JUSTIFICATION ET ÉLOGE DE DESCABTES
f'irum ingenii magnitudlne laudes prope supergressum.
(Leibnitz.)
I. Il nous reste à présent à examiner si l’accusation de cartésianisme a aujourd’hui quelque signification raisonnable ; ce qu’on doit penser des reproches adressés à Descartes par la nouvelle école de philosophie, et enfin si la gloire de ce philosophe n’est pas établie sur les titres les plus solides.
Malherbe , selon Boileau ,
D'un mot mis à sa place enseigna le pouvoir; il aurait pu enseigner aussi avec non moins d’utilité le triste pouvoir des mots mis hors de leur place , et pris dans le sens le plus faux.
Il y en a trois en effet , qui , de nos jours, ont quelque chose de magique pour certains esprits : ce sont ceux de paganisme , de rationalisme et de cartésianisme. On les trouve sans cesse dans la bouche des soi-disant restaurateurs (\e la philosophie chrétien ne, ou de la raison catholique. Ils vo us déclarent atteints et convaincus de paganisme , si vous étudiez ce que la lumière naturelle a produit de beautés littéraires chez les anciens ; de
rationalisme , si vous faites l’usage le plus légitime de cette lumière naturelle; de cartésianisme , si, à l’aide de cette même lumière , vous cherchez ce qu’on peut découvrir en philosophie.
II. « Vous avez affirmé , nous dit notre ad ver- « saire , que M. de Bonald était cartésien. »
En quel endroit nous sommes-nous rendu coupable de celte affirmation ? Est-ce lorsque nous avons dit que M. de Bonald ne pouvait mieux faire que de suivre, avec Descartes et Fénélon,une méthode qui prend son point de départ dans la raison ? Mais nous avons déjà fait voir que si l’on était cartésien pour avoir adopté une méthode aussi naturelle, il y aurait eu bien des cartésiens avant Descartes.
Personne n’ignore que tous les philosophes ont dans leurs doctrines des points communs , et d’autres sur lesquels ils diffèrent. Or, on n’appartient à l’école d’un philosophe que lorsqu’on le suit dans ses différences avec les autres écoles , de même qu’on n’appartient, par exemple, à la secte de Luther, qu’autant qu’on suit cet hérésiarque dans les opinions qui lui sont particulières , et non dans ce qu’il a de commun avec la vraie religion , comme serait l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, etc.
On n’est donc pas non plus cartésien parce qu’on se rencontre avec Descartes dans ce qu’il a de commun avec les autres philosophes, mais seulement lorsqu’on adopte, dans sa métaphysique ou sa physique , ce qui le distingue essentiellement des autres philosophes.
Si l’on soutient, par exemple, ses opinions sur lame des bêtes , sur la cosmogonie , sur l’espace, sur le plein et le vide , sur l’essence des corps , sur leur divisibilité à l’infini, sur les tourbillons, on sera vraiment cartésien ; mais on ne le sera pas si l’on adopte les idées innées ; si l’on part comme lui, en philosophie , d’un principe de lumière naturelle ; si l’on procède d’après ce principe avec une rigueur géométrique; si, faisant abstraction de toute autre vérité , on se place dans un doute très-légitime pour mieux arriver à la vérité que l’on cherche, car c’est ce qu’ont fait tous les philosophes sans exception ; et si l’on est cartésien pour avoir suivi cette voie , il faudra dire aussi , comme le remarquent très-bien le P. Rozaven dans son bel ouvrage contre M.
de Lamennais , et le P. Chastel , dans ses écrits contre I es traditionalistes , qu’il y avait bien des cartésiens avant Descartes , et ranger dans ce nombre Saint Augustin, Saint Thomas, Suarez, et beaucoup d’autres.
Ce fut M. de Lamennais qui, le premier, imagina de désigner sous le nom de cartésiens tous ceux qui étaient opposés à ses doctrines , et
qui , dans leurs recherches philosophiques , s’appuyaient , à l’exemple de Descartes, sur les seules lumières de la raison. Mais cette désignation n’avait pour objet que de rendre la méthode de ce philosophe odieuse , et de faire triompher, s’il était possible , le système qui fait passer l’ordre de foi avant l’ordre de conception, qui renverse l’ordre naturel , et place dans la foi le fondement et la règle nécessaire de la science, système condamné par le clergé de France « comme absurde , et souverainement « injurieux à la religion , qu’il réduirait ainsi à « un pur fanatisme. »
C’était donc pour dissimuler d’autres erreurs qu’on imaginait d’accuser ses adversaires de cartésianisme. Il n’y a plus : et il ne peut plus y avoir de cartésiens aujourd’hui , puisque la physiquede Descartes, qui constituait véritablement le cartésianisme, comme nous le ferons voir, est aujourd’hui universellement rejetée , du moins quant aux erreurs et aux questions inutiles qui s’y trouvaient. En répétant si souvent, et sans discernement, cette accusation , on ne prouve qu’une seule chose : c’est qu’on n’a jamais étudié Descartes, qu’on n’a jamais su ce que c’était que le cartésianisme.
