orgueil absolus. En effet, elles forment un cercle infranchissable dont le moi est la circonférence et le centre, le point de départ, le moyen et le but. Yous VfQiUii table rase de toute notion antérieure pour édifier toute votre science sur ce fragile axiome : a Je pense, donc j« suis. » Moi dans les prémisses, moi dans la conclusion, mot dans l'espril qui jlige Tune et l'autre; égoïsme partout, égoïsme absolu, voilà votre philosophie. Quoi de plus profondément corrupteur ! Et parce que tout ce qui est corrupteur est nécessairement faux, votre science n'est qu'une immense illusion, une mys*tification de la raison, vaste machine pneumatique intellectuelle qui partout ne fait que le vjde. Kant, partant de cette base posée par Descartes, prit une à une toutes les idées émises par rintelligence humaine sur Dieu, l'immortalité de Tâipe, Thomme et Tunivers, et montra qu'il est impossible de canclure à leur réalité objective, et de prouver qu'elles soient autre chose que de simples concepts, des formes de la raison humaine. Depuis un detqi-siède, l'Allemagne a remué tous les abîmes de la métaphysique pour arriver, malgré elle, à conclure à cette impuissance radicale de rien affirmer hors du moi, en partant de l'axiome cartésien. Le vide, le néant, le rien, voilà iom le terme suprême de votre science : je me â^ompe, ce qu^il reste, c'est le moi se posant comme l'absolu, le moi se faisant Dieu; c'est Yé^ goïsme élevé à la puissance de l'infini, l'orgueil à l'apogée de 0on délire. Etonnez-vous piainteiiani que cette science
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soit autre chose que k principe iȏme de toute eorruption !
Pçut-étre, vous faisant illusion à vous-même, vous direz qu'en définitive Tbomme ne peut rien affirmer» rien savoir s'il ne part de la conscience même de son existence. Oui, sans doute, c'^st par le seuil de sa propre conscience que l'homme entre dans la porte de la vie. Mais avoir con* science de soi*mêine c'est avoir conscience en môme temps de Dieu et de ses frères, cum-scire, savoir avec eux. Or^ d'où nous vient cette conscience? De l'amour. Aussi faut^il remplacer l'axiome de Descartes par celui-ci : a Taime, doncjesuk, ^ Aimer c'est avoir conscience en même temps et dans un seul et même concept de l'être qu'on aime, de soi-même qui aime et de l'amour qui unit l'un à Tautre. Aiusi surgissent distingués, bien qu'indissolublement unis, ces trois termes contre lesquels est venue s'engloutir im-^ puissante toute la philosophie allemande. Loin de nous la pensée de vouloir substituer ici une démonstration logique à une autre, un syllogisme nouveau au syllogisme ancien : ce serait renverser tout ce que nous disons d'un bouta l'autre de ce livre. A la métaphysique qui argumente dans le vide, nous essayons de substituer le sentiment vivant de la réalité en nous et hors de nous par l'amour, des mots nous en appelons aux choses elles-mêmes, des signes à la vie. Pour nous la vie ne se prouve qu'en vivant, comme le mouvement qu'en marchant, et l'amour n'est ainsi la démonstration absolue que parce qu'il est la pratique absolue. L'homme qui pense est dans la théorie, celui qui aime est dans la pratique, parce qu'il est dans la vie.
« J'aimey donc je suis, » La pensée n'est qu'une idée, c'est-à-dire un simulacre, une image; l'amour seul atteint la réalité, la substance et la vie.
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« Taime^ donc je suis. » Mais je ne suis paâ seul, isolé, solitaire ; je suis parce que j'aime ; je suis parce que Dieu, que j'aime, est, je suis parce que toutes les créatures, que j'aime, sont.
« Taime^ donc je suis, » Dieu et toutes les autres créatures, que j'aime, ne sont pas moi, mais elles vivent, elles sont en moi par Tamour qui nous unit. Je ne puis avoir conscience de moi-même qu'en ayant conscience de Dieu et de toutes les créatures.
« Taime^ donc je suis. » L'amour par lequel je prends simultanément conscience de moi-même, de Dieu et de mes frères, m'établit en solidarité avec Dieu comme avec tous mes frères.
« Taime, donc je suis. » Or, aimer c'est savoir ; car nul ne peut aimer ce qu'il ne connaît pas. Aimer c'est réaliser pratiquement cet amour ; car l'amour qui n'agirait pas ne serait pas un amour réel. Voilà comment l'amour implique la science et la pratique. Ce livre tout entier n'a d'autre but que de développer cette sainte philosophie de l'amour.
Aux ab»lractloiis de la «elenec, l*anioar «HbstUue
la réalité.
Mais, nous objecte-t-on , vous dites qu'en partant de l'axiome a je pense, donc je suis, » c'est-à-dire du moi, on ne peut prouver la réalité objective de la vérité, qui ne peut être alors considérée tout au plus que comme une forme subjective de rintelligençe humaine.
