‹ De la vie universelleChapitre 4 sur 7 · DIVISION DE LA VIL DES CORPS · texte numérisé non relu

DIVISION DE LA VIL DES CORPS

I. La vie des c orps est une forme demouvement primitif, comme les corps sont eux-mêmes une forme de la matière primitive.

• «.‘{'ün eorpsestiun tout composé dé molécules ; sa vie se compose -d’unnmouvement de totalité ou dé translation et d’un mouvement .moléculaire ou de vibration.

3 . Plusieurs corps réunis peuvent former un système ; la vie d’un système est la résultante et la conséquence des rapports établis entre dessdiy«bs !mouv.ejnens des/Gorps qui leicomposent.

s-Si,.dans;uacsystème de; corps lé mouvement de totalité ou de translation est; primitif eticause, des mouvemens moléculaires ou intestins , ce système est un astre.

5 . Si dans un système de corps le mouvement de translation est

îfidhsécutiÉiau mouvement intérieur,^et causé par lui, ce système est 'ira-^nimal. . .ioiJwsmni

T e premier possède la vie isidérale ; ,1e second jouit de la vie animale,

Vie sidérale.

1. Tous les astres sont des systèmes ou assemblages de corps solides ,. liquides ou gazeux, formés eux-mêmes de molécules simples à divers degrés de condensation.

2. Tous se manifestent à nos sens par un mouvement de translation et par un mouvement de vibration, qui sont, «dans un mênle astre , en raison inverse l’un de l’autre , et dont la somme est proportionnelle à la masse de ce système.

3 . Puisque les mêmes élémens entrent effectivement dans la composition des corps célestes et se combinent de façon à produire des résultats généraux qui sont analogues pour tous , leur mode de formation a dû être exactement semblable.

4. Tous les astres reconnaissént en effet, pour principe et pour cause prochaine de leur existence, le mouvement; tous reconnaissent pour principe et pour caüse de leur accroissement et de leur puissance le inouvement moléculaire. Étoiles distinctes, étoiles nébuleuses, soleils, planètes, satellites, comètes , corps célestes grands et petits, formés bu se formant, simples ou compliqués, chauds ou froids, lumineux ou obscurs, sont des amas de matière identique, condensée ou se condensant par sou mbüveinent de vibration, et se mouvant au travers de l’espace par son mouvement de translation.

5 . Tous les astres, considérés en eux-mêmes, présentent li ne structure analogue ; ils sont tous sphéroïdaux, conséquence nécessaire de leur mode deformation ; ils sont tou^ aussi plus denses vers le centre-; et plus rares vers la circonférence ; mais c’est surtout en un point du rayon dé leur sphère que cette différence est tranchée , là où la partie matérielle gazeuse se sépare de la partie solide' où liquide, et forme ce qû’bn appelié inié «tmosp/ière;-

6 ; Bien que lés atmosphères sbient fixées àux astres d’une maniéré moins marquée qué'la matière plus dénsé qui ebnStitüé leur’nôyaù, chaduhe''d'elles n’en Tait pas moins pour cela partie'esséntielléidc

l’astre qu’elle entoure, et forme avec lui un ensemble qui détermine le volume et la masse du système tout entier.

7. L’étendue et la densité des atmosphères doivent nécessairement être en raison directe de la puissance attractive du corps céleste auquel elles appartiennent ; tout corps, toute substance plus compacte qu’elles, doivent être, nécessairement aussi, précipitées sur le centre d’attraction.

’8. Il est cependant des corps, ou plutôt des systèmes de corps , qui semblent, au premier coup d’œil, se soustraire à cette nécessité : ce sont ceux qui possèdent eux-mêmes une atmosphère qui les allège et les soutient à leur place, comme un ballon allège et soutient dans l’air des corps douze ou quinze cents fois plus denses et plus attirables que lui.

9. Si un corps sidéral puissant attire dans son atmosphère plusieurs autres corps sidéraux, ils y descendront jusqu’à ce qu’ils rencontrent un point où le volume de matière atmosphérique déplacé soit égal en poids au poids du système qui le déplace.

10. Non-seulement un astre peut-être attiré et fixé dans l’atmosphère d’un autre, mais il peut y être attiré et fixé entraînant avec lui un ou plusieurs corps semblables et plus petits qu’il aurait luimême entraînés et fixés dans sa propre atmosphère. Notre système planétaire nous présente ce double phénomène ; le soleil est l’astre principal ; les planètes sont les astres secondaires ; et les satellites , les astres du troisième ordre.