111. « Vous affirmez, dit le Père Ventura, que « cette première vérité : Je pense, donc je suis, —
« a été le fondement de l’édifice de Descartes. Je « vous l’accorde , mais à condition que vous « m’accorderez aussi que c’était un fondement « aérien. »
Non , nous ne l’accordons pas , et nous avons déjà montré suffisamment par Saint Augustin que la solidité de ce premier principe ne pouvait être contestée. Bossuet ne l’aurait pas accordé non plus, car il déclare « qu’il trouve la « méthode de Descartes excellente , et qu’i'/ en « attend de grands fruits pour 1 Église. » Fénélon suit cette méthode pas à pas dans sa seconde partie de X Existence de Dieu ; il la développe avec la même précision que Descartes , mais avec plus d’élégance ; il regarde les Méditations « comme le plus grand effort de l’esprit de ce « philosophe, pour lequel il est prévenu, dit-il, a d’une estime singulière. » Le savant M. Émery, qui avait fait une étude particulière des ouvrages de Descartes, non-seulement ne daigne pas s’arrêter à ces misérables objections contre la méthode ou \e doute philosophique, mais il déclare que la Métaphysique de Descartes est pure , « c'està-dire , dit-il, exempte de toute erreur. » Nous ne croyons pas qu’on ait plus de science et un meilleur jugement que M. l’abbé Émery.
Nous avons déjà vu que le P. Rozaven a aussi justifié Descartes sur ce prétendu fondement aérien-, il ajoute, après avoir rapproché sa méthode
de celle de Saint Augustin et de Saint Thomas , « qu’il est manifeste que ces deux docteurs adop- « tent la philosophie cartésienne avec toutes ses t conséquences , ses inconvénients, ses contra- « dictions, ses absurdités » prétendus.
Remarquons encore ce que Pascal pensait de cet édifice bâti sur une pierre posée dans les airs. « Dans ce mot , dit-il , je pense , donc « je suis , que Saint Augustin avait dit douze « cents ans avant Descartes , celui-ci avait fait « apercevoir une suite admirable de conséquen- « ces qui prouvent la distinction des natures « matérielle et spirituelle , pour en faire un « principe ferme et soutenu d’une métaphysique « entière. » •
Actuellement il ne s’agit plus que de décider entre Pascal , Bossuet , Fénélon , Malebranche , Nicole , le P. Rozaven , Saint Thomas et Saint Augustin , d’un côté , et quelques docteurs de la nouvelle école, de l’autre : la décision peutelle être douteuse ?
IV. Notre adversaire cite en faveur de son opinion contre Descartes , « M. de Bonald , et le « grand Huet , l’une des vraies gloires de la « France. »
L’autorité de M. de Bonald ne peut être ici alléguée : il n’avait pas eu à s’occuper de Des-
cartes , ni à vérifier si quelques préjugés répandus par l’école lamennai sienne contre sa métaphysique , étaient fondés ou non. Il combattait uniquement les philosophes sceptiques de nos jours , et s’attachait à leur prouver que le doute ne mène à rien ; qu’on ne peut rien établir sans une base solide, et que , « pour savoir « quelque chose , il faut d’abord croire quelque « chose. » Si ensuite il s’est imaginé que le doute méthodique de Descartes était un doute universel , nous l’ignorons ; mais en tout cas , il se serait trompé ; nul auteur n’est infaillible ; et s’il avaiteu quelque intérêt à examiner la marche suivie parce philosophe, il aurait bien vite reconnu que , loin de se placer dans un doute insensé , il avait cherché avant toutes choses un point fixe et d’une certitude inébranlable , pour asseoir sa doctrine. (•>
Quant à l’évêque d’Avranches , on ne peut nier qu’il ne fût un des hommes les plus savants qui aient honoré la France : il a laissé des ouvrages immortels en fait de recherches historiques ; mais il est vrai aussi que sa grande mémoire faisait un peu de tort à son jugement , ce qui n’est que trop ordinaire. L’esprit se dissipe à
(t) Pendant que les uns accusent Descartes de douter de tout, n’est-il pas plaisant d’entendre dire à M. de Maistre : Descartes, qui ne doute de rien ? (Soir, de S. P.) Voilà l’instabilité des jugements humains :
Iliacos intra muros peccatw , et extra.
feuilleter beaucoup de livres , et il 11e reste plus de temps pour la réflexion. « La mémoire, dit « Bossuet , appartient à l’imagination, et l’expé- « rience fait voir qu’une imagination trop vive « étouffe le raisonnement et le jugement. » C’est ce qui arriva à Huet dans son ouvrage contre Descartes, intitulé , Censura cartesiana. Censure déplorable ! Huet lui-même raconte, dans les Mémoires de sa vie , que lorsqu’il l’offrit à Bossuet, il en fut fort mal reçu ; que le prélat regarda presque comme une insulte le présent qu’il lui faisait , et Huet rapporte quel compliment il adressa alors à Bossuet pour se tirer de ce mauvais pas. Mais malgré sa censure dépourvue de raison , ce savant écrivain est obligé de convenir que, sur certains points, aucun philosophe ancien ni moderne n’égale Descartes : Eum vel velerum, vel recentiorurn philosophorum , œquiparat nemo.
