CONSIDÉRÉS SOUS LE RAPPORT DE LEUR VITALITÉ
11 ne faut pas s’arrêter long - temps à l’étude des phénomènes naturels pour reconnaître un fait dont la généralité ne souffre aucune exception; j’essaierai de l’exprimer par une loi simple et précise :
Toute masse matérielle formant système à part est douée d’une tempé~ rature propre, et réciproquement.
Ainsi, le soleil, les planètes, les satellites , les étoiles , sont autant d’êtres distincts, indépendans et différens les uns des autres sous une foule de rapports, mais ayant la plus grande analogie de structure et de propriétés , et spécialement caractérisés par la faculté de produire et deconserver un mouvement intérieur qui leur est propre, mouvement qui varie d’intensité pour chaque corpsen particulier, mais qui, dans un même corps , reste constamment le même ; mouvement moléculaire qui,, tirant son origine du mouvement de translatioii arrêté dans sa vitesse , est conséquence nécessaire, essentielle, calculable, du volume et de la densité de l’astre qui le possède. Ces grands corps de la nature sont loin d’être des corps inertes ; ils se meuvent, ils s’attirent, ils conservent contre toute influencé étrangère une température, une vitalité propre, qu’ils ne tiennent d’aucune puissance extérieure. Quel rang leur assignera-t-oii dans l’échelle des êtres?
On divise aujourd’hui les corps en organiques, c’est-à-dire pourvus d’organes capables d’entretenir leur vie et leur température, et inorganiques , ou privés d’organes, et par conséquent de température propre et de vitalité. Or, la terre, par exemple, n’est pas un corps organique, elle n’a point d’organes et point d’organisation ; car on n’apj)ellera pas ainsi la concentricité de ses couches et leur densité croissante ; ce n’est pas non plus un corps inorganisé, car elle jouit des propriétés des corps organiques; elle se meut spontanément, elle attire , elle possède une température propre ; elle n’a donc point de place dans nos classifications, et tous les corps célestes sont dans le même cas. C’est un défaut qu’il importe beaucoup de faire disparaître , non pas seulement pour la forme, mais parce qu’une classification complète et fondée sur des analogies qu’elle rend plus évidentes est par elle-même une science tout entière.
Je place donc les astres en tète des divisions de la matière , et je les désigne sous le nom générique à'êtres vivons à température fixe essentielle.
Les êtres organisés, et principalement les animaux qui continuent la série des êtres distincts, jouissent également d’une vibration intérieure , d’une température propre qui les caractérise , et se manifeste surtout par la chaleur, l’attraction et le mouvement sppntané ; mais, au lieu de la devoir à leur masse, ils la doivent à leur organisation; au lieu de tirer son origine de leur mouvement de translation, c’est par elle que leur mouvement de translation est produit; au lieu d’être le résultat nécessaire de leur existence, leur existence est la conséquence de leur température ; en un mot, leurs propriétés semblent se développer dans un ordre inverse de celles des corps célestes.
En efiet, c’est de l’influence réciproque des grands corps célestes qu’ils reçoivent la vie, et cette Influence n’est autre chose que l’action du mouvement moléculaire de l’un sur l’autre : la vie des animaux ne peut donc se résoudre qu’en ses élémens.
Les êtres organisés viennent donc immédiatement après les grands corps de la nature, et je les appelle êtres vivans à. température fixe accidentelle.
Enfin, ces deux grandes séries, qui seules partagent et composent l’univers, sont elles-mêmes composées d’élémens à peu près semblables ; c’est en eux seulement que l’on retrouve l’inertie relative. Ils ne possèdent, en effet , ni mouvement particulier , ni température propre ; ils partagent uniquement les propriétés des systèmes qu’ils concourent à former : tels sont les gaz, les liquides, les solides, se réduisant pour la terre elles corps organisés qui l’habitent à cinquantecinq ou soixante corps indécomposés ; ils forment une troisième section , et je les nomme, comme tout le monde, êtres élémentaires ou constituans.
Ainsi, la matière est partagée entre deux grandes divisions , douées de mouvement, de chaleur et de vie, et ces deux divisions réunissent en elles tous les corps élémentaires dont elles tirent leur existence. La matière est donc vivante ou vivifiante dans tqutes ses parties, et l’inertie est une erreur.