11. Puisque chacun de ces systèmes doit accomplir un mouvement de translation ; puisqu’ils ne peuvent, fixés par l’attraction, s’éloigner du centre qui les attire; puisqu’ils ne peuvent s’approcher de ce centre, dont leur légèreté spécifique les tient constamment séparés , ils suivront dans leur translation une ligne qui restera toujours à la même distance de ce point ; ils décriront un cercle autour de lui, et dans le sens de la rotation de l’astre principal, tant par l’irar pulsion que l’astre secondaire reçoit de l’atmosphère dans laquellç

il est immergé, que par l’influence de l’attraction qui le sollicite dans le même sens.

la, La même cause qui détermine le sens de l’orbite que décrit une planète ou un satellite détermine aussi la rotation de ce même corps sur son axe ; ainsi, outre que la moitié du sphéroïde est plus rap[)rochée du centre d’attraction, cette même moitié est aussi plongée dans une atmosphère plus dense : elle sera donc plus retardée dans sou mouvement de translation que la moitié la plus éloignée qui jouit de la même force impulsive, et de là nécessairement une rotation.

1 3 . Si l’espace était vide de façon qu’un corps céleste ne rencontrât dans sa course aucun obstacle, son mouvement de translation serait proportionnel à sa masse, et son mouvement de vibration tout à fait nul; il se mouvrait en totalité avec une vitesse prodigieuse et n’attirerait point ; il se dissoudrait ou plutôt ne se serait point formé. Mais il n’en est pas ainsi; l’espace est plein de matière, quelque ténue qu’on puisse l’imaginer, et à mesure qu’un système qui le traverse est plus volumineux, les obstacles à vaincre sont plus grands ; le mouvement de translation diminue, et le mouvement de vibration et par suite son attraction s’accroît d’autant. Le volume d’un astre peut être tel, et sa translation tellement retardée, que ses molécules soientforcées d’arriver au second degré des vibrations, à la vibration calorifique. Enfin, si ce volume est plus grand encore, la densité plus considérable, et le mouvement de translation aussi petit que possible, le mouvement moléculaire pourra devenir assez violent pour frapper nos yeux, il sera lumineux.

14. Le mouvement de rotation des corps célestes autour de leur axe a nécessairement modifié l’équilibre intérieur de leur mouvement moléculaire. Si là terre possède à son centre une température énorme, un mouvement de vibration prodigieux, elle a dû posséder une température semblable dans toutes ses parties, aussi bien vers la circonférence que partout ailleurs, avant qu’elle tournât sur ellemême ; mais aussitôt que la rotation a commencé, la translation des

molécules, énormément augmentée vers la surface du globe, a diminué d’autant leur vibration, et la chaleur a décru progressivement depuis la circonférence jusqu’au centre où elle est restée et où elle restera toujours la même.

1 5 . Le même changement a dû s’opérer dans tous les astres qui tournent sur eux-mêmes, et leur température propre a dû subir une réduction proportionnelle au mouvement de translation acquis.

16. La vie sidérale se compose donc d’un mouvement de totalité ou de translation primitif, et consécutivement d’un mouvement moléculaire ou de vibration, lequel peut être dans un astre au premier degré, dans un autre au second, dans un autre enfin au troisième. De plus, quand un astre tourne sur lui-même, il peut éprouver à sa surface le mouvement du premier degré, au milieu de son raye x celui du second, et à son centre celui du troisième degré.

17. L’astre dont la vie est selon nos sens aussi compliquée que possible, se meut, attire, échauffe et éclaire.

Vie animale.

1. Les grands systèmes dont l’ensemble constitue l’univers n’exercent les uns sur les autres qu’une seule espèce d’influence dont les effets sont nombreux et variés. Cette influence résulte de la tendance perpétuelle du mouvement moléculaire pour l’équilibre.

2. Le premier effet de cet effort, pour faire vibrer à l’unisson les astres euvironnans, est l’attraction; le second résultat est l’émission delà lumière, et, par suite, de la chaleur que les plus grands corps célestes répandent sur les plus petits. Dans notre système planétaire, le soleil seul jouit de la propriété d’être lumineux.

5 . La lumière du soleil, en frappant la surface de notre planète, se résout en lumière plus faible qui colore les corps, et en mouvement moléculaire du second ordre qui les échauffe, et leur communique ainsi une température étrangère au système dont ils font partie.

