PE LA SCIENCE, DE L'ART
uBe connaissance qui se sent ; c'est une conception spirituelle faite vie, ou, si vous le voulez, un fait vivifié par l'esprit; c'est en un mot le centre actif, personnel et vivant où le sentiment se fait science et la science sentiment, où l'esprit prend une forme sensible et où la forme se dégage de toutes limites» dans une perpétuelle évolution, qui est le mouvement même de la vie, qui ne divise rien, mais unit tout. Ainsi l'amour est la vraie mesure de toutes choses» car il exprime, au moyen de Tindéfini» qui est le caractère de l'homme, le degré et le mode de cette double face qu'il manifeste dans sa double nature. Rapport et médiateur entre Dieu et la création, Thomme forme lui-même» dans le cours indéfini de sa vie, le nœud qui les' relie dans le temps. Ainsi l'amour est pour l'homme la mesure de toutes choses, et constitue la spontanéité vivante » le développement libre et volontaire du moi, non pas abstrait et vide des rationalistes, mais le fond même de tout ce qui est dans la conscience de la personnalité humaine.
Telle est la raison dernière du nouvel axiome que nous proposons : « Taime^ donc je suis. » Qu'on en sonde les profondeurs sans bornes, et Ton en verra jaillir tout un monde de conséquences nouvelles.
ÉTaBoulMseméiil de la science en présenee des suprêmes réalités.
Le temps n'est rien s'il n'est pour l'homme la fleur de Téiernité. La vie terrestre n'est qu'un mirage, moins que cela , une amère et sanglante ironie , si elle n'est pour nous une initiation , un commencement de la vie qui ne
cbange et ne finit pas. Toute vraie philosophie ne peut avoir d'autre but que de placer l'homme dans la voie de cette destinée d* outre-tombe, dont nous faisons ici-bas Tapprentissage. C'est ainsi que le comprenaient les sages de l'antiquité. C'est ainsi que le comprennent tous les hommes qui n'ont pas abdiqué, dans le vertige de la matière, tout sentiment de leur grandeur et de leur dignité. C'est ainsi surtout que doivent le comprendre tous les chrétiens.
Que deviendra la science dans réternité? Saint Paul nous le dit , a la science sera détruite , » scientia destrueiur. Car nous ne connaissons tontes choses qu'en partie ; mais lorsque sera venu ce qui est parfait, tout ce qui est particularisé « s'évanouira, » evacuabitur *.L2i science, ou ce qu'on appelle de ce nom, n'a plus d'objet, dès que l'objet luimême se voit : alors il ne reste plus qu'à l'aimer. Que conserverons-nous de ce que nous possédons en prémices sur la terre? Une seule chose, la charité, pour aimer éternellement, et toujours avec une ardeur nouvelle, Dieu et tous les trésors de sa science et de sa sagesse, qu'il a renfermés dans Jésus-» Christ. Or, si notre vie présente n'a pour but que de commencer celle qui est notre destinée éternelle, si elle n'en est qu'une leçon, un apprentissage, qu'avons-nous à faire dans le temps, sinon à aimer, à connaître et à pratiquer cette philosophie de l'amour, qui est comme ta vision de l'éternité, le parvis du temple que nous devons habiter pour toujours, les arrhes, les prémices, de notre Vie réelle et impérissable? Que, courbé vers la terre» l'homme demande à sa raison de le diriger au sein des choses visibles, pour y chercher toutes les conditions de sa vie matérielle, nous le comprenons.
* I Cor.» c. xui, V. 8, 10.
iU m U SCSENGB, DE LURT
}Hm ù^ n*e8itpa& ootrei (buyf6 unique, ce n'est le tout ni du chrétien ni do pUlosopha^ Appelés à mettre Thomme dîne la yoi^ de seg immortelles destinées, comment loi enseigne* rias-vous seulement la seienf^e qui sera détruite, anéantie, parce qu'elle parUi^ularise la vérité universelle, qui se ré« suiue dans Tamour? car l'amour c'est Dieu en rapport avec nous, Tamour c'est la vie, c'est Thomme qui ne peut se re« poser que dans l'universel, dans l'infini, Tamour c'est le lien unique dfîDicu avec Tbomme et de l'homme avec Dieu.