Enfin le célèbre Arnaud , très-grand esprit malgré son détestable jansénisme , et qui s’est illustré par de beaux ouvrages dans les sujets où le jansénisme n’était pas en jeu, écrivit contre l’évêque d’Avranches une belle lettre dans laquelle il déclare que sa censure de Descartes est pleine d’erreurs grossières , opposée à la philosophie de Saint Augustin , et « tendant à renverser les « fondements mêmes de la foi. » Voilà cependant le livre où les contempteurs d’un des hommes
les plus étonnants qui aient paru , vont puiser leurs arguments !
V. « Grâces à ce philosophe , nous sommes « tous protestants en philosophie, dit le P. Ven- « tura. »
Quel rapport y a-t-il entre l’usage légitime que fait Descartes de la raison , et les erreurs des protestants ? Ceux-ci rejettent l’autorité de l’Église : faudra-t-il, de crainte de les imiter, rejeter aussi l’autorité de la raison ? Parce qu’ils abusent de la voie d’examen en religion , faudrat-il ne plus en user en philosophie ? Ce n’était pas l’avis de Fénélon: « Autant je suis docile, dit- « il, à l’autorité de la religion, autant je suis in- « docile à toute autorité en philosophie... La phi- « losophie n’étant que la raison , on ne peut sui- « vreence genre que la raison seule... Laissons « à part les grands noms , venons aux preuves : « donnez-moi des idées claires, et non des cita- « tions d’auteurs. » Fénélon veut donc en philosophie suivre la voie soi-disant protestante!
Saint Augustin et Saint Thomas étaient donc des protestants en philosophie, lorsqu’ils se servaient de la seule voie d'examen pour arriver d’un principe de lumière naturelle aux vérités les plus relevées? Et Bossuet , quand il écrivait au Pape Innocent XI : « Nous avons entrepris
« d'exciter en nous, par la seule considération, » ou le seul examen , « de nous-mêmes, le senti- « ment de la Divinité empreint dans nos âmes, » était donc aussi un protestant en philosophie!
VI. « Descartes sépare la philosophie de la re- « ligion , » dit le critique.
Ce n’est pas Descartes, c’est la nature , c’est le sens commun qui a fait cette séparation ; et comment n’aurait-elle pas eu lieu , puisque leur objet est différent? L’une recherche ce que la raison peut nous découvrir naturellement , et l’autre étudie ce que la foi nous enseigne. Le philosophe et le théologien , dit Saint Thomas, procèdent par des principes différents : Nam philosophas argumentum assumit ex propriis rerum causis ; fidelis autem ex causa prima , utputa quia sic divinitus est traditum , etc. Ces deux sciences sont donc enseignées d’une manière différente , per alia et alia principia tradunlur , Voilà la séparation bien marquée avant Descartes. Mais voici un autre reproche non moins singulier, et plusieurs fois répété avec amertume:
VII. « Descartes a établi pour règle générale « d’admettre comme vrai ce qui est contenu « dans l’idée claire et distincte d’une chose : »
Videor pro régula generali statuere jam posse : illucl omne esse verum quod clare distincteque percipio.
Cette règle est un crime aux yeux de notre adversaire, et cependant, dit Fénélon, « si nous « doutons des idées claires et distinctes, nous « doutons sans savoir pourquoi , » c’est-à-dire comme des enfants qui ne savent ce qu’ils font. « Contester ce principe, dit Nicole, c’est détruire « toute l’évidence de la connaissance humaine , « et établir un pyrrhonisme ridicule. » Mais Bossuet va plus loin encore que Descartes , car il veut « qu’outre les idées claires , on admette « encore comme certaines d’autres idéesqui,pour « être confuses et générales, ne laissent pas d’en- « fermer des vérités essentielles. » Enfin Saint Thomas établit la même règle que Descartes :
Inlellectus noster redditur certus de his quœ lumine illo naturali cognoscit , notre entendement est certain de ce que la lumière naturelle lui montre.
VIII. « Descartes, ajoute-t-on, ouvrit la porte « au scepticisme en France , et fut le père du « spinosisme. »
Vieille accusation que M. de Lamennais avait renouvelée, et qu’on a trouvée bonne à repro-
duire. Mais pouvait-on ignorer qu’elle avait été mille fois réfutée ?