4. Celte vibration particulière, qui paraît, disparait, augmente et diminue à chaque moment, fait plus qu’échauffer les corps ; elle favorise la dissolution des uns, la formation des autres ; elle arrache en quelque sorte ceux-ci à l’influence de la terre, qui les tenait dans une inertie relative complète; elle les anime, elle leur donne un mouvement moléculaire particulier, elle détermine la formation et l’accroissement d’organes Capables d’entretenir une vibration intérieure, et crée par ce moyen une foule d’être distincts qui, bien que fort petits, n’en jouissent pas moins pour cela de toutes les propriétés caractéristiques des grands systèmes, et de propriétés encore plus compliquées.

5 . Tous ces êtres, placés nécessairement à la surface du sol, sont vivifiés par une température propre, un mouvement moléculaire, intestin, particulier, qu’ils défendent contre les agens extérieurs, en le reproduisant sans cesse; ils sont doués d’une force d’attraction très-appréciable (2), et la plupart aussi peuvent se mouvoir spontanément.

6. Soit qu’un système vivant lire son origine de quelques molécules juxta-posées fortuitement, soit qu’il provienne d’une graine, d’un œuf ou d’un embryon, trois conditions indispensables à l’évolution et à la constitution définitive de sa vie ont été remplies.

La première condition , la seule qui puisse faire sortir les molécules primitives de leur état d’équilibre ou d’inertie relative, est l’application prolongée d’une certaine température, supérieure à la température ordinaire des corps environnans, qui détermine leur réaction ,sur les molécules nutritives ou assimilables qui les entourent.

Il a fallu, pour seconde condition, que le germe se trouvât en contact immédiat avec des substances sur lesquelles il pût réagir de façon à constituer et à accroître des organes; sans quoi la chaleur n’aurait communiqué à l’ensemble de ses molécules qu’une activité passagère et sans résultat ( 3 ).

Enfin, la troisième et dernière condition indispensable était de pou-

voir continuer seul, et sans secours désormais . la réaction commencée sous l’influence de la température mère , et de conserver par luimême et par l’action de ses organes une température semblable. C’est à ce degré de perfection seulement qu’il a pu commencer une vie indépendante, et cette vie devra finir aussitôt que l’organisation sera devenue incapable de l’entretenir. D’où l’on voit que la température est d’abord, la cause première de l’organisation, et qu’elle en est ensuite le résultat immédiat et nécessaire.

7. La température propre des animaux est en effet le principe vital , l’archée, l’âme, le stimulant des corps et de leurs organes, la cause et l’effet de l’organisation, la vie , en un mot.

8. Jamais on n’a trouvé la vie sans température propre et spontanée; jamais on n’a vu se former une organisation capable de vivre sans l’excitement primitif de la chaleur; jamais on n’a vu les phénomènes d’assimilation, d’irritation, d’innervation, se produire hors de son influence. La température propre commence avant la vie; elle s’entretient, augmente, diminue, et finit avec elle ; elle éprouve les mêmes perturbations qu’elle; elle peut comme elle et avec elle disparaître et reparaître alternativement dans une même organisation. Enfin, la température propre est la cause évidente des contractions, des sensations et des mouvemens, et généralement de toutes les propriétés si compliquées en apparence et si simples en réalité, dont l’ensemble a été représenté jusqu’ici par l’abstraction vie.

9. Les systèmes organisés et vivans sont d’autant plus parfaits que leur température propre est plus élevée et plus étendue; et réciproquementrà mesure qu’ils jouissent de propriétés vitales plus variées et plus nombreuses, leur température propre est plus énergique.

10. Le degré de température animale, constant pour chaque individu , varie non-seulement dans les ordres et les classes , mais encore dans les familles, les genres, les espèces. Il est tout à fait indépendant de la volonté ou des besoins accidentels; et quelque élevé qu’il puisse être, il est des températures extérieures auxquelles il ne saurait jamais résister, et sous leur influence le système qu’il défen-

dait rentre dans la série des corps morts, ou plutôt devient partie constituante du système dont la température s’est étendue jusqu’à

lui ( 4 ).

11. Il est un grand nombre d’êtres organisés dont la vitalité tout entière est comprise dans les variations thermométriques d’une ou de deux saisons , dans un même climat. Aussitôt que l’équilibre a pu s’établir entre eux et l’extérieur, ils n’ont plus rien qui puisse les distinguer des corps inanimés. La plupart des végétaux nous présentent ce phénomène : leur vie en général a peu d’étendue, et dans le court espace où leur chaleur propre apparaît, elle s’élève peu au-dessus ou reste peu au-dessous de la température ambiante. Les insectes en grande partie , les reptiles , quelques mammifères même, comme le loir, la chauve-souris, présentent également les alternatives de vie et de mort causées par la présence ou l’absence de l’excitant de la vie.

la. Dans les animaux où la vie persiste, cette vie ne se manifeste pas avec la même énergie dans tous ses rapports avec la température extérieure.