Mis par l'esprit en face de ce qui est éternellement, notre œil intellectiial contemple à la fois, de son double regard, le monde da fini et celui de l'infini; Tbomme libre ou placé dans la main de son propre conseil éprouve pour ce qu'il voit, parce que telle est la condition de son initiation, l'un ou l'autre de ces deux sentiments, l'amour spirituel ou la concupiscence. Par l'auiour, \\ est ravi, transporté bors de ltti*méme pour tout ce qui est beau, bon, vrai, juste et saint, et dans la mesure même de la perfection de cette beauté, de cette bonté, de cette vérité et de cette sainteté, aimant ainsi sans bornes Dieu, en qui seul réside cette perfection suprême, et toutes les créatures en Dieu et pour Dieu, dopt elles ne sont que comme Tombre fugitive. Tel était Tatat paradisiaque de l'homme originel, tel était Adam au sortir des mains du Créateur, Tel est, dans une certaine mesure, sur la terre, l'homme régénéré en Jé^us-Cbrist par le Saint-Esprit. À la Genèse des choses, la science, telle qu'en la conçoit aujourd'hui, n'existait pas. Qui ne sait que le désir de savoir, en dehors de la bimière de Dieu, fut Fprigine de la chute? Il voyait, il aimait Dieu à travers toutes les créatures i il ne le discutait pas, il ne le prouvait pas, doublement heureux de sa vision intérieure et de son amour. Se donner soi-mémB Avec tout ce
ET DE LWDUSTRIB ACTTUELS. ilK
qu'on possède^ voilà Tamour; s'approprier tout, voilà la concopisoenoe K Par ]a eoneupisceuce révoltée eontre sa loi, rhqmme veut renférmep en lui et soi-même et tout ce qui est; il se pose comme principe et fin absolus par cet acte d'appropriation souveraine qu'il nomme sa pensée ou sa raison. Je pense, dit*il, donc je suis; et poussant Taraour de soi jusqu*à la haine de Dieu^ il conclut qu'il n'y a rien en dehors de lui que sa propre pensée. Tel est Tacte de révolte de l'esprit contre Dieu, chute de Tange, qui entraîne celle de Thomme, eq lui disant : « Si vous mangez de ce fruit, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, sachant le bieq et le mal: » Alors nait la science qui veut être à ellemême son propre principe, et qui se substitue à Tamour. L'homme ne voit plus Dieu, et en lui toutes les créatures, il n'en a plus que Tidée, c'est-à-dire le reflet et l'image. Pourquoi? parce qu'en faisant, acte d'aj^ropriatiou au lieu d'amour, il a subordonné l'infini au fini, le nécessaire et
t ïfeus prenons iei ce mot dans le sens de la nature déchue. En eifet, selon l'enseigneraent de la théologie catholique (voy, saint Thpm^s, IçP. Parronne, el^.), la cpociipispenpe n'est pas mauvaise en soi^ car ce n'est que la facilité même du développement de rétre^ La chute n'ji pas donné naissance aux trois concupiscences, elle a simplement changé leur fin. L'orgueil, qui n'était que la légitime dignité de soi-même, est devenu Texclusion de Dieu et du prochain. Le désir du benkeur, qui n'était que l'attrait vers le bien suprême, qui estDi^u, 09t dey#pu U spifde^jouiss^nciBS matérielles, VambitiaB, qui o'étfit qi|e )p dé^ir iH'ûUfft (^ h mam^pstation de îfm oi| flu iu^p suprême en toutes choses , est devenue le besoin insatiable de la manifestation de soi-même. Au lieu de Tessor^ qui soulève tout vers Dieu, l'homme a eu la convoitise, qui rapporte tout A soi. La feeulté reste légitime et sainte, son but ne Test plus, parce que la chnte fa placé en dehors de Dieu, et partant en dehors d§ la vie véelW*