L’illustre Cardinal Gerdil la combattit dans une savante dissertation intitulée , Incompatibilité des principes de Descartes et de Spinosa.
Spinosa lui-même repousse cette accusation dans une lettre du 5 mai 1676 , où il refuse de reconnaître Descartes pour le père de sa doctrine : Non dubitavi affirmare rerum naturalium principia cartesiana , inutilia esse , ne dicam absurda. (*)
Le Père Lami, dans son Nouvel athéisme renversé, avait défendu Descartes sur ce point d’une manière victorieuse. Bossuet l’en félicita : « J’ap- « prouve fort tout ce que je vois dans votre ou- « vrage ; il est plein d’une excellente et sublime « métaphysique. » Fénélon s’empressa aussi de le louer. : « L’auteur , dit-il, dans l’approbation « qu’il mit à la tête du livre, a sapé les fondements « du système impie de Spinosa , et défendu la « vérité par des raisons très-solides. » Mais il ne faut qu’un peu de réflexion et de bonne foi pour voir que la doctrine irréprochable de Descartes sur la métaphysique, n’a rien de commun avec les impiétés de Spinosa.
(1) « Je n’hésite pas à affirmer, dit Spinosa, que les principes « de Descartes sur la nature sont inutiles et même absurdes. » Ce n’est pas tout à fait le langage d’un fils pour la doctrine de son père.
IX. On s’efforce de mettre Descartes en contradiction avec lui-même : il ne veut d’abord admettre , dit le P. Ventura, d’autre certitude que celle de sa propre existence , et cependant « il assure qu’on ne peut se fier à l’évidence et « à la raison qu’autant qu’on est certain que « c’est Dieu qui a donné la raison à l’homme « pour connaître la vérité , et par conséquent , a qu’antant qu’on est certain qu’il existe un a Dieu. »
Celui qui fait ce reproche n’a pas lu sans doute les méditations de ce philosophe, car avant d’avoir examiné s’il y avait un Dieu, Descartes avait reconnu une première vérité : celle de sa propre existence, puisqu’il avait dit : Je pense , donc je suis.
Quand il ajoute que « si l’on ignore l’exis- « tence de Dieu , on ne peut être bien certain « d’aucune autre chose, » hac eriini re ignorata, non videor de ulla alla plane certus esse unquam passe. Il excepte toujours la certitude de sa propre existence. Et ne voit-on pas que, sans cette exception, toute sa philosophie s’évanouirait en fumée? Et cependant Descartes était un homme qui raisonnait puissamment , et il n’est pas permis de lui prêter des absurdités.
Il reconnaît avec certitude son existence comme être pensant , mais non comme être revêtu d'un corps. Il distingue la connaissance certaine
qu’il a de son esprit , de celle de la matière et de tous les objets qui sont hors de lui. « Pour être a pleinement convaincu qu’il y a des corps , dit « Malebranche, il faut, non-seulement qu’on nous a démontre qu’il y a un Dieu et que ce Dieu « n’est pas trompeur , mais encore que ce Dieu « nous a assurés qu’il en a effectivement créé. »
Abraham voyait bien devant lui trois anges en forme humaine, et il pouvait croire qu’ils avaient des corps véritables; il n’y avait qu’une révélation qui pût le détromper de son illusion. Nous pourrions être aussi dans une illusion semblable par rapport à notre propre corps et à tous les êtres qui nous environnent, si nous 11’avions la parole de Dieu pour croire invinciblement à leur réalité.
« Dieu nous montre ce qu’il lui plaît, dit Féa nélon. Je trouve en moi l’idée de deux sortes « de substances , les unes pensantes , les autres « étendues. Pour la nature pensante , je vois bien a qu’elle existe , car je suis actuellement ; mais « je ne sais pas encore (avant de connaître l’exis- « tence de Dieu) , si elle existe hors de moi. Pour « la nature étendue , que j’appelle corps, je sais « bien que j’en ai l’idée , mais je doute encore « s’il y a des corps réels dans la nature. »
Descartes est donc pleinement justifié sur ce pointcomme sur tousles autres. Mais pour donner un dernier coup à ce grand homme , on ajoute :
X. « On sait que Bossuet avait prévu qu’une « grande guerre allait être suscitée contre l’Église « sous le nom de philosophie cartésienne , et cette « prévision s’est accomplie. »
Mais serait-ce par hasard la philosophie de Descartes qui aurait produit le socialisme ?