Règle générale : la vie se manifeste avec plus d’énergie à mesure que la diflFérence entre la température propre et la température ambiante est plus pirononçée ; elle est moins active à mesure que la température ambiante et la température propre s’approchent des points où elles coïncident.

Il ne peut exister entre la température propre et la température ambiante que trois points de coïncidence : 1°. lorsque la tempérarature ambiante s’élève au niveau de la température propre ; 2°. lorsque la température propre s’abaisse au niveau de la température ambiante sous l’influence d’un froid extrême ; 5 °. lorsque la température propre s’élève au niveau de la température ambiante sous l’influence d’une chaleur excessive ( 5 ).

1 3 . Un animal réduit à sa plus simple expression est donc une agglomération de molécules réagissant de façon à entretenir une certaine température intérieure primitivement communiquée.

i/p Si cette température dépendait de la vibration propre aux molécules constituantes, de l’individu ou de leur action réciproque , elles arriveraient bientôt à un état d’équilibre parfait, et la vie serait promptement éteinte ; car les animaux n’ont point assez de masse pour jouir indéfiniment d’un mouvement moléculaire propre : elle doit résulter de la réaction des molécules constituantes sur les molécules ambiantes, et c’est en effet par la nutrition seule qu’un être vivant peut entretenir sa chaleur naturelle.

i 5 . La nutrition suppose une organisation, et l’organisation suppose une incubation : étant donc donnée une température primitive, l’organisation se développe , et la nutrition s’opère ainsi qu’il suit :

1°. Réaction de molécules à molécules similaires ou dissimilaires ( attraction ou répulsion), formation des tissus.

2*. Réaction des tissus sur les molécules similaires ou dissimilaires (absorption, assimilation, excrétion ), accroissement, végétation.

La plupart des plantes arrivées à ce point d’organisation peuvent entretenir seules et sans secours une température propre, peu puissante à la vérité, mais qui suffit pour exciter leur surface à réagir sur les corps ou substances avec lesquels elle est en contact immédiat. Elles n’ont pas besoin de communications nerveuses entre leurs diverses parties qui se développent les unes à la,suite des autres, et semblent agir chacune absolument et pour son propre compte, sans être subordonnée à l’action d’un centre commun : aussi l’individualité est-elle nulle dans les végétaux , et toutes leurs parties sont-elles à peu près propres à constituer un être de la même espèce. Quoi qu’il en soit, l’accroissement des plantes et le renouvellement annuel des feuilles, qui supposent une énorme condensation d’hydrogène, d’oxygène, et surtout de carbone, rendent suffisamment raison du développement d’une températut’e indépendante dans cette simplicité d’organisation.

3 °. Réaction des tissus Sur eux-tnêmes et sur les autres tissus immédiatement et par contact (irritation, sensation, contraction ), formation d’organes.

C’est ici que corauience l’animalité. Les zoophytes, les polypes et quelques mollusques appartiennent à cette complication. Leur température est entretenue par l’absorption tant externe qu’interne, par l’accroissement et par la condensation de matières calcaires. Leurs tissus, très-souples, perçoivent évidemment les impressions de chaleur , de lumière, de son et de toucher, et se contractent ou se dilatent suivant que ces impressions troublent l’équilibre de leur mouvement moléculaire intestin , ou l’influence d’une manière qui convient à l’organisation. Quoi qu’il en soit, ces êtres sont contractiles et sensibles sans apparence de substance ou de système nerveux, et sans apparence d’individualité, puisque toutes leurs parties peuvent constituer un être complet, et même encore multiple, de la même espèce.

4 °. Réaction des tissus ou des organes les uns sur les autres, médiatement ou immédiatement, par des filets conducteurs (sympathie, harmonie d’action, individualité, locomotion).

Pour qu’un animal soit arrivé à ce quatrième degré d’organisation, il faut au moins que la-réaction ou sympathie puisse s’opérer de l’organe ou sens interne à l’organe ou sens externe, et de ces deux sens à l’organe contractile ; car c’est seulement ainsi que les besoins (vacuité ou réplétion du tube digestif) pourront provoquer le mouvement ou le repos , et que les impressions extérieures pourront également modifier l’un ou l’autre de ces états.

Le point d’union entre le sens interne, le sens externe et l’organe de lalocomotion, est le moi. La résultante des impressions qu’il reçoit constitue l’idée, Fintention, la volonté ; la réaction de cette résultante sur les organes détermine les actes.