D'abord ce n'est pas nous, mais vos maîtres eux-mêmes qui le disent et le prouvent par les arguments de la méta-
physique transcendante la plus rigoureuse. Lisez ta Critique de la raison pure de Eant, et dites si jamais démonstration fut plus complète et plus profonde, et si elle s'est jamais servie dans ses preuves d une algèbre philosophique plus rigoureuse et plus exacte. Avez-vous réfuté ce livre? Non. Commencez donc par là. Le bon sens le plus vulgaire ne vous dit-il pas d'ailleurs qu'un principe ne peut rien prouver au delà du sujet qu'il contient? Or, ici le sujet c'est la raison humaine. Que cette raison contienne l'idée de l'existence de Dieu, de la spiritualité de l'âme, de la liberté de Thomme, ce n'est toujours qu'une idée, ou la raison humaine sous telle ou telle de ses formes. Mais cette idée, cette image impliquet-elle nécessairement la réalité de Tobjet imagé? L'analogie du monde extérieur et l'adhésion spontanée de tous les peuples nous poussent, il est vrai, sinon nous obligent aie croire, d'une foi naturelle et pour ainsi dire invincible ; mais votre logique pure est absolument impuissante à le démontrer, parce qu'ici les prémisses sout hors de nous, et que le terme fourni par la raison n'a aucune mesure ou proportion avec la réalité intrinsèque et ne peut y conduire par aucune voie syllogistique. D'ailleurs, la nature même de l'objet vous échappe toujours.
Soit, dites-vous, mais en partant de l'amour, commet prouver la réalité objective de l'objet aimé? — Elle se prouve par les faits ; elle ne se démontre pas, mais se montre, se voit, se sent, se touche, absolument comme la réalité objective du monde extérieur, a Dieu est amour. » En priant, en adorant, en pratiquant Dieu, nous sentons cet amour ou Dieu même qui demeure en nous et nous en lui ; nous pouvons devenir saint Jean, l'apôtre de l'amour, saint François d'Assise, saint Jean de Dieu, saint Vincent de Paul; cette
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charité sans bornes déborde de nous «H miracles qui tien^ nent le inonde entier suspendu d'admiration sur chacun de nos pas* Et pourtant par moi^mômeje n'étais que dur, sans cœur et sans entrailles ; l'action de cet amour divin me transforme et m'élève au-dessus de moi, non-seulement parce que je n'étais par ma nature rien de cela, mais parce que le propre même de l'amour est de se renoncer» de se nier, des'oublier« en se donnant spontanément à tous. Trans* porté au-dessus de moi-même, je dois donc nécessairement dire : il y a quelque chose de supérieur k moL J'ai senti cette action divine dans mon action , cette vie dans ma vie, et je Tai montrée au monde entier en faits, en actes visibles. Ainsi j'ai fait la vérité en moi par la charité, j'ai êenil la réalité de celte vérité par la transformation spirituelle qu'elle m'a fait subir, et je Tai montrée au monde par tous les actes d'amour de ma vie. P|ir le coeur qui aime je crois à la réalité do Dieu, en sentant en moi l'action mâme de cette foi qui me transforme, et je le montre au monde par les actes d'amour que cette foi produit. C'est là la démonstration par les faits, la seule complète, concluante et positive. De même l'amour qui, libre de choisir entre soimême et Dieu et ses frères, préfère Dieu et ses frères i soimême, parce qu'il les aime, cet amour démontre , par le même ordre et la même nature de faits, la réalité objective de la liberté humaine; comme elle démontre de la même manière, pratiquement et par les faits, celle de la spiritualité de l'âme, en opposant partout la loi de l'esprit à la loi de la chair, et en dominant Tune par Tautre.
L'amour donne le sentiment, la conscience Je dirais vo-> lontiers fait voir et toucher la réalité objective des êtres visibles et invisibles, du monde de l'homme et du monde
ET DE LlKDUBTRiB ACTItTlLB. ÎU
d# Dieiii Infini dans la source qui est Dieu, « car Tamour a été versé dans nos cœurs par TEsprit^Saint qui noni a éië donné, x> il atteint soûl lea réalitéis, les essences, dont Y or* ganisme ne perçoit que les phénomènes. Seul aussi il donne la mesure des choses en même temps qu'il les révèle. La raison, par sa nature même et aa tendance constitutive^ veut leun, Tabsoliii Tinfini. Aucune raison, aucune chose, au<oun être ne saurait lui suffire s'il ne remonte à leur source même, et cette source est rabsolu où pour nous toute dé** finition se perd, toute distinction s'eiface. Où donc trouvera** t*il là la mesure? Dans un mouvement complètement inverse^ les sens, par leur nature même et leur tendance censtitu*tive» veulent le multiple, le relatif, dont la conclusion der*> nière eu le fini pur exclut également toute mesure, parce qu'au dernier degré de l'analyse^ on arrive par Tatome à Tinfini, qui se trouve partout au fond des choses. Il s'ensuit, qu'en définitive ^ la raison et les sens ne peuvent par eux*** mêmes rien saisir eu soi dans leur mesure. Ce qu'on nomme la raison et le corps ne sont donc, comme nous l'avons montré dans le premier volume, que les termes extrêmes de la donnée vraie qu'on appelle l'homme» Us ne sont que lee derniers confins, les limites extrêmes dont Téquation est l'amour, mesure vraie de toute chose, dans l'ordre visible comme dans l'ordre invisible. Ainsi quand nous parlons de l'amour, loin d'exclure la raison, ou l'esprit, pas plus que les sens ou le corps, nous exprimons au contraire la moyenne dont ces deux termes forment les extrêmes. L'amour implique donc l'intelligence qui connaît, comme le sentiment qui touche ; mais il les Implique unis dans un foyer unique, bien loin de les supposer isolés et divisés. L'amour est un sentiment qui se connaît, ou, si vous l'aimez mieux,