Avant de nous dire ce que Bossuet prévoyait du cartésianisme , il eût été plus juste de nous expliquer le motif de ses prévisions, de nous faire connaître avec précision ce qu’il y avait dans les principes de Descartes qui pût lui inspirer de si grandes craintes. Mais non ; on était bien aise de laisser croire que ce que Bossuet redoutait surtout dans la philosophie de Descartes , c’était sa méthode d’examen , son point de départ pris dans la raison , son doute méthodique , ses idées innées , car c’est sur toutes ces choses que porte l’injuste critique des nouveaux philosophes ; mais il n’en est pas ainsi. Bossuet disait au contraire«quec’étaient les disciples de Descartes qui, « sur beaucoup de choses, avaient fort embrouillé
« ses idées quï/ s’ exprimait comme T école ,
« mais qu’on l’entendait mal, et qu’on risquait « de J aire perdre à l’Église tout le fruit qu’elle « pouvait en espérer, pour établir dans l’esprit «des philosophes la spiritualité et l’immortalité « de l’âme. » 11 n’était donc pas si ennemi de cette philosophie; il n’en craignait donc pas les conséquences.
Mais sur quoi , dira-t-on , portaient ses appréhensions ? Écoutons encore M. l’abbé Émery :
personne ne pourrait être tenté de récuser le témoignage d’un homme aussi savant : « Descartes, « dit-il , a trois grands litres à l’immortalité: sa « Géométrie , sa Métaphysique et sa Physique ; a les deux premiers sont purs, si je peux m’ex- « primer de la sorte , je veux dire qu’/7f sont « exempts de toute erreur , ou si on a prétendu a en découvrir quelqu’une, la justification de ce « philosophe est facile. Mais il n’en est pas de « même de sa Physique , qui a beaucoup plus « contribué à la célébrité de son nom que sa « Géométrie et sa Métaphysique. Elle a essuyé, « dans plusieurs points, des reproches bien fon- « dés. Mais on peut dire dans un sens très-juste « que ces reproches doivent tomber sur elle , « non point sur Descartes. »
C’était donc uniquementsa Physique qui allarmait Bossuet, et l’on voudrait faire croire que c’était sa Métaphysique ; voilà comment on se joue de ceux qui négligent d’approfondir euxmèmes ces questions.
Bossuet , Fénélon , Leibnitz, Fleury, Nicole, ne se plaignent que de la Physique de Descartes. « Ses idées, dit Bossuet, n’ont pas été fort nettes, « lorsqu’il a conclu l’infinité de l’étendue par a l’infinité de ce vide qu’on imagine hors du « monde. En quoi il s’est fort trompé ; et je crois « que, de son erreur, on pourrait induire, par
« conséquences légilimes,IV///^ow/^i7iVetiela créa- « tion et de la destruction des substances , quoi- « que rien au monde ne soit plus contraire à l’i- « dée de l’être parfait que ce philosophe prend « pour principal moyen de l’existence de Dieu. » On trouve dans Fleury une preuve évidente que ces craintes ne portaient que sur la Physique, et non sur la philosophie et le doute méthodique. M. de Gaumont , conseiller au parlement de Paris, homme fort savant, disait à l’abbé Fleury « qu’il n’approuvait pas le système gé- « néral de Descartes , qu’il croyait dangereux « pour la religion ; et comme je lui apportais « l’exemple , continue Fleury, de M. Cordemoi, « grand cartésien et très-bon chrétien , il me dit « qu’il avait de grandes grâces à rendre à Dieu « de ce que cette doctrine n’avait point altéré « sa religion. Il est vrai , ajoute Fleury, que j’ai « reconnu depuis que M. Cordemoi abandon- « nait Descartes sur plusieurs points , sur le « monde indéfini^ 1 ), sur l’impossibilitédu vide, « sur la divisibilité de la matière à l’infini, et sur « Yessence de la matière qu’il mettait dans l’é- « tendue. » Toutes ces erreurs pouvaient avoir en effet des conséquences dangereuses ; Nicole disait « qu’il y avait dans tout cela d’étranges
(1) Indéfini n’était pas le mot propre pour exprimer l’idée de Deseartes , aussi trompa-t-il Bossuet et Fénélon. Mais Pescartes l'expliqua plus tard , et dit qu’il n’entendait par ce mot que ce qui , de toutes parts , n’était pas sans fin ni sans limites. Il n’y avait plus rien à dire.
« difficultés, et qu’il avait bien peur qu’il y eût « plus de passion que de lumière dans ceux qui « n’en étaient pas effrayés. » Voilà ce que l’Évêque de Maux, et tous les hommes éclairés de son temps, craignaient avec lui dans la Physique de Descartes. Mais pour sa Métaphysique , sa méthode et son doute si raisonnable, bien loin de le blâmer, on reconnaissait que sa doctrine était irrépréhensible, et l’on en espérait les plus heureux fruits pour établir dans l’esprit des impies les grandes vérités de la religion.
« Les prévisions du génie , dit le P. Ventura, sont accomplies. « Non , elles ne le sont pas, caron ne pourrait, sans se couvrir d’un ridicule ineffaçable, attribuer à Descartes ce bouleversement du monde dont nous sommes les tristes témoins. C’est bien à la philosophie qu’il faut l’attribuer , mais à une toute autre philosophie que celle de Descartes.