L’individualité commence à cet échelon de l’échelle animale auquel répondent la plupart des mollusques et tous les insectes. Elle commence avec tous ses attributs, la locomotion et la spontanéité ; mais le mécanisme de ces deux propriétés est réduit à sa plus grande simplicité.

Quoi qu’il en soit, cette disposition est un moyen d’atteindre l’ali-,

iTient, et n’ajoute rien à la température, qui semble, dans les insectes, résulter surtout de l’action de l’air, absorbé par les trachées , sur les fluides préparés et absorbés par le canal digestif; dans les mollusques et les crustacés commencent la respiration pulmonaire ou branchiale et la circulation ; mais ces deux fonctions sont surtout bien développées , et leur concours à la production de la chaleur animale bien évident, dans les animaux vertébrés.

L’organisation et l’entretien de la vie dans les vertébrés suppose non-seulement l’assimilation au contact, la sensation , la contraction , l’harmonie d’action, mais encore une digestion , une circulation , une respiration plus ou moins compliquées, et capables de maintenir leur température propre à un degré variable, mais plus élevé qu’en aucune des classes d’organisations inférieures.

Bien qu’il soit démontré que l’organisme, dans cet ordre, transforme en solides une grande quantité de liquides et de gaz, tant par l’accroissement que par la condensation des tissus dans l’âge adulte et la vieillesse, jamais cette source de production calorifique n’aurait pu suffire à l’énergie de la température indispensable pour l’entretien de l’innervation et de la locomotion lapins compliquée. Mais cette innervation et cette locomotion étaient elles-mêmes nécessaires à la recherche et à la préhension d'alimens, d’autant plus rares et difficiles à rencontrer, qu’ils doivent être eux-mêmes organisés et vivans; et cesalimens sont indispensables à la production de la température : c’est donc, comme dans tous les autres êtres organisés et vivans, un cercle dans lequel la température propre se montre à la fois cause et effet de l’organisation.

Ainsi, la digestion prépare les éléinens. de l’organisation en les extrayant des substances ingérées ; mais elle manquerait d’alimens si les sens externes ne les faisaient apercevoir, et si le mouvement spontané ne les mettait à sa portée. La circulation porte le produit de la digestion dans l’organe de la respiration , qui l’échauffe et le vivifie par le contact de l’air, comme un soufflet anime le charbon ; et puis enfin le pcEur lé reprend, et porte avec lui, dans tous les organes , la sub-r

slance réparatrice, et avec elle le mouvement excitateur et læforce vitale, la température propre.

Les vertébrés se divisent en quatre grandes cksses, principalement caractérisées par la différence du degré de leur température propre , et par la différence dans l’énergie conservatrice de leur chaleur interne, caractère qui correspond exactement à l’énergie de leur hématose , ou action de l’air sur le sang par la respiration.

Les reptiles, qui possèdent une circulation simple, et dont tout le sang ne passe pas dans les poumons, présentent entre eux des différences de vitalité très-marquées, répondant à des nuances analogues de chaleur interne.

Les poissons ont une circulation double; mais le sang agissant seulement sur la portion d’oxygène dissoute dans l’eau, n’élève pas même leur température au niveau de la température des reptiles.

Dans les mammifères et les oiseaux , la circulation est double ; mais dans les premiers la respiration est simple, c’est-à-dire qu’elle n’opère qu’une fois sur le sang , tandis que dans les seconds l’air est une seconde fois mis en contact avec lui par les rameaux aortiques.

On peut donc ranger ainsi, suivant l’élévation de leur température propre, les quatre classes des vertébrés : i°. oiseaux, 3 °. mammifères, 3 *. reptiles, 4 °- poissons.

i6. La contractilité réside dans le mouvement moléculaire ou température propre des tissus ; la contraction est déterminée par le trouble apporté dans l’équilibre de cette température.

Les premiers signes de contractilité se manifestent dans les plantes, principalement dans les organes de la génération, où leur vitalité se prononce davantage, dans les feuilles articulées des papilionacées et dans quelques autres organes encore. Les contractions sont surtout produites par les changemens de la température ambiante , les alternatives du jour et de la nuit, les impressions sonores et les secousses brusques.

Dans les zoophytes, la contractilité est déjà beaucoup plus évidente, et les contractions suivent immédiatement lés impressions de chaud

( rS )

ou de froid , de lumière ou d’obscurité, de son violent, de secousses brusques, etc.

Les insectes jouissent éminemment des facultés contractiles : mais il est facile de les leur communiquer ou de les en priver, de les augmenter ou de les diminuer , en variant convenablement le degré de la température ambiante, de façon à diminuer ou à détruire leur température propre , ou bien à la favoriser dans sa manifestation (6).