XI. La nouvelle école ne pardonne pas à Descartes la voie qu’il a suivie en philosophie , et l’usage légitime qu’il fait de la raison pour conduire à la foi. Son langage est si opposé à celui de ce philosophe qu’il n’esl pas étonnant qu’elle use de tous les moyens pour le décrier et rendre sa doctrine odieuse.
Sans doute Descartes n’aurait pas dit , comme l’auteur des Conférences , a qu’on s’éle-
« vait à l’aide de la vérité révélée , à la vérité « démontrée , » mais il aurait dit que les vérités qui sont naturellement en nous sont la base de nos démonstrations. Il ne se serait pas appuyé de l’autorité de Saint Thomas pour dire que « la « raison n’a plus de confiance dans la raison ; « que les démonstrations mêmes ne démontrent « pas ; qu’une crainte secrète qu’elles soient « fausses les accompagne toujours. » Mais il aurait dit comme ce saint Docteur que « les choses « les mieux démontrées restent douteuses pour « ceux qui ne sont pas en état d’en comprendre « la démonstration : In dubitatione remanerent « ea quœ sunt verissirne demonstruta , dum vim « demonst rationis ignorants 0 »ll n’aurait pas dit « que la raison séparée de la révélation, est un ins- « trument de démolition..., que les vérités qu’on « parvient à découvrir par le raisonnement sont « regardées comme douteuses et incertaines , « adoptées provisoirement, non comme desdog- « mes , mais comme de simples opinions; » mais il aurait dit que la raison, malgré son affaiblissement, conservait des lumières que rien ne pouvait éteindre, et qu’indépendamment de la foi, elle pouvait nous éclairer encore sur certaines vérités et sur des devoirs essentiels.
Le Lamennaisisme a succombé dans ses atta-
( l ) L’omission de ces mots essentiels : Dum vim demonstrafionis ignorant, dénature et rend ridicule la pensée du saint Docteur.
ques contre Descartes ; le traditionalisme n’y sera pas plus heureux. La gloire de ce grand homme, si justement acquise, triomphera toujours de ces critiques passionnées et injustes.
« Descartes , dit M. l’abbé Émery,a été lepre- « mier géomètre , le premier métaphysicien , le « premier physicien de son siècle. En tenant ce « langage , nous croyons le louer sans flatterie. « Car nous pourrions aller plus loin , et nous ne « ferions que répéter ce qu’ont pensé, ce qu’ont « écrit une foule de savants , si nous assurions « que , depuis l'origine du monde jusqu'au temps a de notre philosophe , il n’est aucun homme qui « se soit distingué dans ces trois sciences, à qui a Descartes ne puisse être comparé , et à qui « même il ne puisse disputer avec quelque avan- « tage la supériorité de talents et de service. »
On voit avec satisfaction la justice qu’on lui a rendue naguère au sein de l’Académie des sciences : « Personne , dit M. le Secrétaire per- « pétuel dans l’exposé des travaux de Buffon , per- « sonne n’a aussi bien vu que Descartes la limite b précise qui sépare les faits métaphysiques des « faits physiques, l’esprit du corps, l’âme de la « matière. C’est par là surtout, c’est parce qu’elle b pose une limite fixe entre l’esprit et le corps, a l’àme et la matière , la psycologie et la phya siologie , que la philosophie de Descartes est a la grande philosophie. » Mais où la passion n’entraîne-t-elle pas ?
XII. « Descartes aurait pitié de lui-méme , « s’il vivait de nos jours ; il arracherait sa per- « ruque , et frapperait sa poitrine de désespoir. »
Cette peinture du prétendu désespoir de ce grand homme serait risible, si elle n’était odieuse. Repassons brièvement les titres qui le recommandent à la reconnaissance de la postérité. On affecte de les oublier aujourd’hui ; on ne songe qu’à le déprécier, et cependant il se présente avec des œuvres immortelles : sa Métaphysique , sa Physique et sa Géométrie.
C’est assez louer sa Métaphysique que de dire qu’il y avait porté au plus haut point toute la précision et la rigueur de la méthode géométrique. « En posant, dit Pascal , le même principe « que Saint Augustin posait douze cents ans « auparavant, il s’élevait aux vérités les plusim- « portantes par une suite d 'admirables consé- « quences. » Sa Métaphysique est exempte d’erreurs , au jugement de M. l’abbé Émery ; Bossuet en espérait les plus heureux fruits pour l’Église, et Fénélon,qui la regardait comme le plus grand effort de l’esprit de ce philosophe, s’appliquait à l’imiter et à la développer dans ses écrits philosophiques.