Les mollusques , quoique placés plus haut dans l’échelle animale, ne jouissent pas d’une température propre aussi élevée que certains insectes , que les lépidoptères (6) , par exemple; aussi leur force contractile est-elle beaucoup moins grande et leur locomotion moins énergique. Il en est de même des crustacés.

Dans les vertébi’és, quatre sortes de mouvemens correspondent aux quatre classes qui les composent. Les mouvemens les plus forts et les plus étendus appartiennent à la température propre la plus élevée , et ces mouvemens diminuent d’intensité et d’étendue à mesure que la température décroît. Les oiseaux ont une contractilité musculaire prodigieuse : les mammifères, avec de plus gros muscles, sont bien plus fatigables et se meuvent lourdemént : les reptiles sont bien plus lents et plus faibles encore dans leurs mouvemens. Enfin, les poissons ne peuvent se soutenir et se mouvoir que dans un fluide presque aussi pesant qu’eux.

D’après ces faits, il est évident qu’il existe une relation immédiate entre la température propre et la contractilité.

Si nous remarquons, d’autre part, que la force de contraction existe manifestement dans les polypes et dans d’autres êtres vivans inférieurs , dans lesquels il n’existe aucune trace de nerfs ; si nous remarquons que, dans les animaux à système nerveux, cette force n’est point en raison directe du développement de ce système , puisqu’elle est plus grande chez les oiseaux que chez les mammifères, chez le genre chat que chez l’espèce humaine ; si nous remarquons que la contractilité est complètement perdue dans la peau des cholériques, où la trame nerveuse a conservé toute son intégrité ; si

nous remarquons que cette disparition de la contractilité correspond exactement à la disparition de la chaleur propre, à laquelle elle est constamment proportionnelle ; si nous remarquons encore que les crampes ou contractions musculaires involontaires surviennent toujours dans les changeinens profonds de la température des membres , dans le refroidissement cholérique , dans les frissons violens, dans les bains froids prolongés, etc., nous devrons conclure que la contractilité réside dans la température propre, et les contractions dans ses perturbations forcées ou ses changeinens volontaires d’équilibre (7).

17. Les impressions des corps extérieurs sur un animal se rapportent à deux divisions, savoir: 1®. les impressions de leur matière ( résistance, choc) ; 2°. les impressions de la manière d’être de cette matière (couleur, odeur, chaleur, saveur, son ). Les premières sont appréciées par le tact ; les secondes sont appréciées par les sens : la vue , le toucher , l’odorat, le goût, l’ouïe.

18. La lumière, la chaleur , la saveur, l’odeur ét le son, étant des mouvemens moléculaires, ils ne peuvent être sentis que par un corps possédant lui-même un mouvement moléculaire normal, une vibration intérieure qui puisse être modifiée , impressionnée par eux. La vue , le toucher, l’odorat, le goût et l’ouïe , sont donc des organes modificateurs de la température propre.

19. La sensibilité dans un être organisé est proportionnelle à l’élévation de sa température propre : ses tissus sont d’autant plus irritables ( sensibles et contractiles ) qu’ils sont plus chauds par eux-mêmes.

Les oiseaux ont des sens d’une finesse exquise : ils aperçoivent à des distances prodigieuses, ils distinguent des corpuscules imperceptibles pour nous, ils entendent les plus légers bruits, ils sentent mieux qu’aucun animal les moindres changemens survenus dans l’atmosphère ; en un mot, les oiseaux sont les êtres sensibles et mobiles par excellence.

L’activité des sens des mammifères s’exerce à des distances bien moins considérables et sur des objets infinimênt moins délicats ( deux

sens spéciaux exceptés, le goût et l’odorat) ; et cependant leur système nerveux est beaucoup plus développé que celui des oiseaux.

Les reptiles sont encore plus éloignés des mammifères , sous lé rapport de la susceptibilité des sens, que les mammifères des oiseaux. Les poissons ne sont guère au-dessous des reptiles : dans l’une et l’autre classe, la vue et l’ouïe ne sont plus impressionnées au-delà de quelques pas; les mollusques ne sentent plus à quelques pieds, les insectes de même ; enfin , ce n’est le plus souvent que par le contact immédiat que les zoophytes et le peu de plantes sensibles sont impressionnés.

La plupart des organes, dans un même animal, ne sont point aperçus par le centre de perception , à cause de l’équilibre de température dans lequel ils se maintiennent; aussitôt qu’ils rompent cet équilibre , ils sont douloureux, et d’autant plus sensibles que leur température particulière diffère plus de la température commune à tous les organes ; leur système nerveux ne s’est néanmoins nullement développé.

De même que le contraste des températures intérieure et extérieure est la cause prochaine de la plus grande partie de nos sensations, de même ce contraste , porté trop loin , ou bien produit dans l’intérieur de nos tissus, est la cause déterminante de la plus grande partie de nos douleurs.

Du reste, la sensibilité paraît, comme la contractilité , dans des animaux où la substance nerveuse et les nerfs ont été vainement cherchés; elle appartient donc aux tissus mêmes des organes, ou plutôt à leur manière d’être, c’est-â-dirè, à leur mouvement moléculaire ou température propre.

20. Ainsi la chaleur animale est le moteur de l’organisation et la cause unique de tous ses effets , à peu près comme, dans une pompe à vapeur, le degré du calorique détermine la puissance de la machine ; et son état d’équilibre , habilement détruit, produit un mouvement dont la force est proportionnelle à la température.

21. La contraction et la sensation rattachées à leur véritable cause,

et séparées des propriétés qui peuvent être attribuées à la substance nerveuse et aux nerfs, il est plus facile de préciser le rôle de ceux-ci dans l’organisation et la part qu’ils peuvent prendre au développement de l’instinct, de la spontanéité et de l’intelligence.

, 22. Les nerfs sont exclusivement conducteurs du mouvement moléculaire interne ou température propre , qu’ils portent d’un organe à l’autre avec une rapidité prodigieuse et aussi grande que les bons conducteurs transmettent l’influence de l’électricité : ils transportent par conséquent avec la même vitessé et la même facilité l’impression des modilicateurs de cette température, c’est-à-dire l’impression des sens internes, des sens externes, et celle de tous les organes. Le rôle des nerfs est donc d’établir des rap[)orts , et de former par leur rencontre et leur entre-croisement des résultantes d’impressions ; et la température propre, troublée ou modifiée dans son équilibre par leur intermédiaire, joue le rôle du prétendu fluide nerveux (8).

23 . A la rigueur, la communication du sens interne avec l’organe de la locomotion pourrait suffire à la production d’impressions, et par suite de mouvement ; car l’état de plénitude ou de vacuité, d’humidité ou de sécheresse d’un organe, sont des modifications qui réagissent sur l’état général, et constituent le plus souvent des besoins ; et les besoins peuvent, suivant leur nature, déterminer le mouvement ou le repos.

Les mouveinens provoqués par les besoins des organes sont exécutés pour la recherche de substances ou objets propres à satisfaire ceux-ci. Pour que l’organisation soit avertie de la rencontre de ceé substances ou objets , il faut, d'une part, que le sens externe, ou surface,, communique avec le sens interne ; il faut, d’autre part, qu’il communique avec.l’ojrgane de la locomotion pour arrêter le mouvement. La réunion du nerf T>ensorial interne avec le nerf sensorial externe , et avec le nerf partant de l’organe contractile, suffit à cette condition indispensable pour constituer l’individualité.

24. Un individu pourra donc exister dès que la communication entre le sens interne, le sens externe et l’organe contractile existera

par l’intermédiaire de cordons bons conducteurs de la température propre à l’organisation, et bons conducteurs de ses modificateurs, autrement dit des impressions. Le point d’union entre ces nerfs sera le siège du moi; la résultante des impressions qu’il recevra constituera l’idée; la réaction de cette résultante sur les organes déterminera les actes.

25 . Mais un individu peut se composer de plusieurs organes et de plusieurs sens internes ; il peut avoir aussi plusieurs sens externes ; enfin, il peut avoir plusieurs organes contractiles à influencer.

11 peut se présenter plusieurs cas :

1°. Ou bien tous les sens ou organes internes, tous les sens externes et tous les organes contractiles communiquent entre eux par des nerfs qui se réunissent à un centre commun et unique ; alors l’individualité prend un caractère de complication proportionnel au nombre des organes; la résultante des impressions est plus complexe , elle varie plus facilement et plus rapidement ; l’idée qu’elle constitue paraît plus choisie, plus réfléchie; elle change et présente successivement diverses formes qui déterminent des réactions et des mouvemens aussi nombreux et aussi variés.

L’état actuel des organes intérieurs , et principalement des viscères, rapporté par les nerfs au centre de communication , constitue les besoins, les instincts , les pencha ns , et détermine, de la part des organes contractiles , des réactions nécessaires et forcées sur les corps extérieurs. L’impression des corps extérieurs dirige, modifie, et provoque quelquefois ces réactions.