Les travaux de Descartes sur la physique et la géométrie sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d’entrer dans un grand détail. Il suffit d’examiner où en étaient ces sciences lorsqu’il pa-
rut, et le point où il les laissa. Rappelons sa Dioptrique ,son explication de l 'arc en ciel, inutilement cherchée depuis le déluge, et qui a mis sur la voie de beaucoup d’autres explications; ses observations sur les rapports du flux et du reflux avec la lune ; sa grande découverte de la pesanteur de Pair , et de la cause de l’ascension du mercure dans un tube vide, découverte dont la gloire lui revient incontestablement , bien plus qu’à Pascal , qui ne fit que sur ses conseils l’expérience du Puy-de-Dôme; son système des tourbillons , le plus ingénieux et le seul qu’on aurait pu suivre, au sentiment de d’Alembert et de M. Arago , pour expliquer mécaniquement Yétonnant phénomène de la chute des corps, si l’on n’avait mieux fait encore en renonçant à toute explication. Enfin sa géométrie , ses grands perfectionnements de l’algèbre , sa solution d’une foule de beaux problèmes, mais par-dessus tout, son application de T algèbre à lu géométrie , « l’une « des idées les plus vastes et les plus heureuses, « dit d’Alembert, que l’esprit bumain ait jamais « conçues , et qui sera toujours la clef des plus « profondes recherches , non-seulement dans la « géométrie sublime , mais dans toutes les scien- « ces physico-mathématiques. » Sans Descartes, nous n’aurions eu ni Newton , ni Leibnitz, ni Laplace ; il a préparé la voie à toutes leurs découvertes dans les sciences. « Les lois générales « de la nature que Newton, dit le célèbre Cardi-
« nal Gerdit , a depuis proposées , Descartes aura « toujours la gloire de les avoir le premier re- « cherchées et trouvées en partie. Et Newton , « entre les mains duquel ces lois ont reçu pour « ainsi dire leur dernière sanction , il les a pro- « posées presque dans les mêmes termes. » (0 Fontenelle, dans ses É loges, où il a mis tant d’esprit et de raison , comparant Descartes et Newton : « Tous deux, dit-il, ont été des génies du « premier ordre , nés pour dominer sur les au- « très esprits et pour fonder des empires. Le « premier, prenant un vol hardi, a voulu se pla- « cer à la source de tout , se rendre maître des « premiers principes par quelques idées claires « et fondamentales , pour n’avoir plus qu’à des- « cendre aux phénomènes de la nature , comme « à des conséquences nécessaires. Le second , « plus timide ou plus modeste , a commencé sa « marche par s’appuyer sur les phénomènes pour « remonter aux principes inconnus , résolu de « les admettre quels que les pût donner l’enchaî- « nement des conséquences.... Les bornes qui , b dans ces deux routes contraires , ont pu arrêa ter deux hommes de cette espèce, ce ne sont a pas les bornes de leur esprit , mais celles de b l’esprit humain. » (*' Où ne serait pas arrivé Descartes, si la mort ne l’avait arrêté presque
(1) Incompatibilité des principes de Descartes et de ceux de Spinosa.
(2) Éloge de Newton.
au milieu de sa carrière ? Ne peut-on pas dire avec Tacite : Quamquam medio in spatio integrœ ætatis ereptus , quantum ad gloriarn , longissimum œvum peregit ? (■)
Mais remarquons surtout contre ses injustes adversaires quels étaient ses sentiments religieux , et combien son doute méthodique était loin d etre un doute universel, qui serait aussi absurde que coupable. « Après avoir, dit-il, mis « à part les vérités de la religion, qui ont toujours « été les premières dans mon cœur, pour tout « le reste, j’ai cru que je pouvais m’en défaire. » Disposition très-sage de celui qui veut s’instruire méthodiquement , et se rendre raison de ce qu’il doit admettre ou rejeter.
Tel a été le philosophe qui honorera à jamais la France, et que toutes les nations peuvent lui envier. I, 'Angleterre s’honore de Newton , mais Newton fut précédé par Descartes , et Descartes ne fut précédé par personne. Il a été dans les sciences un génie créateur. Nous avons montré brièvement les services qu’il leur a rendus , et l’injustice des reproches qu’on lui adresse. Qu’on juge à présent s’il est possible de dire qu’il se frapperait la poitrine du mal qu’il aurait fait au monde !
(I) f'ita Aqric.
XIII. Nous ne pousserons pas plus loin ces observations : elles suffisent pour justifier Descartes sur tous les points , contre ceux qui en parlent sans l’avoir lu ou sans l’avoir compris. Il est aussi ridicule d’attaquer ses principes de métaphysique qu’il le serait d’attaquer sa géométrie.
On n’a pas été moins injuste envers M. de Bonald : ses principes philosophiques ont pour adversaires ceux qui renversent l’ordre naturel des idées dans la recherche de la vérité ; qui abaissent la raison outre mesure ; qui refusent d’y prendre un point de départ; qui dépouillent l’âme de ces idées innées qui étaient la base de la doctrine de Platon et de Saint Augustin. <0
Plus d’une fois les pensées de M. de Bonald ont été mal interprétées. Mais on ne croira pas plus l’auteur des Confèrences , lorsqu’il le fait pencher vers le sensualisme de Locke , qu’on n’avait cru l’auteur de l Essai, qui voulait le rendre complice de ce système fallacieux , décoré du beau nom de philosophie catholique. M. de Bonald s’est garanti de ces excès ,et ceux qui lui reprochent aujourd’hui de n’avoir fait faire aucun pas sur certaines questions philosophiques, devraient examiner si les pas qu’ils croient avoir
(1) Saint Augustin n’admettait pas une simple vertu ou faculté innée, comme le P. Ventura, mais des idées innées ; seulement il ne tombait pas dans l'erreur grave de Platon touchant la nature de ces idées.
fait faire eux-mêmes, 11e seraient point par hasard de faux pas :
Il en est jusqu'à trois que l’on pourrait citer.
Nous pourrions sans doute en citer davantage, mais/roù c’est déjà beaucoup,surtout quand 011 se pose en restaurateur de la philosophie chrétienne en France. (•> Eh quoi ! il y aurait à restaurer selon des idées plus chrétiennes , dans cette philosophie enseignée de tout temps dans les écoles avec l’approbation et la surveillance de l’Église, qui même a fait de cette étude une introduction nécessaire aux sciences sacrées ! S’y trouverait-il par hasard un ver rongeur , un élément païen ? (*)
Mais peut-être s’est-on imaginé que , vivant dans des temps extraordinaires , on servirait mieux la religion par un enseignement extraordinaire aussi. La vérité ne s’accommode pas de toutes ces imaginations , et partout où les saines doctrines se conservent encore , cette philosophie soi-disant chrétienne et catholique est repoussée. O11 la combat à Rome dans toutes les écoles publiques , à la Sapience, au Collège Romain , au Séminaire Romain ; on la combat aussi en France dans divers écrits , et Monseigneur l’Évêque d’Orléans l’a signalée dans ce Mande-
(1) Expression du P. Ventura-
(2) On entend déclamer à tort et à travers contre la philosophie de l.yon , c’est cependant le meilleur cours qu’on puisse mettre entre les mains des jeunes gens.
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ment si connu , où il se plaint de « ces anathè- « mes aveugles lancés contre l’ordre naturel , « contre la raison naturelle , contre la philoso- « phie naturelle , contre la beauté littéraire na- « turelle, » et de toutes ces exagérations si peu naturelles, qui seraient la ruine du bon sens. (•>
(I) La Revue des deux mondes du 1" mars contient un article de M. Charles de Rerausat sur la philosophie du P. Ventura. Nous n’avons pu nous procurer ce journal que peu d’instants , et au moment où l’on terminait l’impression de la dernière page de ce livre. Une lecture très-rapide nous a laissé une idée trèsfavorable de sa critique. M. de Remusat prouve que la philosophie du P. Ventura n’est pas la philosophie des scolastiques, et qu’il prête à Saint Thomas des idées qu’il n’a pas eues , ce qui est très-vrai.
M. de Remusat dit au sujet de l’écrit du P. Ventura contre nous : « Un fils de M. de Bonald a relevé le gant : il a répondu « à l’agresseur , qui lui a répliqué. Dans cette controverse , où, « comme il arrive souvent, personne n’a tout à fait tort , l'an- « cien général des Théatins a porté beaucoup d’insistance , et « quelque vivacité ; il a publié une brochure écrite un peu « lourdement, pas très-obligeamment, où il établit et mo- « tive son dire et sa pensée avec une parfaite clarté. Mais en- « core une fois , pour décider qui a raison dans cette contro- « verse , il faudrait traiter du fond des choses , dire où est la « vraie philosophie; et quant à ce procès-là , nousdemande- « rons l’ajournement. »
Il y a bien de la modération à ne trouver dans cette brochure que quelque vivacité et peu d’obligeance : il semble qu’on aurait pu y trouver quelque chose de plus. Les éditeurs , MM. Gaume, y ont eux-mêmes vu ^davantage, et ils se sont empressés de nous témoigner toute leur peine de ce que , par erreur , un pareil libelle était sorti de leurs presses. Ce n’était en effet que par erreur que des presses si honorablement connues , avaient pu descendre à une production de cette espèce !
M. de Remusat hésite à nous donner raison sur le fond. Mais nous n’avions touché , ou plutôt que très- légèrement effleuré un seul point de philosophie : celui qui est relatif à la philosophie inquisitive. Or , il se trouve que , sur ce point , dans tout lecoursde sou écrit, M. de Remusat est opposé au P. Ventura, et par conséquent d’accord avec nous. Devait-il lui en coûter de nous rendre franchement justice ?
/biblioth
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