2°. Ou bien les organes intérieurs ou viscères communiquent entre eux par des nerfs se réunissant à un ou plusieurs centres, ganglions nerveux, où leurs impressions viennent former des résultantes destinées à maintenir l’équilibre et l’harmonie d’action entre les divers appareils, et à déterminer les mouvemens nécessaires à l’accomplissement de leurs fondions (mouvemens du cœur, des intestins, de l’iris, etc.),; tandis qu’ils tiennent au centre qui leur est commun avec les sens externes et les muscles, par des rameaux spéciaux, et

par ceux d’entre eux dont les fonctions. sont intimement liées au:& fonctions des organes de relation.

Dans ce cas d’organisation compliquée, on a cru devoir diviser la vie en vie organique et vie animale. La vie est une pour tous les individus, et pour toutes les parties des individus ; et si le nerf et les gam glions sympathiques établissent des relations plus multipliées entre les organes, et forment des centres qui rendent leurs fonctions plus harmoniques, loin de détruire Tunité dans la résultante des impressions internes et externes, ils la rendent, au contraire, plus complète par leurs liaisons intimes et multipliées avec le centre commun.

Aussi, les viscères et organes intérieurs sont-ils ici, comme dans la classe précédente, le siège et la cause unique des besoins, des instincts, des penchans, déterminant les réactions, les sens externes dirigeant, modifiant, provoquant ces réactions.

Dans ces deux complications, la réaction peut présenter une apparence d’hésitation, de comparaison , de réflexion, de choix, de spontanéité ; mais elle est loin encore de la perfection qu’elle peut atteindre dans le troisième et dernier degré de complication nerveuse.

3 °; Enfin, au niveau et au-dessus du centre des impressions des sens internes et des sens externes, peuvent s’élever un ou plusieurs renflemens considérables de substance nerveuse ( le cervelet et le cerveau ) , où toutes les impressions vont retentir et recevoir une modification qui les traduit au dehors en réactions d’autant plus intelligentes qu’ils sont proportionnellement plus développés.

Le cerveau est le siège de l’intelligence, et ses mouvemens la cause de la spontanéité raisonnée ; il reçoit toutes les impressions qui le traversent et l’ébranlent par'milliers, sans se détruire, sans se confondre; il s’en empare pour ainsi dire; il les modifie suivant sa puissance et suivant son activité, qu’il tire de son étendue et des pulsations du cœur.

Le cœur est en effet l’excitant du cerveau, qui, sans le mouvement énergique que lui communiquent ses pulsations, serait de tous les

organes l’organe le plus insensible et le plus incapable de concourir à l’entretien de la vie.

Quoi qu’il en soit, les impressions faites tant par les organes que par les sens paraissent déterminer des réactions de divers ordres, suivant qu’on les considère en divers points de l’encéphale et à diverses distances de leur point d’application immédiate.

La plupart des nerfs s’insèrent à la partie postérieure et inférieure de l’encéphale : la partie postérieure et inférieure de cet organe parait déterminer exclusivement les réactions instinctives, les impressions étant là fortes, multipliées, mais confuses. La partie supérieure et moyenne du cerveau, plus éloignée des insertions nerveuses, donne des réactions plus dégagées de l’instinct animal, moins impérieuses , plus raisonnées , plus distinctes , mais enveloppées encore d’un nuage, d’une obscurité qui tire à l’instinct; ce sont les sentimens moraux, sociaux, religieux, et généralement tous les sentimens qui, fortnés par un demi-jugement, constituent la plupart de nos préjugés. Enfin, la partie antérieure du cerveau paraît être le lieu où les impressions déterminent les réactions les moins confuses, les plus nettes, les plus apercevables. 11 semble que ce soit là que, loin de la foule des impressions grossières, les impressions les plus délicates, les plus harmonieuses viennent se dégager, s’isoler et prendre un caractère de simplicité qui permet à l’animal de les comparer , de les comprendre, de les conserver, de les reproduire sous la plus légère influence ; il semble enfin que ce soit de là que l’animal aperçoit et juge sa propre vie.

Les mouveinens propres du cerveau , mouvemens indépendans des organes et des sens , mouvemens dont les pulsations du cœur sont la cause unique et prochaine, tiennent donc essentiellement à l’action immédiate de la vie organique, qu’ils vivifient à leur tour en réagissant sur l’organisation , et en apportant à la résultante des impressions, v°. l’excitation instinctive; 2®. l’excitation morale ; 3 °. l’excitation iptellectuelle.

Chacune de pes composantes a d’autant plus d’influence dons la dé?

termination des actes ou réactions animales que la partie du cerveau qui les produit est plus étendue et plus énergique dans ses mouveinens, et vice versâ.

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